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Germinal by Émile Zola Bilingual book English/French page 10

Ce n’est pas une traduction mots a mots mais les livres dans les deux languages mis côte a côte. Vous pouvez le lire en Français, en anglais ou parallèlement.

This is not a word-by-word translation but the books in the two languages put side by side. You can read it in French, in English or both.

Help us, buy us a cup of coffee
Aidez-nous en nous offrant une tasse de café

Germinal by Émile Zola

Germinal par Émile ZolaGerminal by Émile Zola
Quatrième partiePART 4
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Chapitre ICHAPTER I
—Oh! répondit-il, nous en avons vu d’autres… Ce sera une semaine, une quinzaine au plus de paresse, comme la dernière fois. Ils vont rouler les cabarets; puis, quand ils auront trop faim, ils retourneront aux fosses.“Oh!” he replied, “we have had them before. It will be a week, or, at most, a fortnight, of idleness, as it was last time. They will go and wallow in the public-houses, and then, when they are hungry, they will go back to the pits.”
Deneulin hocha la tête.Deneulin shook his head:
—Je ne suis pas si tranquille… Cette fois, ils paraissent mieux organisés. N’ont-ils pas une caisse de prévoyance?“I’m not so satisfied; this time they appear to be better organized. Have they not a Provident Fund?”
—Oui, à peine trois mille francs: où voulez-vous qu’ils aillent avec ça?… Je soupçonne un nommé Étienne Lantier d’être leur chef. C’est un bon ouvrier, cela m’ennuierait d’avoir à lui rendre son livret, comme jadis au fameux Rasseneur, qui continue à empoisonner le Voreux, avec ses idées et sa bière… N’importe, dans huit jours, la moitié des hommes redescendra, et dans quinze, les dix mille seront au fond.“Yes, scarcely three thousand francs. What do you think they can do with that? I suspect a man called Étienne Lantier of being their leader. He is a good workman; it would vex me to have to give him his certificate back, as we did of old to the famous Rasseneur, who still poisons the Voreux with his ideas and his beer. No matter, in a week half the men will have gone down, and in a fortnight the ten thousand will be below.”
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Il était convaincu. Sa seule inquiétude venait de sa disgrâce possible, si la Régie lui laissait la responsabilité de la grève. Depuis quelque temps, il se sentait moins en faveur. Aussi, abandonnant la cuillerée de salade russe qu’il avait prise, relisait-il les dépêches reçues de Paris, des réponses dont il tâchait de pénétrer chaque mot. On l’excusait, le repas tournait à un déjeuner militaire, mangé sur un champ de bataille, avant les premiers coups de feu.He was convinced. His only anxiety was concerning his own possible disgrace should the directors put the responsibility of the strike on him. For some time he had felt that he was diminishing in favour. So leaving the spoonful of Russian salad which he had taken, he read over again the dispatches received from Paris, endeavouring to penetrate every word. His guests excused him; the meal was becoming a military lunch, eaten on the field of battle before the first shots were fired.
Les dames, dès lors, se mêlèrent à la conversation. Madame Grégoire s’apitoya sur ces pauvres gens qui allaient souffrir de la faim; et déjà Cécile faisait la partie de distribuer des bons de pain et de viande. Mais madame Hennebeau s’étonnait, en entendant parler de la misère des charbonniers de Montsou. Est-ce qu’ils n’étaient pas très heureux? Des gens logés, chauffés, soignés aux frais de la Compagnie! Dans son indifférence pour ce troupeau, elle ne savait de lui que la leçon apprise, dont elle émerveillait les Parisiens en visite; et elle avait fini par y croire, elle s’indignait de l’ingratitude du peuple.The ladies then joined in the conversation. Madame Grégoire expressed pity for the poor people who would suffer from hunger; and Cécile was already making plans for distributing gifts of bread and meat. But Madame Hennebeau was astonished at hearing of the wretchedness of the Montsou colliers. Were they not very fortunate? People who were lodged and warmed and cared for at the expense of the Company! In her indifference for the herd, she only knew the lessons she had learnt, and with which she had surprised the Parisians who came on a visit. She believed them at last, and was indignant at the ingratitude of the people.
Négrel, pendant ce temps, continuait à effrayer M. Grégoire. Cécile ne lui déplaisait pas, et il voulait bien l’épouser, pour être agréable à sa tante; mais il n’y apportait aucune fièvre amoureuse, en garçon d’expérience qui ne s’emballait plus, comme il disait. Lui, se prétendait républicain, ce qui ne l’empêchait pas de conduire ses ouvriers avec une rigueur extrême, et de les plaisanter finement, en compagnie des dames.Négrel, meanwhile, continued to frighten M. Grégoire. Cécile did not displease him, and he was quite willing to marry her to be agreeable to his aunt, but he showed no amorous fever; like a youth of experience, who, he said, was not easily carried away now. He professed to be a Republican, which did not prevent him from treating his men with extreme severity, or from making fun of them in the company of the ladies.
—Je n’ai pas non plus l’optimisme de mon oncle, reprit-il. Je crains de graves désordres… Ainsi, monsieur Grégoire, je vous conseille de verrouiller la Piolaine. On pourrait vous piller.“Nor have I my uncle’s optimism, either,” he continued. “I fear there will be serious disturbances. So I should advise you, Monsieur Grégoire, to lock up Piolaine. They may pillage you.”
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Justement, sans quitter le sourire qui éclairait son bon visage, M. Grégoire renchérissait sur sa femme en sentiments paternels à l’égard des mineurs.Just then, still retaining the smile which illuminated his good-natured face, M. Grégoire was going beyond his wife in paternal sentiments with regard to the miners.
—Me piller! s’écria-t-il, stupéfait. Et pourquoi me piller?“Pillage me!” he cried, stupefied. “And why pillage me?”
—N’êtes-vous pas un actionnaire de Montsou? Vous ne faites rien, vous vivez du travail des autres. Enfin, vous êtes l’infâme capital, et cela suffit… Soyez certain que, si la révolution triomphait, elle vous forcerait à restituer votre fortune, comme de l’argent volé.“Are you not a shareholder in Montsou! You do nothing; you live on the work of others. In fact you are an infamous capitalist, and that is enough. You may be sure that if the revolution triumphs, it will force you to restore your fortune as stolen money.”
Du coup, il perdit la tranquillité d’enfant, la sérénité d’inconscience où il vivait. Il bégaya:At once he lost his child-like tranquillity, his serene unconsciousness. He stammered:
—De l’argent volé, ma fortune! Est-ce que mon bisaïeul n’avait pas gagné, et durement, la somme placée autrefois? Est-ce que nous n’avons pas couru tous les risques de l’entreprise? Est-ce que je fais un mauvais usage des rentes, aujourd’hui?“Stolen money, my fortune! Did not my great-grandfather gain, and hardly, too, the sum originally invested? Have we not run all the risks of the enterprise, and do I today make a bad use of my income?”
Madame Hennebeau, alarmée en voyant la mère et la fille blanches de peur, elles aussi, se hâta d’intervenir, en disant:Madame Hennebeau, alarmed at seeing the mother and daughter also white with fear, hastened to intervene, saying:
—Paul plaisante, cher Monsieur.“Paul is joking, my dear sir.”
Mais M. Grégoire était hors de lui. Comme le domestique passait un buisson d’écrevisses, il en prit trois, sans savoir ce qu’il faisait, et se mit à briser les pattes avec les dents.
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But M. Grégoire was carried out of himself. As the servant was passing round the crayfish he took three of them without knowing what he was doing and began to break their claws with his teeth.
—Ah! je ne dis pas, il y a des actionnaires qui abusent. Par exemple, on m’a conté que des ministres ont reçu des deniers de Montsou, en pot-de-vin, pour services rendus à la Compagnie. C’est comme ce grand seigneur que je ne nommerai pas, un duc, le plus fort de nos actionnaires, dont la vie est un scandale de prodigalité, millions jetés à la rue en femmes, en bombances, en luxe inutile… Mais nous, mais nous qui vivons sans fracas, comme de braves gens que nous sommes! nous qui ne spéculons pas, qui nous contentons de vivre sainement avec ce que nous avons, en faisant la part des pauvres!… Allons donc! il faudrait que vos ouvriers fussent de fameux brigands pour voler chez nous une épingle!“Ah! I don’t say but what there are shareholders who abuse their position. For instance, I have been told that ministers have received shares in Montsou for services rendered to the Company. It is like a nobleman whom I will not name, a duke, the biggest of our shareholders, whose life is a scandal of prodigality, millions thrown into the street on women, feasting, and useless luxury. But we who live quietly, like good citizens as we are, who do not speculate, who are content to live wholesomely on what we have, giving a part to the poor: Come, now! your men must be mere brigands if they came and stole a pin from us!”
Négrel lui-même dut le calmer, très égayé de sa colère. Les écrevisses passaient toujours, on entendait les petits craquements des carapaces, pendant que la conversation tombait sur la politique. Malgré tout, frémissant encore, M. Grégoire se disait libéral; et il regrettait Louis-Philippe. Quant à Deneulin, il était pour un gouvernement fort, il déclarait que l’empereur glissait sur la pente des concessions dangereuses.Négrel himself had to calm him, though amused at his anger. The crayfish were still going round; the little crackling sound of their carapaces could be heard, while the conversation turned to politics, M. Grégoire, in spite of everything and though still trembling, called himself a Liberal and regretted Louis Philippe. As for Deneulin, he was for a strong Government; he declared that the Emperor was gliding down the slope of dangerous concessions.
—Rappelez-vous 89, dit-il. C’est la noblesse qui a rendu la Révolution possible par sa complicité, par son goût des nouveautés philosophiques… Eh bien, la bourgeoisie joue aujourd’hui le même jeu imbécile, avec sa fureur de libéralisme, sa rage de destruction, ses flatteries au peuple… Oui, oui, vous aiguisez les dents du monstre pour qu’il nous dévore. Et il nous dévorera, soyez tranquilles!
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“Remember ’89,” he said. “It was the nobility who made the Revolution possible, by their complicity and taste for philosophic novelties. Very well! the middle class to-day are playing the same silly game with their furious Liberalism, their rage for destruction, their flattery of the people. Yes, yes, you are sharpening the teeth of the monster that will devour us. It will devour us, rest assured!”
Les dames le firent taire et voulurent changer d’entretien, en lui demandant des nouvelles de ses filles. Lucie était à Marchiennes, où elle chantait avec une amie; Jeanne peignait la tête d’un vieux mendiant. Mais il disait ces choses d’un air distrait, il ne quittait pas du regard le directeur, absorbé dans la lecture de ses dépêches, oublieux de ses invités. Derrière ces minces feuilles, il sentait Paris, les ordres des régisseurs, qui décideraient de la grève. Aussi ne put-il s’empêcher de céder encore à sa préoccupation.The ladies bade him be silent, and tried to change the conversation by asking him news of his daughters. Lucie was at Marchiennes, where she was singing with a friend; Jeanne was painting an old beggar’s head. But he said these things in a distracted way; he constantly looked at the manager, who was absorbed in the reading of his dispatches and forgetful of his guests. Behind those thin leaves he felt Paris and the directors’ orders, which would decide the strike. At last he could not help yielding to his preoccupation.
—Enfin, qu’allez-vous faire? demanda-t-il brusquement.“Well, what are you going to do?” he asked suddenly.
M. Hennebeau tressaillit, puis s’en tira par une phrase vague.M. Hennebeau started; then turned off the question with a vague phrase.
—Nous allons voir.“We shall see.”
—Sans doute, vous avez les reins solides, vous pouvez attendre, se mit à penser tout haut Deneulin. Mais moi, j’y resterai, si la grève gagne Vandame. J’ai eu beau réinstaller Jean-Bart à neuf, je ne puis m’en tirer, avec cette fosse unique, que par une production incessante… Ah! je ne me vois pas à la noce, je vous assure!“No doubt you are solidly placed, you can wait,” Deneulin began to think aloud. “But as for me, I shall be done for if the strike reaches Vandame. I shall have reinstalled Jean-Bart in vain; with a single pit, I can only get along by constant production. Ah! I am not in a very pleasant situation, I can assure you!”
Cette confession involontaire parut frapper M. Hennebeau. Il écoutait, et un plan germait en lui: dans le cas où la grève tournerait mal, pourquoi ne pas l’utiliser, laisser les choses se gâter jusqu’à la ruine du voisin, puis lui racheter sa concession à bas prix? C’était le moyen le plus sûr de regagner les bonnes grâces des régisseurs, qui, depuis des années, rêvaient de posséder Vandame.This involuntary confession seemed to strike M. Hennebeau. He listened and a plan formed within him: in case the strike turned out badly, why not utilize it by letting things run down until his neighbour was ruined, and then buy up his concession at a low price? That would be the surest way of regaining the good graces of the directors, who for years had dreamed of possessing Vandame.
—Si Jean-Bart vous gêne tant que ça, dit-il en riant, pourquoi ne nous le cédez-vous pas?“If Jean-Bart bothers you as much as that,” said he, laughing, “why don’t you give it up to us?”
Mais Deneulin regrettait déjà ses plaintes. Il cria:But Deneulin was already regretting his complaints. He exclaimed:
—Jamais de la vie!“Never, never!”
On s’égaya de sa violence, on oublia enfin la grève, au moment où le dessert paraissait. Une charlotte de pommes meringuée fut comblée d’éloges. Ensuite, les dames discutèrent une recette, au sujet de l’ananas, qu’on déclara également exquis. Les fruits, du raisin et des poires, achevèrent cet heureux abandon des fins de déjeuner copieux. Tous causaient à la fois, attendris, pendant que le domestique versait un vin du Rhin, pour remplacer le champagne, jugé commun.They were amused at his vigour and had already forgotten the strike by the time the dessert appeared. An apple-charlotte meringue was overwhelmed with praise. Afterwards the ladies discussed a recipe with respect to the pineapple which was declared equally exquisite. The grapes and pears completed their happy abandonment at the end of this copious lunch. All talked excitedly at the same time, while the servant poured out Rhine wine in place of champagne which was looked upon as commonplace.
Et le mariage de Paul et de Cécile fit certainement un pas sérieux, dans cette sympathie du dessert. Sa tante lui avait jeté des regards si pressants, que le jeune homme se montrait aimable, reconquérant de son air câlin les Grégoire atterrés par ses histoires de pillage. Un instant, M. Hennebeau, devant l’entente si étroite de sa femme et de son neveu, sentit se réveiller l’abominable soupçon, comme s’il avait surpris un attouchement, dans les coups d’oeil échangés. Mais, de nouveau, l’idée de ce mariage, fait là, devant lui, le rassura.And the marriage of Paul and Cécile certainly made a forward step in the sympathy produced by the dessert. His aunt had thrown such urgent looks in his direction, that the young man showed himself very amiable, and in his wheedling way reconquered the Grégoires, who had been cast down by his stories of pillage. For a moment M. Hennebeau, seeing the close understanding between his wife and his nephew, felt that abominable suspicion again revive, as if in this exchange of looks he had surprised a physical contact. But again the idea of the marriage, made here before his face, reassured him.
Hippolyte servait le café, lorsque la femme de chambre accourut, pleine d’effarement.Hippolyte was serving the coffee when the housemaid entered in a fright.
—Monsieur, Monsieur, les voici!“Sir, sir, they are here!”
C’étaient les délégués. Des portes battirent, on entendit passer un souffle d’effroi, au travers des pièces voisines.It was the delegates. Doors banged; a breath of terror was passing through the neighbouring rooms.
—Faites-les entrer dans le salon, dit M. Hennebeau.
Autour de la table, les convives s’étaient regardés, avec un vacillement d’inquiétude. Un silence régna. Puis, ils voulurent reprendre leurs plaisanteries: on feignit de mettre le reste du sucre dans sa poche, on parla de cacher les couverts. Mais le directeur restait grave, et les rires tombèrent, les voix devinrent des chuchotements, pendant que les pas lourds des délégués, qu’on introduisait, écrasaient à côté le tapis du salon.Around the table the guests were looking at one another with uneasy indecision. There was silence. Then they tried to resume their jokes: they pretended to put the rest of the sugar in their pockets, and talked of hiding the plate. But the manager remained grave; and the laughter fell and their voices sank to a whisper, while the heavy feet of the delegates who were being shown in tramped over the carpet of the next room.
Madame Hennebeau dit à son mari, en baissant la voix:Madame Hennebeau said to her husband, lowering her voice:
—J’espère que vous allez boire votre café.“I hope you will drink your coffee.”
—Sans doute, répondit-il. Qu’ils attendent!“Certainly,” he replied. “Let them wait.”
Il était nerveux, il prêtait l’oreille aux bruits, l’air uniquement occupé de sa tasse.He was nervous, listening to every sound, though apparently occupied with his cup.
Paul et Cécile venaient de se lever, et il lui avait fait risquer un oeil à la serrure. Ils étouffaient des rires, ils parlaient très bas.Paul and Cécile got up, and he made her venture an eye to the keyhole. They were stifling their laughter and talking in a low voice.
—Les voyez-vous?“Do you see them?”
—Oui… J’en vois un gros, avec deux autres petits, derrière.“Yes, I see a big man and two small ones behind.”
—Hein? ils ont des figures abominables.“Haven’t they ugly faces?”
—Mais non, ils sont très gentils.“Not at all; they are very nice.”
Brusquement, M. Hennebeau quitta sa chaise, en disant que le café était trop chaud et qu’il le boirait après. Comme il sortait, il posa un doigt sur sa bouche, pour recommander la prudence. Tous s’étaient rassis, et ils restèrent à table, muets, n’osant plus remuer, écoutant de loin, l’oreille tendue, dans le malaise de ces grosses voix d’homme.Suddenly M. Hennebeau left his chair, saying the coffee was too hot and he would drink it afterwards. As he went out he put a finger to his lips to recommend prudence. They all sat down again and remained at table in silence, no longer daring to move, listening from afar with intent ears jarred by these coarse male voices.
II
II
Dès la veille, dans une réunion tenue chez Rasseneur, Étienne et quelques camarades avaient choisi les délégués qui devaient se rendre le lendemain à la Direction. Lorsque, le soir, la Maheude sut que son homme en était, elle fut désolée, elle lui demanda s’il voulait qu’on les jetât à la rue. Maheu lui-même n’avait point accepté sans répugnance. Tous deux, au moment d’agir, malgré l’injustice de leur misère, retombaient à la résignation de la race, tremblant devant le lendemain, préférant encore plier l’échine. D’habitude, lui, pour la conduite de l’existence, s’en remettait au jugement de sa femme, qui était de bon conseil. Cette fois, cependant, il finit par se fâcher, d’autant plus qu’il partageait secrètement ses craintes.The previous day, at a meeting held at Rasseneur’s, Étienne and some comrades had chosen the delegates who were to proceed on the following day to the manager’s house. When, in the evening, Maheude learnt that her man was one of them, she was in despair, and asked him if he wanted them to be thrown on the street. Maheu himself had agreed with reluctance. Both of them, when the moment of action came, in spite of the injustice of their wretchedness fell back on the resignation of their race, trembling before the morrow, preferring still to bend their backs to the yoke. In the management of affairs he usually gave way to his wife, whose advice was sound. This time, however, he grew angry at last, all the more so since he secretly shared her fears.
—Fiche-moi la paix, hein! lui dit-il en se couchant et en tournant le dos. Ce serait propre, de lâcher les camarades!… Je fais mon devoir.“Just leave me alone, will you?” he said, going to bed and turning his back. “A fine thing to leave the mates now! I’m doing my duty.”
Elle se coucha à son tour. Ni l’un ni l’autre ne parlait. Puis, après un long silence, elle répondit:She went to bed in her turn. Neither of them spoke. Then, after a long silence, she replied:
—Tu as raison, vas-y. Seulement, mon pauvre vieux, nous sommes
  foutus.
“You’re right; go. Only, poor old man, we are done for.”
Midi sonnait, lorsqu’on déjeuna, car le rendez-vous était pour une heure, à l’Avantage, d’où l’on irait ensuite chez M. Hennebeau. Il y avait des pommes de terre. Comme il ne restait qu’un petit morceau de beurre, personne n’y toucha. Le soir, on aurait des tartines.Midday struck while they were at lunch, for the rendezvous was at one o’clock at the Avantage, from which they were to go together to M. Hennebeau’s. They were eating potatoes. As there was only a small morsel of butter left, no one touched it. They would have bread and butter in the evening.
—Tu sais que nous comptons sur toi pour parler, dit tout d’un coup
Étienne à Maheu.
“You know that we reckon on you to speak,” said Étienne suddenly to Maheu.
Ce dernier demeura saisi, la voix coupée par l’émotion.The latter was so overcome that he was silent from emotion.
—Ah! non, c’est trop! s’écria la Maheude. Je veux bien qu’il y aille, mais je lui défends de faire le chef… Tiens! pourquoi lui plutôt qu’un autre?“No, no! that’s too much,” cried Maheude. “I’m quite willing he should go there, but I don’t allow him to go at the head. Why him, more than any one else?”
Alors, Étienne s’expliqua, avec sa fougue éloquente. Maheu était le meilleur ouvrier de la fosse, le plus aimé, le plus respecté, celui qu’on citait pour son bon sens. Aussi les réclamations des mineurs prendraient-elles, dans sa bouche, un poids décisif. D’abord, lui, Étienne, devait parler; mais il était à Montsou depuis trop peu de temps. On écouterait davantage un ancien du pays. Enfin, les camarades confiaient leurs intérêts au plus digne: il ne pouvait pas refuser, ce serait lâche.Then Étienne, with his fiery eloquence, began to explain. Maheu was the best worker in the pit, the most liked, and the most respected; whose good sense was always spoken of. In his mouth the miners’ claims would carry decisive weight. At first Étienne had arranged to speak, but he had been at Montsou for too short a time. One who belonged to the country would be better listened to. In fact, the comrades were confiding their interests to the most worthy; he could not refuse, it would be cowardly.
La Maheude eut un geste désespéré.Maheude made a gesture of despair.
—Va, va, mon homme, fais-toi crever pour les autres. Moi, je consens, après tout!“Go, go, my man; go and be killed for the others. I’m willing, after all!”
—Mais je ne saurai jamais, balbutia Maheu. Je dirai des bêtises.“But I could never do it,” stammered Maheu. “I should say something stupid.”
Étienne, heureux de l’avoir décidé, lui tapa sur l’épaule.Étienne, glad to have persuaded him, struck him on the shoulder.
—Tu diras ce que tu sens, et ce sera très bien.“Say what you feel, and you won’t go wrong.”
La bouche pleine, le père Bonnemort, dont les jambes désenflaient, écoutait, en hochant la tête. Un silence se fit. Quand on mangeait des pommes de terre, les enfants s’étouffaient et restaient très sages. Puis, après avoir avalé, le vieux murmura lentement:Father Bonnemort, whose legs were now less swollen, was listening with his mouth full, shaking his head. There was silence. When potatoes were being eaten, the children were subdued and behaved well. Then, having swallowed his mouthful, the old man muttered slowly:
—Dis ce que tu voudras, et ce sera comme si tu n’avais rien dit… Ah! j’en ai vu, j’en ai vu, de ces affaires! Il y a quarante ans, on nous flanquait à la porte de la Direction, et à coups de sabre encore! Aujourd’hui, ils vous recevront peut-être; mais ils ne vous répondront pas plus que ce mur… Dame! ils ont l’argent, ils s’en fichent!“You can say what you like, and it will be all the same as if you said nothing. Ah! I’ve seen these affairs, I’ve seen them! Forty years ago they drove us out of the manager’s house, and with sabres too! Now they may receive you, perhaps, but they won’t answer you any more than that wall. Lord! they have money, why should they care?”
Le silence retomba, Maheu et Étienne se levèrent et laissèrent la famille morne, devant les assiettes vides. En sortant, ils prirent Pierron et Levaque, puis tous quatre se rendirent chez Rasseneur, où les délégués des corons voisins arrivaient par petits groupes. Là, quand les vingt membres de la délégation furent rassemblés, on arrêta les conditions qu’on opposerait à celles de la Compagnie; et l’on partit pour Montsou. L’aigre bise du nord-est balayait le pavé. Deux heures sonnèrent, comme on arrivait.There was silence again; Maheu and Étienne rose, and left the family in gloom before the empty plates. On going out they called for Pierron and Levaque, and then all four went to Rasseneur’s, where the delegates from the neighbouring settlements were arriving in little groups. When the twenty members of the deputation had assembled there, they settled on the terms to be opposed to the Company’s, and then set out for Montsou. The keen north-east wind was sweeping the street. As they arrived, it struck two.
D’abord, le domestique leur dit d’attendre, en refermant la porte sur eux; puis, lorsqu’il revint, il les introduisit dans le salon, dont il ouvrit les rideaux. Un jour fin entra, tamisé par les guipures. Et les mineurs, restés seuls, n’osèrent s’asseoir, embarrassés, tous très propres, vêtus de drap, rasés du matin, avec leurs cheveux et leurs moustaches jaunes. Ils roulaient leurs casquettes entre les doigts, ils jetaient des regards obliques sur le mobilier, une de ces confusions de tous les styles, que le goût de l’antiquaille a mises à la mode: des fauteuils Henri II, des chaises Louis XV, un cabinet italien du dix-septième siècle, un contador espagnol du quinzième, et un devant d’autel pour le lambrequin de la cheminée, et des chamarres d’anciennes chasubles réappliquées sur les portières. Ces vieux ors, ces vieilles soies aux tons fauves, tout ce luxe de chapelle, les avait saisis d’un malaise respectueux. Les tapis d’Orient semblaient les lier aux pieds de leur haute laine. Mais ce qui les suffoquait surtout, c’était la chaleur, une chaleur égale de calorifère, dont l’enveloppement les surprenait, les joues glacées du vent de la route. Cinq minutes s’écoulèrent. Leur gêne augmentait, dans le bien-être de cette pièce riche, si confortablement close.At first the servant told them to wait, and shut the door on them; then, when he came back, he introduced them into the drawing-room, and opened the curtains. A soft daylight entered, sifted through the lace. And the miners, when left alone, in their embarrassment did not dare to sit; all of them very clean, dressed in cloth, shaven that morning, with their yellow hair and moustaches. They twisted their caps between their fingers, and looked sideways at the furniture, which was in every variety of style, as a result of the taste for the old-fashioned: Henry II easy-chairs, Louis XV chairs, an Italian cabinet of the seventeenth century, a Spanish contador of the fifteenth century, with an altar-front serving as a chimney-piece, and ancient chasuble trimming reapplied to the curtains. This old gold and these old silks, with their tawny tones, all this luxurious church furniture, had overwhelmed them with respectful discomfort. The eastern carpets with their long wool seemed to bind their feet. But what especially suffocated them was the heat, heat like that of a hot-air stove, which surprised them as they felt it with cheeks frozen from the wind of the road. Five minutes passed by and their awkwardness increased in the comfort of this rich room, so pleasantly warm.
Enfin, M. Hennebeau entra, boutonné militairement, portant à sa redingote le petit noeud correct de sa décoration. Il parla le premier.At last M. Hennebeau entered, buttoned up in a military manner and wearing on his frock-coat the correct little bow of his decoration. He spoke first.
—Ah! vous voilà!… Vous vous révoltez, à ce qu’il paraît…“Ah! here you are! You are in rebellion, it seems.”
Et il s’interrompit, pour ajouter avec une raideur polie:He interrupted himself to add with polite stiffness:
Asseyez-vous, je ne demande pas mieux que de causer.“Sit down, I desire nothing better than to talk things over.”
Les mineurs se tournèrent, cherchèrent des sièges du regard. Quelques-uns se risquèrent sur les chaises; tandis que les autres, inquiétés par les soies brodées, préféraient se tenir debout.The miners turned round looking for seats. A few of them ventured to place themselves on chairs, while the others, disturbed by the embroidered silks, preferred to remain standing.
Il y eut un silence. M. Hennebeau, qui avait roulé son fauteuil devant la cheminée, les dénombrait vivement, tâchait de se rappeler leurs visages. Il venait de reconnaître Pierron, caché au dernier rang; et ses yeux s’étaient arrêtés sur Étienne, assis en face de lui.There was a period of silence. M. Hennebeau, who had drawn his easy-chair up to the fireplace, was rapidly looking them over and endeavouring to recall their faces. He had recognized Pierron, who was hidden in the last row, and his eyes rested on Étienne who was seated in front of him.
—Voyons, demanda-t-il, qu’avez-vous à me dire?“Well,” he asked, “what have you to say to me?”
Il s’attendait à entendre le jeune homme prendre la parole, et il fut tellement surpris de voir Maheu s’avancer, qu’il ne put s’empêcher d’ajouter encore:He had expected to hear the young man speak and he was so surprised to see Maheu come forward that he could not avoid adding:
—Comment! c’est vous, un bon ouvrier qui s’est toujours montré si raisonnable, un ancien de Montsou dont la famille travaille au fond depuis le premier coup de pioche!… Ah! c’est mal, ça me chagrine que vous soyez à la tête des mécontents!“What! you, a good workman who have always been so sensible, one of the old Montsou people whose family has worked in the mine since the first stroke of the axe! Ah! it’s a pity, I’m sorry that you are at the head of the discontented.”
Maheu écoutait, les yeux baissés. Puis, il commença, la voix hésitante et sourde d’abord.Maheu listened with his eyes down. Then he began, at first in a low and hesitating voice.
—Monsieur le directeur, c’est justement parce que je suis un homme tranquille, auquel on n’a rien à reprocher, que les camarades m’ont choisi. Cela doit vous prouver qu’il ne s’agit pas d’une révolte de tapageurs, de mauvaises têtes cherchant à faire du désordre. Nous voulons seulement la justice, nous sommes las de crever de faim, et il nous semble qu’il serait temps de s’arranger, pour que nous ayons au moins du pain tous les jours.“It is just because I am a quiet man, sir, whom no one has anything against, that my mates have chosen me. That ought to show you that it isn’t just a rebellion of blusterers, badly-disposed men who want to create disorder. We only want justice, we are tired of starving, and it seems to us that the time has come when things ought to be arranged so that we can at least have bread every day.”
Sa voix se raffermissait. Il leva les yeux, il continua, en regardant le directeur:His voice grew stronger. He lifted his eyes and went on, while looking at the manager.
—Vous savez bien que nous ne pouvons accepter votre nouveau système… On nous accuse de mal boiser. C’est vrai, nous ne donnons pas à ce travail le temps nécessaire. Mais, si nous le donnions, notre journée se trouverait réduite encore, et comme elle n’arrive déjà pas à nous nourrir, ce serait donc la fin de tout, le coup de torchon qui nettoierait vos hommes. Payez-nous davantage, nous boiserons mieux, nous mettrons aux bois les heures voulues, au lieu de nous acharner à l’abattage, la seule besogne productive. Il n’y a pas d’autre arrangement possible, il faut que le travail soit payé pour être fait… Et qu’est-ce que vous avez inventé à la place? une chose qui ne peut pas nous entrer dans la tête, voyez-vous! Vous baissez le prix de la berline, puis vous prétendez compenser cette baisse en payant le boisage à part. Si cela était vrai, nous n’en serions pas moins volés, car le boisage nous prendrait toujours plus de temps. Mais ce qui nous enrage, c’est que cela n’est pas même vrai: la Compagnie ne compense rien du tout, elle met simplement deux centimes par berline dans sa poche, voilà!“You know quite well that we cannot agree to your new system. They accuse us of bad timbering. It’s true we don’t give the necessary time to the work. But if we gave it, our day’s work would be still smaller, and as it doesn’t give us enough food at present, that would mean the end of everything, the sweep of the clout that would wipe off all your men. Pay us more and we will timber better, we will give the necessary hours to the timbering instead of putting all our strength into the picking, which is the only work that pays. There’s no other arrangement possible; if the work is to be done it must be paid for. And what have you invented instead? A thing which we can’t get into our heads, don’t you see? You lower the price of the tram and then you pretend to make up for it by paying for all timbering separately. If that was true we should be robbed all the same, for the timbering would still take us more time. But what makes us mad is that it isn’t even true; the Company compensates for nothing at all, it simply puts two centimes a tram into its pocket, that’s all.”
—Oui, oui, c’est la vérité, murmurèrent les autres délégués, en voyant M. Hennebeau faire un geste violent, comme pour interrompre.“Yes, yes, that’s it,” murmured the other deputies, noticing M. Hennebeau make a violent movement as if to interrupt.
Du reste, Maheu coupa la parole au directeur. Maintenant, il était lancé, les mots venaient tout seuls. Par moments, il s’écoutait avec surprise, comme si un étranger avait parlé en lui. C’étaient des choses amassées au fond de sa poitrine, des choses qu’il ne savait même pas là, et qui sortaient, dans un gonflement de son coeur. Il disait leur misère à tous, le travail dur, la vie de brute, la femme et les petits criant la faim à la maison. Il cita les dernières paies désastreuses, les quinzaines dérisoires, mangées par les amendes et les chômages, rapportées aux familles en larmes. Est-ce qu’on avait résolu de les détruire?But Maheu cut the manager short. Now that he had set out his words came by themselves. At times he listened to himself with surprise as though a stranger were speaking within him. It was the things amassed within his breast, things he did not even know were there, and which came out in an expansion of his heart. He described the wretchedness that was common to all of them, the hard toil, the brutal life, the wife and little ones crying from hunger in the house. He quoted the recent disastrous payments, the absurd fortnightly wages, eaten up by fines and rest days and brought back to their families in tears. Was it resolved to destroy them?
—Alors, monsieur le directeur, finit-il par conclure, nous sommes donc venus vous dire que, crever pour crever, nous préférons crever à ne rien faire. Ce sera de la fatigue de moins… Nous avons quitté les fosses, nous ne redescendrons que si la Compagnie accepte nos conditions. Elle veut baisser le prix de la berline, payer le boisage à part. Nous autres, nous voulons que les choses restent comme elles étaient, et nous voulons encore qu’on nous donne cinq centimes de plus par berline… Maintenant, c’est à vous de voir si vous êtes pour la justice et pour le travail.“Then, sir,” he concluded, “we have come to tell you that if we’ve got to starve we would rather starve doing nothing. It will be a little less trouble. We have left the pits and we don’t go down again unless the Company agrees to our terms. The Company wants to lower the price of the tram and to pay for the timbering separately. We ask for things to be left as they were, and we also ask for five centimes more the tram. Now it is for you to see if you are on the side of justice and work.”
Des voix, parmi les mineurs, s’élevèrent.Voices rose among the miners.
—C’est cela… Il a dit notre idée à tous… Nous ne demandons que la raison.“That’s it—he has said what we all feel—we only ask what’s reason.”
D’autres, sans parler, approuvaient d’un hochement de tête. La pièce luxueuse avait disparu, avec ses ors et ses broderies, son entassement mystérieux d’antiquailles; et ils ne sentaient même plus le tapis, qu’ils écrasaient sous leurs chaussures lourdes.Others, without speaking, showed their approval by nodding their heads. The luxurious room had disappeared, with its gold and its embroideries, its mysterious piling up of ancient things; and they no longer even felt the carpet which they crushed beneath their heavy boots.
—Laissez-moi donc répondre, finit par crier M. Hennebeau, qui se fâchait. Avant tout, il n’est pas vrai que la Compagnie gagne deux centimes par berline… Voyons les chiffres.“Let me reply, then,” at last exclaimed M. Hennebeau, who was growing angry. “First of all, it is not true that the Company gains two centimes the tram. Let us look at the figures.”
Une discussion confuse suivit. Le directeur, pour tâcher de les diviser, interpella Pierron, qui se déroba, en bégayant. Au contraire, Levaque était à la tête des plus agressifs, embrouillant les choses, affirmant des faits qu’il ignorait. Le gros murmure des voix s’étouffait sous les tentures, dans la chaleur de serre.A confused discussion followed. The manager, trying to divide them, appealed to Pierron, who hid himself, stammering. Levaque, on the contrary, was at the head of the more aggressive, muddling up things and affirming facts of which he was ignorant. The loud murmurs of their voices were stifled beneath the hangings in the hot-house atmosphere.
—Si vous causez tous à la fois, reprit M. Hennebeau, jamais nous ne nous entendrons.“If you all talk at the same time,” said M. Hennebeau, “we shall never come to an understanding.”
Il avait retrouvé son calme, sa politesse rude, sans aigreur, de gérant qui a reçu une consigne et qui entend la faire respecter. Depuis les premiers mots, il ne quittait pas Étienne du regard, il manoeuvrait pour le tirer du silence où le jeune homme se renfermait. Aussi, abandonnant la discussion des deux centimes, élargit-il brusquement la question.He had regained his calmness, the rough politeness, without bitterness, of an agent who has received his instructions, and means that they shall be respected. From the first word he never took his eye off Étienne, and manœuvred to draw the young man out of his obstinate silence. Leaving the discussion about the two centimes, he suddenly enlarged the question.
—Non, avouez donc la vérité, vous obéissez à des excitations détestables. C’est une peste, maintenant, qui souffle sur tous les ouvriers et qui corrompt les meilleurs… Oh! je n’ai besoin de la confession de personne, je vois bien qu’on vous a changés, vous si tranquilles autrefois. N’est-ce-pas? on vous a promis plus de beurre que de pain, on vous a dit que votre tour était venu d’être les maîtres… Enfin, on vous enrégimente dans cette fameuse Internationale, cette armée de brigands dont le rêve est la destruction de la société…“No, acknowledge the truth: you are yielding to abominable incitations. It is a plague which is now blowing over the workers everywhere, and corrupting the best. Oh! I have no need for any one to confess. I can see well that you have been changed, you who used to be so quiet. Is it not so? You have been promised more butter than bread, and you have been told that now your turn has come to be masters. In fact, you have been enrolled in that famous International, that army of brigands who dream of destroying society.”
Étienne, alors, l’interrompit.Then Étienne interrupted him.
—Vous vous trompez, monsieur le directeur. Pas un charbonnier de Montsou n’a encore adhéré. Mais, si on les y pousse, toutes les fosses s’enrôleront. Ça dépend de la Compagnie.“You are mistaken, sir. Not a single Montsou collier has yet enrolled. But if they are driven to it, all the pits will enroll themselves. That depends on the Company.”
Dès ce moment, la lutte continua entre M. Hennebeau et lui, comme si les autres mineurs n’avaient plus été là.From that moment the struggle went on between M. Hennebeau and Étienne as though the other miners were no longer there.
—La Compagnie est une providence pour ses hommes, vous avez tort de la menacer. Cette année, elle a dépensé trois cent mille francs à bâtir des corons, qui ne lui rapportent pas le deux pour cent, et je ne parle ni des pensions qu’elle sert, ni du charbon, ni des médicaments qu’elle donne… Vous qui paraissez intelligent, qui êtes devenu en peu de mois un de nos ouvriers les plus habiles, ne feriez-vous pas mieux de répandre ces vérités-là que de vous perdre, en fréquentant des gens de mauvaise réputation? Oui, je veux parler de Rasseneur, dont nous avons dû nous séparer, afin de sauver nos fosses de la pourriture socialiste… On vous voit toujours chez lui, et c’est lui assurément qui vous a poussé à créer cette caisse de prévoyance, que nous tolérerions bien volontiers si elle était seulement une épargne, mais où nous sentons une arme contre nous, un fonds de réserve pour payer les frais de la guerre. Et, à ce propos, je dois ajouter que la Compagnie entend avoir un contrôle sur cette caisse.“The Company is a Providence for the men, and you are wrong to threaten it. This year it has spent three hundred thousand francs in building settlements which only return two per cent, and I say nothing of the pensions which it pays, nor of the coals and medicines which it gives. You who seem to be intelligent, and who have become in a few months one of our most skilful workmen, would it not be better if you were to spread these truths, rather than ruin yourself by associating with people of bad reputation? Yes, I mean Rasseneur, whom we had to turn off in order to save our pits from socialistic corruption. You are constantly seen with him, and it is certainly he who has induced you to form this Provident Fund, which we would willingly tolerate if it were merely a means of saving, but which we feel to be a weapon turned against us, a reserve fund to pay the expenses of the war. And in this connection I ought to add that the Company means to control that fund.”
Étienne le laissait aller, les yeux sur les siens, les lèvres agitées d’un petit battement nerveux. Il sourit à la dernière phrase, il répondit simplement:Étienne allowed him to continue, fixing his eyes on him, while a slight nervous quiver moved his lips. He smiled at the last remark, and simply replied:
—C’est donc une nouvelle exigence, car monsieur le directeur avait jusqu’ici négligé de réclamer ce contrôle… Notre désir, par malheur, est que la Compagnie s’occupe moins de nous, et qu’au lieu de jouer le rôle de providence, elle se montre tout bonnement juste en nous donnant ce qui nous revient, notre gain qu’elle se partage. Est-ce honnête, à chaque crise, de laisser mourir de faim les travailleurs pour sauver les dividendes des actionnaires?… Monsieur le directeur aura beau dire, le nouveau système est une baisse de salaire déguisée, et c’est ce qui nous révolte, car si la Compagnie a des économies à faire, elle agit très mal en les réalisant uniquement sur l’ouvrier.“Then that is a new demand, for until now, sir, you have neglected to claim that control. Unfortunately, we wish the Company to occupy itself less with us, and instead of playing the part of Providence to be merely just with us, giving us our due, the profits which it appropriates. Is it honest, whenever a crisis comes, to leave the workers to die with hunger in order to save the shareholders’ dividends? Whatever you may say, sir, the new system is a disguised reduction of wages, and that is what we are rebelling against, for if the Company wants to economize it acts very badly by only economizing on the men.”
—Ah! nous y voilà! cria M. Hennebeau. Je l’attendais, cette accusation d’affamer le peuple et de vivre de sa sueur! Comment pouvez-vous dire des bêtises pareilles, vous qui devriez savoir les risques énormes que les capitaux courent dans l’industrie, dans les mines par exemple? Une fosse tout équipée, aujourd’hui, coûte de quinze cent mille francs à deux millions; et que de peine avant de retirer un intérêt médiocre d’une telle somme engloutie! Presque la moitié des sociétés minières, en France, font faillite… Du reste, c’est stupide d’accuser de cruauté celles qui réussissent. Quand leurs ouvriers souffrent, elles souffrent elles-mêmes. Croyez-vous que la Compagnie n’a pas autant à perdre que vous, dans la crise actuelle? Elle n’est pas la maîtresse du salaire, elle obéit à la concurrence, sous peine de ruine. Prenez-vous-en aux faits, et non à elle… Mais vous ne voulez pas entendre, vous ne voulez pas comprendre!“Ah! there we are!” cried M. Hennebeau. “I was expecting that—the accusation of starving the people and living by their sweat. How can you talk such folly, you who ought to know the enormous risks which capital runs in industry—in the mines, for example? A well-equipped pit today costs from fifteen hundred thousand francs to two millions; and it is difficult enough to get a moderate interest on the vast sum that is thus swallowed. Nearly half the mining companies in France are bankrupt. Besides, it is stupid to accuse those who succeed of cruelty. When their workers suffer, they suffer themselves. Can you believe that the Company has not as much to lose as you have in the present crisis? It does not govern wages; it obeys competition under pain of ruin. Blame the facts, not the Company. But you don’t wish to hear, you don’t wish to understand.”
—Si, dit le jeune homme, nous comprenons très bien qu’il n’y a pas d’amélioration possible pour nous, tant que les choses iront comme elles vont, et c’est même à cause de ça que les ouvriers finiront, un jour ou l’autre, par s’arranger de façon à ce qu’elles aillent autrement.“Yes,” said the young man, “we understand very well that our lot will never be bettered as long as things go on as they are going; and that is the reason why some day or another the workers will end by arranging that things shall go differently.”
Cette parole, si modérée de forme, fut prononcée à demi-voix, avec une telle conviction, tremblante de menace, qu’il se fit un grand silence. Une gêne, un souffle de peur passa dans le recueillement du salon. Les autres délégués, qui comprenaient mal, sentaient pourtant que le camarade venait de réclamer leur part, au milieu de ce bien-être; et ils recommençaient à jeter des regards obliques sur les tentures chaudes, sur les sièges confortables, sur tout ce luxe dont la moindre babiole aurait payé leur soupe pendant un mois.This sentence, so moderate in form, was pronounced in a low voice, but with such conviction, tremulous in its menace, that a deep silence followed. A certain constraint, a breath of fear passed through the polite drawing-room. The other delegates, though scarcely understanding, felt that their comrade had been demanding their share of this comfort; and they began to cast sidelong looks over the warm hangings, the comfortable seats, all this luxury of which the least knick-knack would have bought them soup for a month.
Enfin, M. Hennebeau, qui était resté pensif, se leva, pour les congédier. Tous l’imitèrent. Étienne, légèrement, avait poussé le coude de Maheu; et celui-ci reprit, la langue déjà empâtée et maladroite:At last M. Hennebeau, who had remained thoughtful, rose as a sign for them to depart. All imitated him. Étienne had lightly pushed Maheu’s elbow, and the latter, his tongue once more thick and awkward, again spoke.
—Alors, monsieur, c’est tout ce que vous répondez… Nous allons dire aux autres que vous repoussez nos conditions.“Then, sir, that is all that you reply? We must tell the others that you reject our terms.”
—Moi, mon brave, s’écria le directeur, mais je ne repousse rien!… Je suis un salarié comme vous, je n’ai pas plus de volonté ici que le dernier de vos galibots. On me donne des ordres, et mon seul rôle est de veiller à leur bonne exécution. Je vous ai dit ce que j’ai cru devoir vous dire, mais je me garderais bien de décider… Vous m’apportez vos exigences, je les ferai connaître à la Régie, puis je vous transmettrai la réponse.“I, my good fellow!” exclaimed the manager, “I reject nothing. I am paid just as you are. I have no more power in the matter than the smallest of your trammers. I receive my orders, and my only duty is to see that they are executed. I have told you what I thought I ought to tell you, but it is not for me to decide. You have brought me your demands. I will make them known to the directors, then I will tell you their reply.”
Il parlait de son air correct de haut fonctionnaire, évitant de se passionner dans les questions, d’une sécheresse courtoise de simple instrument d’autorité. Et les mineurs, maintenant, le regardaient avec défiance, se demandaient d’où il venait, quel intérêt il pouvait avoir à mentir, ce qu’il devait voler, en se mettant ainsi entre eux et les vrais patrons. Un intrigant peut-être, un homme qu’on payait comme un ouvrier, et qui vivait si bien!He spoke with the correct air of a high official avoiding any passionate interest in the matter, with the courteous dryness of a simple instrument of authority. And the miners now looked at him with distrust, asking themselves what interest he might have in lying, and what he would get by thus putting himself between them and the real masters. A schemer, perhaps, this man who was paid like a worker, and who lived so well!
Étienne osa de nouveau intervenir.Étienne ventured to intervene again.
—Voyez donc, monsieur le directeur, comme il est regrettable que nous ne puissions plaider notre cause en personne. Nous expliquerions beaucoup de choses, nous trouverions des raisons qui vous échappent forcément… Si nous savions seulement où nous adresser!“You see, sir, how unfortunate it is that we cannot plead our cause in person. We could explain many things, and bring forward many reasons of which you could know nothing, if we only knew where we ought to go.”
M. Hennebeau ne se fâcha point. Il eut même un sourire.M. Hennebeau was not at all angry. He even smiled.
—Ah! dame! cela se complique, du moment où vous n’avez pas confiance en moi… Il faut aller là-bas.“Ah! it gets complicated as soon as you have no confidence in me; you will have to go over there.”
Les délégués avaient suivi son geste vague, sa main tendue vers une des fenêtres. Où était-ce, là-bas? Paris sans doute. Mais ils ne le savaient pas au juste, cela se reculait dans un lointain terrifiant, dans une contrée inaccessible et religieuse, où trônait le dieu inconnu, accroupi au fond de son tabernacle. Jamais ils ne le verraient, ils le sentaient seulement comme une force qui, de loin, pesait sur les dix mille charbonniers de Montsou. Et, quand le directeur parlait, c’était cette force qu’il avait derrière lui, cachée et rendant des oracles.The delegates had followed the vague gesture of his hand toward one of the windows. Where was it, over there? Paris, no doubt. But they did not know exactly; it seemed to fall back into a terrible distance, in an inaccessible religious country, where an unknown god sat on his throne, crouching down at the far end of his tabernacle. They would never see him; they only felt him as a force far off, which weighed on the ten thousand colliers of Montsou. And when the director spoke he had that hidden force behind him delivering oracles.
Un découragement les accabla, Étienne lui-même eut un haussement d’épaules pour leur dire que le mieux était de s’en aller; tandis que M. Hennebeau tapait amicalement sur le bras de Maheu, en lui demandant des nouvelles de Jeanlin.They were overwhelmed with discouragement; Étienne himself signified by a shrug of the shoulders that it would be best to go; while M. Hennebeau touched Maheu’s arm in a friendly way and asked after Jeanlin.
—En voilà une rude leçon cependant, et c’est vous qui défendez les mauvais boisages!… Vous réfléchirez, mes amis, vous comprendrez qu’une grève serait un désastre pour tout le monde. Avant une semaine, vous mourrez de faim: comment ferez-vous?… Je compte sur votre sagesse d’ailleurs, et je suis convaincu que vous redescendrez lundi au plus tard.“That is a severe lesson now, and it is you who defend bad timbering. You must reflect, my friends; you must realize that a strike would be a disaster for everybody. Before a week you would die of hunger. What would you do? I count on your good sense, anyhow; and I am convinced that you will go down on Monday, at the latest.”
Tous partaient, quittaient le salon dans un piétinement de troupeau, le dos arrondi, sans répondre un mot à cet espoir de soumission. Le directeur, qui les accompagnait, fut obligé de résumer l’entretien: la Compagnie d’un côté avec son nouveau tarif, les ouvriers de l’autre avec leur demande d’une augmentation de cinq centimes par berline. Pour ne leur laisser aucune illusion, il crut devoir les prévenir que leurs conditions seraient certainement repoussées par la Régie.They all left, going out of the drawing-room with the tramping of a flock and rounded backs, without replying a word to this hope of submission. The manager, who accompanied them, was obliged to continue the conversation. The Company, on the one side, had its new tariff; the workers, on the other, their demand for an increase of five centimes the tram. In order that they might have no illusions, he felt he ought to warn them that their terms would certainly be rejected by the directors.
—Réfléchissez avant de faire des bêtises, répéta-t-il, inquiet de leur silence.“Reflect before committing any follies,” he repeated, disturbed at their silence.
Dans le vestibule, Pierron salua très bas, pendant que Levaque affectait de remettre sa casquette. Maheu cherchait un mot pour partir, lorsque Étienne, de nouveau, le toucha du coude. Et tous s’en allèrent, au milieu de ce silence menaçant. La porte seule retomba, à grand bruit.In the porch Pierron bowed very low, while Levaque pretended to adjust his cap. Maheu was trying to find something to say before leaving, when Étienne again touched his elbow. And they all left in the midst of this threatening silence. The door closed with a loud bang.
Lorsque M. Hennebeau rentra dans la salle à manger, il retrouva ses convives immobiles et muets, devant les liqueurs. En deux mots, il mit au courant Deneulin, dont le visage acheva de s’assombrir. Puis, tandis qu’il buvait son café froid, on tâcha de parler d’autre chose. Mais les Grégoire eux-mêmes revinrent à la grève, étonnés qu’il n’y eût pas des lois pour défendre aux ouvriers de quitter leur travail. Paul rassurait Cécile, affirmait qu’on attendait les gendarmes.When M. Hennebeau re-entered the dining-room he found his guests motionless and silent before the liqueurs. In two words he told his story to Deneulin, whose face grew still more gloomy. Then, as he drank his cold coffee, they tried to speak of other things. But the Grégoires themselves returned to the subject of the strike, expressing their astonishment that no laws existed to prevent workmen from leaving their work. Paul reassured Cécile, stating that they were expecting the police.
Enfin, madame Hennebeau appela le domestique.At last Madame Hennebeau called the servant:
—Hippolyte, avant que nous passions au salon, ouvrez les fenêtres et donnez de l’air.“Hippolyte, before we go into the drawing-room just open the windows and let in a little air.”
IIIIII
Quinze jours s’étaient écoulés; et, le lundi de la troisième semaine, les feuilles de présence, envoyées à la Direction, indiquèrent une diminution nouvelle dans le nombre des ouvriers descendus. Ce matin-là, on comptait sur la reprise du travail; mais l’obstination de la Régie à ne pas céder exaspérait les mineurs. Le Voreux, Crèvecoeur, Mirou, Madeleine n’étaient plus les seuls qui chômaient; à la Victoire et à Feutry-Cantel, la descente comptait à peine maintenant le quart des hommes; et Saint-Thomas lui-même se trouvait atteint. Peu à peu, la grève devenait générale.A fortnight had passed, and on the Monday of the third week the lists sent up to the managers showed a fresh decrease in the number of the miners who had gone down. It was expected that on that morning work would be resumed, but the obstinacy of the directors in not yielding exasperated the miners. The Voreux, Crévecœur, Mirou, and Madeleine were not the only pits resting; at the Victoire and at Feutry-Cantel only about a quarter of the men had gone down; even Saint-Thomas was affected. The strike was gradually becoming general.
Au Voreux, un lourd silence pesait sur le carreau. C’était l’usine morte, ce vide et cet abandon des grands chantiers, où dort le travail. Dans le ciel gris de décembre, le long des hautes passerelles, trois ou quatre berlines oubliées avaient la tristesse muette des choses. En bas, entre les jambes maigres des tréteaux, le stock de charbon s’épuisait, laissant la terre nue et noire; tandis que la provision des bois pourrissait sous les averses. A l’embarcadère du canal, il était resté une péniche à moitié chargée, comme assoupie dans l’eau trouble; et, sur le terri désert, dont les sulfures décomposés fumaient malgré la pluie, une charrette dressait mélancoliquement ses brancards. Mais les bâtiments surtout s’engourdissaient, le criblage aux persiennes closes, le beffroi où ne montaient plus les grondements de la recette, et la chambre refroidie des générateurs, et la cheminée géante trop large pour les rares fumées.At the Voreux a heavy silence hung over the pit-mouth. It was a dead workshop, these great empty abandoned Yards where work was sleeping. In the grey December sky, along the high foot-bridges three or four empty trams bore witness to the mute sadness of things. Underneath, between the slender posts of the platforms, the stock of coal was diminishing, leaving the earth bare and black; while the supplies of wood were mouldering beneath the rain. At the quay on the canal a barge was moored, half-laden, lying drowsily in the murky water; and on the deserted pit-bank, in which the decomposed sulphates smoked in spite of the rain, a melancholy cart showed its shafts erect. But the buildings especially were growing torpid, the screening-shed with closed shutters, the steeple in which the rumbling of the receiving-room no more arose, and the machine-room grown cold, and the giant chimney too large for the occasional smoke.
On ne chauffait la machine d’extraction que le matin. Les palefreniers descendaient la nourriture des chevaux, les porions travaillaient seuls au fond, redevenus ouvriers, veillant aux désastres qui endommagent les voies, dès qu’on cesse de les entretenir; puis, à partir de neuf heures, le reste du service se faisait par les échelles. Et, au-dessus de cette mort des bâtiments ensevelis dans leur drap de poussière noire, il n’y avait toujours que l’échappement de la pompe soufflant son haleine grosse et longue, le reste de vie de la fosse, que les eaux auraient détruite, si le souffle s’était arrêté.The winding-engine was only heated in the morning. The grooms sent down fodder for the horses, and the captains worked alone at the bottom, having become labourers again, watching over the damages that took place in the passages as soon as they ceased to be repaired; then, after nine o’clock the rest of the service was carried on by the ladders. And above these dead buildings, buried in their garment of black dust, there was only heard the escapement of the pumping-engine, breathing with its thick, long breath all that was left of the life of the pit, which the water would destroy if that breathing should cease.
En face, sur le plateau, le coron des Deux-Cent-Quarante, lui aussi, semblait mort. Le préfet de Lille était accouru, des gendarmes avaient battu les routes; mais, devant le calme des grévistes, préfet et gendarmes s’étaient décidés à rentrer chez eux. Jamais le coron n’avait donné un si bel exemple, dans la vaste plaine. Les hommes, pour éviter d’aller au cabaret, dormaient la journée entière; les femmes, en se rationnant de café, devenaient raisonnables, moins enragées de bavardages et de querelles; et jusqu’aux bandes d’enfants qui avaient l’air de comprendre, d’une telle sagesse, qu’elles couraient pieds nus et se giflaient sans bruit. C’était le mot d’ordre, répété, circulant de bouche en bouche: on voulait être sage.On the plain opposite, the settlement of the Deux-Cent-Quarante seemed also to be dead. The prefect of Lille had come in haste and the police had tramped all the roads; but in face of the calmness of the strikers, prefect and police had decided to go home again. Never had the settlement given so splendid an example in the vast plain. The men, to avoid going to the public-house, slept all day long; the women while dividing the coffee became reasonable, less anxious to gossip and quarrel; and even the troops of children seemed to understand it all, and were so good that they ran about with naked feet, smacking each other silently. The word of command had been repeated and circulated from mouth to mouth; they wished to be sensible.
Pourtant, un continuel va-et-vient emplissait de monde la maison des Maheu. Étienne, à titre de secrétaire, y avait partagé les trois mille francs de la caisse de prévoyance, entre les familles nécessiteuses; ensuite, de divers côtés, étaient arrivées quelques centaines de francs, produites par des souscriptions et des quêtes. Mais, aujourd’hui, toutes les ressources s’épuisaient, les mineurs n’avaient plus d’argent pour soutenir la grève, et la faim était là, menaçante. Maigrat, après avoir promis un crédit d’une quinzaine, s’était brusquement ravisé au bout de huit jours, coupant les vivres. D’habitude, il prenait les ordres de la Compagnie; peut-être celle-ci désirait-elle en finir tout de suite, en affamant les corons. Il agissait d’ailleurs en tyran capricieux, donnait ou refusait du pain, suivant la figure de la fille que les parents envoyaient aux provisions; et il fermait surtout sa porte à la Maheude, plein de rancune, voulant la punir de ce qu’il n’avait pas eu Catherine. Pour comble de misère, il gelait très fort, les femmes voyaient diminuer leur tas de charbon, avec la pensée inquiète qu’on ne le renouvellerait plus aux fosses, tant que les hommes ne redescendraient pas. Ce n’était point assez de crever de faim, on allait aussi crever de froid.There was, however, a continuous coming and going of people in the Maheus’ house. Étienne, as secretary, had divided the three thousand francs of the Provident Fund among the needy families; afterwards from various sides several hundred francs had arrived, yielded by subscriptions and collections. But now all their resources were exhausted; the miners had no more money to keep up the strike, and hunger was there, threatening them. Maigrat, after having promised credit for a fortnight, had suddenly altered his mind at the end of a week and cut off provisions. He usually took his orders from the Company; perhaps the latter wished to bring the matter to an end by starving the settlements. He acted besides like a capricious tyrant, giving or refusing bread according to the look of the girl who was sent by her parents for provisions; and he especially closed his door spitefully to Maheude, wishing to punish her because he had not been able to get Catherine. To complete their misery it was freezing very hard, and the women watched their piles of coal diminish, thinking anxiously that they could no longer renew them at the pits now that the men were not going down. It was not enough to die of hunger, they must also die of cold.
Chez les Maheu, déjà tout manquait. Les Levaque mangeaient encore, sur une pièce de vingt francs prêtée par Bouteloup. Quant aux Pierron, ils avaient toujours de l’argent; mais, pour paraître aussi affamés que les autres, dans la crainte des emprunts, ils se fournissaient à crédit chez Maigrat, qui aurait jeté son magasin à la Pierronne, si elle avait tendu sa jupe. Dès le samedi, beaucoup de familles s’étaient couchées sans souper. Et, en face des jours terribles qui commençaient, pas une plainte ne se faisait entendre, tous obéissaient au mot d’ordre, avec un tranquille courage.Among the Maheus everything was already running short. The Levaques could still eat on the strength of a twenty-franc piece lent by Bouteloup. As to the Pierrons, they always had money; but in order to appear as needy as the others, for fear of loans, they got their supplies on credit from Maigrat, who would have thrown his shop at Pierronne if she had held out her petticoat to him. Since Saturday many families had gone to bed without supper, and in face of the terrible days that were beginning not a complaint was heard, all obeyed the word of command with quiet courage.
C’était quand même une confiance absolue, une foi religieuse, le don aveugle d’une population de croyants. Puisqu’on leur avait promis l’ère de la justice, ils étaient prêts à souffrir pour la conquête du bonheur universel. La faim exaltait les têtes, jamais l’horizon fermé n’avait ouvert un au-delà plus large à ces hallucinés de la misère. Ils revoyaient là-bas, quand leurs yeux se troublaient de faiblesse, la cité idéale de leur rêve, mais prochaine à cette heure et comme réelle, avec son peuple de frères, son âge d’or de travail et de repas en commun. Rien n’ébranlait la conviction qu’ils avaient d’y entrer enfin. La caisse s’était épuisée, la Compagnie ne céderait pas, chaque jour devait aggraver la situation, et ils gardaient leur espoir, et ils montraient le mépris souriant des faits. Si la terre craquait sous eux, un miracle les sauverait. Cette foi remplaçait le pain et chauffait le ventre. Lorsque les Maheu et les autres avaient digéré trop vite leur soupe d’eau claire, ils montaient ainsi dans un demi-vertige, l’extase d’une vie meilleure qui jetait les martyrs aux bêtes.There was an absolute confidence in spite of everything, a religious faith, the blind gift of a population of believers. Since an era of justice had been promised to them they were willing to suffer for the conquest of universal happiness. Hunger exalted their heads; never had the low horizon opened a larger beyond to these people in the hallucination of their misery. They saw again over there, when their eyes were dimmed by weakness, the ideal city of their dream, but now growing near and seeming to be real, with its population of brothers, its golden age of labour and meals in common. Nothing overcame their conviction that they were at last entering it. The fund was exhausted; the Company would not yield; every day must aggravate the situation; and they preserved their hope and showed a smiling contempt for facts. If the earth opened beneath them a miracle would save them. This faith replaced bread and warmed their stomachs. When the Maheus and the others had too quickly digested their soup, made with clear water, they thus rose into a state of semi-vertigo, that ecstasy of a better life which has flung martyrs to the wild beasts.
Désormais, Étienne était le chef incontesté. Dans les conversations du soir, il rendait des oracles, à mesure que l’étude l’affinait et le faisait trancher en toutes choses. Il passait les nuits à lire, il recevait un nombre plus grand de lettres; même il s’était abonné au Vengeur, une feuille socialiste de Belgique, et ce journal, le premier qui entrait dans le coron, lui avait attiré, de la part des camarades, une considération extraordinaire. Sa popularité croissante le surexcitait chaque jour davantage. Tenir une correspondance étendue, discuter du sort des travailleurs aux quatre coins de la province, donner des consultations aux mineurs du Voreux, surtout devenir un centre, sentir le monde rouler autour de soi, c’était un continuel gonflement de vanité, pour lui, l’ancien mécanicien, le haveur aux mains grasses et noires. Il montait d’un échelon, il entrait dans cette bourgeoisie exécrée, avec des satisfactions d’intelligence et de bien-être, qu’il ne s’avouait pas. Un seul malaise lui restait, la conscience de son manque d’instruction, qui le rendait embarrassé et timide, dès qu’il se trouvait devant un monsieur en redingote.Étienne was henceforth the unquestioned leader. In the evening conversations he gave forth oracles, in the degree to which study had refined him and made him able to enter into difficult matters. He spent the nights reading, and received a large number of letters; he even subscribed to the Vengeur, a Belgian Socialist paper, and this journal, the first to enter the settlement, gained for him extraordinary consideration among his mates. His growing popularity excited him more every day. To carry on an extensive correspondence, to discuss the fate of the workers in the four corners of the province, to give advice to the Voreux miners, especially to become a centre and to feel the world rolling round him—continually swelled the vanity of the former engine-man, the pikeman with greasy black hands. He was climbing a ladder, he was entering this execrated middle class, with a satisfaction to his intelligence and comfort which he did not confess to himself. He had only one trouble, the consciousness of his lack of education, which made him embarrassed and timid as soon as he was in the presence of a gentleman in a frock-coat.
S’il continuait à s’instruire, dévorant tout, le manque de méthode rendait l’assimilation très lente, une telle confusion se produisait, qu’il finissait par savoir des choses qu’il n’avait pas comprises. Aussi, à certaines heures de bon sens, éprouvait-il une inquiétude sur sa mission, la peur de n’être point l’homme attendu. Peut-être aurait-il fallu un avocat, un savant capable de parler et d’agir, sans compromettre les camarades? Mais une révolte le remettait bientôt d’aplomb. Non, non, pas d’avocats! tous sont des canailles, ils profitent de leur science pour s’engraisser avec le peuple! Ça tournerait comme ça tournerait, les ouvriers devaient faire leurs affaires entre eux. Et son rêve de chef populaire le berçait de nouveau: Montsou à ses pieds, Paris dans un lointain de brouillard, qui sait? la députation un jour, la tribune d’une salle riche, où il se voyait foudroyant les bourgeois du premier discours prononcé par un ouvrier dans un Parlement.If he went on instructing himself, devouring everything, the lack of method would render assimilation very slow, and would produce such confusion that at last he would know much more than he could understand. So at certain hours of good sense he experienced a restlessness with regard to his mission—a fear that he was not the man for the task. Perhaps it required a lawyer, a learned man, able to speak and act without compromising the mates? But an outcry soon restored his assurance. No, no; no lawyers! They are all rascals; they profit by their knowledge to fatten on the people. Let things turn out how they will, the workers must manage their own affairs. And his dream of popular leadership again soothed him: Montsou at his feet, Paris in the misty distance, who knows? The elections some day, the tribune in a gorgeous hall, where he could thunder against the middle class in the first speech pronounced by a workman in a parliament.
Depuis quelques jours, Étienne était perplexe. Pluchart écrivait lettre sur lettre, en offrant de se rendre à Montsou, pour chauffer le zèle des grévistes. Il s’agissait d’organiser une réunion privée, que le mécanicien présiderait; et il y avait, sous ce projet, l’idée d’exploiter la grève, de gagner à l’Internationale les mineurs, qui, jusque-là, s’étaient montrés méfiants. Étienne redoutait du tapage, mais il aurait cependant laissé venir Pluchart, si Rasseneur n’avait blâmé violemment cette intervention. Malgré sa puissance, le jeune homme devait compter avec le cabaretier, dont les services étaient plus anciens, et qui gardait des fidèles parmi ses clients. Aussi hésitait-il encore, ne sachant que répondre.During the last few days Étienne had been perplexed. Pluchart wrote letter after letter, offering to come to Montsou to quicken the zeal of the strikers. It was a question of organizing a private meeting over which the mechanic would preside; and beneath this plan lay the idea of exploiting the strike, to gain over to the International these miners who so far had shown themselves suspicious. Étienne feared a disturbance, but he would, however, have allowed Pluchart to come if Rasseneur had not violently blamed this proceeding. In spite of his power, the young man had to reckon with the innkeeper, whose services were of older date, and who had faithful followers among his clients. So he still hesitated, not knowing what to reply.
Justement, le lundi, vers quatre heures, une nouvelle lettre arriva de Lille, comme Étienne se trouvait seul, avec la Maheude, dans la salle du bas. Maheu, énervé d’oisiveté, était parti à la pêche: s’il avait la chance de prendre un beau poisson, en dessous de l’écluse du canal, on le vendrait et on achèterait du pain. Le vieux Bonnemort et le petit Jeanlin venaient de filer, pour essayer leurs jambes remises à neuf; tandis que les enfants étaient sortis avec Alzire, qui passait des heures sur le terri, à ramasser des escarbilles. Assise près du maigre feu, qu’on n’osait plus entretenir, la Maheude, dégrafée, un sein hors du corsage et tombant jusqu’au ventre, faisait téter Estelle.On this very Monday, towards four o’clock, a new letter came from Lille as Étienne was alone with Maheude in the lower room. Maheu, weary of idleness, had gone fishing; if he had the luck to catch a fine fish under the sluice of the canal, they could sell it to buy bread. Old Bonnemort and little Jeanlin had just gone off to try their legs, which were now restored; while the children had departed with Alzire, who spent hours on the pit-bank collecting cinders. Seated near the miserable fire, which they no longer dared to keep up, Maheude, with her dress unbuttoned and one breast hanging out of her dress and falling to her belly, was suckling Estelle.
Lorsque le jeune homme replia la lettre, elle l’interrogea.When the young man had folded the letter, she questioned him:
—Est-ce de bonnes nouvelles? va-t-on nous envoyer de l’argent?“Is the news good? Are they going to send us any money?”
Il répondit non du geste, et elle continua:He shook his head, and she went on:
—Cette semaine, je ne sais comment nous allons faire… Enfin, on tiendra tout de même. Quand on a le bon droit de son côté, n’est-ce pas? ça vous donne du coeur, on finit toujours par être les plus forts.“I don’t know what we shall do this week. However, we’ll hold on all the same. When one has right on one’s side, don’t you think it gives you heart, and one ends always by being the strongest?”
A cette heure, elle était pour la grève, raisonnablement. Il aurait mieux valu forcer la Compagnie à être juste, sans quitter le travail. Mais, puisqu’on l’avait quitté, on devait ne pas le reprendre, avant d’obtenir justice. Là-dessus, elle se montrait d’une énergie intraitable. Plutôt crever que de paraître avoir eu tort, lorsqu’on avait raison!At the present time she was, to a reasonable extent, in favour of the strike. It would have been better to force the Company to be just without leaving off work. But since they had left it they ought not to go back to it without obtaining justice. On this point she was relentless. Better to die than to show oneself in the wrong when one was right!
—Ah! s’écria Étienne, s’il éclatait un bon choléra, qui nous débarrassât de tous ces exploiteurs de la Compagnie!“Ah!” exclaimed Étienne, “if a fine old cholera was to break out, that would free us of all these Company exploiters.”
—Non, non, répondit-elle, il ne faut souhaiter la mort à personne. Ça ne nous avancerait guère, il en repousserait d’autres… Moi, je demande seulement que ceux-là reviennent à des idées plus sensées, et j’attends ça, car il y a des braves gens partout… Vous savez que je ne suis pas du tout pour votre politique.“No, no,” she replied, “we must not wish any one dead. That wouldn’t help us at all; plenty more would spring up. Now I only ask that they should get sensible ideas, and I expect they will, for there are worthy people everywhere. You know I’m not at all for your politics.”
En effet, elle blâmait d’habitude ses violences de paroles, elle le trouvait batailleur. Qu’on voulût se faire payer son travail ce qu’il valait, c’était bon; mais pourquoi s’occuper d’un tas de choses, des bourgeois et du gouvernement? pourquoi se mêler des affaires des autres, où il n’y avait que de mauvais coups à attraper? Et elle lui gardait son estime, parce qu’il ne se grisait pas et qu’il lui payait régulièrement ses quarante-cinq francs de pension. Quand un homme avait de la conduite, on pouvait lui passer le reste.In fact she always blamed his violent language, and thought him aggressive. It was good that they should want their work paid for at what it was worth, but why occupy oneself with such things as the bourgeois and Government? Why mix oneself up with other people’s affairs, when one would get nothing out of it but hard knocks? And she kept her esteem for him because he did not get drunk, and regularly paid his forty-five francs for board and lodging. When a man behaves well one can forgive him the rest.
Étienne, alors, parla de la République, qui donnerait du pain à tout le monde. Mais la Maheude secoua la tête, car elle se souvenait de 48, une année de chien, qui les avait laissés nus comme des vers, elle et son homme, dans les premiers temps de leur ménage. Elle s’oubliait à en conter les embêtements d’une voix morne, les yeux perdus, la gorge à l’air, tandis que sa fille Estelle, sans lâcher le sein, s’endormait sur ses genoux. Et, absorbé lui aussi, Étienne regardait fixement ce sein énorme, dont la blancheur molle tranchait avec le teint massacré et jauni du visage.Étienne then talked about the Republic, which would give bread to everybody. But Maheude shook her head, for she remembered 1848, an awful year, which had left them as bare as worms, her and her man, in their early housekeeping years. She forgot herself in describing its horrors, in a mournful voice, her eyes lost in space, her breast open; while her infant, Estelle, without letting it go, had fallen asleep on her knees. And Étienne, also absorbed in thought, had his eyes fixed on this enormous breast, of which the soft whiteness contrasted with the muddy yellowish complexion of her face.
—Pas un liard, murmurait-elle, rien à se mettre sous la dent, et toutes les fosses qui s’arrêtaient. Enfin, quoi! la crevaison du pauvre monde, comme aujourd’hui!“Not a farthing,” she murmured, “nothing to put between one’s teeth, and all the pits stopped. Just the same destruction of poor people as to-day.”
Mais, à ce moment, la porte s’ouvrit, et ils restèrent muets de surprise devant Catherine qui entrait. Depuis sa fuite avec Chaval, elle n’avait plus reparu au coron. Son trouble était si grand, qu’elle ne referma pas la porte, tremblante et muette. Elle comptait trouver sa mère seule, la vue du jeune homme dérangeait la phrase préparée en route.But at that moment the door opened, and they remained mute with surprise before Catherine, who then came in. Since her flight with Chaval she had not reappeared at the settlement. Her emotion was so great that, trembling and silent, she forgot to shut the door. She expected to find her mother alone, and the sight of the young man put out of her head the phrases she had prepared on the way.
—Qu’est-ce que tu viens ficher ici? cria la Maheude, sans même quitter sa chaise. Je ne veux plus de toi, va-t’en!“What on earth have you come here for?” cried Maheude, without even moving from her chair. “I don’t want to have anything more to do with you; get along.”
Alors, Catherine tâcha de rattraper des mots.Then Catherine tried to find words:
—Maman, c’est du café et du sucre… Oui, pour les enfants… J’ai fait des heures, j’ai songé à eux…“Mother, it’s some coffee and sugar; yes, for the children. I’ve been thinking of them and done overtime.”
Elle tirait de ses poches une livre de café et une livre de sucre, qu’elle s’enhardit à poser sur la table. La grève du Voreux la tourmentait, tandis qu’elle travaillait à Jean-Bart, et elle n’avait trouvé que cette façon d’aider un peu ses parents, sous le prétexte de songer aux petits. Mais son bon coeur ne désarmait pas sa mère, qui répliqua:She drew out of her pockets a pound of coffee and a pound of sugar, and took courage to place them on the table. The strike at the Voreux troubled her while she was working at Jean-Bart, and she had only been able to think of this way of helping her parents a little, under the pretext of caring for the little ones. But her good nature did not disarm her mother, who replied:
—Au lieu de nous apporter des douceurs, tu aurais mieux fait de rester à nous gagner du pain.“Instead of bringing us sweets, you would have done better to stay and earn bread for us.”
Elle l’accabla, elle se soulagea, en lui jetant à la face tout ce qu’elle répétait contre elle, depuis un mois. Filer avec un homme, se coller à seize ans, lorsqu’on avait une famille dans le besoin! Il fallait être la dernière des filles dénaturées. On pouvait pardonner une bêtise, mais une mère n’oubliait jamais un pareil tour. Et encore si on l’avait tenue à l’attache! Pas du tout, elle était libre comme l’air, on lui demandait seulement de rentrer coucher.She overwhelmed her with abuse, relieving herself by throwing in her daughter’s face all that she had been saying against her for the past month. To go off with a man, to hang on to him at sixteen, when the family was in want! Only the most degraded of unnatural children could do it. One could forgive a folly, but a mother never forgot a trick like that. There might have been some excuse if they had been strict with her. Not at all; she was as free as air, and they only asked her to come in to sleep.
—Dis? qu’est-ce que tu as dans la peau, à ton âge?“Tell me, what have you got in your skin, at your age?”
Catherine, immobile près de la table, écoutait, la tête basse. Un tressaillement agitait son maigre corps de fille tardive, et elle tâchait de répondre, en paroles entrecoupées.Catherine, standing beside the table, listened with lowered head. A quiver shook her thin under-developed girlish body, and she tried to reply in broken words:
—Oh! s’il n’y avait que moi, pour ce que ça m’amuse!… C’est lui. Quand il veut, je suis bien forcée de vouloir, n’est-ce pas? parce que, vois-tu, il est le plus fort… Est-ce qu’on sait comment les choses tournent? Enfin, c’est fait, et ce n’est pas à défaire, car autant lui qu’un autre, maintenant. Faut bien qu’il m’épouse.“Oh! if it was only me, and the amusement that I get! It’s him. What he wants I’m obliged to want too, aren’t I? because, you see, he’s the strongest. How can one tell how things are going to turn out? Anyhow it’s done and can’t be undone; it may as well be him as another now. He’ll have to marry me.”
Elle se défendait sans révolte, avec la résignation passive des filles qui subissent le mâle de bonne heure. N’était-ce pas la loi commune? Jamais elle n’avait rêvé autre chose, une violence derrière le terri, un enfant à seize ans, puis la misère dans le ménage, si son galant l’épousait. Et elle ne rougissait de honte, elle ne tremblait ainsi, que bouleversée d’être traitée en gueuse devant ce garçon, dont la présence l’oppressait et la désespérait.She defended herself without a struggle, with the passive resignation of a girl who has submitted to the male at an early age. Was it not the common lot? She had never dreamed of anything else; violence behind the pit-bank, a child at sixteen, and then a wretched household if her lover married her. And she did not blush with shame; she only quivered like this at being treated like a slut before this lad, whose presence oppressed her to despair.
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Germinal par Émile Zola

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