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Germinal by Émile Zola Bilingual book English/French page 7

Ce n’est pas une traduction mots a mots mais les livres dans les deux languages mis côte a côte. Vous pouvez le lire en Français, en anglais ou parallèlement.

This is not a word-by-word translation but the books in the two languages put side by side. You can read it in French, in English or both.

Help us, buy us a cup of coffee
Aidez-nous en nous offrant une tasse de café

Germinal by Émile Zola

Germinal par Émile ZolaGerminal by Émile Zola
Deuxième partiePART 1
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Chapitre VCHAPTER V
Étienne, à son tour, vint s’asseoir sur la poutre. Sa tristesse augmentait, sans qu’il sût pourquoi. Le vieil homme, dont il regardait disparaître le dos, lui rappelait son arrivée du matin, le flot de paroles que l’énervement du vent avait arrachées à ce silencieux. Que de misère! et toutes ces filles, éreintées de fatigue, qui étaient encore assez bêtes, le soir, pour fabriquer des petits, de la chair à travail et à souffrance! Jamais ça ne finirait, si elles s’emplissaient toujours de meurt-de-faim. Est-ce qu’elles n’auraient pas dû plutôt se boucher le ventre, serrer les cuisses, ainsi qu’à l’approche du malheur? Peut-être ne remuait-il confusément ces idées moroses que dans l’ennui d’être seul, lorsque les autres, à cette heure, s’en allaient deux à deux prendre du plaisir. Le temps mou l’étouffait un peu, des gouttes de pluie, rares encore, tombaient sur ses mains fiévreuses. Oui, toutes y passaient, c’était plus fort que la raison.Étienne came and sat on the beam, in his turn. His sadness was increasing, though he could not tell why. The old man, whose disappearing back he watched, recalled his arrival in the morning, and the flood of words which the piercing wind had dragged from his silence. What wretchedness! And all these girls, worn out with fatigue, who were still stupid enough in the evening to fabricate little ones, to yield flesh for labour and suffering! It would never come to an end if they were always filling themselves with starvelings. Would it not be better if they were to shut up their bellies, and press their thighs together, as at the approach of misfortune? Perhaps these gloomy ideas only stirred confusedly in him because he was alone, while all the others at this hour were going about taking their pleasure in couples. The mild weather stifled him a little, occasional drops of rain fell on his feverish hands. Yes, they all came to it; it was something stronger than reason.
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Justement, comme Étienne restait assis, immobile dans l’ombre, un couple qui descendait de Montsou le frôla sans le voir, en s’engageant dans le terrain vague de Réquillart. La fille, une pucelle bien sûr, se débattait, résistait, avec des supplications basses, chuchotées; tandis que le garçon, muet, la poussait quand même vers les ténèbres d’un coin de hangar, demeuré debout, sous lequel d’anciens cordages moisis s’entassaient. C’étaient Catherine et le grand Chaval. Mais Étienne ne les avait pas reconnus au passage, et il les suivait des yeux, il guettait la fin de l’histoire, pris d’une sensualité, qui changeait le cours de ses réflexions. Pourquoi serait-il intervenu? lorsque les filles disent non, c’est qu’elles aiment à être bourrées d’abord.Just then, as Étienne remained seated motionless in the shadow, a couple who came down from Montsou rustled against him without seeing him as they entered the uneven Réquillart ground. The girl, certainly a virgin, was struggling and resisting with low whispered supplications, while the lad in silence was pushing her towards the darkness of a corner of the shed, still upright, under which there were piles of old mouldy rope. It was Catherine and big Chaval. But Étienne had not recognized them in passing, and his eyes followed them; he was watching for the end of the story, touched by a sensuality which changed the course of his thoughts. Why should he interfere? When girls refuse it is because they like first to be forced.
En quittant le coron des Deux-Cent-Quarante, Catherine était allée à Montsou par le pavé. Depuis l’âge de dix ans, depuis qu’elle gagnait sa vie à la fosse, elle courait ainsi le pays toute seule, dans la complète liberté des familles de houilleurs; et, si aucun homme ne l’avait eue, à quinze ans, c’était grâce à l’éveil tardif de sa puberté, dont elle attendait encore la crise. Quand elle fut devant les Chantiers de la Compagnie, elle traversa la rue et entra chez une blanchisseuse, où elle était certaine de trouver la Mouquette; car celle-ci vivait là, avec des femmes qui se payaient des tournées de café, du matin au soir. Mais elle eut un chagrin, la Mouquette, précisément, avait régalé à son tour, si bien qu’elle ne put lui prêter les dix sous promis. Pour la consoler, on lui offrit vainement un verre de café tout chaud. Elle ne voulut même pas que sa camarade empruntât à une autre femme. Une pensée d’économie lui était venue, une sorte de crainte superstitieuse, la certitude que, si elle l’achetait maintenant, ce ruban lui porterait malheur.On leaving the settlement of the Deux-Cent-Quarante Catherine had gone to Montsou along the road. From the age of ten, since she had earned her living at the pit, she went about the country alone in the complete liberty of the colliers’ families; and if no man had possessed her at fifteen it was owing to the tardy awakening of her puberty, the crisis of which had not yet arrived. When she was in front of the Company’s Yards she crossed the road and entered a laundress’s where she was certain to find Mouquette; for the latter stayed there from morning till night, among women who treated each other with coffee all round. But she was disappointed; Mouquette had just then been regaling them in her turn so thoroughly that she was not able to lend the half-franc she had promised. To console her they vainly offered a glass of hot coffee. She was not even willing that her companion should borrow from another woman. An idea of economy had come to her, a sort of superstitious fear, the certainty that that ribbon would bring her bad luck if she were to buy it now.
Elle se hâta de reprendre le chemin du coron, et elle était aux dernières maisons de Montsou, lorsqu’un homme, sur la porte de l’estaminet Piquette, l’appela.
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She hastened to regain the road to the settlement, and had reached the last houses of Montsou when a man at the door of the Piquette Estaminet called her:
—Eh! Catherine, où cours-tu si vite?“Eh! Catherine! where are you off to so quick?”
C’était le grand Chaval. Elle fut contrariée, non qu’il lui déplût, mais parce qu’elle n’était pas en train de rire.It was lanky Chaval. She was vexed, not because he displeased her, but because she was not inclined to joke.
—Entre donc boire quelque chose… Un petit verre de doux, veux-tu?“Come in and have a drink. A little glass of sweet, won’t you?”
Gentiment, elle refusa: la nuit allait tomber, on l’attendait chez elle. Lui, s’était avancé, la suppliait à voix basse, au milieu de la rue. Son idée, depuis longtemps, était de la décider à monter dans la chambre qu’il occupait au premier étage de l’estaminet Piquette, une belle chambre qui avait un grand lit, pour un ménage. Il lui faisait donc peur, qu’elle refusait toujours. Elle, bonne fille, riait, disait qu’elle monterait la semaine où les enfants ne poussent pas. Puis, d’une chose à une autre, elle en arriva, sans savoir comment, à parler du ruban bleu qu’elle n’avait pu acheter.She refused politely; the night was coming on, they were expecting her at home. He had advanced, and was entreating her in a low voice in the middle of the road. It had been his idea for a long time to persuade her to come up to the room which he occupied on the first story of the Estaminet Piquette, a fine room for a household, with a large bed. Did he frighten her, that she always refused? She laughed good-naturedly, and said that she would come up some day when children didn’t grow. Then, one thing leading to another, she told him, without knowing how, about the blue ribbon which she had not been able to buy.
—Mais je vais t’en payer un, moi! cria-t-il.“But I’ll pay for it,” he exclaimed.
Elle rougit, sentant qu’elle ferait bien de refuser encore, travaillée au fond du gros désir d’avoir son ruban. L’idée d’un emprunt lui revint, elle finit par accepter, à la condition qu’elle lui rendrait ce qu’il dépenserait pour elle. Cela les fit plaisanter de nouveau: il fut convenu que, si elle ne couchait pas avec lui, elle lui rendrait l’argent. Mais il y eut une autre difficulté, quand il parla d’aller chez Maigrat.She blushed, feeling that it would be best to refuse again, but possessed by a strong desire to have the ribbon. The idea of a loan came back to her, and at last she accepted on condition that she should return to him what he spent on her. They began to joke again: it was agreed that if she did not sleep with him she should return him the money. But there was another difficulty when he talked of going to Maigrat’s.
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—Non, pas chez Maigrat, maman me l’a défendu.
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“No, not Maigrat’s; mother won’t let me.”
—Laisse donc, est-ce qu’on a besoin de dire où l’on va!… C’est lui qui tient les plus beaux rubans de Montsou.“Why? is there any need to say where one goes? He has the best ribbons in Montsou.”
Lorsque Maigrat vit entrer dans sa boutique le grand Chaval et Catherine, comme deux galants qui achètent leur cadeau de noces, il devint très rouge, il montra ses pièces de ruban bleu avec la rage d’un homme dont on se moque. Puis, les jeunes gens servis, il se planta sur la porte pour les regarder s’éloigner dans le crépuscule; et, comme sa femme venait d’une voix timide lui demander un renseignement, il tomba sur elle, l’injuria, cria qu’il ferait se repentir un jour le sale monde qui manquait de reconnaissance, lorsque tous auraient dû être par terre, à lui lécher les pieds.When Maigrat saw lanky Chaval and Catherine coming to his shop like two lovers who are buying their engagement gifts, he became very red, and exhibited his pieces of blue ribbon with the rage of a man who is being made fun of. Then, when he had served the young people, he planted himself at the door to watch them disappear in the twilight; and when his wife came to ask him a question in a timid voice, he fell on her, abusing her, and exclaiming that he would make them repent some day, the filthy creatures, who had no gratitude, when they ought all to be on the ground licking his feet.
Sur la route, le grand Chaval accompagnait Catherine. Il marchait près d’elle, les bras ballants; seulement, il la poussait de la hanche, il la conduisait, sans en avoir l’air. Elle s’aperçut tout d’un coup qu’il lui avait fait quitter le pavé et qu’ils s’engageaient ensemble dans l’étroit chemin de Réquillart. Mais elle n’eut pas le temps de se fâcher: déjà, il la tenait à la taille, il l’étourdissait d’une caresse de mots continue. Était-elle bête, d’avoir peur! est-ce qu’il voulait du mal à un petit mignon comme elle, aussi douce que de la soie, si tendre qu’il l’aurait mangée? Et il lui soufflait derrière l’oreille, dans le cou, il lui faisait passer un frisson sur toute la peau du corps. Elle, étouffée, ne trouvait rien à répondre. C’était vrai, qu’il semblait l’aimer. Le samedi soir, après avoir éteint la chandelle, elle s’était justement demandé ce qu’il arriverait, s’il la prenait ainsi; puis, en s’endormant, elle avait rêvé qu’elle ne disait plus non, toute lâche de plaisir. Pourquoi donc, à la même idée, aujourd’hui, éprouvait-elle une répugnance et comme un regret? Pendant qu’il lui chatouillait la nuque avec ses moustaches, si doucement, qu’elle en fermait les yeux, l’ombre d’un autre homme, du garçon entrevu le matin, passait dans le noir de ses paupières closes.Lanky Chaval accompanied Catherine along the road. He walked beside her, swinging his arms; only he pushed her by the hip, conducting her without seeming to do so. She suddenly perceived that he had made her leave the pavement and that they were taking the narrow Réquillart road. But she had no time to be angry; his arm was already round her waist, and he was dazing her with a constant caress of words. How stupid she was to be afraid! Did he want to hurt such a little darling, who was as soft as silk, so tender that he could have devoured her? And he breathed behind her ear, in her neck, so that a shudder passed over the skin of her whole body. She felt stifled, and had nothing to reply. It was true that he seemed to love her. On Saturday evenings, after having blown out the candle, she had asked herself what would happen if he were to take her in this way; then, on going to sleep, she had dreamed that she would no longer refuse, quite overcome by pleasure. Why, then, at the same idea to-day did she feel repugnance and something like regret? While he was tickling her neck with his moustache so softly that she closed her eyes, the shadow of another man, of the lad she had seen that morning, passed over the darkness of her closed eyelids.
Brusquement, Catherine regarda autour d’elle. Chaval l’avait conduite dans les décombres de Réquillart, et elle eut un recul frissonnant devant les ténèbres du hangar effondré.Catherine suddenly looked around her. Chaval had conducted her into the ruins of Réquillart and she recoiled, shuddering, from the darkness of the fallen shed.
—Oh! non, oh! non, murmura-t-elle, je t’en prie, laisse-moi!“Oh! no! oh, no!” she murmured, “please let me go!”
La peur du mâle l’affolait, cette peur qui raidit les muscles dans un instinct de défense, même lorsque les filles veulent bien, et qu’elles sentent l’approche conquérante de l’homme. Sa virginité, qui n’avait rien à apprendre pourtant, s’épouvantait, comme à la menace d’un coup, d’une blessure dont elle redoutait la douleur encore inconnue.The fear of the male had taken hold of her, that fear which stiffens the muscles in an impulse of defence, even when girls are willing, and feel the conquering approach of man. Her virginity which had nothing to learn took fright as at a threatening blow, a wound of which she feared the unknown pain.
—Non, non, je ne veux pas! Je te dis que je suis trop jeune… Vrai! plus tard, quand je serai faite au moins.“No, no! I don’t want to! I tell you that I am too young. It’s true! Another time, when I am quite grown up.”
Il grogna sourdement:He growled in a low voice:
—Bête! rien à craindre alors… Qu’est-ce que ça te fiche?“Stupid! There’s nothing to fear. What does that matter?”
Mais il ne parla pas davantage. Il l’avait empoignée solidement, il la jetait sous le hangar. Et elle tomba à la renverse sur les vieux cordages, elle cessa de se défendre, subissant le mâle avant l’âge, avec cette soumission héréditaire, qui, dès l’enfance, culbutait en plein vent les filles de sa race. Ses bégaiements effrayés s’éteignirent, on n’entendit plus que le souffle ardent de l’homme.But without speaking more he had seized her firmly and pushed her beneath the shed. And she fell on her back on the old ropes; she ceased to protest, yielding to the male before her time, with that hereditary submission which from childhood had thrown down in the open air all the girls of her race. Her frightened stammering grew faint, and only the ardent breath of the man was heard.
Étienne, cependant, avait écouté, sans bouger. Encore une qui faisait le saut! Et, maintenant qu’il avait vu la comédie, il se leva, envahi d’un malaise, d’une sorte d’excitation jalouse où montait de la colère. Il ne se gênait plus, il enjambait les poutres, car ces deux-là étaient bien trop occupés à cette heure, pour se déranger. Aussi fut-il surpris, lorsqu’il eut fait une centaine de pas sur la route, de voir, en se tournant, qu’ils étaient debout déjà et qu’ils paraissaient, comme lui, revenir vers le coron. L’homme avait repris la fille à la taille, la serrant d’un air de reconnaissance, lui parlant toujours dans le cou; et c’était elle qui semblait pressée, qui voulait rentrer vite, l’air fâché surtout du retard.Étienne, however, had listened without moving. Another who was taking the leap! And now that he had seen the comedy he got up, overcome by uneasiness, by a kind of jealous excitement in which there was a touch of anger. He no longer restrained himself; he stepped over the beams, for those two were too much occupied now to be disturbed. He was surprised, therefore, when he had gone a hundred paces along the path, to find that they were already standing up, and that they appeared, like himself, to be returning to the settlement. The man again had his arm round the girl’s waist, and was squeezing her, with an air of gratitude, still speaking in her neck; and it was she who seemed in a hurry, anxious to return quickly, and annoyed at the delay.
Alors, Étienne fut tourmenté d’une envie, celle de voir leurs figures. C’était imbécile, il hâta le pas pour ne point y céder. Mais ses pieds se ralentissaient d’eux-mêmes, il finit, au premier réverbère, par se cacher dans l’ombre. Une stupeur le cloua, lorsqu’il reconnut au passage Catherine et le grand Chaval. Il hésitait d’abord: était-ce bien elle, cette jeune fille en robe gros bleu, avec ce bonnet? était-ce le galopin qu’il avait vu en culotte, la tête serrée dans le béguin de toile? Voilà pourquoi elle avait pu le frôler, sans qu’il la devinât. Mais il ne doutait plus, il venait de retrouver ses yeux, la limpidité verdâtre de cette eau de source, si claire et si profonde. Quelle catin! et il éprouvait un furieux besoin de se venger d’elle, sans motif, en la méprisant. D’ailleurs, ça ne lui allait pas d’être en fille: elle était affreuse.Then Étienne was tormented by the desire to see their faces. It was foolish, and he hastened his steps, so as not to yield to it; but his feet slackened of their own accord, and at the first lamppost he concealed himself in the shade. He was petrified by horror when he recognized Catherine and lanky Chaval. He hesitated at first: was it indeed she, that young girl in the coarse blue dress, with that bonnet? Was that the urchin whom he had seen in breeches, with her head in the canvas cap? That was why she could pass so near him without his recognizing her. But he no longer doubted; he had seen her eyes again, with their greenish limpidity of spring water, so clear and so deep. What a wench! And he experienced a furious desire to avenge himself on her with contempt, without any motive. Besides, he did not like her as a girl: she was frightful.
Lentement, Catherine et Chaval étaient passés. Ils ne se savaient point guettés de la sorte, lui la retenait pour la baiser derrière l’oreille, tandis qu’elle recommençait à s’attarder sous les caresses, qui la faisaient rire. Resté en arrière, Étienne était bien obligé de les suivre, irrité de ce qu’ils barraient le chemin, assistant quand même à ces choses dont la vue l’exaspérait. C’était donc vrai, ce qu’elle lui avait juré le matin: elle n’était encore la maîtresse de personne; et lui qui ne l’avait pas crue, qui s’était privé d’elle pour ne pas faire comme l’autre! et lui qui venait de se la laisser prendre sous le nez, qui avait poussé la bêtise jusqu’à s’égayer salement à les voir! Cela le rendait fou, il serrait les poings, il aurait mangé cet homme, dans un de ces besoins de tuer où il voyait rouge.Catherine and Chaval had passed him slowly. They did not know that they were watched. He held her to kiss her behind the ear, and she began to slacken her steps beneath his caresses, which made her laugh. Left behind, Étienne was obliged to follow them, irritated because they barred the road and because in spite of himself he had to witness these things which exasperated him. It was true, then, what she had sworn to him in the morning: she was not any one’s mistress; and he, who had not believed her, who had deprived himself of her in order not to act like the other! and who had let her be taken beneath his nose, pushing his stupidity so far as to be dirtily amused at seeing them! It made him mad! he clenched his hands, he could have devoured that man in one of those impulses to kill in which he saw everything red.
Pendant une demi-heure, la promenade dura. Lorsque Chaval et Catherine approchèrent du Voreux, ils ralentirent encore leur marche, ils s’arrêtèrent deux fois au bord du canal, trois fois le long du terri, très gais maintenant, s’amusant à de petits jeux tendres. Étienne devait s’arrêter lui aussi, faire les mêmes stations, de peur d’être aperçu. Il s’efforçait de n’avoir plus qu’un regret brutal: ça lui apprendrait à ménager les filles, par bonne éducation. Puis, après le Voreux, libre enfin d’aller dîner chez Rasseneur, il continua de les suivre, il les accompagna au coron, demeura là, debout dans l’ombre, pendant un quart d’heure, à attendre que Chaval laissât Catherine rentrer chez elle. Et, lorsqu’il fut bien sûr qu’ils n’étaient plus ensemble, il marcha de nouveau, il poussa très loin sur la route de Marchiennes, piétinant, ne songeant à rien, trop étouffé et trop triste pour s’enfermer dans une chambre.The walk lasted for half an hour. When Chaval and Catherine approached the Voreux they slackened their pace still more; they stopped twice beside the canal, three times along the pit-bank, very cheerful now and occupied with little tender games. Étienne was obliged to stop also when they stopped, for fear of being perceived. He endeavoured to feel nothing but a brutal regret: that would teach him to treat girls with consideration through being well brought up! Then, after passing the Voreux, and at last free to go and dine at Rasseneur’s, he continued to follow them, accompanying them to the settlement, where he remained standing in the shade for a quarter of an hour, waiting until Chaval left Catherine to enter her home. And when he was quite sure that they were no longer together, he set off walking afresh, going very far along the Marchiennes road, stamping, and thinking of nothing, too stifled and too sad to shut himself up in a room.
Une heure plus tard seulement, vers neuf heures, Étienne retraversa le coron, en se disant qu’il fallait manger et se coucher, s’il voulait être debout le matin, à quatre heures. Le village dormait déjà, tout noir dans la nuit. Pas une lueur ne glissait des persiennes closes, les longues façades s’alignaient, avec le sommeil pesant des casernes qui ronflent. Seul, un chat se sauva au travers des jardins vides. C’était la fin de la journée, l’écrasement des travailleurs tombant de la table au lit, assommés de fatigue et de nourriture.It was not until an hour later, towards nine o’clock, that Étienne again passed the settlement, saying to himself that he must eat and sleep, if he was to be up again at four o’clock in the morning. The village was already asleep, and looked quite black in the night. Not a gleam shone from the closed shutters, the house fronts slept, with the heavy sleep of snoring barracks. Only a cat escaped through the empty gardens. It was the end of the day, the collapse of workers falling from the table to the bed, overcome with weariness and food.
Chez Rasseneur, dans la salle éclairée, un machineur et deux ouvriers du jour buvaient des chopes. Mais, avant de rentrer, Étienne s’arrêta, jeta un dernier regard aux ténèbres. Il retrouvait la même immensité noire que le matin, lorsqu’il était arrivé par le grand vent. Devant lui, le Voreux s’accroupissait de son air de bête mauvaise, vague, piqué de quelques lueurs de lanterne. Les trois brasiers du terri brûlaient en l’air, pareils à des lunes sanglantes, détachant par instants les silhouettes démesurées du père Bonnemort et de son cheval jaune. Et, au-delà, dans la plaine rase, l’ombre avait tout submergé, Montsou, Marchiennes, la forêt de Vandame, la vaste mer de betteraves et de blé, où ne luisaient plus, comme des phares lointains, que les feux bleus des hauts fourneaux et les feux rouges des fours à coke. Peu à peu, la nuit se noyait, la pluie tombait maintenant, lente, continue, abîmant ce néant au fond de son ruissellement monotone; tandis qu’une seule voix s’entendait encore, la respiration grosse et lente de la machine d’épuisement, qui jour et nuit soufflait.At Rasseneur’s, in the lighted room, an engine-man and two day-workers were drinking. But before going in Étienne stopped to throw one last glance into the darkness. He saw again the same black immensity as in the morning when he had arrived in the wind. Before him the Voreux was crouching, with its air of an evil beast, its dimness pricked with a few lantern lights. The three braziers of the bank were burning in the air, like bloody moons, now and then showing the vast silhouettes of Father Bonnemort and his yellow horse. And beyond, in the flat plain, shade had submerged everything, Montsou, Marchiennes, the forest of Vandame, the immense sea of beetroot and of wheat, in which there only shone, like distant lighthouses, the blue fires of the blast furnaces, and the red fires of the coke ovens. Gradually the night came on, the rain was now falling slowly, continuously, burying this void in its monotonous streaming. Only one voice was still heard, the thick, slow respiration of the pumping engine, breathing both by day and by night.
Troisième partiePART 3
II
Le lendemain, les jours suivants, Étienne reprit son travail à la fosse. Il s’accoutumait, son existence se réglait sur cette besogne et ces habitudes nouvelles, qui lui avaient paru si dures au début. Une seule aventure coupa la monotonie de la première quinzaine, une fièvre éphémère qui le tint quarante-huit heures au lit, les membres brisés, la tête brûlante, rêvassant, dans un demi-délire, qu’il poussait sa berline au fond d’une voie trop étroite, où son corps ne pouvait passer. C’était simplement la courbature de l’apprentissage, un excès de fatigue dont il se remit tout de suite.On the next day, and the days that followed, Étienne continued his work at the pit. He grew accustomed to it; his existence became regulated by this labour and to these new habits which had seemed so hard to him at first. Only one episode interrupted the monotony of the first fortnight: a slight fever which kept him in bed for forty-eight hours with aching limbs and throbbing head, dreaming in a state of semi-delirium that he was pushing his tram in a passage that was so narrow that his body would not pass through. It was simply the exhaustion of his apprenticeship, an excess of fatigue from which he quickly recovered.
Et les jours succédaient aux jours, des semaines, des mois s’écoulèrent. Maintenant, comme les camarades, il se levait à trois heures, buvait le café, emportait la double tartine que madame Rasseneur lui préparait dès la veille. Régulièrement, en se rendant le matin à la fosse, il rencontrait le vieux Bonnemort qui allait se coucher, et en sortant l’après-midi, il se croisait avec Bouteloup qui arrivait prendre sa tâche. Il avait le béguin, la culotte, la veste de toile, il grelottait et il se chauffait le dos à la baraque, devant le grand feu. Puis venait l’attente, pieds nus, à la recette, traversée de furieux courants d’air.And days followed days, until weeks and months had slipped by. Now, like his mates, he got up at three o’clock, drank his coffee, and carried off the double slice of bread and butter which Madame Rasseneur had prepared for him the evening before. Regularly as he went every morning to the pit, he met old Bonnemort who was going home to sleep, and on leaving in the afternoon he crossed Bouteloup who was going to his task. He had his cap, his breeches and canvas jacket, and he shivered and warmed his back in the shed before the large fire. Then came the waiting with naked feet in the receiving-room, swept by furious currents of air. 
Mais la machine, dont les gros membres d’acier, étoilés de cuivre, luisaient là-haut, dans l’ombre, ne le préoccupait plus, ni les câbles qui filaient d’une aile noire et muette d’oiseau nocturne, ni les cages émergeant et plongeant sans cesse, au milieu du vacarme des signaux, des ordres criés, des berlines ébranlant les dalles de fonte. Sa lampe brûlait mal, ce sacré lampiste n’avait pas dû la nettoyer; et il ne se dégourdissait que lorsque Mouquet les emballait tous, avec des claques de farceur qui sonnaient sur le derrière des filles. La cage se décrochait, tombait comme une pierre au fond d’un trou, sans qu’il tournât seulement la tête pour voir fuir le jour. Jamais il ne songeait à une chute possible, il se retrouvait chez lui à mesure qu’il descendait dans les ténèbres, sous la pluie battante.But the engine, with its great steel limbs starred with copper shining up above in the shade, no longer attracted his attention, nor the cables which flew by with the black and silent motion of a nocturnal bird, nor the cages rising and plunging unceasingly in the midst of the noise of signals, of shouted orders, of trams shaking the metal floor. His lamp burnt badly, that confounded lamp-man could not have cleaned it; and he only woke up when Mouquet bundled them all off, roguishly smacking the girls’ flanks. The cage was unfastened, and fell like a stone to the bottom of a hole without causing him even to lift his head to see the daylight vanish. He never thought of a possible fall; he felt himself at home as he sank into the darkness beneath the falling rain. 
En bas, à l’accrochage, lorsque Pierron les avait déballés, de son air de douceur cafarde, c’était toujours le même piétinement de troupeau, les chantiers s’en allant chacun à sa taille, d’un pas traînard. Lui, désormais, connaissait les galeries de la mine mieux que les rues de Montsou, savait qu’il fallait tourner ici, se baisser plus loin, éviter ailleurs une flaque d’eau. Il avait pris une telle habitude de ces deux kilomètres sous terre, qu’il les aurait faits sans lampe, les mains dans les poches. Et, toutes les fois, les mêmes rencontres se produisaient, un porion éclairant au passage la face des ouvriers, le père Mouque amenant un cheval, Bébert conduisant Bataille qui s’ébrouait, Jeanlin courant derrière le train pour refermer les portes d’aérage, et la grosse Mouquette, et la maigre Lydie poussant leurs berlines.Below at the pit-eye, when Pierron had unloaded them with his air of hypocritical mildness, there was always the same tramping as of a flock, the yard-men each going away to his cutting with trailing steps. He now knew the mine galleries better than the streets of Montsou; he knew where he had to turn, where he had to stoop, and where he had to avoid a puddle. He had grown so accustomed to these two kilometres beneath the earth, that he could have traversed them without a lamp, with his hands in his pockets. And every time the same meetings took place: a captain lighting up the faces of the passing workmen, Father Mouque leading a horse, Bébert conducting the snorting Bataille, Jeanlin running behind the tram to close the ventilation doors, and big Mouquette and lean Lydie pushing their trams.
A la longue, Étienne souffrait aussi beaucoup moins de l’humidité et de l’étouffement de la taille. La cheminée lui semblait très commode pour monter, comme s’il eût fondu et qu’il pût passer par des fentes, où il n’aurait point risqué une main jadis. Il respirait sans malaise les poussières du charbon, voyait clair dans la nuit, suait tranquille, fait à la sensation d’avoir du matin au soir ses vêtements trempés sur le corps. Du reste, il ne dépensait plus maladroitement ses forces, une adresse lui était venue, si rapide, qu’elle étonnait le chantier. Au bout de trois semaines, on le citait parmi les bons herscheurs de la fosse: pas un ne roulait sa berline jusqu’au plan incliné, d’un train plus vif, ni ne l’emballait ensuite, avec autant de correction. Sa petite taille lui permettait de se glisser partout, et ses bras avaient beau être fins et blancs comme ceux d’une femme, ils paraissaient en fer sous la peau délicate, tellement ils menaient rudement la besogne. Jamais il ne se plaignait, par fierté sans doute, même quand il râlait de fatigue. On ne lui reprochait que de ne pas comprendre la plaisanterie, tout de suite fâché, dès qu’on voulait taper sur lui. Au demeurant, il était accepté, regardé comme un vrai mineur, dans cet écrasement de l’habitude qui le réduisait un peu chaque jour à une fonction de machine.After a time, also, Étienne suffered much less from the damp and closeness of the cutting. The chimney or ascending passage seemed to him more convenient for climbing up, as if he had melted and could pass through cracks where before he would not have risked a hand. He breathed the coal-dust without difficulty, saw clearly in the obscurity, and sweated tranquilly, having grown accustomed to the sensation of wet garments on his body from morning to night. Besides, he no longer spent his energy recklessly; he had gained skill so rapidly that he astonished the whole stall. In three weeks he was named among the best putters in the pit; no one pushed a tram more rapidly to the upbrow, nor loaded it afterwards so correctly. His small figure allowed him to slip about everywhere, and though his arms were as delicate and white as a woman’s, they seemed to be made of iron beneath the smooth skin, so vigorously did they perform their task. He never complained, out of pride no doubt, even when he was panting with fatigue. The only thing they had against him was that he could not take a joke, and grew angry as soon as any one trod on his toes. In all other respects he was accepted and looked upon as a real miner, reduced beneath this pressure of habit, little by little, to a machine.
Maheu surtout se prenait d’amitié pour Étienne, car il avait le respect de l’ouvrage bien fait. Puis, ainsi que les autres, il sentait que ce garçon avait une instruction supérieure à la sienne: il le voyait lire, écrire, dessiner des bouts de plan, il l’entendait causer de choses dont, lui, ignorait jusqu’à l’existence. Cela ne l’étonnait pas, les houilleurs sont de rudes hommes qui ont la tête plus dure que les machineurs; mais il était surpris du courage de ce petit-là, de la façon gaillarde dont il avait mordu au charbon, pour ne pas crever de faim. C’était le premier ouvrier de rencontre qui s’acclimatait si promptement. Aussi, lorsque l’abattage pressait et qu’il ne voulait pas déranger un haveur, chargeait-il le jeune homme du boisage, certain de la propreté et de la solidité du travail. Les chefs le tracassaient toujours sur cette maudite question des bois, il craignait à chaque heure de voir apparaître l’ingénieur Négrel, suivi de Dansaert, criant, discutant, faisant tout recommencer; et il avait remarqué que le boisage de son herscheur satisfaisait ces messieurs davantage, malgré leurs airs de n’être jamais contents et de répéter que la Compagnie, un jour ou l’autre, prendrait une mesure radicale. Les choses traînaient, un sourd mécontentement fermentait dans la fosse, Maheu lui-même, si calme, finissait par fermer les poings.Maheu regarded Étienne with special friendship, for he respected work that was well done. Then, like the others, he felt that this lad had more education than himself; he saw him read, write, and draw little plans; he heard him talking of things of which he himself did not know even the existence. This caused him no astonishment, for miners are rough fellows who have thicker heads than engine-men; but he was surprised at the courage of this little chap, and at the cheerful way he had bitten into the coal to avoid dying of hunger. He had never met a workman who grew accustomed to it so quickly. So when hewing was urgent, and he did not wish to disturb a pikeman, he gave the timbering over to the young man, being sure of the neatness and solidity of his work. The bosses were always bothering him about the damned planking question; he feared every hour the appearance of the engineer Négrel, followed by Dansaert, shouting, discussing, ordering everything to be done over again, and he remarked that his putter’s timbering gave greater satisfaction to these gentlemen, in spite of their air of never being pleased with anything, and their repeated assertions that the Company would one day or another take radical measures. Things dragged on; a deep discontent was fomenting in the pit, and Maheu himself, in spite of his calmness, was beginning to clench his fists.
Il y avait eu d’abord une rivalité entre Zacharie et Étienne. Un soir, ils s’étaient menacés d’une paire de gifles. Mais le premier, brave garçon et se moquant de ce qui n’était pas son plaisir, tout de suite apaisé par l’offre amicale d’une chope, avait dû s’incliner bientôt devant la supériorité du nouveau venu. Levaque, lui aussi, faisait bon visage maintenant, causait politique avec le herscheur, qui avait, disait-il, ses idées. Et, parmi les hommes du marchandage, celui-ci ne sentait plus une hostilité sourde que chez le grand Chaval, non pas qu’ils parussent se bouder, car ils étaient devenus camarades au contraire; seulement, leurs regards se mangeaient, quand ils plaisantaient ensemble. Catherine, entre eux, avait repris son train de fille lasse et résignée, pliant le dos, poussant sa berline, gentille toujours pour son compagnon de roulage qui l’aidait à son tour, soumise d’autre part aux volontés de son amant dont elle subissait ouvertement les caresses.There was at first some rivalry between Zacharie and Étienne. One evening they were even coming to blows. But the former, a good lad though careless of everything but his own pleasure, was quickly appeased by the friendly offer of a glass, and soon yielded to the superiority of the new-comer. Levaque was also on good terms with him, talking politics with the putter, who, as he said, had his own ideas. The only one of the men in whom he felt a deep hostility was lanky Chaval: not that they were cool towards each other, for, on the contrary, they had become companions; only when they joked their eyes seemed to devour each other. Catherine continued to move among them as a tired, resigned girl, bending her back, pushing her tram, always good-natured with her companion in the putting, who aided her in his turn, and submissive to the wishes of her lover, whose caresses she now received openly.
C’était une situation acceptée, un ménage reconnu sur lequel la famille elle-même fermait les yeux, à ce point que Chaval emmenait chaque soir la herscheuse derrière le terri, puis la ramenait jusqu’à la porte de ses parents, où il l’embrassait une dernière fois, devant tout le coron. Étienne, qui croyait en avoir pris son parti, la taquinait souvent avec ces promenades, lâchant pour rire des mots crus, comme on en lâche entre garçons et filles, au fond des tailles; et elle répondait sur le même ton, disait par crânerie ce que son galant lui avait fait, troublée cependant et pâlissante, lorsque les yeux du jeune homme rencontraient les siens. Tous les deux détournaient la tête, restaient parfois une heure sans se parler, avec l’air de se haïr pour des choses enterrées en eux, et sur lesquelles ils ne s’expliquaient point.It was an accepted situation, a recognized domestic arrangement to which the family itself closed its eyes to such a degree that Chaval every evening led away the putter behind the pit-bank, then brought her back to her parents’ door, where he finally embraced her before the whole settlement. Étienne, who believed that he had reconciled himself to the situation, often teased her about these walks, making crude remarks by way of joke, as lads and girls will at the bottom of the cuttings; and she replied in the same tone, telling in a swaggering way what her lover had done to her, yet disturbed and growing pale when the young man’s eyes chanced to meet hers. Then both would turn away their heads, not speaking again, perhaps, for an hour, looking as if they hated each other because of something buried within them and which they could never explain to each other.
Le printemps était venu. Étienne, un jour, au sortir du puits, avait reçu à la face cette bouffée tiède d’avril, une bonne odeur de terre jeune, de verdure tendre, de grand air pur; et, maintenant, à chaque sortie, le printemps sentait meilleur et le chauffait davantage, après ses dix heures de travail dans l’éternel hiver du fond, au milieu de ces ténèbres humides que jamais ne dissipait aucun été. Les jours s’allongeaient encore, il avait fini, en mai, par descendre au soleil levant, lorsque le ciel vermeil éclairait le Voreux d’une poussière d’aurore, où la vapeur blanche des échappements montait toute rose. On ne grelottait plus, une haleine tiède soufflait des lointains de la plaine, pendant que les alouettes, très haut, chantaient. Puis, à trois heures, il avait l’éblouissement du soleil devenu brûlant, incendiant l’horizon, rougissant les briques sous la crasse du charbon. En juin, les blés étaient grands déjà, d’un vert bleu qui tranchait sur le vert noir des betteraves. C’était une mer sans fin, ondulante au moindre vent, qu’il voyait s’étaler et croître de jour en jour, surpris parfois comme s’il la trouvait le soir plus enflée de verdure que le matin. Les peupliers du canal s’empanachaient de feuilles. Des herbes envahissaient le terri, des fleurs couvraient les prés, toute une vie germait, jaillissait de cette terre, pendant qu’il geignait sous elle, là-bas, de misère et de fatigue.The spring had come. On emerging from the pit one day Étienne had received in his face a warm April breeze, a good odour of young earth, of tender greenness, of large open air; and now, every time he came up the spring smelt sweeter, warmed him more, after his ten hours of labour in the eternal winter at the bottom, in the midst of that damp darkness which no summer had ever dissipated. The days grew longer and longer; at last, in May, he went down at sunrise when a vermilion sky lit up the Voreux with a mist of dawn in which the white vapour of the pumping-engine became rose-coloured. There was no more shivering, a warm breath blew across the plain, while the larks sang far above. Then at three o’clock he was dazzled by the now burning sun which set fire to the horizon, and reddened the bricks beneath the filth of the coal. In June the wheat was already high, of a blue green, which contrasted with the black green of the beetroots. It was an endless vista undulating beneath the slightest breeze; and he saw it spread and grow from day to day, and was sometimes surprised, as if he had found it in the evening more swollen with verdure than it had been in the morning. The poplars along the canal were putting on their plumes of leaves. Grass was invading the pit-bank, flowers were covering the meadows, a whole life was germinating and pushing up from this earth beneath which he was groaning in misery and fatigue.
Maintenant, lorsque Étienne se promenait, le soir, ce n’était plus derrière le terri qu’il effarouchait des amoureux. Il suivait leurs sillages dans les blés, il devinait leurs nids d’oiseaux paillards, aux remous des épis jaunissants et des grands coquelicots rouges. Zacharie et Philomène y retournaient par une habitude de vieux ménage; la mère Brûlé, toujours aux trousses de Lydie, la dénichait à chaque instant avec Jeanlin, terrés si profondément ensemble, qu’il fallait mettre le pied sur eux pour les décider à s’envoler; et, quant à la Mouquette, elle gîtait partout, on ne pouvait traverser un champ, sans voir sa tête plonger, tandis que ses pieds seuls surnageaient, dans des culbutes à pleine échine. Mais tous ceux-là étaient bien libres, le jeune homme ne trouvait ça coupable que les soirs où il rencontrait Catherine et Chaval. Deux fois, il les vit, à son approche, s’abattre au milieu d’une pièce, dont les tiges immobiles restèrent mortes ensuite. Une autre fois, comme il suivait un étroit chemin, les yeux clairs de Catherine lui apparurent au ras des blés, puis se noyèrent. Alors, la plaine immense lui semblait trop petite, il préférait passer la soirée chez Rasseneur, à l’Avantage.When Étienne now went for a walk in the evening he no longer startled lovers behind the pit-bank. He could follow their track in the wheat and divine their wanton birds’ nests by eddies among the yellowing blades and the great red poppies. Zacharie and Philoméne came back to it out of old domestic habit; Mother Brulé, always on Lydie’s heels, was constantly hunting her out with Jeanlin, buried so deeply together that one had to tread on them before they made up their minds to get up; and as to Mouquette, she lay about everywhere—one could not cross a field without seeing her head plunge down while only her feet emerged as she lay at full length. But all these were quite free; the young man found nothing guilty there except on the evenings when he met Catherine and Chaval. Twice he saw them on his approach tumble down in the midst of a field, where the motionless stalks afterwards remained dead. Another time, as he was going along a narrow path, Catherine’s clear eyes appeared before him, level with the wheat, and immediately sank. Then the immense plain seemed to him too small, and he preferred to pass the evening at Rasseneur’s, in the Avantage.
—Madame Rasseneur, donnez-moi une chope… Non, je ne sortirai pas ce soir, j’ai les jambes cassées.“Give me a glass, Madame Rasseneur. No, I’m not going out to-night; my legs are too stiff.”
Et il se tournait vers un camarade, qui se tenait d’habitude assis à la table du fond, la tête contre le mur.And he turned towards a comrade, who always sat at the bottom table with his head against the wall.
—Souvarine, tu n’en prends pas une?“Souvarine, won’t you have one?”
—Merci, rien du tout.“No, thanks; nothing.”
Étienne avait fait la connaissance de Souvarine, en vivant là, côte à côte. C’était un machineur du Voreux, qui occupait en haut la chambre meublée, voisine de la sienne. Il devait avoir une trentaine d’années, mince, blond, avec une figure fine, encadrée de grands cheveux et d’une barbe légère. Ses dents blanches et pointues, sa bouche et son nez minces, le rose de son teint, lui donnaient un air de fille, un air de douceur entêtée, que le reflet gris de ses yeux d’acier ensauvageait par éclairs. Dans sa chambre d’ouvrier pauvre, il n’avait qu’une caisse de papiers et de livres. Il était Russe, ne parlait jamais de lui, laissait courir des légendes sur son compte. Les houilleurs, très défiants devant les étrangers, le flairant d’une autre classe à ses mains petites de bourgeois, avaient d’abord imaginé une aventure, un assassinat dont il fuyait le châtiment. Puis, il s’était montré si fraternel pour eux, sans fierté, distribuant à la marmaille du coron tous les sous de ses poches, qu’ils l’acceptaient à cette heure, rassurés par le mot de réfugié politique qui circulait, mot vague où ils voyaient une excuse, même au crime, et comme une camaraderie de souffrance.Étienne had become acquainted with Souvarine through living there side by side. He was an engine-man at the Voreux, and occupied the furnished room upstairs next to his own. He must have been about thirty years old, fair and slender, with a delicate face framed by thick hair and a slight beard. His white pointed teeth, his thin mouth and nose, with his rosy complexion, gave him a girlish appearance, an air of obstinate gentleness, across which the grey reflection of his steely eyes threw savage gleams. In his poor workman’s room there was nothing but a box of papers and books. He was a Russian, and never spoke of himself, so that many stories were afloat concerning him. The colliers, who are very suspicious with strangers, guessing from his small middle-class hands that he belonged to another caste, had at first imagined a romance, some assassination, and that he was escaping punishment. But then he had behaved in such a fraternal way with them, without any pride, distributing to the youngsters of the settlement all the sous in his pockets, that they now accepted him, reassured by the term “political refugee” which circulated about him—a vague term, in which they saw an excuse even for crime, and, as it were, a companionship in suffering.
Les premières semaines, Étienne l’avait trouvé d’une réserve farouche. Aussi ne connut-il son histoire que plus tard. Souvarine était le dernier-né d’une famille noble du gouvernement de Toula. A Saint-Pétersbourg, où il faisait sa médecine, la passion socialiste qui emportait alors toute la jeunesse russe l’avait décidé à apprendre un métier manuel, celui de mécanicien, pour se mêler au peuple, pour le connaître et l’aider en frère. Et c’était de ce métier qu’il vivait maintenant, après s’être enfui à la suite d’un attentat manqué contre la vie de l’empereur: pendant un mois, il avait vécu dans la cave d’un fruitier, creusant une mine au travers de la rue, chargeant des bombes, sous la continuelle menace de sauter avec la maison. Renié par sa famille, sans argent, mis comme étranger à l’index des ateliers français qui voyaient en lui un espion, il mourait de faim, lorsque la Compagnie de Montsou l’avait enfin embauché, dans une heure de presse. Depuis un an, il y travaillait en bon ouvrier, sobre, silencieux, faisant une semaine le service de jour et une semaine le service de nuit, si exact, que les chefs le citaient en exemple.During the first weeks, Étienne had found him timid and reserved, so that he only discovered his history later on. Souvarine was the latest born of a noble family in the Government of Tula. At St. Petersburg, where he studied medicine, the socialistic enthusiasm which then carried away all the youth in Russia had decided him to learn a manual trade, that of a mechanic, so that he could mix with the people, in order to know them and help them as a brother. And it was by this trade that he was now living after having fled, in consequence of an unsuccessful attempt against the tsar’s life: for a month he had lived in a fruiterer’s cellar, hollowing out a mine underneath the road, and charging bombs, with the constant risk of being blown up with the house. Renounced by his family, without money, expelled from the French workshops as a foreigner who was regarded as a spy, he was dying of starvation when the Montsou Company had at last taken him on at a moment of pressure. For a year he had laboured there as a good, sober, silent workman, doing day-work one week and night-work the next week, so regularly that the masters referred to him as an example to the others.
—Tu n’as donc jamais soif? lui demandait Étienne en riant.“Are you never thirsty?” said Étienne to him, laughing.
Et il répondait de sa voix douce, presque sans accent:And he replied with his gentle voice, almost without an accent:
—J’ai soif quand je mange.“I am thirsty when I eat.”
Son compagnon le plaisantait aussi sur les filles, jurait l’avoir vu avec une herscheuse dans les blés, du côté des Bas-de-Soie. Alors, il haussait les épaules, plein d’une indifférence tranquille. Une herscheuse, pour quoi faire? La femme était pour lui un garçon, un camarade, quand elle avait la fraternité et le courage d’un homme. Autrement, à quoi bon se mettre au coeur une lâcheté possible? Ni femme, ni ami, il ne voulait aucun lien, il était libre de son sang et du sang des autres.His companion also joked him about the girls, declaring that he had seen him with a putter in the wheat on the Bas-de-Soie side. Then he shrugged his shoulders with tranquil indifference. What should he do with a putter? Woman was for him a boy, a comrade, when she had the fraternal feeling and the courage of a man. What was the good of having a possible act of cowardice on one’s conscience? He desired no bond, either woman or friend; he would be master of his own life and those of others.
Chaque soir, vers neuf heures, lorsque le cabaret se vidait, Étienne restait ainsi à causer avec Souvarine. Lui buvait sa bière à petits coups, le machineur fumait de continuelles cigarettes, dont le tabac avait, à la longue, roussi ses doigts minces. Ses yeux vagues de mystique suivaient la fumée au travers d’un rêve; sa main gauche, pour s’occuper, tâtonnante et nerveuse, cherchait dans le vide; et il finissait, d’habitude, par installer sur ses genoux un lapin familier, une grosse mère toujours pleine, qui vivait lâchée en liberté, dans la maison. Cette lapine, qu’il avait lui-même appelée Pologne, s’était mise à l’adorer, venait flairer son pantalon, se dressait, le grattait de ses pattes, jusqu’à ce qu’il l’eût prise comme un enfant. Puis, tassée contre lui, les oreilles rabattues, elle fermait les yeux; tandis que, sans se lasser, d’un geste de caresse inconscient, il passait la main sur la soie grise de son poil, l’air calmé par cette douceur tiède et vivante.Every evening towards nine o’clock, when the inn was emptying, Étienne remained thus talking with Souvarine. He drank his beer in small sips, while the engine-man smoked constant cigarettes, of which the tobacco had at last stained his slender fingers. His vague mystic’s eyes followed the smoke in the midst of a dream; his left hand sought occupation by nervously twitching; and he usually ended by installing a tame rabbit on his knees, a large doe with young, who lived at liberty in the house. This rabbit, which he had named Poland, had grown to worship him; she would come and smell his trousers, fawn on him and scratch him with her paws until he took her up like a child. Then, lying in a heap against him, her ears laid back, she would close her eyes; and without growing tired, with an unconscious caressing gesture, he would pass his hand over her grey silky fur, calmed by that warm living softness.
—Vous savez, dit un soir Étienne, j’ai reçu une lettre de Pluchart.“You know I have had a letter from Pluchart,” said Étienne one evening.
Il n’y avait plus là que Rasseneur. Le dernier client était parti, rentrant au coron qui se couchait.Only Rasseneur was there. The last client had departed for the settlement, which was now going to bed.
—Ah! s’écria le cabaretier, debout devant ses deux locataires. Où en est-il, Pluchart?“Ah!” exclaimed the innkeeper, standing up before his two lodgers. “How are things going with Pluchart?”
Étienne, depuis deux mois, entretenait une correspondance suivie avec le mécanicien de Lille, auquel il avait eu l’idée d’apprendre son embauchement à Montsou, et qui maintenant l’endoctrinait, frappé de la propagande qu’il pouvait faire au milieu des mineurs.During the last two months, Étienne had kept up a constant correspondence with the Lille mechanician, whom he had told of his Montsou engagement, and who was now indoctrinating him, having been struck by the propaganda which he might carry on among the miners.
—Il en est, que l’association en question marche très bien. On adhère de tous les côtés, paraît-il.“The association is getting on very well. It seems that they are coming in from all sides.”
—Qu’est-ce que tu en dis, toi, de leur société? demanda Rasseneur à
Souvarine.
“What have you got to say, eh, about their society?” asked Rasseneur of Souvarine.
Celui-ci, qui grattait tendrement la tête de Pologne, souffla un jet de fumée, en murmurant de son air tranquille:The latter, who was softly scratching Poland’s head, blew out a puff of smoke and muttered, with his tranquil air:
—Encore des bêtises!“More foolery!”
Mais Étienne s’enflammait. Toute une prédisposition de révolte le jetait à la lutte du travail contre le capital, dans les illusions premières de son ignorance. C’était de l’Association internationale des travailleurs qu’il s’agissait, de cette fameuse Internationale qui venait de se créer à Londres. N’y avait-il pas là un effort superbe, une campagne où la justice allait enfin triompher? Plus de frontières, les travailleurs du monde entier se levant, s’unissant, pour assurer à l’ouvrier le pain qu’il gagne. Et quelle organisation simple et grande: en bas, la section, qui représente la commune; puis, la fédération, qui groupe les sections d’une même province; puis, la nation, et au-dessus, enfin, l’humanité, incarnée dans un Conseil général, où chaque nation était représentée par un secrétaire correspondant. Avant six mois, on aurait conquis la terre, on dicterait des lois aux patrons, s’ils faisaient les méchants.But Étienne grew enthusiastic. A predisposition for revolt was throwing him, in the first illusions of his ignorance, into the struggle of labour against capital. It was the International Working Men’s Association that they were concerned with, that famous International which had just been founded in London. Was not that a superb effort, a campaign in which justice would at last triumph? No more frontiers; the workers of the whole world rising and uniting to assure to the labourer the bread that he has earned. And what a simple and great organization! Below, the section which represents the commune; then the federation which groups the sections of the same province; then the nation; and then, at last, humanity incarnated in a general council in which each nation was represented by a corresponding secretary. In six months it would conquer the world, and would be able to dictate laws to the masters should they prove obstinate.
—Des bêtises! répéta Souvarine. Votre Karl Marx en est encore à vouloir laisser agir les forces naturelles. Pas de politique, pas de conspiration, n’est-ce pas? tout au grand jour, et uniquement pour la hausse des salaires… Fichez-moi donc la paix, avec votre évolution! Allumez le feu aux quatre coins des villes, fauchez les peuples, rasez tout, et quand il ne restera plus rien de ce monde pourri, peut-être en repoussera-t-il un meilleur.“Foolery!” repeated Souvarine. “Your Karl Marx is still only thinking about letting natural forces act. No politics, no conspiracies, is it not so? Everything in the light of day, and simply to raise wages. Don’t bother me with your evolution! Set fire to the four corners of the town, mow down the people, level everything, and when there is nothing more of this rotten world left standing, perhaps a better one will grow up in its place.”
Étienne se mit à rire. Il n’entendait pas toujours les paroles de son camarade, cette théorie de la destruction lui semblait une pose. Rasseneur, encore plus pratique, et d’un bon sens d’homme établi, ne daigna pas se fâcher. Il voulait seulement préciser les choses.Étienne began to laugh. He did not always take in his comrade’s sayings; this theory of destruction seemed to him an affectation. Rasseneur, who was still more practical, like a man of solid common sense did not condescend to get angry. He only wanted to have things clear.
—Alors, quoi? tu vas tenter de créer une section à Montsou?“Then, what? Are you going to try and create a section at Montsou?”
C’était ce que désirait Pluchart, qui était secrétaire de la Fédération du Nord. Il insistait particulièrement sur les services que l’Association rendrait aux mineurs, s’ils se mettaient un jour en grève. Étienne, justement, croyait la grève prochaine: l’affaire des bois finirait mal, il ne fallait plus qu’une exigence de la Compagnie pour révolter toutes les fosses.This was what was desired by Pluchart, who was secretary to the Federation of the Nord. He insisted especially on the services which the association would render to the miners should they go out on strike. Étienne believed that a strike was imminent: this timbering business would turn out badly; any further demands on the part of the Company would cause rebellion in all the pits.
—L’embêtant, c’est les cotisations, déclara Rasseneur d’un ton judicieux. Cinquante centimes par an pour le fonds général, deux francs pour la section, ça n’a l’air de rien, et je parie que beaucoup refuseront de les donner.“It’s the subscriptions that are the nuisance,” Rasseneur declared, in a judicial tone. “Half a franc a year for the general fund, two francs for the section; it looks like nothing, but I bet that many will refuse to give it.”
—D’autant plus, ajouta Étienne, qu’on devrait d’abord créer ici une caisse de prévoyance, dont nous ferions à l’occasion une caisse de résistance… N’importe, il est temps de songer à ces choses. Moi, je suis prêt, si les autres sont prêts.“All the more,” added Étienne, “because we must first have here a Provident Fund, which we can use if need be as an emergency fund. No matter, it is time to think about these things. I am ready if the others are.”
Il y eut un silence. La lampe à pétrole fumait sur le comptoir. Par la porte grande ouverte, on entendait distinctement la pelle d’un chauffeur du Voreux chargeant un foyer de la machine.There was silence. The petroleum lamp smoked on the counter. Through the large open door they could distinctly hear the shovel of a stoker at the Voreux stoking the engine.
—Tout est si cher! reprit madame Rasseneur, qui était entrée et qui écoutait d’un air sombre, comme grandie dans son éternelle robe noire. Si je vous disais que j’ai payé les oeufs vingt-deux sous… Il faudra que ça pète.“Everything is so dear!” began Madame Rasseneur, who had entered and was listening with a gloomy air as if she had grown up in her everlasting black dress. “When I tell you that I’ve paid twenty-two sous for eggs! It will have to burst up.”
Les trois hommes, cette fois, furent du même avis. Ils parlaient l’un après l’autre, d’une voix désolée, et les doléances commencèrent. L’ouvrier ne pouvait pas tenir le coup, la révolution n’avait fait qu’aggraver ses misères, c’étaient les bourgeois qui s’engraissaient depuis 89, si goulûment, qu’ils ne lui laissaient même pas le fond des plats à torcher. Qu’on dise un peu si les travailleurs avaient eu leur part raisonnable, dans l’extraordinaire accroissement de la richesse et du bien-être, depuis cent ans? On s’était fichu d’eux en les déclarant libres: oui, libres de crever de faim, ce dont ils ne se privaient guère. Ça ne mettait pas du pain dans la huche, de voter pour des gaillards qui se gobergeaient ensuite, sans plus songer aux misérables qu’à leurs vieilles bottes. Non, d’une façon ou d’une autre, il fallait en finir, que ce fût gentiment, par des lois, par une entente de bonne amitié, ou que ce fût en sauvages, en brûlant tout et en se mangeant les uns les autres. Les enfants verraient sûrement cela, si les vieux ne le voyaient pas, car le siècle ne pouvait s’achever sans qu’il y eût une autre révolution, celle des ouvriers cette fois, un chambardement qui nettoierait la société du haut en bas, et qui la rebâtirait avec plus de propreté et de justice.All three men this time were of the same opinion. They spoke one after the other in a despairing voice, giving expression to their complaints. The workers could not hold out; the Revolution had only aggravated their wretchedness; only the bourgeois had grown fat since ’89, so greedily that they had not even left the bottom of the plates to lick. Who could say that the workers had had their reasonable share in the extraordinary increase of wealth and comfort during the last hundred years? They had made fun of them by declaring them free. Yes, free to starve, a freedom of which they fully availed themselves. It put no bread into your cupboard to go and vote for fine fellows who went away and enjoyed themselves, thinking no more of the wretched voters than of their old boots. No! one way or another it would have to come to an end, either quietly by laws, by an understanding in good fellowship, or like savages by burning everything and devouring one another. Even if they never saw it, their children would certainly see it, for the century could not come to an end without another revolution, that of the workers this time, a general hustling which would cleanse society from top to bottom, and rebuild it with more cleanliness and justice.
—Il faut que ça pète, répéta énergiquement madame Rasseneur.“It will have to burst up,” Madame Rasseneur repeated energetically.
—Oui, oui, crièrent-ils tous les trois, il faut que ça pète.“Yes, yes,” they all three cried. “It will have to burst up.” 
Souvarine flattait maintenant les oreilles de Pologne, dont le nez se frisait de plaisir. Il dit à demi-voix, les yeux perdus, comme pour lui-même: Souvarine was now tickling Poland’s ears, and her nose was curling with pleasure. He said in a low voice, with abstracted gaze, as if to himself:
—Augmenter le salaire, est-ce qu’on peut? Il est fixé par la loi d’airain à la plus petite somme indispensable, juste le nécessaire pour que les ouvriers mangent du pain sec et fabriquent des enfants… S’il tombe trop bas, les ouvriers crèvent, et la demande de nouveaux hommes le fait remonter. S’il monte trop haut, l’offre trop grande le fait baisser… C’est l’équilibre des ventres vides, la condamnation perpétuelle au bagne de la faim.“Raise wages—how can you? They’re fixed by an iron law to the smallest possible sum, just the sum necessary to allow the workers to eat dry bread and get children. If they fall too low, the workers die, and the demand for new men makes them rise. If they rise too high, more men come, and they fall. It is the balance of empty bellies, a sentence to a perpetual prison of hunger.”
Quand il s’oubliait de la sorte, abordant des sujets de socialiste instruit, Étienne et Rasseneur demeuraient inquiets, troublés par ses affirmations désolantes, auxquelles ils ne savaient que répondre.When he thus forgot himself, entering into the questions that stir an educated socialist, Étienne and Rasseneur became restless, disturbed by his despairing statements which they were unable to answer.
—Entendez-vous! reprit-il avec son calme habituel, en les regardant, il faut tout détruire, ou la faim repoussera. Oui! l’anarchie, plus rien, la terre lavée par le sang, purifiée par l’incendie!… On verra ensuite.“Do you understand?” he said again, gazing at them with his habitual calmness; “we must destroy everything, or hunger will reappear. Yes, anarchy and nothing more; the earth washed in blood and purified by fire! Then we shall see!”
—Monsieur a bien raison, déclara madame Rasseneur, qui, dans ses violences révolutionnaires, se montrait d’une grande politesse.“Monsieur is quite right,” said Madame Rasseneur, who, in her revolutionary violence, was always very polite.
Étienne, désespéré de son ignorance, ne voulut pas discuter davantage.
Il se leva, en disant:
Étienne, in despair at his ignorance, would argue no longer. He rose, remarking:
—Allons nous coucher. Tout ça ne m’empêchera pas de me lever à trois heures.“Let’s go to bed. All this won’t save one from getting up at three o’clock.”
Déjà Souvarine, après avoir soufflé le bout de cigarette collé à ses lèvres, prenait délicatement la grosse lapine sous le ventre, pour la poser à terre. Rasseneur fermait la maison. Ils se séparèrent en silence, les oreilles bourdonnantes, la tête comme enflée des questions graves qu’ils remuaient.Souvarine, having blown away the cigarette-end which was sticking to his lips, was already gently lifting the big rabbit beneath the belly to place it on the ground. Rasseneur was shutting up the house. They separated in silence with buzzing ears, as if their heads had swollen with the grave questions they had been discussing.
Et, chaque soir, c’étaient des conversations semblables, dans la salle nue, autour de l’unique chope qu’Étienne mettait une heure à vider. Un fonds d’idées obscures, endormies en lui, s’agitait, s’élargissait. Dévoré surtout du besoin de savoir, il avait hésité longtemps à emprunter des livres à son voisin, qui malheureusement ne possédait guère que des ouvrages allemands et russes. Enfin, il s’était fait prêter un livre français sur les Sociétés coopératives, encore des bêtises, disait Souvarine; et il lisait aussi régulièrement un journal que ce dernier recevait, Le Combat, feuille anarchiste publiée à Genève. D’ailleurs, malgré leurs rapports quotidiens, il le trouvait toujours aussi fermé, avec son air de camper dans la vie, sans intérêts, ni sentiments, ni biens d’aucune sorte.And every evening there were similar conversations in the bare room around the single glass which Étienne took an hour to empty. A crowd of obscure ideas, asleep within him, were stirring and expanding. Especially consumed by the need of knowledge, he had long hesitated to borrow books from his neighbour, who unfortunately had hardly any but German and Russian works. At last he had borrowed a French book on Co-operative Societies—mere foolery, said Souvarine; and he also regularly read a newspaper which the latter received, the Combat, an Anarchist journal published at Geneva. In other respects, notwithstanding their daily relations, he found him as reserved as ever, with his air of camping in life, without interests or feelings or possessions of any kind.
Ce fut vers les premiers jours de juillet que la situation d’Étienne s’améliora. Au milieu de cette vie monotone, sans cesse recommençante de la mine, un accident s’était produit: les chantiers de la veine Guillaume venaient de tomber sur un brouillage, toute une perturbation dans la couche, qui annonçait certainement l’approche d’une faille; et, en effet, on avait bientôt rencontré cette faille, que les ingénieurs, malgré leur grande connaissance du terrain, ignoraient encore. Cela bouleversait la fosse, on ne causait que de la veine disparue, glissée sans doute plus bas, de l’autre côté de la faille. Les vieux mineurs ouvraient déjà les narines, comme de bons chiens lancés à la chasse de la houille. Mais, en attendant, les chantiers ne pouvaient rester les bras croisés, et des affiches annoncèrent que la Compagnie allait mettre aux enchères de nouveaux marchandages.Towards the first days of July, Étienne’s situation began to improve. In the midst of this monotonous life, always beginning over again, an accident had occurred. The stalls in the Guillaume seam had come across a shifting of the strata, a general disturbance in the layers, which certainly announced that they were approaching a fault; and, in fact, they soon came across this fault which the engineers, in spite of considerable knowledge of the soil, were still ignorant of. This upset the pit; nothing was talked of but the lost seam, which was to be found, no doubt, lower down on the other side of the fault. The old miners were already expanding their nostrils, like good dogs, in a chase for coal. But, meanwhile, the hewers could not stand with folded arms, and placards announced that the Company would put up new workings to auction.
Maheu, un jour, à la sortie, accompagna Étienne et lui offrit d’entrer comme haveur dans son marchandage, à la place de Levaque passé à un autre chantier. L’affaire était déjà arrangée avec le maître-porion et l’ingénieur, qui se montraient très contents du jeune homme. Aussi Étienne n’eut-il qu’à accepter ce rapide avancement, heureux de l’estime croissante où Maheu le tenait.Maheu, on coming out one day, accompanied Étienne and offered to take him on as a pikeman in his working, in place of Levaque who had gone to another yard. The matter had already been arranged with the head captain and the engineer, who were very pleased with the young man. So Étienne merely had to accept this rapid promotion, glad of the growing esteem in which Maheu held him.
Dès le soir, ils retournèrent ensemble à la fosse prendre connaissance des affiches. Les tailles mises aux enchères se trouvaient à la veine Filonnière, dans la galerie nord du Voreux. Elles semblaient peu avantageuses, le mineur hochait la tête à la lecture que le jeune homme lui faisait des conditions. En effet, le lendemain, quand ils furent descendus et qu’il l’eut emmené visiter la veine, il lui fit remarquer l’éloignement de l’accrochage, la nature ébouleuse du terrain, le peu d’épaisseur et la dureté du charbon. Pourtant, si l’on voulait manger, il fallait travailler. Aussi, le dimanche suivant, allèrent-ils aux enchères, qui avaient lieu dans la baraque, et que l’ingénieur de la fosse, assisté du maître-porion, présidait, en l’absence de l’ingénieur divisionnaire. Cinq à six cents charbonniers se trouvaient là, en face de la petite estrade, plantée dans un coin; et les adjudications marchaient d’un tel train, qu’on entendait seulement un sourd tumulte de voix, des chiffres criés, étouffés par d’autres chiffres.In the evening they returned together to the pit to take note of the placards. The cuttings put up to auction were in the Filonniére seam in the north gallery of the Voreux. They did not seem very advantageous, and the miner shook his head when the young man read out the conditions. On the following day when they had gone down, he took him to see the seam, and showed him how far away it was from the pit-eye, the crumbly nature of the earth, the thinness and hardness of the coal. But if they were to eat they would have to work. So on the following Sunday they went to the auction, which took place in the shed and was presided over by the engineer of the pit, assisted by the head captain, in the absence of the divisional engineer. From five to six hundred miners were there in front of the little platform, which was placed in the corner, and the bidding went on so rapidly that one only heard a deep tumult of voices, of shouted figures drowned by other figures.
Un instant, Maheu eut peur de ne pouvoir obtenir un des quarante marchandages offerts par la Compagnie. Tous les concurrents baissaient, inquiets des bruits de crise, pris de la panique du chômage. L’ingénieur Négrel ne se pressait pas devant cet acharnement, laissait tomber les enchères aux plus bas chiffres possibles, tandis que Dansaert, désireux de hâter encore les choses, mentait sur l’excellence des marchés. Il fallut que Maheu, pour avoir ses cinquante mètres d’avancement, luttât contre un camarade, qui s’obstinait, lui aussi; à tour de rôle, ils retiraient chacun un centime de la berline; et, s’il demeura vainqueur, ce fut en abaissant tellement le salaire, que le porion Richomme, debout derrière lui, se fâchait entre ses dents, le poussait du coude, en grognant avec colère que jamais il ne s’en tirerait, à ce prix-là.For a moment Maheu feared that he would not be able to obtain one of the forty workings offered by the Company. All the rivals went lower, disquieted by the rumours of a crisis and the panic of a lock-out. Négrel, the engineer, did not hurry in the face of this panic, and allowed the offers to fall to the lowest possible figures, while Dansaert, anxious to push matters still further, lied with regard to the quality of the workings. In order to get his fifty metres, Maheu struggled with a comrade who was also obstinate; in turn they each took off a centime from the tram; and if he conquered in the end it was only by lowering the wage to such an extent, that the captain Richomme, who was standing behind him, muttered between his teeth, and nudged him with his elbow, growling angrily that he could never do it at that price.
Quand ils sortirent, Étienne jurait. Et il éclata devant Chaval, qui revenait des blés en compagnie de Catherine, flânant, pendant que le beau-père s’occupait des affaires sérieuses.When they came out Étienne was swearing. And he broke out before Chaval, who was returning from the wheatfields in company with Catherine, amusing himself while his father-in-law was absorbed in serious business.
—Nom de Dieu! cria-t-il, en voilà un égorgement!… Alors, aujourd’hui, c’est l’ouvrier qu’on force à manger l’ouvrier!“By God!” he exclaimed, “it’s simply slaughter! Today it is the worker who is forced to devour the worker!”
Chaval s’emporta; jamais il n’aurait baissé, lui! Et Zacharie, venu par curiosité, déclara que c’était dégoûtant. Mais Étienne les fit taire d’un geste de sourde violence.Chaval was furious. He would never have lowered it, he wouldn’t. And Zacharie, who had come out of curiosity, declared that it was disgusting. But Étienne with a violent gesture silenced them.
—Ça finira, nous serons les maîtres, un jour!“It will end some day, we shall be the masters!”
Maheu, resté muet depuis les enchères, parut s’éveiller. Il répéta:Maheu, who had been mute since the auction, appeared to wake up. He repeated:
—Les maîtres… Ah! foutu sort! ce ne serait pas trop tôt!“Masters! Ah! bad luck! it can’t be too soon!”
IIII
C’était le dernier dimanche de juillet, le jour de la ducasse de Montsou. Dès le samedi soir, les bonnes ménagères du coron avaient lavé leur salle à grande eau, un déluge, des seaux jetés à la volée sur les dalles et contre les murs; et le sol n’était pas encore sec, malgré le sable blanc dont on le semait, tout un luxe coûteux pour ces bourses de pauvre. Cependant, la journée s’annonçait très chaude, un de ces lourds ciels, écrasants d’orage, qui étouffent en été les campagnes du Nord, plates et nues, à l’infini.It was Montsou feast-day, the last Sunday in July. Since Saturday evening the good housekeepers of the settlement had deluged their parlours with water, throwing bucketfuls over the flags and against the walls; and the floor was not yet dry, in spite of the white sand which had been strewn over it, an expensive luxury for the purses of the poor. But the day promised to be very warm; it was one of those heavy skies threatening storm, which in summer stifle this flat bare country of the Nord.
Le dimanche bouleversait les heures du lever, chez les Maheu. Tandis que le père, à partir de cinq heures, s’enrageait au lit, s’habillait quand même, les enfants faisaient jusqu’à neuf heures la grasse matinée. Ce jour-là, Maheu alla fumer une pipe dans son jardin, finit par revenir manger une tartine tout seul, en attendant. Il passa ainsi la matinée, sans trop savoir à quoi: il raccommoda le baquet qui fuyait, colla sous le coucou un portrait du prince impérial qu’on avait donné aux petits. Cependant, les autres descendaient un à un, le père Bonnemort avait sorti une chaise pour s’asseoir au soleil, la mère et Alzire s’étaient mises tout de suite à la cuisine. Catherine parut, poussant devant elle Lénore et Henri qu’elle venait d’habiller; et onze heures sonnaient, l’odeur du lapin qui bouillait avec des pommes de terre, emplissait déjà la maison, lorsque Zacharie et Jeanlin descendirent les derniers, les yeux bouffis, bâillant encore.Sunday upset the hours for rising, even among the Maheus. While the father, after five o’clock, grew weary of his bed and dressed himself, the children lay in bed until nine. On this day Maheu went to smoke a pipe in the garden, and then came back to eat his bread and butter alone, while waiting. He thus passed the morning in a random manner; he mended the tub, which leaked; stuck up beneath the clock a portrait of the prince imperial which had been given to the little ones. However, the others came down one by one. Father Bonnemort had taken a chair outside, to sit in the sun, while the mother and Alzire had at once set about cooking. Catherine appeared, pushing before her Lénore and Henri, whom she had just dressed. Eleven o’clock struck, and the odour of the rabbit, which was boiling with potatoes, was already filling the house when Zacharie and Jeanlin came down last, still yawning and with their swollen eyes.
Du reste, le coron était en l’air, allumé par la fête, dans le coup de feu du dîner, qu’on hâtait pour filer en bandes à Montsou. Des troupes d’enfants galopaient, des hommes en bras de chemise traînaient des savates, avec le déhanchement paresseux des jours de repos. Les fenêtres et les portes, grandes ouvertes au beau temps, laissaient voir la file des salles, toutes débordantes, en gestes et en cris, du grouillement des familles. Et, d’un bout à l’autre des façades, ça sentait le lapin, un parfum de cuisine riche, qui combattait ce jour-là l’odeur invétérée de l’oignon frit.The settlement was now in a flutter, excited by the feast-day, and in expectation of dinner, which was being hastened for the departure in bands to Montsou. Troops of children were rushing about. Men in their shirt-sleeves were trailing their old shoes with the lazy gait of days of rest. Windows and doors, opened wide in the fine weather, gave glimpses of rows of parlours which were filled with movement and shouts and the chatter of families. And from one end to the other of the frontages, there was a smell of rabbit, a rich kitchen smell which on this day struggled with the inveterate odour of fried onion.
Les Maheu dînèrent à midi sonnant. Ils ne menaient pas grand vacarme, au milieu des bavardages de porte à porte, des voisinages mêlant les femmes, dans un continuel remous d’appels, de réponses, d’objets prêtés, de mioches chassés ou ramenés d’une claque. D’ailleurs, ils étaient en froid depuis trois semaines avec leurs voisins, les Levaque, au sujet du mariage de Zacharie et de Philomène. Les hommes se voyaient, mais les femmes affectaient de ne plus se connaître. Cette brouille avait resserré les rapports avec la Pierronne. Seulement, la Pierronne, laissant à sa mère Pierron et Lydie, était partie de grand matin pour passer la journée chez une cousine, à Marchiennes; et l’on plaisantait, car on la connaissait, la cousine: elle avait des moustaches, elle était maître-porion au Voreux. La Maheude déclara que ce n’était guère propre, de lâcher sa famille, un dimanche de ducasse.The Maheus dined at midday. They made little noise in the midst of the chatter from door to door, in the coming and going of women in a constant uproar of calls and replies, of objects borrowed, of youngsters hunted away or brought back with a slap. Besides, they had not been on good terms during the last three weeks with their neighbours, the Levaques, on the subject of the marriage of Zacharie and Philoméne. The men passed the time of day, but the women pretended not to know each other. This quarrel had strengthened the relations with Pierronne, only Pierronne had left Pierron and Lydie with her mother, and set out early in the morning to spend the day with a cousin at Marchiennes; and they joked, for they knew this cousin; she had a moustache, and was head captain at the Voreux. Maheude declared that it was not proper to leave one’s family on a feast-day Sunday.
Outre le lapin aux pommes de terre, qu’ils engraissaient dans le carin depuis un mois, les Maheu avaient une soupe grasse et le boeuf. La paie de quinzaine était justement tombée la veille. Ils ne se souvenaient pas d’un pareil régal. Même à la dernière Sainte-Barbe, cette fête des mineurs où ils ne font rien de trois jours, le lapin n’avait pas été si gras ni si tendre. Aussi les dix paires de mâchoires, depuis la petite Estelle dont les dents commençaient à pousser, jusqu’au vieux Bonnemort en train de perdre les siennes, travaillaient d’un tel coeur, que les os eux-mêmes disparaissaient. C’était bon, la viande; mais ils la digéraient mal, ils en voyaient trop rarement. Tout y passa, il ne resta qu’un morceau de bouilli pour le soir. On ajouterait des tartines, si l’on avait faim.Beside the rabbit with potatoes, a rabbit which had been fattening in the shed for a month, the Maheus had meat soup and beef. The fortnight’s wages had just fallen due the day before. They could not recollect such a spread. Even at the last St. Barbara’s Day, the fete of the miners when they do nothing for three days, the rabbit had not been so fat nor so tender. So the ten pairs of jaws, from little Estelle, whose teeth were beginning to appear, to old Bonnemort, who was losing his, worked so heartily that the bones themselves disappeared. The meat was good, but they could not digest it well; they saw it too seldom. Everything disappeared; there only remained a piece of boiled beef for the evening. They could add bread and butter if they were hungry.
Ce fut Jeanlin qui disparut le premier. Bébert l’attendait, derrière l’école. Et ils rôdèrent longtemps avant de débaucher Lydie, que la Brûlé voulait retenir près d’elle, décidée à ne pas sortir. Quand elle s’aperçut de la fuite de l’enfant, elle hurla, agita ses bras maigres, pendant que Pierron, ennuyé de ce tapage, s’en allait flâner tranquillement, d’un air de mari qui s’amuse sans remords, en sachant que sa femme, elle aussi, a du plaisir.Jeanlin went out first. Bébert was waiting for him behind the school, and they prowled about for a long time before they were able to entice away Lydie, whom Brulé, who had decided not to go out, was trying to keep with her. When she perceived that the child had fled, she shouted and brandished her lean arms, while Pierron, annoyed at the disturbance, strolled quietly away with the air of a husband who can amuse himself with a good conscience, knowing that his wife also has her little amusements.
Le vieux Bonnemort partit ensuite, et Maheu se décida à prendre l’air, après avoir demandé à la Maheude si elle le rejoindrait, là-bas. Non, elle ne pouvait guère, c’était une vraie corvée, avec les petits; peut-être que oui tout de même, elle réfléchirait, on se retrouverait toujours. Lorsqu’il fut dehors, il hésita, puis il entra chez les voisins, pour voir si Levaque était prêt. Mais il trouva Zacharie qui attendait Philomène; et la Levaque venait d’entamer l’éternel sujet du mariage, criait qu’on se fichait d’elle, qu’elle aurait une dernière explication avec la Maheude. Était-ce une existence, de garder les enfants sans père de sa fille, lorsque celle-ci roulait avec son amoureux? Philomène ayant tranquillement fini de mettre son bonnet, Zacharie l’emmena, en répétant que lui voulait bien, si sa mère voulait. Du reste, Levaque avait déjà filé, Maheu renvoya aussi la voisine à sa femme et se hâta de sortir. Bouteloup, qui achevait un morceau de fromage, les deux coudes sur la table, refusa obstinément l’offre amicale d’une chope. Il restait à la maison, en bon mari.Old Bonnemort set out at last, and Maheu decided to have a little fresh air after asking Maheude if she would come and join him down below. No, she couldn’t at all, it was nothing but drudgery with the little ones; but perhaps she would, all the same; she would think about it: they could easily find each other. When he got outside he hesitated, then he went into the neighbours’ to see if Levaque was ready. There he found Zacharie, who was waiting for Philoméne, and the Levaque woman started again on that everlasting subject of marriage, saying that she was being made fun of and that she would have an explanation with Maheude once and for all. Was life worth living when one had to keep one’s daughter’s fatherless children while she went off with her lover? Philoméne quietly finished putting on her bonnet, and Zacharie took her off, saying that he was quite willing if his mother was willing. As Levaque had already gone, Maheu referred his angry neighbour to his wife and hastened to depart. Bouteloup, who was finishing a fragment of cheese with both elbows on the table, obstinately refused the friendly offer of a glass. He would stay in the house like a good husband.
Peu à peu, cependant, le coron se vidait, tous les hommes s’en allaient les uns derrière les autres; tandis que les filles, guettant sur les portes, partaient du côté opposé, au bras de leurs galants. Comme son père tournait le coin de l’église, Catherine, qui aperçut Chaval, se hâta de le rejoindre, pour prendre avec lui la route de Montsou. Et la mère demeurée seule, au milieu des enfants débandés, ne trouvait pas la force de quitter sa chaise, se versait un second verre de café brûlant, qu’elle buvait à petits coups. Dans le coron, il n’y avait plus que les femmes, s’invitant, achevant d’égoutter les cafetières, autour des tables encore chaudes et grasses du dîner.Gradually the settlement was emptied; all the men went off one behind the other, while the girls, watching at the doors, set out in the opposite direction on the arms of their lovers. As her father turned the corner of the church, Catherine perceived Chaval, and, hastening to join him, they took together the Montsou road. And the mother remained alone, in the midst of her scattered children, without strength to leave her chair, where she was pouring out a second glass of boiling coffee, which she drank in little sips. In the settlement there were only the women left, inviting each other to finish the dregs of the coffee-pots, around tables that were still warm and greasy with the dinner.
Maheu flairait que Levaque était à l’Avantage, et il descendit chez Rasseneur, sans hâte. En effet, derrière le débit, dans le jardin étroit fermé d’une haie, Levaque faisait une partie de quilles avec des camarades. Debout, ne jouant pas, le père Bonnemort et le vieux Mouque suivaient la boule, tellement absorbés, qu’ils oubliaient même de se pousser du coude. Un soleil ardent tapait d’aplomb, il n’y avait qu’une raie d’ombre, le long du cabaret; et Étienne était là, buvant sa chope devant une table, ennuyé de ce que Souvarine venait de le lâcher pour monter dans sa chambre. Presque tous les dimanches, le machineur s’enfermait, écrivait ou lisait.Maheu had guessed that Levaque was at the Avantage, and he slowly went down to Rasseneur’s. In fact, behind the bar, in the little garden shut in by a hedge, Levaque was having a game of skittles with some mates. Standing by, and not playing, Father Bonnemort and old Mouque were following the ball, so absorbed that they even forgot to nudge each other with their elbows. A burning sun struck down on them perpendicularly; there was only one streak of shade by the side of the inn; and Étienne was there drinking his glass before a table, annoyed because Souvarine had just left him to go up to his room. Nearly every Sunday the engine-man shut himself up to write or to read.
—Joues-tu? demanda Levaque à Maheu.“Will you have a game?” asked Levaque of Maheu.
Mais celui-ci refusa. Il avait trop chaud, il crevait déjà de soif.But he refused: it was too hot, he was already dying of thirst.
—Rasseneur! appela Étienne. Apporte donc une chope.“Rasseneur,” called Étienne, “bring a glass, will you?”
Et, se retournant vers Maheu:And turning towards Maheu:
—Tu sais, c’est moi qui paie.“I’ll stand it, you know.”
Maintenant, tous se tutoyaient. Rasseneur ne se pressait guère, il fallut l’appeler à trois reprises; et ce fut madame Rasseneur qui apporta de la bière tiède. Le jeune homme avait baissé la voix pour se plaindre de la maison: des braves gens sans doute, des gens dont les idées étaient bonnes; seulement, la bière ne valait rien, et des soupes exécrables! Dix fois déjà, il aurait changé de pension, s’il n’avait pas reculé devant la course de Montsou. Un jour ou l’autre, il finirait par chercher au coron une famille.They now all treated each other familiarly. Rasseneur did not hurry himself, he had to be called three times; and Madame Rasseneur at last brought some lukewarm beer. The young man had lowered his voice to complain about the house: they were worthy people, certainly, people with good ideas, but the beer was worthless and the soup abominable! He would have changed his lodgings ten times over, only the thought of the walk from Montsou held him back. One day or another he would go and live with some family at the settlement.
—Bien sûr, répétait Maheu de sa voix lente, bien sûr, tu serais mieux dans une famille.“Sure enough!” said Maheu in his slow voice, “sure enough, you would be better in a family.”
Mais des cris éclatèrent, Levaque avait abattu toutes les quilles d’un coup. Mouque et Bonnemort, le nez vers la terre, gardaient au milieu du tumulte un silence de profonde approbation. Et la joie d’un tel coup déborda en plaisanteries, surtout lorsque les joueurs aperçurent, par-dessus la haie, la face joyeuse de la Mouquette. Elle rôdait là depuis une heure, elle s’était enhardie à s’approcher, en entendant les rires.But shouts now broke out. Levaque had overthrown all the skittles at one stroke. Mouque and Bonnemort, with their faces towards the ground, in the midst of the tumult preserved a silence of profound approbation. And the joy at this stroke found vent in jokes, especially when the players perceived Mouquette’s radiant face behind the hedge. She had been prowling about there for an hour, and at last ventured to come near on hearing the laughter.
—Comment! tu es seule? cria Levaque. Et tes amoureux?“What! are you alone?” shouted Levaque. “Where are your sweethearts?”
—Mes amoureux, je les ai remisés, répondit-elle avec une belle gaieté impudente. J’en cherche un.“My sweethearts! I’ve stabled them,” she replied, with a fine impudent gaiety. “I’m looking for one.”
Tous s’offrirent, la chauffèrent de gros mots. Elle refusait de la tête, riait plus fort, faisait la gentille. Son père, du reste, assistait à ce jeu, sans même quitter des yeux les quilles abattues.They all offered themselves, throwing coarse chaff at her. She refused with a gesture and laughed louder, playing the fine lady. Besides, her father was watching the game without even taking his eyes from the fallen skittles.
—Va! continua Levaque en jetant un regard vers Étienne, on se doute bien de celui que tu reluques, ma fille!… Faudra le prendre de force.“Ah!” Levaque went on, throwing a look towards Étienne: “one can tell where you’re casting sheep’s eyes, my girl! You’ll have to take him by force.”
Étienne, alors, s’égaya. C’était en effet autour de lui que tournait la herscheuse. Et il disait non, amusé pourtant, mais sans avoir la moindre envie d’elle. Quelques minutes encore, elle resta plantée derrière la haie, le regardant de ses grands yeux fixes; puis, elle s’en alla avec lenteur, le visage brusquement sérieux, comme accablée par le lourd soleil.Then Étienne brightened up. It was in fact around him that the putter was revolving. And he refused, amused indeed, but without having the least desire for her. She remained planted behind the hedge for some minutes longer, looking at him with large fixed eyes; then she slowly went away, and her face suddenly became serious as if she were overcome by the powerful sun.
A demi-voix, Étienne avait repris de longues explications qu’il donnait à Maheu, sur la nécessité, pour les charbonniers de Montsou, de fonder une caisse de prévoyance.In a low voice Étienne was again giving long explanations to Maheu regarding the necessity for the Montsou miners to establish a Provident Fund.
—Puisque la Compagnie prétend qu’elle nous laisse libres, répétait-il, que craignons-nous? Nous n’avons que ses pensions, et elle les distribue à son gré, du moment où elle ne nous fait aucune retenue. Eh bien! il serait prudent de créer, à côté de son bon plaisir, une association mutuelle de secours, sur laquelle nous pourrions compter au moins, dans les cas de besoins immédiats.“Since the Company professes to leave us free,” he repeated, “what is there to fear? We only have their pensions and they distribute them according to their own idea, since they don’t hold back any of our pay. Well, it will be prudent to form, outside their good pleasure, an association of mutual help on which we can count at least in cases of immediate need.”
Et il précisait des détails, discutait l’organisation, promettait de prendre toute la peine.And he gave details, and discussed the organization, promising to undertake the labour of it.
—Moi, je veux bien, dit enfin Maheu convaincu. Seulement, ce sont les autres… Tâche de décider les autres.“I am willing enough,” said Maheu, at last convinced. “But there are the others; get them to make up their minds.”
Levaque avait gagné, on lâcha les quilles pour vider les chopes. Mais Maheu refusa d’en boire une seconde: on verrait plus tard, la journée n’était pas finie. Il venait de songer à Pierron. Où pouvait-il être, Pierron? sans doute à l’estaminet Lenfant. Et il décida Étienne et Levaque, tous trois partirent pour Montsou, au moment où une nouvelle bande envahissait le jeu de quilles de l’Avantage.Levaque had won, and they left the skittles to empty their glasses. But Maheu refused to drink a second glass; he would see later on, the day was not yet done. He was thinking about Pierron. Where could he be? No doubt at the Lenfant Estaminet. And, having persuaded Étienne and Levaque, the three set out for Montsou, at the same moment that a new band took possession of the skittles at the Avantage.
En chemin, sur le pavé, il fallut entrer au débit Casimir, puis à l’estaminet du Progrès. Des camarades les appelaient par les portes ouvertes: pas moyen de dire non. Chaque fois, c’était une chope, deux s’ils faisaient la politesse de rendre. Ils restaient là dix minutes, ils échangeaient quatre paroles, et ils recommençaient plus loin, très raisonnables, connaissant la bière, dont ils pouvaient s’emplir, sans autre ennui que de la pisser trop vite, au fur et à mesure, claire comme de l’eau de roche. A l’estaminet Lenfant, ils tombèrent droit sur Pierron qui achevait sa deuxième chope, et qui, pour ne pas refuser de trinquer, en avala une troisième. Eux, burent naturellement la leur. Maintenant, ils étaient quatre, ils sortirent avec le projet de voir si Zacharie ne serait pas à l’estaminet Tison. La salle était vide, ils demandèrent une chope pour l’attendre un moment. Ensuite, ils songèrent à l’estaminet Saint-Éloi, y acceptèrent une tournée du porion Richomme, vaguèrent dès lors de débit en débit, sans prétexte, histoire uniquement de se promener.On the road they had to pause at the Casimir Bar, and then at the Estaminet du Progrés. Comrades called them through the open doors, and there was no way of refusing. Each time it was a glass, two if they were polite enough to return the invitation. They remained there ten minutes, exchanging a few words, and then began again, a little farther on, knowing the beer, with which they could fill themselves without any other discomfort than having to piss it out again in the same measure, as clear as rock water. At the Estaminet Lenfant they came right upon Pierron, who was finishing his second glass, and who, in order not to refuse to touch glasses, swallowed a third. They naturally drank theirs also. Now there were four of them, and they set out to see if Zacharie was not at the Estaminet Tison. It was empty, and they called for a glass, in order to wait for him a moment. Then they thought of the Estaminet Saint-Éloi and accepted there a round from Captain Richomme. Then they rambled from bar to bar, without any pretext, simply saying that they were having a stroll.
—Faut aller au Volcan! dit tout d’un coup Levaque, qui s’allumait.“We must go to the Volcan!” suddenly said Levaque, who was getting excited.
Les autres se mirent à rire, hésitants, puis accompagnèrent le camarade, au milieu de la cohue croissante de la ducasse. Dans la salle étroite et longue du Volcan, sur une estrade de planches dressée au fond, cinq chanteuses, le rebut des filles publiques de Lille, défilaient, avec des gestes et un décolletage de monstres; et les consommateurs donnaient dix sous, lorsqu’ils en voulaient une, derrière les planches de l’estrade. Il y avait surtout là des herscheurs, des moulineurs, jusqu’à des galibots de quatorze ans, toute la jeunesse des fosses, buvant plus de genièvre que de bière. Quelques vieux mineurs se risquaient aussi, les maris paillards des corons, ceux dont les ménages tombaient à l’ordure.The others began to laugh, and hesitated. Then they accompanied their comrade in the midst of the growing crowd. In the long narrow room of the Volcan, on a platform raised at the end, five singers, the scum of the Lille prostitutes, were walking about, low-necked and with monstrous gestures, and the customers gave ten sous when they desired to have one behind the stage. There was especially a number of putters and landers, even trammers of fourteen, all the youth of the pit, drinking more gin than beer. A few old miners also ventured there, and the worst husbands of the settlements, those whose households were falling into ruin.
Dès que leur société fut assise autour d’une petite table, Étienne s’empara de Levaque, pour lui expliquer son idée d’une caisse de prévoyance. Il avait la propagande obstinée des nouveaux convertis, qui se créent une mission.As soon as the band was seated round a little table, Étienne took possession of Levaque to explain to him his idea of the Provident Fund. Like all new converts who have found a mission, he had become an obstinate propagandist.
—Chaque membre, répétait-il, pourrait bien verser vingt sous par mois. Avec ces vingt sous accumulés, on aurait, en quatre ou cinq ans, un magot; et, quand on a de l’argent, on est fort, n’est-ce pas? dans n’importe quelle occasion… Hein! qu’en dis-tu?“Every member,” he repeated, “could easily pay in twenty sous a month. As these twenty sous accumulated they would form a nice little sum in four or five years, and when one has money one is ready, eh, for anything that turns up? Eh, what do you say to it?”
—Moi, je ne dis pas non, répondait Levaque d’un air distrait. On en causera.“I’ve nothing to say against it,” replied Levaque, with an abstracted air. “We will talk about it.”
Une blonde énorme l’excitait; et il s’entêta à rester, lorsque Maheu et Pierron, après avoir bu leur chope, voulurent partir, sans attendre une seconde romance.He was excited by an enormous blonde, and determined to remain behind when Maheu and Pierron, after drinking their glasses, set out without waiting for a second song.
Dehors, Étienne, sorti avec eux, retrouva la Mouquette, qui semblait les suivre. Elle était toujours là, à le regarder de ses grands yeux fixes, riant de son rire de bonne fille, comme pour dire: «Veux-tu?» Le jeune homme plaisanta, haussa les épaules. Alors, elle eut un geste de colère et se perdit dans la foule.Outside, Étienne who had gone with them found Mouquette, who seemed to be following them. She was always there, looking at him with her large fixed eyes, laughing her good-natured laugh, as if to say: “Are you willing?” The young man joked and shrugged his shoulders. Then, with a gesture of anger, she was lost in the crowd.
—Où donc est Chaval? demanda Pierron.“Where, then, is Chaval?” asked Pierron.
—C’est vrai, dit Maheu. Il est pour sûr chez Piquette… Allons chez Piquette.“True!” said Maheu. “He must surely be at Piquette’s. Let us go to Piquette’s.”
Mais, comme ils arrivaient tous trois à l’estaminet Piquette, un bruit de bataille, sur la porte, les arrêta. Zacharie menaçait du poing un cloutier wallon, trapu et flegmatique; tandis que Chaval, les mains dans les poches, regardait.But as they all three arrived at the Estaminet Piquette, sounds of a quarrel arrested them at the door; Zacharie with his fist was threatening a thick-set phlegmatic Walloon nail-maker, while Chaval, with his hands in his pockets, was looking on.
—Tiens! le voilà, Chaval, reprit tranquillement Maheu. Il est avec
Catherine.
“Hullo! there’s Chaval,” said Maheu quietly; “he is with Catherine.”
Depuis cinq grandes heures, la herscheuse et son galant se promenaient à travers la ducasse. C’était, le long de la route de Montsou, de cette large rue aux maisons basses et peinturlurées, dévalant en lacet, un flot de peuple qui roulait sous le soleil, pareil à une traînée de fourmis, perdues dans la nudité rase de la plaine. L’éternelle boue noire avait séché, une poussière noire montait, volait ainsi qu’une nuée d’orage. Aux deux bords, les cabarets crevaient de monde, rallongeaient leurs tables jusqu’au pavé, où stationnait un double rang de camelots, des bazars en plein vent, des fichus et des miroirs pour les filles, des couteaux et des casquettes pour les garçons; sans compter les douceurs, des dragées et des biscuits. Devant l’église, on tirait de l’arc. Il y avait des jeux de boules, en face des Chantiers. Au coin de la route de Joiselle, à côté de la Régie, dans un enclos de planches, on se ruait à un combat de coqs, deux grands coqs rouges, armés d’éperons de fer, dont la gorge ouverte saignait. Plus loin, chez Maigrat, on gagnait des tabliers et des culottes, au billard. Et il se faisait de longs silences, la cohue buvait, s’empiffrait sans un cri, une muette indigestion de bière et de pommes de terre frites s’élargissait, dans la grosse chaleur, que les poêles de friture, bouillant en plein air, augmentaient encore.For five long hours the putter and her lover had been walking about the fair. All along the Montsou road, that wide road with low bedaubed houses winding downhill, a crowd of people wandered up and down in the sun, like a trail of ants, lost in the flat, bare plain. The eternal black mud had dried, a black dust was rising and floating about like a storm-cloud. On both sides the public-houses were crowded; there were rows of tables to the street, where stood a double rank of hucksters at stalls in the open air, selling neck-handkerchiefs and looking-glasses for the girls, knives and caps for the lads; to say nothing of sweetmeats, sugar-plums, and biscuits. In front of the church archery was going on. Opposite the Yards they were playing at bowls. At the corner of the Joiselle road, beside the Administration buildings, in a spot enclosed by fences, crowds were watching a cock-fight, two large red cocks, armed with steel spurs, their breasts torn and bleeding. Farther on, at Maigrat’s, aprons and trousers were being won at billiards. And there were long silences; the crowd drank and stuffed itself without a sound; a mute indigestion of beer and fried potatoes was expanding in the great heat, still further increased by the frying-pans bubbling in the open air.
Chaval acheta un miroir de dix-neuf sous et un fichu de trois francs à Catherine. A chaque tour, ils rencontraient Mouque et Bonnemort, qui étaient venus à la fête, et qui, réfléchis, la traversaient côte à côte, de leurs jambes lourdes. Mais une autre rencontre les indigna, ils aperçurent Jeanlin en train d’exciter Bébert et Lydie à voler les bouteilles de genièvre d’un débit de hasard, installé au bord d’un terrain vague. Catherine ne put que gifler son frère, la petite galopait déjà avec une bouteille. Ces satanés enfants finiraient au bagne.Chaval bought a looking-glass for nineteen sous and a handkerchief for three francs, to give to Catherine. At every turn they met Mouque and Bonnemort, who had come to the fair and, in meditative mood, were plodding heavily through it side by side. Another meeting made them angry; they caught sight of Jeanlin inciting Bébert and Lydie to steal bottles of gin from an extemporized bar installed at the edge of an open piece of ground. Catherine succeeded in boxing her brother’s ears; the little girl had already run away with a bottle. These imps of Satan would certainly end in a prison.
Alors, en arrivant devant le débit de la Tête-Coupée, Chaval eut l’idée d’y faire entrer son amoureuse, pour assister à un concours de pinsons, affiché sur la porte depuis huit jours. Quinze cloutiers, des clouteries de Marchiennes, s’étaient rendus à l’appel, chacun avec une douzaine de cages; et les petites cages obscures, où les pinsons aveuglés restaient immobiles, se trouvaient déjà accrochées à une palissade, dans la cour du cabaret. Il s’agissait de compter celui qui, pendant une heure, répéterait le plus de fois la phrase de son chant. Chaque cloutier, avec une ardoise, se tenait près de ses cages, marquant, surveillant ses voisins, surveillé lui-même. Et les pinsons étaient partis, les «chichouïeux» au chant plus gras, les «batisecouics» d’une sonorité aiguë, tout d’abord timides, ne risquant que de rares phrases, puis s’excitant les uns les autres, pressant le rythme, puis emportés enfin d’une telle rage d’émulation, qu’on en voyait tomber et mourir. Violemment, les cloutiers les fouettaient de la voix, leur criaient en wallon de chanter encore, encore, encore un petit coup; tandis que les spectateurs, une centaine de personnes, demeuraient muets, passionnés, au milieu de cette musique infernale de cent quatre-vingts pinsons répétant tous la même cadence, à contretemps. Ce fut un «batisecouic» qui gagna le premier prix, une cafetière en fer battu.Then, as they arrived before another bar, the Tête-Coupée, it occurred to Chaval to take his sweetheart in to a competition of chaffinches which had been announced on the door for the past week. Fifteen nail-makers from the Marchiennes nail works had responded to the appeal, each with a dozen cages; and the gloomy little cages in which the blinded finches sat motionless were already hung upon a paling in the inn yard. It was a question as to which, in the course of an hour, should repeat the phrase of its song the greatest number of times. Each nail-maker with a slate stood near his cages to mark, watching his neighbours and watched by them. And the chaffinches had begun, the chichouïeux with the deeper note, the batisecouics with their shriller note, all at first timid, and only risking a rare phrase, then, excited by each other’s songs, increasing the pace; then at last carried away by such a rage of rivalry that they would even fall dead. The nail-makers violently whipped them on with their voices, shouting out to them in Walloon to sing more, still more, yet a little more, while the spectators, about a hundred people, stood by in mute fascination in the midst of this infernal music of a hundred and eighty chaffinches all repeating the same cadence out of time. It was a batisecouic which gained the first prize, a metal coffee-pot.
Catherine et Chaval étaient là, lorsque Zacharie et Philomène entrèrent. On se serra la main, on resta ensemble. Mais, brusquement, Zacharie se fâcha, en surprenant un cloutier, venu par curiosité avec les camarades, qui pinçait les cuisses de sa soeur; et elle, très rouge, le faisait taire, tremblante à l’idée d’une tuerie, de tous ces cloutiers se jetant sur Chaval, s’il ne voulait pas qu’on la pinçât. Elle avait bien senti l’homme, elle ne disait rien, par prudence. Du reste, son galant se contentait de ricaner, tous les quatre sortirent, l’affaire sembla finie. Et, à peine étaient-ils entrés chez Piquette boire une chope, voilà que le cloutier avait reparu, se fichant d’eux, leur soufflant sous le nez, d’un air de provocation. Zacharie, outré dans ses bons sentiments de famille, s’était rué sur l’insolent.Catherine and Chaval were there when Zacharie and Philoméne entered. They shook hands, and all stayed together. But suddenly Zacharie became angry, for he discovered that a nail-maker, who had come in with his mates out of curiosity, was pinching his sister’s thigh. She blushed and tried to make him be silent, trembling at the idea that all these nail-makers would throw themselves on Chaval and kill him if he objected to her being pinched. She had felt the pinch, but said nothing out of prudence. Her lover, however, merely made a grimace, and as they all four now went out the affair seemed to be finished. But hardly had they entered Piquette’s to drink a glass, when the nail-maker reappeared, making fun of them and coming close up to them with an air of provocation. Zacharie, insulted in his good family feelings, threw himself on the insolent intruder.
—C’est ma soeur, cochon!… Attends, nom de Dieu! je vas te la faire respecter!“That’s my sister, you swine! Just wait a bit, and I’m damned if I don’t make you respect her.”
On se précipita entre les deux hommes, tandis que Chaval, très calme, répétait:The two men were separated, while Chaval, who was quite calm, only repeated:
—Laisse donc, ça me regarde… Je te dis que je me fous de lui!“Let be! it’s my concern. I tell you I don’t care a damn for him.”
Maheu arrivait avec sa société, et il calma Catherine et Philomène, déjà en larmes. On riait maintenant dans la foule, le cloutier avait disparu. Pour achever de noyer ça, Chaval, qui était chez lui à l’estaminet Piquette, offrit des chopes. Étienne dut trinquer avec Catherine, tous burent ensemble, le père, la fille et son galant, le fils et sa maîtresse, en disant poliment: «A la santé de la compagnie!» Pierron ensuite s’obstina à payer sa tournée. Et l’on était très d’accord, lorsque Zacharie fut repris d’une rage, à la vue de son camarade Mouquet. Il l’appela, pour aller faire, disait-il, son affaire au cloutier.Maheu now arrived with his party, and quieted Catherine and Philoméne who were in tears. The nail-maker had disappeared, and there was laughter in the crowd. To bring the episode to an end, Chaval, who was at home at the Estaminet Piquette, called for drinks. Étienne had touched glasses with Catherine, and all drank together—the father, the daughter and her lover, the son and his mistress—saying politely: “To your good health!” Pierron afterwards persisted in paying for more drinks. And they were all in good humour, when Zacharie grew wild again at the sight of his comrade Mouquet, and called him, as he said, to go and finish his affair with the nail-maker.
—Faut que je le crève!… Tiens! Chaval, garde Philomène avec
Catherine. Je vais revenir.
“I shall have to go and do for him! Here, Chaval, keep Philoméne with Catherine. I’m coming back.”
Maheu, à son tour, offrait des chopes. Après tout, si le garçon voulait venger sa soeur, ce n’était pas d’un mauvais exemple. Mais, depuis qu’elle avait vu Mouquet, Philomène, tranquillisée, hochait la tête. Bien sûr que les deux bougres avaient filé au Volcan.Maheu offered drinks in his turn. After all, if the lad wished to avenge his sister it was not a bad example. But as soon as she had seen Mouquet, Philoméne felt at rest, and nodded her head. Sure enough the two chaps would be off to the Volcan!
Les soirs de ducasse, on terminait la fête au bal du Bon-Joyeux. C’était la veuve Désir qui tenait ce bal, une forte mère de cinquante ans, d’une rotondité de tonneau, mais d’une telle verdeur, qu’elle avait encore six amoureux, un pour chaque jour de la semaine, disait-elle, et les six à la fois le dimanche. Elle appelait tous les charbonniers ses enfants, attendrie à l’idée du fleuve de bière qu’elle leur versait depuis trente années; et elle se vantait aussi que pas une herscheuse ne devenait grosse, sans s’être, à l’avance, dégourdi les jambes chez elle. Le Bon-Joyeux se composait de deux salles: le cabaret, où se trouvaient le comptoir et des tables; puis, communiquant de plain-pied par une large baie, le bal, vaste pièce planchéiée au milieu seulement, dallée de briques autour. Une décoration l’ornait, deux guirlandes de fleurs en papier qui se croisaient d’un angle à l’autre du plafond, et que réunissait, au centre, une couronne des mêmes fleurs; tandis que, le long des murs, s’alignaient des écussons dorés, portant des noms de saints, saint Éloi, patron des ouvriers du fer, saint Crépin, patron des cordonniers, sainte Barbe, patronne des mineurs, tout le calendrier des corporations. Le plafond était si bas, que les trois musiciens, dans leur tribune, grande comme une chaire à prêcher, s’écrasaient la tête. Pour éclairer, le soir, on accrochait quatre lampes à pétrole, aux quatre coins du bal.On the evenings of feast-days the fair was terminated in the ball-room of the Bon-Joyeux. It was a widow, Madame Désir, who kept this ball-room, a fat matron of fifty, as round as a tub, but so fresh that she still had six lovers, one for every day of the week, she said, and the six together for Sunday. She called all the miners her children; and grew tender at the thought of the flood of beer which she had poured out for them during the last thirty years; and she boasted also that a putter never became pregnant without having first stretched her legs at her establishment. There were two rooms in the Bon-Joyeux: the bar which contained the counter and tables; then, communicating with it on the same floor by a large arch, was the ball-room, a large hall only planked in the middle, being paved with bricks round the sides. It was decorated with two garlands of paper flowers which crossed one another, and were united in the middle by a crown of the same flowers; while along the walls were rows of gilt shields bearing the names of saints—St. Éloi, patron of the iron-workers; St. Crispin, patron of the shoemakers; St. Barbara, patron of the miners; the whole calendar of corporations. The ceiling was so low that the three musicians on their platform, which was about the size of a pulpit, knocked their heads against it. When it became dark four petroleum lamps were fastened to the four corners of the room.
Ce dimanche-là, dès cinq heures, on dansait, au plein jour des fenêtres. Mais ce fut vers sept heures que les salles s’emplirent. Dehors, un vent d’orage s’était levé, soufflant de grandes poussières noires, qui aveuglaient le monde et grésillaient dans les poêles de friture. Maheu, Étienne et Pierron, entrés pour s’asseoir, venaient de retrouver au Bon-Joyeux Chaval, dansant avec Catherine, tandis que Philomène, toute seule, les regardait. Ni Levaque ni Zacharie n’avaient reparu. Comme il n’y avait pas de bancs autour du bal, Catherine, après chaque danse, se reposait à la table de son père. On appela Philomène, mais elle était mieux debout. Le jour tombait, les trois musiciens faisaient rage, on ne voyait plus, dans la salle, que le remuement des hanches et des gorges, au milieu d’une confusion de bras. Un vacarme accueillit les quatre lampes, et brusquement tout s’éclaira, les faces rouges, les cheveux dépeignés, collés à la peau, les jupes volantes, balayant l’odeur forte des couples en sueur. Maheu montra à Étienne la Mouquette, qui, ronde et grasse comme une vessie de saindoux, tournait violemment aux bras d’un grand moulineur maigre: elle avait dû se consoler et prendre un homme.On this Sunday there was dancing from five o’clock with the full daylight through the windows, but it was not until towards seven that the rooms began to fill. Outside, a gale was rising, blowing great black showers of dust which blinded people and sleeted into the frying-pans. Maheu, Étienne, and Pierron, having come in to sit down, had found Chaval at the Bon-Joyeux dancing with Catherine, while Philoméne by herself was looking on. Neither Levaque nor Zacharie had reappeared. As there were no benches around the ball-room, Catherine came after each dance to rest at her father’s table. They called Philoméne, but she preferred to stand up. The twilight was coming on; the three musicians played furiously; one could only see in the hall the movement of hips and breasts in the midst of a confusion of arms. The appearance of the four lamps was greeted noisily, and suddenly everything was lit up—the red faces, the dishevelled hair sticking to the skin, the flying skirts spreading abroad the strong odour of perspiring couples. Maheu pointed out Mouquette to Étienne: she was as round and greasy as a bladder of lard, revolving violently in the arms of a tall, lean lander. She had been obliged to console herself and take a man.
Enfin, il était huit heures, lorsque la Maheude parut, ayant au sein Estelle et suivie de sa marmaille, Alzire, Henri et Lénore. Elle venait tout droit retrouver là son homme, sans craindre de se tromper. On souperait plus tard, personne n’avait faim, l’estomac noyé de café, épaissi de bière. D’autres femmes arrivaient, on chuchota en voyant, derrière la Maheude, entrer la Levaque, accompagnée de Bouteloup, qui amenait par la main Achille et Désirée, les petits de Philomène. Et les deux voisines semblaient très d’accord, l’une se retournait, causait avec l’autre. En chemin, il y avait eu une grosse explication, la Maheude s’était résignée au mariage de Zacharie, désolée de perdre le gain de son aîné, mais vaincue par cette raison qu’elle ne pouvait le garder davantage sans injustice. Elle tâchait donc de faire bon visage, le coeur anxieux, en ménagère qui se demandait comment elle joindrait les deux bouts, maintenant que commençait à partir le plus clair de sa bourse.At last, at eight o’clock, Maheude appeared with Estelle at her breast, followed by Alzire, Henri, and Lénore. She had come there straight to her husband without fear of missing him. They could sup later on; as yet nobody was hungry, with their stomachs soaked in coffee and thickened with beer. Other women came in, and they whispered together when they saw, behind Maheude, the Levaque woman enter with Bouteloup, who led in by the hand Achille and Désirée, Philoméne’s little ones. The two neighbours seemed to be getting on well together, one turning round to chat with the other. On the way there had been a great explanation, and Maheude had resigned herself to Zacharie’s marriage, in despair at the loss of her eldest son’s wages, but overcome by the thought that she could not hold it back any longer without injustice. She was trying, therefore, to put a good face on it, though with an anxious heart, as a housekeeper who was asking herself how she could make both ends meet now that the best part of her purse was going.
—Mets-toi là, voisine, dit-elle en montrant une table, près de celle où Maheu buvait avec Étienne et Pierron.“Place yourself there, neighbour,” she said, pointing to a table near that where Maheu was drinking with Étienne and Pierron.
—Mon mari n’est pas avec vous? demanda la Levaque.“Is not my husband with you?” asked the Levaque woman.
Les camarades lui contèrent qu’il allait revenir. Tout le monde se tassait, Bouteloup, les mioches, si à l’étroit dans l’écrasement des buveurs, que les deux tables n’en formaient qu’une. On demanda des chopes. En apercevant sa mère et ses enfants, Philomène s’était décidée à s’approcher. Elle accepta une chaise, elle parut contente d’apprendre qu’on la mariait enfin; puis, comme on cherchait Zacharie, elle répondit de sa voix molle:The others told her that he would soon come. They were all seated together in a heap, Bouteloup and the youngsters so tightly squeezed among the drinkers that the two tables only formed one. There was a call for drinks. Seeing her mother and her children Philoméne had decided to come near. She accepted a chair, and seemed pleased to hear that she was at last to be married; then, as they were looking for Zacharie, she replied in her soft voice:
—Je l’attends, il est par là.“I am waiting for him; he is over there.”
Maheu avait échangé un regard avec sa femme. Elle consentait donc? Il devint sérieux, fuma en silence. Lui aussi était pris de l’inquiétude du lendemain, devant l’ingratitude de ces enfants qui se marieraient un à un, en laissant leurs parents dans la misère.Maheu had exchanged a look with his wife. She had then consented? He became serious and smoked in silence. He also felt anxiety for the morrow in face of the ingratitude of these children, who got married one by one leaving their parents in wretchedness.
On dansait toujours, une fin de quadrille noyait le bal dans une poussière rousse; les murs craquaient, un piston poussait des coups de sifflet aigus, pareil à une locomotive en détresse; et, quand les danseurs s’arrêtèrent, ils fumaient comme des chevaux.The dancing still went on, and the end of a quadrille drowned the ball-room in red dust; the walls cracked, a cornet produced shrill whistling sounds like a locomotive in distress; and when the dancers stopped they were smoking like horses.
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Texte bilingue établi par Akirill.com, déposé sur le site Akirill.com le 30 Juillet 2022. Chacun des livres (anglais ou français) peut être repris séparément et réutilisé a des fins personnelles et non commerciales. Ils sont libres de droits d’auteur.
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Germinal par Émile Zola

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