Ce n’est pas une traduction mots a mots mais les livres dans les deux languages mis côte a côte. Vous pouvez le lire en Français, en anglais ou parallèlement.
This is not a word-by-word translation but the books in the two languages put side by side. You can read it in French, in English or both.
Germinal by Émile Zola
| Germinal par Émile Zola | Germinal by Émile Zola |
| Septième partie | PART 7 |
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| Chapitre VI | CHAPTER VI |
| —Eux aussi! | “They, too!” |
| Une rougeur était montée aux joues blêmes de la Maheude, tandis que ses yeux s’allumaient. Mais ses épaules s’affaissèrent, comme sous l’écrasement du destin. | Maheude’s pale cheeks turned red, and her eyes flamed. But her shoulders sank as if beneath the weight of destiny. |
| —Que veux-tu? eux après les autres… Tous y ont laissé la peau, c’est leur tour. | “What would you have? They after the others. They have all been done for there; now it’s their turn.” |
| Elle se tut, des moulineurs qui roulaient des berlines les dérangèrent. Par les grandes fenêtres poussiéreuses, le petit jour entrait, noyant les lanternes d’une lueur grise; et le branle de la machine reprenait toutes les trois minutes, les câbles se déroulaient, les cages continuaient à engloutir des hommes. | She was silent; some landers, who were rolling trams, disturbed them. Through the large dusty windows the early sun was entering, drowning the lanterns in grey light; and the engine moved every three minutes, the cables unrolled, the cages continued to swallow down men. Akirill.com |
| —Allons, les flâneurs, dépêchons-nous! cria Pierron. Embarquez, jamais nous n’en finirons aujourd’hui. | “Come along, you loungers, look sharp!” shouted Pierron. “Get in; we shall never have done with it today.” |
| La Maheude, qu’il regardait, ne bougea pas. Elle avait déjà laissé passer trois cages, elle dit, comme se réveillant et se souvenant des premiers mots d’Étienne: | Maheude, whom he was looking at, did not stir. She had already allowed three cages to pass, and she said, as though arousing herself and remembering Étienne’s first words: |
| —Alors, tu pars? | “Then you’re going away?” |
| —Oui, ce matin. | “Yes, this morning.” |
| —Tu as raison, vaut mieux être ailleurs, quand on le peut… Et ça me fait plaisir de t’avoir vu, parce que tu sauras au moins que je n’ai rien sur le coeur contre toi. Un moment, je t’aurais assommé, après toutes ces tueries. Mais on réfléchit, n’est-ce pas? on s’aperçoit qu’au bout du compte ce n’est la faute de personne… Non, non, ce n’est pas ta faute, c’est la faute de tout le monde. | “You’re right; better be somewhere else if one can. And I’m glad to have seen you, because you can know now, anyhow, that I’ve nothing on my mind against you. For a moment I could have killed you, after all that slaughter. But one thinks, doesn’t one? One sees that when all’s reckoned up it’s nobody’s fault. No, no! it’s not your fault; it’s the fault of everybody.” |
| Maintenant, elle causait avec tranquillité de ses morts, de son homme, de Zacharie, de Catherine; et des larmes parurent seulement dans ses yeux, lorsqu’elle prononça le nom d’Alzire. Elle était revenue à son calme de femme raisonnable, elle jugeait très sagement les choses. Ça ne porterait pas chance aux bourgeois, d’avoir tué tant de pauvres gens. Bien sûr qu’ils en seraient punis un jour, car tout se paie. On n’aurait pas même besoin de s’en mêler, la boutique sauterait seule, les soldats tireraient sur les patrons, comme ils avaient tiré sur les ouvriers. Et, dans sa résignation séculaire, dans cette hérédité de discipline qui la courbait de nouveau, un travail s’était ainsi fait, la certitude que l’injustice ne pouvait durer davantage, et que, s’il n’y avait plus de bon Dieu il en repousserait un autre, pour venger les misérables. | Now she talked with tranquillity of her dead, of her man, of Zacharie, of Catherine; and tears only came into her eyes when she uttered Alzire’s name. She had resumed her calm reasonableness, and judged things sensibly. It would bring no luck to the middle class to have killed so many poor people. Sure enough, they would be punished for it one day, for everything has to be paid for. There would even be no need to interfere; the whole thing would explode by itself. The soldiers would fire on the masters just as they had fired on the men. And in her everlasting resignation, in that hereditary discipline under which she was again bowing, a conviction had established itself, the certainty that injustice could not last longer, and that, if there were no good God left, another would spring up to avenge the wretched. |
| Elle parlait bas, avec des regards méfiants. Puis, comme Pierron s’était rapproché, elle ajouta tout haut: | She spoke in a low voice, with suspicious glances round. Then, as Pierron was coming up, she added, aloud: |
| —Eh bien! si tu pars, il faut prendre chez nous tes affaires… Il y a encore deux chemises, trois mouchoirs, une vieille culotte. | “Well, if you’re going, you must take your things from our house. There are still two shirts, three handkerchiefs, and an old pair of trousers.” Akirill.com |
| Étienne refusa du geste ces quelques nippes, échappées aux brocanteurs. | Étienne, with a gesture, refused these few things saved from the dealers. |
| —Non, ça n’en vaut pas la peine, ce sera pour les enfants… A Paris, je m’arrangerai. | “No, it’s not worth while; they can be for the children. At Paris I can arrange for myself.” |
| Deux cages encore étaient descendues, et Pierron se décida à interpeller directement la Maheude. | Two more cages had gone down, and Pierron decided to speak straight to Maheude. |
| —Dites donc, là-bas, on vous attend! Est-ce bientôt fini, cette causette? | “I say now, over there, they are waiting for you! Is that little chat nearly done?” |
| Mais elle tourna le dos. Qu’avait-il à faire du zèle, ce vendu? Ça ne le regardait pas, la descente. Ses hommes l’exécraient assez déjà, à son accrochage. Et elle s’entêtait, sa lampe aux doigts, glacée dans les courants d’air, malgré la douceur de la saison. | But she turned her back. Why should he be so zealous, this man who had sold himself? The descent didn’t concern him. His men hated him enough already on his level. And she persisted, with her lamp in her hand, frozen amid the draughts in spite of the mildness of the season. |
| Ni Étienne, ni elle, ne trouvaient plus une parole. Ils demeuraient face à face, ils avaient le coeur si gros, qu’ils auraient voulu se dire encore quelque chose. | Neither Étienne nor she found anything more to say. They remained facing each other with hearts so full that they would have liked to speak once more. Akirill.com |
| Enfin, elle parla pour parler. | At last she spoke for the sake of speaking. |
| —La Levaque est enceinte, Levaque est toujours en prison, c’est Bouteloup qui le remplace, en attendant. | “The Levaque is in the family way. Levaque is still in prison; Bouteloup is taking his place meanwhile.” |
| —Ah! oui, Bouteloup. | “Ah, yes! Bouteloup.” |
| —Et, écoute donc, t’ai-je raconté?… Philomène est partie. | “And, listen! did I tell you? Philoméne has gone away.” |
| —Comment, partie? | “What! gone away?” |
| —Oui, partie avec un mineur du Pas-de-Calais. J’ai eu peur qu’elle ne me laissât les deux mioches. Mais non, elle les a emportés… Hein? une femme qui crache le sang et qui a l’air continuellement d’avaler sa langue! | “Yes, gone away with a Pas-de-Calais miner. I was afraid she would leave the two brats on me. But no, she took them with her. Eh? A woman who spits blood and always looks as if she were on the point of death!” |
| Elle rêva un instant, puis elle continua d’une voix lente: | She mused for a moment, and then went on in a slow voice: |
| —En a-t-on dit sur mon compte!… Tu te souviens, on disait que je couchais avec toi. Mon Dieu! après la mort de mon homme, ça aurait très bien pu arriver, si j’avais été plus jeune, n’est-ce pas? Mais, aujourd’hui, j’aime mieux que ça ne se soit pas fait, car nous en aurions du regret pour sûr. | “There’s been talk on my account. You remember they said I slept with you. Lord! After my man’s death that might very well have happened if I had been younger. But now I’m glad it wasn’t so, for we should have regretted it, sure enough.” |
| —Oui, nous en aurions du regret, répéta Étienne simplement. | “Yes, we should have regretted it,” Étienne repeated, simply. |
| Ce fut tout, ils ne parlèrent pas davantage. Une cage l’attendait, on l’appelait avec colère en la menaçant d’une amende. Alors, elle se décida, elle lui serra la main. Très ému, il la regardait toujours, si ravagée et finie, avec sa face livide, ses cheveux décolorés débordant du béguin bleu, son corps de bonne bête trop féconde, déformée sous la culotte et la veste de toile. Et, dans cette poignée de main dernière, il retrouvait encore celle des camarades, une étreinte longue, muette, qui lui donnait rendez-vous pour le jour où l’on recommencerait. Il comprit parfaitement, elle avait au fond des yeux sa croyance tranquille. A bientôt, et cette fois, ce serait le grand coup. | That was all; they spoke no more. A cage was waiting for her; she was being called angrily, threatened with a fine. Then she made up her mind, and pressed his hand. Deeply moved, he still looked at her, so worn and worked out, with her livid face, her discoloured hair escaping from the blue cap, her body as of a good over-fruitful beast, deformed beneath the jacket and trousers. And in this last pressure of the hands he felt again the long, silent pressure of his mates, giving him a rendezvous for the day when they would begin again. He understood perfectly. There was a tranquil faith in the depths of her eyes. It would be soon, and this time it would be the final blow. |
| —Quelle nom de Dieu de feignante! cria Pierron. | “What a damned shammer!” exclaimed Pierron. |
| Poussée, bousculée, la Maheude s’entassa au fond d’une berline, avec quatre autres. On tira la corde du signal pour taper à la viande, la cage se décrocha, tomba dans la nuit; et il n’y eut plus que la fuite rapide du câble. | Pushed and hustled, Maheude squeezed into a tram with four others. The signal-cord was drawn to strike for meat, the cage was unhooked and fell into the night, and there was nothing more but the rapid flight of the cable. |
| Alors, Étienne quitta la fosse. En bas, sous le hangar du criblage, il aperçut un être assis par terre, les jambes allongées, au milieu d’une épaisse couche de charbon. C’était Jeanlin, employé comme «nettoyeur de gros». Il tenait un bloc de houille entre ses cuisses, il le débarrassait, à coups de marteau, des fragments de schiste; et une fine poudre le noyait d’un tel flot de suie, que jamais le jeune homme ne l’aurait reconnu, si l’enfant n’avait levé son museau de singe, aux oreilles écartées, aux petits yeux verdâtres. Il eut un rire de blague, il cassa le bloc d’un dernier coup, disparut dans la poussière noire qui montait. | Then Étienne left the pit. Below, beneath the screening-shed, he noticed a creature seated on the earth, with legs stretched out, in the midst of a thick pile of coal. It was Jeanlin, who was employed there to clean the large coal. He held a block of coal between his thighs, and freed it with a hammer from the fragments of slate. A fine powder drowned him in such a flood of soot that the young man would never have recognized him if the child had not lifted his ape-like face, with the protruding ears and small greenish eyes. He laughed, with a joking air, and, giving a final blow to the block, disappeared in the black dust which arose. |
| Dehors, Étienne suivit un moment la route, absorbé. Toutes sortes d’idées bourdonnaient en lui. Mais il eut une sensation de plein air, de ciel libre, et il respira largement. Le soleil paraissait à l’horizon glorieux, c’était un réveil d’allégresse, dans la campagne entière. Un flot d’or roulait de l’orient à l’occident, sur la plaine immense. Cette chaleur de vie gagnait, s’étendait, en un frisson de jeunesse, où vibraient les soupirs de la terre, le chant des oiseaux, tous les murmures des eaux et des bois. Il faisait bon vivre, le vieux monde voulait vivre un printemps encore. | Outside, Étienne followed the road for a while, absorbed in his thoughts. All sorts of ideas were buzzing in his head. But he felt the open air, the free sky, and he breathed deeply. The sun was appearing in glory at the horizon, there was a reawakening of gladness over the whole country. A flood of gold rolled from the east to the west on the immense plain. This heat of life was expanding and extending in a tremor of youth, in which vibrated the sighs of the earth, the song of birds, all the murmuring sounds of the waters and the woods. It was good to live, and the old world wanted to live through one more spring. |
| Et, pénétré de cet espoir, Étienne ralentit sa marche, les yeux perdus à droite et à gauche, dans cette gaieté de la nouvelle saison. Il songeait à lui, il se sentait fort, mûri par sa dure expérience au fond de la mine. Son éducation était finie, il s’en allait armé, en soldat raisonneur de la révolution, ayant déclaré la guerre à la société, telle qu’il la voyait et telle qu’il la condamnait. La joie de rejoindre Pluchart, d’être comme Pluchart un chef écouté, lui soufflait des discours, dont il arrangeait les phrases. Il méditait d’élargir son programme, l’affinement bourgeois qui l’avait haussé au-dessus de sa classe le jetait à une haine plus grande de la bourgeoisie. Ces ouvriers dont l’odeur de misère le gênait maintenant, il éprouvait le besoin de les mettre dans une gloire, il les montrerait comme les seuls grands, les seuls impeccables, comme l’unique noblesse et l’unique force où l’humanité pût se retremper. Déjà, il se voyait à la tribune, triomphant avec le peuple, si le peuple ne le dévorait pas. | And penetrated by that hope, Étienne slackened his walk, his eyes wandering to right and to left amid the gaiety of the new season. He thought about himself, he felt himself strong, seasoned by his hard experiences at the bottom of the mine. His education was complete, he was going away armed, a rational soldier of the revolution, having declared war against society as he saw it and as he condemned it. The joy of rejoining Pluchart and of being, like Pluchart, a leader who was listened to, inspired him with speeches, and he began to arrange the phrases. He was meditating an enlarged programme; that middle-class refinement, which had raised him above his class, had deepened his hatred of the middle class. He felt the need of glorifying these workers, whose odour of wretchedness was now unpleasant to him; he would show that they alone were great and stainless, the only nobility and the only strength in which humanity could be dipped afresh. He already saw himself in the tribune, triumphing with the people, if the people did not devour him. |
| Très haut, un chant d’alouette lui fit regarder le ciel. De petites nuées rouges, les dernières vapeurs de la nuit, se fondaient dans le bleu limpide; et les figures vagues de Souvarine et de Rasseneur lui apparurent. Décidément, tout se gâtait, lorsque chacun tirait à soi le pouvoir. Ainsi, cette fameuse Internationale qui aurait dû renouveler le monde, avortait d’impuissance, après avoir vu son armée formidable se diviser, s’émietter dans des querelles intérieures. Darwin avait-il donc raison, le monde ne serait-il qu’une bataille, les forts mangeant les faibles, pour la beauté et la continuité de l’espèce? Cette question le troublait, bien qu’il tranchât, en homme content de sa science. Mais une idée dissipa ses doutes, l’enchanta, celle de reprendre son explication ancienne de la théorie, la première fois qu’il parlerait. S’il fallait qu’une classe fût mangée, n’était-ce pas le peuple, vivace, neuf encore, qui mangerait la bourgeoisie épuisée de jouissance? Du sang nouveau ferait la société nouvelle. Et, dans cette attente d’un envahissement des barbares, régénérant les vieilles nations caduques, reparaissait sa foi absolue à une révolution prochaine, la vraie, celle des travailleurs, dont l’incendie embraserait la fin du siècle de cette pourpre de soleil levant, qu’il regardait saigner au ciel. | The loud song of a lark made him look up towards the sky. Little red clouds, the last vapours of the night, were melting in the limpid blue; and the vague faces of Souvarine and Rasseneur came to his memory. Decidedly, all was spoilt when each man tried to get power for himself. Thus that famous International which was to have renewed the world had impotently miscarried, and its formidable army had been cut up and crumbled away from internal dissensions. Was Darwin right, then, and the world only a battlefield, where the strong ate the weak for the sake of the beauty and continuance of the race? This question troubled him, although he settled it like a man who is satisfied with his knowledge. But one idea dissipated his doubts and enchanted him—that of taking up his old explanation of the theory the first time that he should speak. If any class must be devoured, would not the people, still new and full of life, devour the middle class, exhausted by enjoyment? The new society would arise from new blood. And in this expectation of an invasion of barbarians, regenerating the old decayed nations, reappeared his absolute faith in an approaching revolution, the real one—that of the workers—the fire of which would inflame this century’s end with that purple of the rising sun which he saw like blood on the sky. Akirill.com |
| Il marchait toujours, rêvassant, battant de sa canne de cornouiller les cailloux de la route; et, quand il jetait les yeux autour de lui, il reconnaissait des coins du pays. Justement, à la Fourche-aux-Boeufs, il se souvint qu’il avait pris là le commandement de la bande, le matin du saccage des fosses. Aujourd’hui, le travail de brute, mortel, mal payé, recommençait. Sous la terre, là-bas, à sept cents mètres, il lui semblait entendre des coups sourds, réguliers, continus: c’étaient les camarades qu’il venait de voir descendre, les camarades noirs, qui tapaient, dans leur rage silencieuse. Sans doute ils étaient vaincus, ils y avaient laissé de l’argent et des morts; mais Paris n’oublierait pas les coups de feu du Voreux, le sang de l’empire lui aussi coulerait par cette blessure inguérissable; et, si la crise industrielle tirait à sa fin, si les usines rouvraient une à une, l’état de guerre n’en restait pas moins déclaré, sans que la paix fût désormais possible. | He still walked, dreaming, striking his brier stick against the flints on the road, and when he glanced around him he recognized the various places. Just there, at the Fourche-aux-Bœufs, he remembered that he had taken command of the band that morning when the pits were sacked. Today the brutish, deathly, ill-paid work was beginning over again. Beneath the earth, down there at seven hundred metres, it seemed to him he heard low, regular, continuous blows; it was the men he had just seen go down, the black workers, who were hammering in their silent rage. No doubt they were beaten. They had left their dead and their money on the field; but Paris would not forget the volleys fired at the Voreux, and the blood of the empire, too, would flow from that incurable wound. And if the industrial crisis was drawing to an end, if the workshops were opening again one by one, a state of war was no less declared, and peace was henceforth impossible. |
| Les charbonniers s’étaient comptés, ils avaient essayé leur force, secoué de leur cri de justice les ouvriers de la France entière. Aussi leur défaite ne rassurait-elle personne, les bourgeois de Montsou, envahis dans leur victoire du sourd malaise des lendemains de grève, regardaient derrière eux si leur fin n’était pas là quand même, inévitable, au fond de ce grand silence. Ils comprenaient que la révolution renaîtrait sans cesse, demain peut-être, avec la grève générale, l’entente de tous les travailleurs ayant des caisses de secours, pouvant tenir pendant des mois, en mangeant du pain. Cette fois encore, c’était un coup d’épaule donné à la société en ruine, et ils en avaient entendu le craquement sous leurs pas, et ils sentaient monter d’autres secousses, toujours d’autres, jusqu’à ce que le vieil édifice, ébranlé, s’effondrât, s’engloutît comme le Voreux, coulant à l’abîme. | The colliers had reckoned up their men; they had tried their strength, with their cry for justice arousing the workers all over France. Their defeat, therefore, reassured no one. The Montsou bourgeois, in their victory, felt the vague uneasiness that arises on the morrow of a strike, looking behind them to see if their end did not lie inevitably over there, in spite of all beyond that great silence. They understood that the revolution would be born again unceasingly, perhaps to-morrow, with a general strike—the common understanding of all workers having general funds, and so able to hold out for months, eating their own bread. This time a push only had been given to a ruinous society, but they had heard the rumbling beneath their feet, and they felt more shocks arising, and still more, until the old edifice would be crushed, fallen in and swallowed, going down like the Voreux to the abyss. |
| Étienne prit à gauche le chemin de Joiselle. Il se rappela, il y avait empêché la bande de se ruer sur Gaston-Marie. Au loin, dans le soleil clair, il voyait les beffrois de plusieurs fosses, Mirou sur la droite, Madeleine et Crèvecoeur, côte à côte. Le travail grondait partout, les coups de rivelaine qu’il croyait saisir, au fond de la terre, tapaient maintenant d’un bout de la plaine à l’autre. Un coup, et un coup encore, et des coups toujours, sous les champs, les routes, les villages, qui riaient à la lumière: tout l’obscur travail du bagne souterrain, si écrasé par la masse énorme des roches, qu’il fallait le savoir là-dessous, pour en distinguer le grand soupir douloureux. Et il songeait à présent que la violence peut-être ne hâtait pas les choses. Des câbles coupés, des rails arrachés, des lampes cassées, quelle inutile besogne! | Étienne took the Joiselle road, to the left. He remembered that he had prevented the band from rushing on to Gaston-Marie. Afar, in the clear sky he saw the steeples of several pits—Mirou to the right, Madeleine and Crévecœur side by side. Work was going on everywhere; he seemed to be able to catch the blows of the pick at the bottom of the earth, striking now from one end of the plain to the other, one blow, and another blow, and yet more blows, beneath the fields and roads and villages which were laughing in the light, all the obscure labour of the underground prison, so crushed by the enormous mass of the rocks that one had to know it was underneath there to distinguish its great painful sigh. And he now thought that, perhaps, violence would not hasten things. Cutting cables, tearing up rails, breaking lamps, what a useless task it was! |
| Cela valait bien la peine de galoper à trois mille, en une bande dévastatrice! Vaguement, il devinait que la légalité, un jour, pouvait être plus terrible. Sa raison mûrissait, il avait jeté la gourme de ses rancunes. Oui, la Maheude le disait bien avec son bon sens, ce serait le grand coup: s’enrégimenter tranquillement, se connaître, se réunir en syndicats, lorsque les lois le permettraient; puis, le matin où l’on se sentirait les coudes, où l’on se trouverait des millions de travailleurs en face de quelques milliers de fainéants, prendre le pouvoir, être les maîtres. Ah! quel réveil de vérité et de justice! Le dieu repu et accroupi en crèverait sur l’heure, l’idole monstrueuse, cachée au fond de son tabernacle, dans cet inconnu lointain où les misérables la nourrissaient de leur chair, sans l’avoir jamais vue. | It was not worth while for three thousand men to rush about in a devastating band doing that. He vaguely divined that lawful methods might one day be more terrible. His reason was ripening, he had sown the wild oats of his spite. Yes, Maheude had well said, with her good sense, that that would be the great blow—to organize quietly, to know one another, to unite in associations when the laws would permit it; then, on the morning when they felt their strength, and millions of workers would be face to face with a few thousand idlers, to take the power into their own hands and become the masters. Ah! what a reawakening of truth and justice! The sated and crouching god would at once get his death-blow, the monstrous idol hidden in the depths of his sanctuary, in that unknown distance where poor wretches fed him with their flesh without ever having seen him. |
| Mais Étienne, quittant le chemin de Vandame, débouchait sur le pavé. A droite, il apercevait Montsou qui dévalait et se perdait. En face, il avait les décombres du Voreux, le trou maudit que trois pompes épuisaient sans relâche. Puis, c’étaient les autres fosses à l’horizon, la Victoire, Saint-Thomas, Feutry-Cantel; tandis que, vers le nord, les tours élevées des hauts fourneaux et les batteries des fours à coke fumaient dans l’air transparent du matin. S’il voulait ne pas manquer le train de huit heures, il devait se hâter, car il avait encore six kilomètres à faire. | But Étienne, leaving the Vandame road, now came on to the paved street. On the right he saw Montsou, which was lost in the valley. Opposite were the ruins of the Voreux, the accursed hole where three pumps worked unceasingly. Then there were the other pits at the horizon, the Victoire, Saint-Thomas, Feutry-Cantel; while, towards the north, the tall chimneys of the blast furnaces, and the batteries of coke ovens, were smoking in the transparent morning air. If he was not to lose the eight o’clock train he must hasten, for he had still six kilometres before him. |
| Et, sous ses pieds, les coups profonds, les coups obstinés des rivelaines continuaient. Les camarades étaient tous là, il les entendait le suivre à chaque enjambée. N’était-ce pas la Maheude, sous cette pièce de betteraves, l’échine cassée, dont le souffle montait si rauque, accompagné par le ronflement du ventilateur? A gauche, à droite, plus loin, il croyait en reconnaître d’autres, sous les blés, les haies vives, les jeunes arbres. Maintenant, en plein ciel, le soleil d’avril rayonnait dans sa gloire, échauffant la terre qui enfantait. Du flanc nourricier jaillissait la vie, les bourgeons crevaient en feuilles vertes, les champs tressaillaient de la poussée des herbes. De toutes parts, des graines se gonflaient, s’allongeaient, gerçaient la plaine, travaillées d’un besoin de chaleur et de lumière. Un débordement de sève coulait avec des voix chuchotantes, le bruit des germes s’épandait en un grand baiser. Encore, encore, de plus en plus distinctement, comme s’ils se fussent rapprochés du sol, les camarades tapaient. Aux rayons enflammés de l’astre, par cette matinée de jeunesse, c’était de cette rumeur que la campagne était grosse. Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait faire bientôt éclater la terre. | And beneath his feet, the deep blows, those obstinate blows of the pick, continued. The mates were all there; he heard them following him at every stride. Was not that Maheude beneath the beetroots, with bent back and hoarse respiration accompanying the rumble of the ventilator? To left, to right, farther on, he seemed to recognize others beneath the wheatfields, the hedges, the young trees. Now the April sun, in the open sky, was shining in his glory, and warming the pregnant earth. From its fertile flanks life was leaping out, buds were bursting into green leaves, and the fields were quivering with the growth of the grass. On every side seeds were swelling, stretching out, cracking the plain, filled by the need of heat and light. An overflow of sap was mixed with whispering voices, the sound of the germs expanding in a great kiss. Again and again, more and more distinctly, as though they were approaching the soil, the mates were hammering. In the fiery rays of the sun on this youthful morning the country seemed full of that sound. Men were springing forth, a black avenging army, germinating slowly in the furrows, growing towards the harvests of the next century, and their germination would soon overturn the earth. |
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| Texte bilingue établi par Akirill.com, déposé sur le site Akirill.com le 30 Juillet 2022. Chacun des livres (anglais ou français) peut être repris séparément et réutilisé a des fins personnelles et non commerciales. Ils sont libres de droits d’auteur. Toute utilisation des deux livres côte à côte doit mentionner leur origine https://www.Akirill.com | Bilingual text prepared by Akirill.com , deposited on the site Akirill.com on July 30, 2022. Each of the books (English or French) can be taken back separately and reused for personal and non-commercial purposes. They are free of copyright. Any use of the two books side by side must mention their origin https://www.Akirill.com |
Germinal par Émile Zola
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