Ce n’est pas une traduction mots a mots mais les livres dans les deux languages mis côte a côte. Vous pouvez le lire en Français, en anglais ou parallèlement.
This is not a word-by-word translation but the books in the two languages put side by side. You can read it in French, in English or both.
The Great Gatsby, by F. Scott Fitzgerald
| The Great Gatsby, by F. Scott Fitzgerald | Gatsby Le Magnifique de Francis Scott Fitzgerald |
| < < < | Bilingual Books > > > |
| Chapitre IX | CHAPTER IX |
| “Say whenе they’d be back?” | – Ils n’ont pas dit quand ils reviendraient ? |
| “No.” | – Non. |
| “Any idea where they are? How I could reach them?” | – Vous n’avez aucune idée où ils se trouvent ? Où pourrais-je les atteindre ? |
| “I don’t know. Can’t say.” | – Je l’ignore. Je ne saurais dire. |
| I wanted to get somebody for him. I wanted to go into the room where he lay and reassure him: “I’ll get somebody for you, Gatsby. Don’t worry. Just trust me and I’ll get somebody for you—” | J’aurais voulu trouver quelqu’un pour lui. J’aurais voulu entrer dans la pièce où il était couché et le rassurer : « Je trouverai quelqu’un, Gatsby. N’ayez pas peur. Faites-moi confiance, je trouverai quelqu’un… » |
| Meyer Wolfshiem’s name wasn’t in the phone book. The butler gave me his office address on Broadway, and I called Information, but by the time I had the number it was long after five, and no one answered the phone. | Le nom de Meyer Wolfshiem ne figurait pas dans l’annuaire. Le valet de chambre me donna l’adresse de son bureau, sur Broadway, et je demandai les Renseignements ; mais quand j’obtins enfin le numéro, il était cinq heures passées et on ne répondit pas. |
| “Will you ring again?” | – Voudriez-vous sonner encore ? |
| “I’ve rung three times.” | – J’ai déjà sonné trois fois. |
| “It’s very important.” | – C’est de toute urgence. |
| “Sorry. I’m afraid no one’s there.” | – Je regrette. Il ne doit y avoir personne. |
| I went back to the drawing-room and thought for an instant that they were chance visitors, all these official people who suddenly filled it. But, though they drew back the sheet and looked at Gatsby with shocked eyes, his protest continued in my brain: | Je rentrai dans le salon, et, un moment, je crus qu’il s’y trouvait des visiteurs de hasard, tous ces officiels qui remplissaient soudain la pièce. Mais bien qu’ils tirassent le drap de lit pour regarder Gatsby avec des yeux horrifiés, il continuait à protester dans mon cerveau : |
| “Look here, old sport, you’ve got to get somebody for me. You’ve got to try hard. I can’t go through this alone.” | – Écoutez donc, vieux frère, il faut que vous trouviez quelqu’un. Il faut essayer de toutes vos forces. Je ne puis passer par ceci tout seul. |
| Someone started to ask me questions, but I broke away and going upstairs looked hastily through the unlocked parts of his desk—he’d never told me definitely that his parents were dead. But there was nothing—only the picture of Dan Cody, a token of forgotten violence, staring down from the wall. | Quelqu’un entreprit de me questionner, mais je pris la fuite et, montant au premier, j’examinai à la hâte les tiroirs de son bureau qui n’étaient pas sous clef – il ne m’avait jamais dit d’une façon précise que ses parents étaient morts. Mais je ne trouvai rien – rien que le portrait de Dan Cody, témoignage de violences passées, qui me regardait fixement de son mur. |
| Next morning I sent the butler to New York with a letter to Wolfshiem, which asked for information and urged him to come out on the next train. That request seemed superfluous when I wrote it. I was sure he’d start when he saw the newspapers, just as I was sure there’d be a wire from Daisy before noon—but neither a wire nor Mr. Wolfshiem arrived; no one arrived except more police and photographers and newspaper men. When the butler brought back Wolfshiem’s answer I began to have a feeling of defiance, of scornful solidarity between Gatsby and me against them allе . | Le lendemain matin, j’envoyai le valet de chambre à New-York avec une lettre pour Wolfshiem, demandant des renseignements, insistant pour qu’il vînt par le premier train. Une telle requête me paraissait superflue en l’écrivant. J’étais sûr qu’il accourrait dès qu’il aurait vu les journaux, tout comme j’étais sûr qu’un télégramme de Daisy arriverait avant midi ; personne n’arriva, sauf de nouveaux policiers, de nouveaux photographes, de nouveaux journalistes. Quand le valet me rapporta la réponse de Wolfshiem, je commençai à éprouver un sentiment de défi, une solidarité méprisante entre Gatsby et moi contre eux tous. |
| Dear Mr. Carraway. This has been one of the most terrible shocks of my life to me I hardly can believe it that it is true at all. Such a mad act as that man did should make us all think. I cannot come down now as I am tied up in some very important business and cannot get mixed up in this thing now. If there is anything I can do a little later let me know in a letter by Edgar. I hardly know where I am when I hear about a thing like this and am completely knocked down and out. | Cher Monsieur Carraway, Ceci a été pour moi une des plus terribles secousses de ma vie, je puis à peine croire que c’est vrai. Un acte de folie comme celui que cet homme a commis doit nous donner à tous à réfléchir. Je ne peux pas aller là-bas pour le moment étant pris dans des affaires très urgentes et ne peux pas me laisser impliquer dans cette affaire pour le moment. Si je puis faire quelque chose un peu plus tard prévenez-moi par uneе lettre que vous me ferez porter par Edgar. Je sais à peine où j’en suis quand j’apprends une chose pareille et j’en suis complètement knock-out. |
| Yours truly | Mes salutations, |
| Meyer Wolfshiem | MEYER WOLFSHIEM. |
| and then hasty addenda beneath: | puis ce hâtif post-scriptum : |
| Let me know about the funeral etc do not know his family at all. | Renseignez-moi sur l’enterrement, etc.…, je ne sais rien de la famille. |
| When the phone rang that afternoon and Long Distance said Chicago was calling I thought this would be Daisy at last. But the connection came through as a man’s voice, very thin and far away. | Quand le téléphone sonna cet après-midi-là et que l’Interurbain annonça Chicago, je crus que ce serait enfin Daisy. Mais ce fut une voix d’homme très faible, à une distance infinie. |
| “This is Slagle speaking…” | – Ici Slagle. |
| “Yes?” The name was unfamiliar. | – Oui ? (Le nom m’était inconnu). |
| “Hell of a note, isn’t it? Get my wire?” | – Une sale lettre, hein ? Reçu mon télégramme ? |
| “There haven’t been any wires.” | – Il n’y a pas eu de télégrammes. |
| “Young Parke’s in trouble,” he said rapidly. “They picked him up when he handed the bonds over the counter. They got a circular from New York giving ’em the numbers just five minutes before. What d’you know about that, hey? You never can tell in these hick towns—” | – Le jeune Parke est foutu, fit-il très vite. On l’a pincé au moment où il livrait les valeurs par-dessous le comptoir. Il y avait cinq minutes qu’ils avaient reçu de New-York une circulaire leur indiquant les numéros. Qu’en pensez-vous, hein ? On ne sait jamais, dans ces patelins de pedzouilles… |
| “Hello!” I interrupted breathlessly. “Look here—this isn’t Mr. Gatsby. Mr. Gatsby’s dead.” | J’interrompis, pantelant : – Hello ! Écoutez donc ! Ce n’est pas M. Gatsby qui parle. M. Gatsby est mort. |
| There was a long silence on the other end of the wire, followed by an exclamation… then a quick squawk as the connection was broken. | Il se fit un long silence au bout du fil, suivi par une exclamation… puis un « couac » bref quand on coupa. |
| I think it was on the third day that a telegram signed Henry C. Gatz arrived from a town in Minnesota. It said only that the sender was leaving immediately and to postpone the funeral until he came. | Je crois que ce fut le troisième jour qu’un télégramme signé Henry C. Gatz arriva d’une ville du Minnesota. Il disait simplement que l’expéditeur partait sur-le-champ et qu’il fallait retarder l’enterrement. |
| It was Gatsby’s father, a solemn old man, very helpless and dismayed, bundled up in a long cheap ulster against the warm September day. His eyes leaked continuously with excitement, and when I took the bag and umbrella from his hands he began to pull so incessantly at his sparse grey beard that I had difficulty in getting off his coat. He was on the point of collapse, so I took him into the music-room and made him sit down while I sent for something toе eat. But he wouldn’t eat, and the glass of milk spilled from his trembling hand. | C’était le père de Gatsby, un vieillard solennel, très ahuri, très abattu, matelassé d’un ulster à bon marché contre la chaude journée de septembre. Ses yeux perdaient l’eau sans arrêt par l’effet de la surexcitation et quand je l’eus débarrassé de son sac et de son parapluie, il se mit à tirailler sa barbe rare et grise avec tant d’assiduité que j’eus peine à lui ôter son pardessus. Comme il paraissait prêt à s’effondrer, je l’emmenai dans la salle de musique et le fis asseoir en attendant qu’on lui apportât à manger. Mais il ne voulut point manger et le verre de lait se répandit, tant sa main tremblait. |
| “I saw it in the Chicago newspaper,” he said. “It was all in the Chicago newspaper. I started right away.” | – Je l’ai lu sur le Journal de Chicago, dit-il. C’était écrit sur le journal de Chicago. Je suis parti de suite. |
| “I didn’t know how to reach you.” | – Je ne savais où m’adresser pour vous atteindre. |
| His eyes, seeing nothing, moved ceaselessly about the room. | Ses yeux, qui ne voyaient rien, parcouraient la pièce sans arrêt. |
| “It was a madman,” he said. “He must have been mad.” | – C’était un fou, dit-il. Il devait être fou. |
| “Wouldn’t you like some coffee?” I urged him. | Je le pressai : – Voulez-vous un peu de café ? |
| “I don’t want anything. I’m all right now, Mr.—” | – Je ne veux rien. Ça va, maintenant, monsieur… |
| “Carraway.” | – Carraway. |
| “Well, I’m all right now. Where have they got Jimmy?” | – Bien. Ça va maintenant. Où c’est-y qu’on a mis Jimmy ? |
| I took him into the drawing-room, where his son lay, and left him there. Some little boys had come up on the steps and were looking into the hall; when I told them who had arrived, they went reluctantly away. | Je le conduisis au salon, où son fils était étendu, et le laissai seul. Des petits garçons étaient montés sur le perron et regardaient dans le vestibule ; quand je leur eus dit qui était le visiteur qui venait d’arriver, ils s’éloignèrent à regret. |
| After a little while Mr. Gatz opened the door and came out, his mouth ajar, his face flushed slightly, his eyes leaking isolated and unpunctual tears. He had reached an age where death no longer has the quality of ghastly surprise, and when he looked around him now for the first time and saw the height and splendour of the hall and the great rooms opening out from it into other rooms, his grief began to be mixed with an awed pride. I helped him to a bedroom upstairs; while he took off his coat and vest I told him that all arrangements had been deferred until he came. | Au bout d’un instant, M. Gatz ouvrit la porte et sortit la bouche béante, le visage légèrement enflammé, les yeux perdant des larmes isolées et tardives. Il avait atteint un âge où la mort n’a plus sa qualité de saisissante surprise et quand il regarda autour de lui pour la première fois et vit la hauteur et le luxe de la galerie et les vastes pièces qui s’ouvraient sur d’autres pièces, sa douleur commença à se mêler d’un respectueux orgueil. Je l’aidai à gagner une chambre à coucher, en haut ; tandis qu’il ôtait sa veste et son gilet, je lui dis que tous les arrangements avaient été suspendus jusqu’à son arrivée. |
| “I didn’t know what you’d want, Mr. Gatsby—” | – J’ignorais quelles seraient vos intentions, monsieur Gatsby. |
| “Gatz is my name.” Akirill.com | – C’est Gatz que je m’appelle. |
| “—Mr. Gatz. I thought you might want to take the body West.” | – … Monsieur Gatz. J’ai pensé que vous voudriez peut-être emporter le corps dans l’Ouest. |
| He shook his head. | Il secoua la tête. |
| “Jimmy always liked it better down East. He rose up to his position in the East. Were you a friend of my boy’s, Mr.—?” | – Jimmy s’est toujoursе mieux plu ici dans l’Est. C’est dans l’Est qu’il s’est élevé à sa situation. Vous étiez un ami de mon garçon, monsieur… |
| “We were close friends.” | – Nous étions intimes. |
| “He had a big future before him, you know. He was only a young man, but he had a lot of brain power here.” | – Il avait un bel avenir, vous savez. Ce n’était qu’un jeune homme ; mais il avait beaucoup de puissance, ici. |
| He touched his head impressively, and I nodded. | Il se toucha le front d’un air pénétré et je hochai la tête. |
| “If he’d of lived, he’d of been a great man. A man like James J. Hill. He’d of helped build up the country.” | – S’il avait vécu, il serait devenu un grand homme. Un homme dans le genre de James J. Hill. Il aurait contribué à exploiter le pays. |
| “That’s true,” I said, uncomfortably. | – C’est vrai, fis-je, gêné. |
| He fumbled at the embroidered coverlet, trying to take it from the bed, and lay down stiffly—was instantly asleep. | Il tirailla le dessus de lit à fleurs qu’il voulait enlever et s’étendit tout raide – s’endormit instantanément. |
| That night an obviously frightened person called up, and demanded to know who I was before he would give his name. | Cette nuit-là quelqu’un, en proie à une terreur manifeste, téléphona, exigeant de savoir qui j’étais avant de dire son nom. |
| “This is Mr. Carraway,” I said. | – Je suis M. Carraway. |
| “Oh!” He sounded relieved. “This is Klipspringer.” | Ah ! fit-il avec soulagement. Ici M. Klipspringer. |
| I was relieved too, for that seemed to promise another friend at Gatsby’s grave. I didn’t want it to be in the papers and draw a sightseeing crowd, so I’d been calling up a few people myself. They were hard to find. | Moi aussi j’éprouvai un soulagement, car cela semblait promettre la présence d’une autre personne à la tombe de Gatsby. Ne voulant pas que la cérémonie fût annoncée dans les journaux, ce qui aurait attiré une foule de badauds, je m’étais contenté de téléphoner moi-même à un nombre limité de personnes. Elles étaient très difficiles à joindre. |
| “The funeral’s tomorrow,” I said. “Three o’clock, here at the house. I wish you’d tell anybody who’d be interested.” | – Les funérailles ont lieu demain, lui dis-je. Trois heures, ici, à la maison. Je vous serais obligé d’en informer tous ceux que cela pourrait intéresser. |
| “Oh, I will,” he broke out hastily. “Of course I’m not likely to see anybody, but if I do.” | – Certainement, fit-il avec précipitation. Bien sûr, je n’ai guère de chances de voir qui que ce soit, mais si cela se trouve, comptez sur moi. |
| His tone made me suspicious. | Le ton me donna des soupçons. |
| “Of course you’ll be there yourself.” | – Je n’ai pas besoin de vous demander si vous viendrez ? |
| “Well, I’ll certainly try. What I called up about is—” | – Je ferai mon possible. Je téléphonais, c’est pour demander si… |
| “Wait a minute,” I interrupted. “How about saying you’ll come?” | J’interrompis. – Un instant, dites-moi d’abord que vous viendrez. |
| “Well, the fact is—the truth of the matter is that I’m staying with some people up here in Greenwich, and they rather expect me to be with them tomorrow. In fact, there’s a sort of picnic or something. Of course I’ll do my best to get away.” | – Mais… le fait est… la vérité est que je demeure pour l’instant chez des gens, ici à Greenwich, et qu’ils comptent sur moi pour demain. En fait, ils ont organisé un pique-nique, ou quelque chose de ce genre. Il va sans dire que je ferai de mon mieux pour m’esquiver. |
| I ejaculated an unrestrained “Huh!” and he must have heard me, for he went on nervously: | Je lâchai un « hum ! » d’incrédulité qu’il dut entendre, car il reprit avec nervosité : |
| “What I called up about was a pair of shoes I left there. I wonder if it’d be too much trouble to have the butler send them on. You see, they’re tennis shoes, and I’m sort of helpless without them. My address is care of B. F.—” | – Je téléphonaisе au sujet d’une paire de souliers que j’ai laissée là-bas. Pourrais-je vous prier de me les faire envoyer par le valet de chambre. Voyez-vous, c’est des souliers de tennis et je me trouve perdu sans eux. Mon adresse est : Aux soins de B. F… |
| I didn’t hear the rest of the name, because I hung up the receiver. | Je n’entendis pas la suite, car j’avais raccroché. |
| After that I felt a certain shame for Gatsby—one gentleman to whom I telephoned implied that he had got what he deserved. However, that was my fault, for he was one of those who used to sneer most bitterly at Gatsby on the courage of Gatsby’s liquor, and I should have known better than to call him. | Après cela, j’éprouvai une certaine honte pour Gatsby – un monsieur à qui je téléphonais me laissa entendre qu’il n’avait que ce qu’il méritait. D’ailleurs, c’était ma faute, car c’était un de ceux qui avaient coutume de ricaner avec le plus d’amertume au sujet de Gatsby, tout en puisant courage dans la liqueur de leur hôte. J’aurais dû avoir le bon sens de ne pas m’adresser à lui. |
| The morning of the funeral I went up to New York to see Meyer Wolfshiem; I couldn’t seem to reach him any other way. The door that I pushed open, on the advice of an elevator boy, was marked “The Swastika Holding Company,” and at first there didn’t seem to be anyone inside. But when I’d shouted “hello” several times in vain, an argument broke out behind a partition, and presently a lovely Jewess appeared at an interior door and scrutinized me with black hostile eyes. | Le matin de l’enterrement, je me rendis à New-York pour voir Meyer Wolfshiem ; il semblait qu’il était impossible de mettre la main dessus par un autre moyen. La porte que je poussai, sur les indications du groom de l’ascenseur, était marquée « The Swastika Holding Company », et d’abord je crus qu’il n’y avait personne. Mais quand j’eus crié plusieurs fois « Hello ! » en vain, une discussion éclata derrière une cloison et bientôt une ravissante juive apparut par une porte intérieure et m’examina avec de noirs yeux hostiles. |
| “Nobody’s in,” she said. “Mr. Wolfshiem’s gone to Chicago.” | – Il n’y a personne. M. Wolfshiem est parti pour Chicago. |
| The first part of this was obviously untrue, for someone had begun to whistle “The Rosary,” tunelessly, inside. | La première partie de son allégation était évidemment fausse, car quelqu’un s’était mis à siffler – faux – le Rosaire dans l’autre pièce. |
| “Please say that Mr. Carraway wants to see him.” | – Veuillez lui dire que M. Carraway veut le voir. |
| “I can’t get him back from Chicago, can I?” | – Je ne peux pourtant pas le faire rentrer de Chicago. |
| At this moment a voice, unmistakably Wolfshiem’s, called “Stella!” from the other side of the door. | À cet instant une voix, sans doute possible celle de Wolfshiem, appela « Stella ! » de l’autre côté de la porte. |
| “Leave your name on the desk,” she said quickly. “I’ll give it to him when he gets back.” | – Laissez votre nom sur la table, fit rapidement la juive. Je le lui remettrai quand il rentrera. |
| “But I know he’s there.” | – Mais je sais qu’il est là. |
| She took a step toward me and began to slide her hands indignantly up and down her hips. | Elle fit un pas en avant et se mit à glisser les mains sur ses hanches, d’un geste d’indignation. |
| “You young men think you can force your way in here any time,” she scolded. “We’re getting sickantired of it. When I say he’s in Chicago, he’s in Chicago.” | – Vous autres jeunes gens, vous croyez que vous pouvez vous introduire ici n’importe quand, gronda-t-elle. On commence à en avoir assez. Quand je dis qu’il est à Chicago, c’est qu’il est à Chicago. |
| I mentioned Gatsby. | Je mentionnai Gatsby. |
| “Oh-h!” She looked at me over again. “Will you just—What was your name?” | – Oh ! oh ! Elle me regarda de nouveau. – Voulez-vous… Quel est déjà votre nom ? |
| She vanished. In a moment Meyer Wolfshiem stood solemnly in the doorway, holding out both hands. He drew me into his office, remarking in a reverent voice that it was a sad time for all of us, and offered me a cigar. | Elle disparut. L’instant d’après Meyer Wolfshiem, debout sur le seuil de sa porte, me tendait ses deux mains avec solennité. Il m’attira dans son bureau, en me faisant observer d’une voix chargée de respect que ces moments étaient bien tristes pour nous tous, et m’offrit un cigare. |
| “My memory goes back to when first I met him,” he said. “A young major just out of the army and covered over with medals he got in the war. He was so hard up he had to keep on wearing his uniform because he couldn’t buy some regular clothes. First time I saw him was when he came into Winebrenner’s poolroom at Forty-third Street and asked for a job. He hadn’t eat anything for a couple of days. ‘Come on have some lunch with me,’ I said. He ate more than four dollars’ worth of food in half an hour.” | – Ma mémoire remonte aux premiers moments où je l’ai connu, fit-il. Un jeune major à peine démobilisé et couvert de médailles qu’il avait gagnées à la guerre. Il était si fauché qu’il portait encore l’uniforme, ne pouvant s’offrir des frusques comme tout le monde. La première fois que je l’ai vu, c’est quand il est entré au billard de Winebrener, 43e rue, pour demander un emploi. Il n’avait rien mangé depuis deux jours. « Venez casser la croûte avec moi », que je lui fais. Il boulotta pour plus de quatre dollars de nourriture en une demi-heure. |
| “Did you start him in business?” I inquired. | – C’est vous qui l’avez lancé dans les affaires ? |
| “Start him! I made him.” | – Lancé ? C’est à moi qu’il doit tout. |
| “Oh.” | – Ah ? |
| “I raised him up out of nothing, right out of the gutter. I saw right away he was a fine-appearing, gentlemanly young man, and when he told me he was at Oggsford I knew I could use him good. I got him to join the American Legion and he used to stand high there. Right off he did some work for a client of mine up to Albany. We were so thick like that in everything”—he held up two bulbous fingers—“always together.” | – Je l’ai tiré du néant, je l’ai tiré du ruisseau. J’ai vu de suite que c’était un jeune homme de belle apparence, un gentleman, et quand il m’eut dit qu’il était un ancien élève d’Ogsford, je compris que je pouvais me servir de lui avec avantage. Je le forçai à s’inscrire aux Anciens Combattants et il y obtint un rang élevé. Tout de suite il fit un travail pour une de mes pratiques à Albany. Nous étions pour tout comme ça (il leva deux doigts bulbeux) toujours ensemble. |
| I wondered if this partnership had included the World’s Series transaction in 1919. | Je me demandai si cette association s’était étendue à la transaction concernant les matches internationaux en 1919. |
| “Now he’s dead,” I said after a moment. “You were his closest friend, so I know you’ll want to come to his funeral this afternoon.” | Je fis après un moment de silence : – À présent, il est mort. Vous étiez son ami le plus intime. Je sais donc que vous tiendrez à assister cet après-midi à son enterrement. |
| “I’d like to come.” | – J’aimerais bien venir. |
| “Well, come then.” | – Alors, venez. |
| The hair in his nostrils quivered slightly, and as he shook his head his eyes filled with tears. | Le poil de ses narines frémit légèrement et tandis qu’il secouait la tête, ses yeux s’emplirent de larmes. |
| “I can’t do it—I can’t get mixed up in it,” he said. | – Je ne peux pas – impossible de me mêler de cette affaire. |
| “There’s nothing to get mixed up in. It’s all over now.” | – Il n’y a pas d’affaire. À présent tout est terminé. |
| “When a man gets killed I never like to get mixed up in it in any way. I keep out. When I was a young man it was different—if a friend of mine died, no matter how, I stuck with them to the end. You may think that’s sentimental, but I mean it—to the bitter end.” | – Quand un homme se fait tuer, je n’aime pas m’en mêler de quelque manière que ce soit. Je reste en dehors. Quand j’étais jeune, c’était différent – si un copain venait à mourir, par n’importe quel moyen, je collais avec lui jusqu’au bout. Vous pensez peut-être que c’est du sentiment, mais je suis sincère : jusqu’au bout du bout. |
| I saw that for some reason of his own he was determined not to come, so I stood up. | Je me convainquis que pour une raison qui lui était personnelle, il avait décidé de ne pas venir. Je me levai donc. |
| “Are you a college man?” he inquired suddenly. | – Vous avez vos diplômes ? me demanda-t-il tout à coup. |
| For a moment I thought he was going to suggest a “gonnegtion,” but he only nodded and shook my hand. | Un moment je pensai qu’il allait me proposer une « ziduation », mais il se contenta de hocher la tête en me serrant la main. |
| “Let us learn to show our friendship for a man when he is alive and not after he is dead,” he suggested. “After that my own rule is to let everything alone.” | – Apprenons à montrer notre amitié aux gens pendant qu’ils sont vivants, suggéra-t-il, et non quand ils sont morts. Avec ça, ma règle de conduite est de ne jamais me mêler de rien. |
| When I left his office the sky had turned dark and I got back to West Egg in a drizzle. After changing my clothes I went next door and found Mr. Gatz walking up and down excitedly in the hall. His pride in his son and in his son’s possessions was continually increasing and now he had something to show me. | Quand je sortis de son bureau, le ciel s’était obscurci et je rentrai à West-Egg sous une pluie fine. Après avoir changé de costume, j’allai à côté et trouvai Mr. Gatz très excité en train d’arpenter la galerie. L’orgueil qu’il tirait des richesses de son fils augmentait sans répit et maintenant il avait quelque chose à me faire voir. Il sortit son portefeuille avec des doigts tremblants. |
| “Jimmy sent me this picture.” He took out his wallet with trembling fingers. “Look there.” Akirill.com | – Jimmy m’avait envoyé cette photo. Regardez. |
| It was a photograph of the house, cracked in the corners and dirty with many hands. He pointed out every detail to me eagerly. “Look there!” and then sought admiration from my eyes. He had shown it so often that I think it was more real to him now than the house itself. | C’était une photo du château, fendue aux coins et souillée par des mains nombreuses. Il m’indiquait tous les détails avec fièvre. « Regardez ceci ! » Puis il cherchait l’admiration dans mes yeux. Il l’avait montrée si souvent que je crois que l’image était devenue plus réelle pour lui que la maison elle-même. |
| “Jimmy sent it to me. I think it’s a very pretty picture. It shows up well.” | – C’est Jimmy qui me l’a envoyée. Je trouve que c’est une très jolie image. Elle a bon air. |
| “Very well. Had you seen him lately?” | – Très bon air. L’aviez-vous vu ces temps derniers ? |
| “He come out to see me two years ago and bought me the house I live in now. Of course we was broke up when he run off from home, but I see now there was a reason for it. He knew he had a big future in front of him. And ever since he made a success he was very generous with me.” | – Il est venu me voir il y a deux ans passés et il m’a acheté la maison où j’habite à présent. Bien sûr on était bien pauvres quand il s’a ensauvé de chez nous, mais je vois à présent qu’il avait un motif pour agir comme ça. Il savait qu’il avait un bel avenir devant lui. Et depuis qu’il s’était fait une belle situation, il se montrait très généreux pour moi. |
| He seemed reluctant to put away the picture, held it for another minute, lingeringly, before my eyes. Then he returned the wallet and pulled from his pocket a ragged old copy of a book called Hopalong Cassidy. | Il semblait éprouver de la répugnance à remettre la photo dans sa poche, il la tint un moment encore, en traînaillant, devant mes yeux. Puis il la remit dans son portefeuille et tira de sa poche un vieil exemplaire tout déchiqueté d’un roman intitulé Hop along, Cassidy. |
| “Look here, this is a book he had when he was a boy. It just shows you.” | – Vous voyez ça ? C’est un livre qu’il avait quand il était gamin. Ça vous montre. |
| He opened it at the back cover and turned it around for me to see. On the last flyleaf was printed the word schedule, and the date September 12, 1906. And underneath: | Il l’ouvrit à la page de garde et le tourna pour me faire voir. Sur la dernière page blanche, étaient inscrits en capitales les mots : « emploi du temps » et une date : 12 septembre 1906. Et, dessous : |
![]() | ![]() |
| General Resolves | RÉSOLUTIONS GÉNÉRALES |
| No wasting time at Shafters or [a name, indecipherable] No more smokeing or chewing. Bath every other day Read one improving book or magazine per week Save $5.00 [crossed out] $3.00 per week Be better to parents | Ne pas perdre mon temps chez Shafters ou (un nom, illisible). Ne plus fumé ni chiqué. Un bain tous les deux jours. Lire chaque semaine un livre ou un magazine utile à l’esprit. Économisé $5.00 (rayé) $3.00 par semaine. Être meilleur pour mes parents. |
| “I came across this book by accident,” said the old man. “It just shows you, don’t it?” | – Je suis tombé sur ce bouquin par hasard, fit le vieux. Ça vous montre, pas vrai ? |
| “It just shows you.” | – Oui, ça vous montre. |
| “Jimmy was bound to get ahead. He always had some resolves like this or something. Do you notice what he’s got about improving his mind? He was always great for that. He told me I et like a hog once, and I beat him for it.” | – Jimmy devait faire son chemin. Il était tout le temps à prendre des résolutions sur ceci ou sur cela. Vous avez remarqué ce qu’il a mis là sur ce qui était utile à l’esprit ? Il a toujours été très fort là-dessus. Il m’a dit une fois comme ça que je mangeais comme un cochon. J’y ai foutu une raclée pour lui apprendre. |
| He was reluctant to close the book, reading each item aloud and then looking eagerly at me. I think he rather expected me to copy down the list for my own use. | Il hésitait à refermer le livre, relisant chaque ligne à voix haute pour me solliciter ensuite du regard. J’imagine qu’il s’attendait que je prisse copie de l’emploi du temps pour mon bénéfice personnel. |
| A little before three the Lutheran minister arrived from Flushing, and I began to look involuntarily out the windows for other cars. So did Gatsby’s father. And as the time passed and the servants came in and stood waiting in the hall, his eyes began to blink anxiously, and he spoke of the rain in a worried, uncertain way. The minister glanced several times at his watch, so I took him aside and asked him to wait for half an hour. But it wasn’t any use. Nobody came. | Un peu avant trois heures, le pasteur luthérien arriva de Flushing et je commençai à regarder involontairement par la fenêtre, pour voir s’il n’arrivait pas d’autres voitures. Le père de Gatsby en faisait autant. Mais le temps passait ; les domestiques entrèrent et se postèrent dans le vestibule. Le vieux se mit à clignoter des yeux anxieusement et à parler de la pluie d’un air préoccupé et indécis. Le pasteur consulta sa montre à plusieurs reprises. Je le pris à part et le priai d’attendre encore une demi-heure. Mais ce fut inutile. Il ne vint personne. |
| About five o’clock our procession of three cars reached the cemetery and stopped in a thick drizzle beside the gate—first a motor hearse, horribly black and wet, then Mr. Gatz and the minister and me in the limousine, and a little later four or five servants and the postman from West Egg, in Gatsby’s station wagon, all wet to the skin. As we started through the gate into the cemetery I heard a car stop and then the sound of someone splashing after us over the soggy ground. I looked around. It was the man with owl-eyed glasses whom I had found marvelling over Gatsby’s books in the library one night three months before. | Vers cinq heures, notre convoi, composé de trois autos, parvint au cimetière et stoppa devant l’entrée sous une bruine épaisse – d’abord le corbillard automobile, horriblement noir et mouillé, puis M. Gatz, le pasteur et moi-même dans la limousine, un peu plus tard quatre ou cinq domestiques et le facteur de West-Egg, dans la Ford de Gatsby, tous trempés jusqu’à la peau. Comme nous entrions dans le cimetière, j’entendis une auto s’arrêter, puis les pas de quelqu’un qui nous suivait sur le sol détrempé en faisant jaillir des gerbes de boue. Je me retournai. C’était l’homme aux lunettes de hibou que j’avais trouvé une nuit, trois mois auparavant, dans la bibliothèque, s’extasiant sur les livres de Gatsby. |
| I’d never seen him since then. I don’t know how he knew about the funeral, or even his name. The rain poured down his thick glasses, and he took them off and wiped them to see the protecting canvas unrolled from Gatsby’s grave. | Je ne l’avais plus revu. Je ne sais comment il avait eu vent de la cérémonie, j’ignore jusqu’à son nom. La pluie ruisselait sur ses verres épais ; il les enleva et les essuya pour regarder la toile qu’on déroulait afin de protéger la tombe. |
| I tried to think about Gatsby then for a moment, but he was already too far away, and I could only remember, without resentment, that Daisy hadn’t sent a message or a flower. Dimly I heard someone murmur “Blessed are the dead that the rain falls on,” and then the owl-eyed man said “Amen to that,” in a brave voice. | Je m’efforçai alors de penser un peu à Gatsby, mais il était déjà trop loin et je ne pus que me rappeler, sans ressentiment, que Daisy n’avait envoyé ni un message, ni une fleur. Vaguement j’entendis une voix murmurer : « Bénis les morts sur qui tombe la pluie », et puis l’homme aux yeux de hibou qui, d’une voix assurée, répondait « Amen ». |
| We straggled down quickly through the rain to the cars. Owl-eyes spoke to me by the gate. | Nous regagnâmes les autos à pas rapides et en ordre dispersé, à travers la pluie. Yeux-de-hibou me parla près de la grille. |
| “I couldn’t get to the house,” he remarked. | – Je n’ai pas pu venir à la maison, s’excusa-t-il. |
| “Neither could anybody else.” | – Pas plus que les autres. |
| “Go on!” He started. “Why, my God! they used to go there by the hundreds.” | Il sursauta : – Allons donc ! mais, voyons, on y venait par centaines ! |
| He took off his glasses and wiped them again, outside and in. | Il ôta ses verres et les essuya de nouveau, des deux côtés. |
| “The poor son-of-a-bitch,” he said. | – Le pauv’ bougre, fit-il. |
| One of my most vivid memories is of coming back West from prep school and later from college at Christmas time. Those who went farther than Chicago would gather in the old dim Union Station at six o’clock of a December evening, with a few Chicago friends, already caught up into their own holiday gaieties, to bid them a hasty goodbye. I remember the fur coats of the girls returning from Miss This-or-That’s and the chatter of frozen breath and the hands waving overhead as we caught sight of old acquaintances, and the matchings of invitations: “Are you going to the Ordways’? the Herseys’? the Schultzes’?” and the long green tickets clasped tight in our gloved hands. And last the murky yellow cars of the Chicago, Milwaukee and St. Paul railroad looking cheerful as Christmas itself on the tracks beside the gate. | Un de mes souvenirs les plus vivants est celui de mes retours dans l’Ouest au sortir du collège, et plus tard de l’Université, aux vacances de Noël. Ceux qui allaient plus loin que Chicago se rassemblaient dans l’obscure gare de l’Union à six heures, un soir de décembre, avec quelques amis de Chicago, déjà pris par leurs gaietés de fête, pour leur dire un adieu rapide. Je me souviens des fourrures des jeunes filles qui revenaient du pensionnat de Miss une Telle ou de Miss Telle autre, et du bavardage à haleines gelées et des mains qui s’agitaient au-dessus des têtes quand nous apercevions des vieilles connaissances, et des rivalités dans les invitations : « Tu vas chez les Ordways ? Les Herseys ? Les Schultzes ? » et les longs tickets verts que tenaient fermement nos mains gantées. Enfin les wagons jaune sale de la ligne de Chicago, Milwaukee et Saint-Paul, l’air aussi joyeux que Noël lui-même, sur la voie, à côté des portillons. |
| When we pulled out into the winter night and the real snow, our snow, began to stretch out beside us and twinkle against the windows, and the dim lights of small Wisconsin stations moved by, a sharp wild brace came suddenly into the air. We drew in deep breaths of it as we walked back from dinner through the cold vestibules, unutterably aware of our identity with this country for one strange hour, before we melted indistinguishably into it again. | Quand on démarrait dans la nuit d’hiver et que la vraie neige, notre neige, commençait à s’étendre de part et d’autre et à étinceler contre les vitres, que les faibles lumières des petites gares du Wisconsin glissaient sur notre route, l’air tout à coup se faisait invigorant. Nous aspirions profondément en rentrant du wagon-restaurant par les froids vestibules à soufflet, sentant inexprimablement notre densité personnelle dans cette contrée pendant une heure, une heure étrange, avant de nous fondre à nouveau en elle, de nous y incorporer. |
| That’s my Middle West—not the wheat or the prairies or the lost Swede towns, but the thrilling returning trains of my youth, and the street lamps and sleigh bells in the frosty dark and the shadows of holly wreaths thrown by lighted windows on the snow. I am part of that, a little solemn with the feel of those long winters, a little complacent from growing up in the Carraway house in a city where dwellings are still called through decades by a family’s name. I see now that this has been a story of the West, after all—Tom and Gatsby, Daisy and Jordan and I, were all Westerners, and perhaps we possessed some deficiency in common which made us subtly unadaptable to Eastern life. | C’est ça, mon Middle-West – non le blé, ni les savanes, ni les hameaux perdus, peuplés de Suédois, mais les retours émouvants par les trains de ma jeunesse, et les réverbères dans les rues, et les clochettes des traîneaux dans l’obscurité glacée, et les ombres des couronnes de houx projetées sur la neige par les fenêtres illuminées. Je fais partie de tout cela, un peu grave à cause de la sensation que m’ont laissée ces longs hivers, un peu fier d’avoir grandi dans la maison Carraway dans une ville où, à travers les décades, on continue de désigner les demeures par des noms de famille. Je vois bien maintenant que ce récit a été, tout compte fait, une histoire du Middle-West – Tom et Gatsby, Daisy, Jordan et moi, étions tous originaires du Middle-West. Peut-être chez nous tous un trait faisait défaut, ce qui, subtilement, nous rendait inassimilables à la vie des États de l’Est. |
| Even when the East excited me most, even when I was most keenly aware of its superiority to the bored, sprawling, swollen towns beyond the Ohio, with their interminable inquisitions which spared only the children and the very old—even then it had always for me a quality of distortion. West Egg, especially, still figures in my more fantastic dreams. I see it as a night scene by El Greco: a hundred houses, at once conventional and grotesque, crouching under a sullen, overhanging sky and a lustreless moon. In the foreground four solemn men in dress suits are walking along the sidewalk with a stretcher on which lies a drunken woman in a white evening dress. Her hand, which dangles over the side, sparkles cold with jewels. Gravely the men turn in at a house—the wrong house. But no one knows the woman’s name, and no one cares. | Même quand l’Est m’excitait le plus ; même quand je sentais le plus vivement sa supériorité sur les villes ennuyées, rampantes, gonflées, d’au delà de la rivière Ohio, avec leurs interminables inquisitions qui n’épargnaient que les plus jeunes et que les plus âgés, même alors il a toujours eu sur moi un pouvoir de déformation. West-Egg, en particulier, figure encore dans mes rêves les plus fantastiques. Je le vois comme une scène nocturne qu’aurait peinte el Greco : cent villas, à la fois conventionnelles et grotesques, accroupies sous un ciel maussade et dépoli. Au premier plan, quatre messieurs très graves, en habit, marchent sur un trottoir avec une civière chargée d’une femme saoule, revêtue d’une robe de soirée blanche. Sa main, qui pend sur le côté, jette de froides lueurs de gemmes. Gravement les messieurs s’avancent vers une maison – elle n’est pas celle qu’ils cherchent. Mais nul ne connaît le nom de la femme et nul n’en a souci. |
| After Gatsby’s death the East was haunted for me like that, distorted beyond my eyes’ power of correction. So when the blue smoke of brittle leaves was in the air and the wind blew the wet laundry stiff on the line I decided to come back home. | Après la mort de Gatsby l’Est fut hanté pour moi comme cela, déformé au delà de la capacité de réglage de mes jumelles. C’est pourquoi, quand la fumée bleue des feuilles cassantes fut dans l’air et que le vent se mit à tendre le linge humide accroché aux ficelles, je pris la décision de rentrer au pays. |
| There was one thing to be done before I left, an awkward, unpleasant thing that perhaps had better have been let alone. But I wanted to leave things in order and not just trust that obliging and indifferent sea to sweep my refuse away. I saw Jordan Baker and talked over and around what had happened to us together, and what had happened afterward to me, and she lay perfectly still, listening, in a big chair. | Il me restait une chose à faire avant de partir, une corvée difficile et désagréable, que peut-être j’eusse mieux fait de ne pas entreprendre. Mais je voulais laisser tout en bon ordre et ne point compter sur une mer obligeante en son indifférence pour balayer mes ordures. Je vis Jordan Baker et causai avec elle de ce qui nous était arrivé à nous deux, et de ce qui m’était arrivé ensuite, et elle resta étendue, parfaitement immobile, m’écoutant, dans un vaste fauteuil. |
| She was dressed to play golf, and I remember thinking she looked like a good illustration, her chin raised a little jauntily, her hair the colour of an autumn leaf, her face the same brown tint as the fingerless glove on her knee. When I had finished she told me without comment that she was engaged to another man. I doubted that, though there were several she could have married at a nod of her head, but I pretended to be surprised. For just a minute I wondered if I wasn’t making a mistake, then I thought it all over again quickly and got up to say goodbye. | Elle était en costume de golf et je pensai, je m’en souviens, qu’elle ressemblait à une illustration réussie, le menton légèrement levé avec impertinence, les cheveux de la couleur d’une feuille d’automne, le visage du même brun que le gant sans doigts qui reposait sur son genou. Quand j’eus fini, elle m’informa sans commentaires qu’elle était fiancée à un autre homme. J’entendis cela avec scepticisme, bien qu’il y en eût plusieurs qui l’auraient épousée sur un signe de tête. Je n’en feignis pas moins de la croire. Une minute, je me demandai si je ne commettais pas une erreur. Puis je repensai rapidement à tout et me levai pour dire adieu. |
| “Nevertheless you did throw me over,” said Jordan suddenly. “You threw me over on the telephone. I don’t give a damn about you now, but it was a new experience for me, and I felt a little dizzy for a while.” | – Néanmoins, vous m’avez laissé tomber, dit Jordan tout à coup. Vous m’avez laissé tomber – par téléphone. Je me fiche de vous à présent, mais n’importe, c’était quelque chose qui ne m’était jamais arrivé, et j’en suis restée étourdie quelque temps. |
| We shook hands. | Nous nous serrâmes la main. |
| “Oh, and do you remember”—she added—“a conversation we had once about driving a car?” | – Oh ! et puis, vous rappelez-vous, ajouta-t-elle, cette conversation que nous eûmes une fois en auto ? |
| “Why—not exactly.” | – Pas exactement. |
| “You said a bad driver was only safe until she met another bad driver? Well, I met another bad driver, didn’t I? I mean it was careless of me to make such a wrong guess. I thought you were rather an honest, straightforward person. I thought it was your secret pride.” | – Vous disiez qu’un mauvais chauffeur n’était sûr que jusqu’au moment où il en rencontrait un autre ? Eh bien ! j’ai rencontré un autre chauffeur, aussi mauvais que moi, pas vrai ? Je veux dire qu’en devinant de travers, j’avais montré de la négligence. Je pensais que vous étiez quelqu’un d’assez honnête, d’assez droit. Je pensais que c’était là votre secrète fierté. |
| “I’m thirty,” I said. “I’m five years too old to lie to myself and call it honour.” | – J’ai trente ans, répondis-je. J’ai cinq ans de trop pour me mentir à moi-même en donnant à cela le nom d’honneur. |
| She didn’t answer. Angry, and half in love with her, and tremendously sorry, I turned away. | Elle ne répondit pas. Furieux, à demi amoureux d’elle, superlativement désolé, je m’éloignai. |
| One afternoon late in October I saw Tom Buchanan. He was walking ahead of me along Fifth Avenue in his alert, aggressive way, his hands out a little from his body as if to fight off interference, his head moving sharply here and there, adapting itself to his restless eyes. Just as I slowed up to avoid overtaking him he stopped and began frowning into the windows of a jewellery store. Suddenly he saw me and walked back, holding out his hand. | Un après-midi, vers la fin du mois d’octobre, je vis Tom Buchanan. Il marchait devant moi de son pas alerte sur la Cinquième Avenue, les mains un peu écartées du corps, agressivement, un peu comme le boxeur à la parade, la tête bougeant vivement de-ci de-là, s’adaptant à ses yeux inquiets. Au moment même où je ralentissais pour ne pas le rattraper, il s’arrêta et se mit à considérer l’étalage d’un bijoutier, en fronçant les sourcils. Soudain il m’aperçut et vint à moi, la main tendue. |
| “What’s the matter, Nick? Do you object to shaking hands with me?” | – Qu’est-ce qu’il y a, Nick ? Tu ne veux pas me serrer la main ? |
| “Yes. You know what I think of you.” | – Non. Tu sais ce que je pense de toi. |
| “You’re crazy, Nick,” he said quickly. “Crazy as hell. I don’t know what’s the matter with you.” | – Tu es fou, Nick, fit-il très vite. Fou à lier. Je ne sais pas ce qui te possède. |
| “Tom,” I inquired, “what did you say to Wilson that afternoon?” | – Tom, lui demandai-je, qu’est-ce que tu as dit à Wilson, l’après-midi que tu sais ? |
| He stared at me without a word, and I knew I had guessed right about those missing hours. I started to turn away, but he took a step after me and grabbed my arm. | Il me regarda fixement sans prononcer une parole et je sus que j’avais deviné juste au sujet de l’emploi de ces heures perdues. Je fis un mouvement pour m’éloigner, mais il avança d’un pas et me saisit le bras. Akirill.com |
| “I told him the truth,” he said. “He came to the door while we were getting ready to leave, and when I sent down word that we weren’t in he tried to force his way upstairs. He was crazy enough to kill me if I hadn’t told him who owned the car. His hand was on a revolver in his pocket every minute he was in the house—” He broke off defiantly. “What if I did tell him? That fellow had it coming to him. He threw dust into your eyes just like he did in Daisy’s, but he was a tough one. He ran over Myrtle like you’d run over a dog and never even stopped his car.” | – Je lui ai dit la vérité, fit-il. Il s’était présenté à ma porte au moment où nous allions partir. Quand je lui fis dire que je ne pouvais le voir, il essaya de monter de force. Il était assez affolé pour me tuer si je ne lui disais pas à qui appartenait la voiture. Il garda la main sur le revolver qu’il avait dans sa poche tout le temps qu’il resta à la maison. Il s’interrompit et d’un air de défi : – Qu’est-ce que je lui ai dit ? Ce zigoto-là n’a eu que ce qu’il méritait. Il t’avait jeté de la poudre plein les yeux, exactement comme à Daisy. Mais c’était une crapule. Il a écrasé Myrtle comme on écrase un chien, et n’a même pas arrêté son auto. Akirill.com |
| There was nothing I could say, except the one unutterable fact that it wasn’t true. | Je n’avais rien à répondre, hormis, et cela ne pouvait se dire, que ce n’était pas vrai. |
| “And if you think I didn’t have my share of suffering—look here, when I went to give up that flat and saw that damn box of dog biscuits sitting there on the sideboard, I sat down and cried like a baby. By God it was awful—” | – Et si tu crois que je n’ai pas eu ma part de souffrance – écoute-moi, le jour où je suis allé donner congé de l’appartement, quand j’ai vu cette sacrée boîte de biscuits de chien posée là sur le buffet, je me suis assis et j’ai pleuré comme un gosse. Nom de Dieu, c’était affreux… ! |
| I couldn’t forgive him or like him, but I saw that what he had done was, to him, entirely justified. It was all very careless and confused. They were careless people, Tom and Daisy—they smashed up things and creatures and then retreated back into their money or their vast carelessness, or whatever it was that kept them together, and let other people clean up the mess they had made… | Je ne pouvais ni lui pardonner ni éprouver de la sympathie pour lui, mais je compris que ce qu’il avait fait était justifié à ses propres yeux. Tout cela n’était que négligence et confusion. C’étaient des gens négligents – Tom et Daisy – ils brisaient choses et êtres, pour se mettre, ensuite, à l’abri de leur argent ou de leur vaste négligence, ou, quelle que fût la chose qui les tenait ensemble, en laissant à d’autres le soin de faire le ménage… |
| I shook hands with him; it seemed silly not to, for I felt suddenly as though I were talking to a child. Then he went into the jewellery store to buy a pearl necklace—or perhaps only a pair of cuff buttons—rid of my provincial squeamishness forever. | Je lui serrai la main : il me parut qu’il aurait été sot de ne point le faire, car j’éprouvais tout d’un coup l’impression que je parlais à un enfant. Puis il pénétra chez le bijoutier pour acheter un collier de perles – ou seulement peut-être une paire de boutons de manchettes – débarrassé à jamais de mes scrupules de provincial. |
| Gatsby’s house was still empty when I left—the grass on his lawn had grown as long as mine. One of the taxi drivers in the village never took a fare past the entrance gate without stopping for a minute and pointing inside; perhaps it was he who drove Daisy and Gatsby over to East Egg the night of the accident, and perhaps he had made a story about it all his own. I didn’t want to hear it and I avoided him when I got off the train. | La maison de Gatsby était encore vide quand je partis – l’herbe de sa pelouse était devenue aussi longue que la mienne. Un des chauffeurs de taxi du village ne passait plus jamais avec des clients devant la grille sans s’arrêter une minute et la montrer du doigt ; peut-être était-ce celui qui avait conduit Daisy et Gatsby à East-Egg la nuit de l’accident et peut-être avait-il imaginé une histoire de toutes pièces. Comme je ne voulais pas l’entendre, j’évitais l’homme en sortant de la gare. |
| I spent my Saturday nights in New York because those gleaming, dazzling parties of his were with me so vividly that I could still hear the music and the laughter, faint and incessant, from his garden, and the cars going up and down his drive. One night I did hear a material car there, and saw its lights stop at his front steps. But I didn’t investigate. Probably it was some final guest who had been away at the ends of the earth and didn’t know that the party was over. | Je passais mes samedis soirs à New-York parce que ces fêtes brillantes, éblouissantes, qu’il avait données demeuraient si vivaces en moi que j’en entendais encore la musique et les rires, à peine distincts, incessants, dans son jardin et les autos qui allaient et venaient dans son allée. Une nuit j’entendis une auto matérielle et vis ses lanternes stopper devant le perron. Mais je ne m’enquis point. C’était probablement un dernier hôte venu des confins de la terre, qui ignorait que la fête était finie. |
| On the last night, with my trunk packed and my car sold to the grocer, I went over and looked at that huge incoherent failure of a house once more. On the white steps an obscene word, scrawled by some boy with a piece of brick, stood out clearly in the moonlight, and I erased it, drawing my shoe raspingly along the stone. Then I wandered down to the beach and sprawled out on the sand. | La dernière nuit, ma malle faite et ma voiture vendue à l’épicier, j’allai contempler une fois encore cet immense et incohérent ratage de maison. Sur les marches blanches un mot obscène, inscrit par quelque voyou avec un éclat de brique, se détachait au clair de lune. Je l’effaçai en frottant la pierre, de mon soulier, avec un grincement de cuir. Puis je descendis à pas lents sur la plage et me couchai dans le sable. |
| Most of the big shore places were closed now and there were hardly any lights except the shadowy, moving glow of a ferryboat across the Sound. And as the moon rose higher the inessential houses began to melt away until gradually I became aware of the old island here that flowered once for Dutch sailors’ eyes—a fresh, green breast of the new world. Its vanished trees, the trees that had made way for Gatsby’s house, had once pandered in whispers to the last and greatest of all human dreams; for a transitory enchanted moment man must have held his breath in the presence of this continent, compelled into an aesthetic contemplation he neither understood nor desired, face to face for the last time in history with something commensurate to his capacity for wonder. | La plupart des villas du bord de l’eau étaient déjà fermées et il n’y avait guère de lumières que celles, indécises et mouvantes, d’un ferry-boat de l’autre côté du Détroit. Et à mesure que montait la lune, les inutiles villas commencèrent à s’effacer si bien que, par degrés, j’eus l’impression d’être sur l’île antique qui avait fleuri jadis aux yeux des matelots hollandais – le sein vert et frais d’un monde nouveau, ses arbres disparus, les arbres qui avaient cédé la place au château de Gatsby, avaient un temps flatté de leurs murmures le dernier et le plus grand de tous les rêves humains ; pendant un instant fugitif et enchanté, l’homme retint sans doute son souffle en présence de ce continent, contraint à une contemplation esthétique qu’il ne comprenait ni ne désirait, face à face pour la dernière fois dans l’histoire avec une chose qui égalait sa faculté d’émerveillement. |
| And as I sat there brooding on the old, unknown world, I thought of Gatsby’s wonder when he first picked out the green light at the end of Daisy’s dock. He had come a long way to this blue lawn, and his dream must have seemed so close that he could hardly fail to grasp it. He did not know that it was already behind him, somewhere back in that vast obscurity beyond the city, where the dark fields of the republic rolled on under the night. | Et, assis en cet endroit, réfléchissant au vieux monde inconnu, je songeai à l’émerveillement que dut éprouver Gatsby quand il identifia pour la première fois la lumière verte au bout de la jetée de Daisy. Il était venu de bien loin sur cette pelouse bleue, et son rêve devait lui paraître si proche qu’il ne pourrait manquer de le saisir avec sa main. Il ignorait qu’il était déjà derrière lui, quelque part dans cette vaste obscurité au delà de la ville, où les champs obscurs de la république se déroulaient sous la nuit. |
| Gatsby believed in the green light, the orgastic future that year by year recedes before us. It eluded us then, but that’s no matter—tomorrow we will run faster, stretch out our arms further… And one fine morning— | Gatsby croyait en la lumière verte, l’extatique avenir qui d’année en année recule devant nous. Il nous a échappé ? Qu’importe ! Demain nous courrons plus vite, nos bras s’étendront plus loin… Et un beau matin… |
| So we be at on, boats against the current, borne back ceaselessly into the past. | C’est ainsi que nous avançons, barques luttant contre un courant qui nous rejette sans cesse vers le passé. |
| < < < | Bilingual Books > > > |
| Bilingual text prepared by Akirill.com , deposited on the site Akirill.com on August 11, 2022. Each of the books (English or French) can be taken back separately and reused for personal and non-commercial purposes. They are free of copyright. Any use of the two books side by side must mention their origin https://www.Akirill.com | Texte bilingue établi par Akirill.com, déposé sur le site Akirill.com le 11 aout 2022. Chacun des livres (anglais ou français) peut être repris séparément et réutilisé a des fins personnelles et non commerciales. Ils sont libres de droits d’auteur. Toute utilisation des deux livres côte à côte doit mentionner leur origine https://www.Akirill.com |
Gatsby Le Magnifique de Francis Scott Fitzgerald
| If you liked this page, don’t forget to like and share. Si vous avez aimé cette page, n’oublier pas d’aimer et de partager. |
| Subscribe to not miss anything Abonnez-vous pour ne rien manquer |
| Check out our latest posts |
| Découvrez nos derniers articles |



