Ce n’est pas une traduction mots a mots mais les livres dans les deux languages mis côte a côte. Vous pouvez le lire en Français, en anglais ou parallèlement.
This is not a word-by-word translation but the books in the two languages put side by side. You can read it in French, in English or both.
The Great Gatsby, by F. Scott Fitzgerald
| The Great Gatsby, by F. Scott Fitzgerald | Gatsby Le Magnifique de Francis Scott Fitzgerald |
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| Chapitre I | CHAPTER I |
| “It’s a libel. I’m too poor.” | – C’est une diffamation. Je suis trop pauvre. |
| “But we heard it,” insisted Daisy, surprising me by opening up again in a flower-like way. “We heard it from three people, so it must be true.” | – Mais nous l’avons entendu dire, insista Daisy qui me surprit en s’ouvrant de nouveau, comme une fleur. Nous l’avons entendu dire, par trois personnes. Ça doit donc être vrai. Akirill.com |
| Of course I knew what they were referring to, but I wasn’t even vaguely engaged. The fact that gossip had published the banns was one of the reasons I had come East. You can’t stop going with an old friend on account of rumours, and on the other hand I had no intention of being rumoured into marriage. | Je savais, bien entendu, à quoi ils faisaient allusion, mais je n’étais pas fiancé, même vaguement. Le fait que les cancans s’étaient chargés de publier les bans était une des raisons pour lesquelles j’étais venu dans l’Est. On ne saurait cesser de fréquenter une vieille amie à cause de ce genre de rumeurs, et d’un autre côté, je ne voulais pas me laisser pousser au mariage par des rumeurs. |
| Their interest rather touched me and made them less remotely rich—nevertheless, I was confused and a little disgusted as I drove away. It seemed to me that the thing for Daisy to do was to rush out of the house, child in arms—but apparently there were no such intentions in her head. As for Tom, the fact that he “had some woman in New York” was really less surprising than that he had been depressed by a book. Something was making him nibble at the edge of stale ideas as if his sturdy physical egotism no longer nourished his peremptory heart. | L’intérêt que venaient de me montrer les Buchanan me toucha assez. Il lesе rendait moins distants dans leur richesse. Pourtant, en m’éloignant, je me sentais troublé et un peu dégoûté. Il me semblait que Daisy aurait dû se sauver de cette maison, son enfant dans les bras – mais apparemment elle n’avait aucune intention de ce genre. Quant à Tom, qu’il eût « une petite amie à New-York », voilà qui me surprenait moins de sa part que de le voir déprimé par la lecture d’un livre. Quelque chose le poussait à mordiller, comme un poisson l’hameçon, le bord des idées rancies, comme si son robuste égoïsme physique ne suffisait plus à nourrir son cœur autoritaire. |
| Already it was deep summer on roadhouse roofs and in front of wayside garages, where new red petrol-pumps sat out in pools of light, and when I reached my estate at West Egg I ran the car under its shed and sat for a while on an abandoned grass roller in the yard. The wind had blown off, leaving a loud, bright night, with wings beating in the trees and a persistent organ sound as the full bellows of the earth blew the frogs full of life. The silhouette of a moving cat wavered across the moonlight, and, turning my head to watch it, I saw that I was not alone—fifty feet away a figure had emerged from the shadow of my neighbour’s mansion and was standing with his hands in his pockets regarding the silver pepper of the stars. Something in his leisurely movements and the secure position of his feet upon the lawn suggested that it was Mr. Gatsby himself, come out to determine what share was his of our local heavens. | Déjà, c’était l’été sur les toits des auberges et devant les garages, au bord des routes, où les rouges pompes à essence, toutes neuves, se dressaient dans des flaques de lumière. Arrivé chez moi, à West-Egg, je rentrai l’auto dans sa cabane et m’assis un moment dans la cour, sur une tondeuse de gazon abandonnée. Le vent était tombé, laissant une claire nuit, bruyante de battements d’ailes dans les arbres et de l’orgue persistant des crapauds que tous les soufflets de la terre gonflaient d’un excès de vitalité. La silhouette d’un chat en maraude ondula au clair de lune. En tournant la tête pour le suivre des yeux, je vis que je n’étais pas seul – à cinquante pieds de moi, une forme surgie de l’ombre projetée par le château de mon voisin contemplait, les mains dans les poches, le poivre argenté des étoiles. Un je ne sais quoi dans ses mouvements indolents et dans la ferme assise de ses pieds sur le gazon suggérait que c’était là M. Gatsby en personne, sorti pour s’enquérir de la part qui lui était dévolue dans notre ciel local. |
| I decided to call to him. Miss Baker had mentioned him at dinner, and that would do for an introduction. But I didn’t call to him, for he gave a sudden intimation that he was content to be alone—he stretched out his arms toward the dark water in a curious way, and, far as I was from him, I could have sworn he was trembling. Involuntarily I glanced seaward—and distinguished nothing except a single green light, minute and far away, that might have been the end of a dock. When I looked once more for Gatsby he had vanished, and I was alone again in the unquiet darkness. | J’eus envie de l’interpeller. Miss Baker avait parlé de lui pendant le dîner : cela pouvait suffire comme introduction. Mais je ne l’interpellai pas, car il signifia soudain par un avis indirect son contentement d’être seul – il étendit les bras vers l’eau sombre d’un geste curieux et, pour éloigné que je fusse, j’aurais juré qu’il tremblait. Involontairement, je regardai la mer – et n’y distinguai rien, hormis une solitaire lumière verte, toute petite et très lointaine, qui marquait peut-être le bout d’une jetée. Quand de nouveau je cherchai Gatsby du regard, il avait disparu et je me retrouvai seul dans l’obscurité inquiète. |
| II | II |
| About halfway between West Egg and New York the motor road hastily joins the railroad and runs beside it for a quarter of a mile, so as to shrink away from a certain desolate area of land. This is a valley of ashes—a fantastic farm where ashes grow like wheat into ridges and hills and grotesque gardens; where ashes take the forms of houses and chimneys and rising smoke and, finally, with a transcendent effort, of ash-grey men, who move dimly and already crumbling through the powdery air. Occasionally a line of grey cars crawls along an invisible track, gives out a ghastly creak, and comes to rest, and immediately the ash-grey men swarm up with leaden spades and stir up an impenetrable cloud, which screens their obscure operations from your sight. | À mi-chemin de West-Egg et de New-York, la route se rapproche soudain du chemin de fer qu’elle suit pendant un quart de mille, comme pour s’écarter d’un certain site plein de désolation. Il s’agit d’une vallée de cendres – fantastiques cultures où, comme le blé, les cendres poussent en ondulations, collines et grotesques jardins ; où les cendres assument la forme de maisons, de cheminées, d’ascendantes fumées et, en fin de compte, à la suite d’un effort transcendant, celles d’hommes gris-de-cendre, qui, à peine entrevus et tombant déjà en poussière, se meuvent dans l’air poudreux. De temps à autre, une file de wagonnets gris rampe sur d’invisibles rails, pousse un grincement spectral et s’arrête. Immédiatement, des hommes grisâtres, armés de pelles de plomb, s’affairent comme des fourmis, et soulèvent un nuage impénétrable qui dérobe à la vue la suite de leurs opérations. |
| But above the grey land and the spasms of bleak dust which drift endlessly over it, you perceive, after a moment, the eyes of Doctor T. J. Eckleburg. The eyes of Doctor T. J. Eckleburg are blue and gigantic—their retinas are one yard high. They look out of no face, but, instead, from a pair of enormous yellow spectacles which pass over a nonexistent nose. Evidently some wild wag of an oculist set them there to fatten his practice in the borough of Queens, and then sank down himself into eternal blindness, or forgot them and moved away. But his eyes, dimmed a little by many paintless days, under sun and rain, brood on over the solemn dumping ground. | Mais au fond de ce pays de grisaille, par delà les tourbillons de poudre grise qui ne cessent d’errer sur sa surface, vous apercevez, après un moment, les yeux du docteur T. J. Eckleburg. Les yeux du docteur T. J. Eckleburg sont bleus et gigantesques, leurs rétines ont un mètre de haut. Ils regardent dans un visage inexistant, derrière une paire d’énormes lunettes jaunes qui chevauchent un nez absent. De toute évidence, un oculiste de New-York ami de la plaisanterie les a dressés sur ce paysage dans l’espoir d’y recruter des clients, puisе s’est abîmé lui-même dans la cécité éternelle, à moins qu’il n’ait déménagé vers d’autres lieux, les oubliant là. Mais ses yeux, assez effacés par le temps et le manque de peinture, s’attristent encore sur le solennel terrain cinéraire. |
| The valley of ashes is bounded on one side by a small foul river, and, when the drawbridge is up to let barges through, the passengers on waiting trains can stare at the dismal scene for as long as half an hour. There is always a halt there of at least a minute, and it was because of this that I first met Tom Buchanan’s mistress. | La vallée de cendres est bornée d’un côté par une petite rivière malpropre et, quand le pont-levis est dressé, dans les trains qui attendent qu’il s’abaisse, les voyageurs doivent contempler un paysage sinistre, parfois pendant une demi-heure. Toujours il se produit en cet endroit une halte d’au moins une minute et c’est à cause de cela que je rencontrai pour la première fois la maîtresse de Tom Buchanan. |
| The fact that he had one was insisted upon wherever he was known. His acquaintances resented the fact that he turned up in popular cafés with her and, leaving her at a table, sauntered about, chatting with whomsoever he knew. Though I was curious to see her, I had no desire to meet her—but I did. I went up to New York with Tom on the train one afternoon, and when we stopped by the ash-heaps he jumped to his feet and, taking hold of my elbow, literally forced me from the car. | Partout où il était connu, on insistait sur le fait qu’il en avait une. Ses amis s’indignaient de ce qu’il l’accompagnât dans les restaurants les plus fréquentés où, la quittant après l’avoir installée à une table, il circulait avec désinvolture pour bavarder un instant avec toutes les personnes de connaissance. Pour curieux que je fusse de la voir, je n’avais pas le moindre désir de lui être présenté. Cela ne se produisit pas moins. Un après-midi, je pris avec Tom le train pour New-York. Quand on s’arrêta auprès des monticules de cendres, il sauta sur ses pieds et, saisissant mon coude, il me força littéralement à quitter le wagon. |
| “We’re getting off,” he insisted. “I want you to meet my girl.” | « Nous descendons, insista-t-il, je veux que tu connaisses ma petite amie. » |
| I think he’d tanked up a good deal at luncheon, and his determination to have my company bordered on violence. The supercilious assumption was that on Sunday afternoon I had nothing better to do. | Je crois qu’il avait entonné pas mal d’alcool pendant le déjeuner et sa détermination que je l’accompagnasse frisait la violence. Apparemment, comme c’était dimanche, il pensait que je n’avais rien de mieux à faire. |
| I followed him over a low whitewashed railroad fence, and we walked back a hundred yards along the road under Doctor Eckleburg’s persistent stare. The only building in sight was a small block of yellow brick sitting on the edge of the waste land, a sort of compact Main Street ministering to it, and contiguous to absolutely nothing. One of the three shops it contained was for rent and another was an all-night restaurant, approached by a trail of ashes; the third was a garage—Repairs. George B. Wilson. Cars bought and sold.—and I followed Tom inside. | Je franchis derrière lui une petite palissade blanchie à la chaux et nous cheminâmes une centaine de mètres dans la direction d’où nous étions venus, sous le fixe regard du docteur Eckleburg. Les seuls bâtiments que nous eussions en vue formaient un petit pâté de briques jaunes posé sur la lisière de l’enclos à poussier ; amorce de Grand-Rue destinée à le desservir et n’avoisinant que le vide. Des trois boutiques qui le composaient, une était à louer ; la deuxième était une gargote ouverte toute la nuit ; une piste cendreuse y accédait ; la troisième, un garage – Réparations, GEORGE B. WILSON. Achat et vente d’autos – où j’entrai avec Tom. |
| The interior was unprosperous and bare; the only car visible was the dust-covered wreck of a Ford which crouched in a dim corner. It had occurred to me that this shadow of a garage must be a blind, and that sumptuous and romantic apartments were concealedе overhead, when the proprietor himself appeared in the door of an office, wiping his hands on a piece of waste. He was a blond, spiritless man, anaemic, and faintly handsome. When he saw us a damp gleam of hope sprang into his light blue eyes. | L’intérieur était nu et dénué de prospérité ; la seule voiture qu’on y voyait était une Ford en ruine, accroupie dans un recoin obscur. Je me disais que cette ombre de garage n’était qu’un paravent, que des appartements aussi somptueux que romanesques se dissimulaient au premier, quand le propriétaire se montra sur le seuil d’un bureau, en s’essuyant les mains sur une boule de chiffons. C’était un blond sans énergie, anémique et vaguement joli garçon. En nous voyant, une humide lueur d’espoir brilla dans son œil bleu. |
| “Hello, Wilson, old man,” said Tom, slapping him jovially on the shoulder. “How’s business?” | – Hello, mon vieux Wilson, fit Tom en lui assenant des claques joviales sur l’épaule. Ça va, le business ? |
| “I can’t complain,” answered Wilson unconvincingly. “When are you going to sell me that car?” | – J’ai pas à me plaindre, répondit Wilson d’un ton qui manquait de conviction. Quand est-ce que vous allez me vendre cette voiture ? |
| “Next week; I’ve got my man working on it now.” | – La semaine prochaine ; mon chauffeur travaille après en ce moment. |
| “Works pretty slow, don’t he?” | – Il travaille bien lentement, pas vrai ? |
| “No, he doesn’t,” said Tom coldly. “And if you feel that way about it, maybe I’d better sell it somewhere else after all.” | – Pas du tout, fit Tom avec froideur. Puisque c’est comme ça, je ferai peut-être bien après tout de la vendre à un autre. |
| “I don’t mean that,” explained Wilson quickly. “I just meant—” | – Ce n’est pas ça que je voulais dire, expliqua rapidement Wilson. Je disais simplement… |
| His voice faded off and Tom glanced impatiently around the garage. Then I heard footsteps on a stairs, and in a moment the thickish figure of a woman blocked out the light from the office door. She was in the middle thirties, and faintly stout, but she carried her flesh sensuously as some women can. Her face, above a spotted dress of dark blue crêpe-de-chine, contained no facet or gleam of beauty, but there was an immediately perceptible vitality about her as if the nerves of her body were continually smouldering. She smiled slowly and, walking through her husband as if he were a ghost, shook hands with Tom, looking him flush in the eye. Then she wet her lips, and without turning around spoke to her husband in a soft, coarse voice: Akirill.com | sa voix s’effaça. Tom jeta dans le garage des regards impatients. Puis j’entendis un pas dans l’escalier et la silhouette d’une femme assez trapue intercepta la lumière qu’encadrait la porte du bureau. C’était une femme d’environ trente-cinq ans, plutôt forte, mais qui portait sa chair sensuellement, comme certaines femmes. Elle était vêtue d’une robe en crêpe de Chine bleu foncé, toute parsemée de taches. Son visage ne présentait pas la moindre facette, pas la moindre étincelle de beauté, mais il y avait en elle une vitalité que l’on percevait immédiatement comme si, couvant sous la cendre, ses nerfs étaient toujours prêts à s’enflammer. Elle sourit posément et, passant à travers son mari comme s’il avait été une ombre, elle serra la main de Tom en le regardant dans les yeux. Puis elle se mouilla les lèvres avec sa langue et, sans se retourner, parla à son mari d’une voix molle et vulgaire : |
| “Get some chairs, why don’t you, so somebody can sit down.” | – Amène donc des chaises, que les gens puissent s’asseoir. |
| “Oh, sure,” agreed Wilson hurriedly, and went toward the little office, mingling immediately with the cement colour of the walls. A white ashen dust veiled his dark suit and his pale hair as it veiled everything in the vicinity—except his wife, who moved close to Tom. | – Bon, bon, acquiesça Wilson avec empressement et il se dirigea vers le petit bureau où il se confondit tout de suite avec la couleur des murs en ciment. Une poussière de cendres blanches voilait ses vêtements sombres et ses cheveux pâles, comme elle voilait tout aux environs, sauf sa femme, qui se rapprocha de Tom. |
| “I want to see you,” saidе Tom intently. “Get on the next train.” | – Je veux te voir, fit Tom avec fermeté. Prends le prochain train. |
| “All right.” | – Bien. |
| “I’ll meet you by the newsstand on the lower level.” | – Je t’attendrai près du kiosque à journaux, au rez-de-chaussée de la gare. |
| She nodded and moved away from him just as George Wilson emerged with two chairs from his office door. | Elle hocha la tête et s’écarta au moment même où George Wilson, chargé de deux chaises, sortait du bureau. |
| We waited for her down the road and out of sight. It was a few days before the Fourth of July, and a grey, scrawny Italian child was setting torpedoes in a row along the railroad track. | Nous attendîmes la femme sur la route, hors de vue. Dans quelques jours, c’était la Fête Nationale, et un petit Italien gris et malingre alignait des pétards le long de la voie du chemin de fer. |
| “Terrible place, isn’t it,” said Tom, exchanging a frown with Doctor Eckleburg. | – Un sale patelin, pas vrai ? fit Tom en échangeant un regard courroucé avec le docteur Eckleburg. |
| “Awful.” | – Un patelin épouvantable. |
| “It does her good to get away.” | – Ça lui fait du bien d’en sortir de temps à autre. |
| “Doesn’t her husband object?” | – Et son mari, il ne dit rien ? |
| “Wilson? He thinks she goes to see her sister in New York. He’s so dumb he doesn’t know he’s alive.” | – Wilson ? Il croit qu’elle va voir sa sœur à New-York. Il est si bête qu’il ne s’aperçoit même pas qu’il existe. |
| So Tom Buchanan and his girl and I went up together to New York—or not quite together, for Mrs. Wilson sat discreetly in another car. Tom deferred that much to the sensibilities of those East Eggers who might be on the train. | C’est ainsi que Tom Buchanan, son amie et moi-même allâmes ensemble à New-York – à mieux dire, pas tout à fait ensemble, car Mrs. Wilson, par discrétion, prit place dans un autre compartiment. Tom consentit à accorder cette marque de déférence aux susceptibilités des habitants d’East-Egg qui pouvaient se trouver dans le train. |
| She had changed her dress to a brown figured muslin, which stretched tight over her rather wide hips as Tom helped her to the platform in New York. At the newsstand she bought a copy of Town Tattle and a moving-picture magazine, and in the station drugstore some cold cream and a small flask of perfume. Upstairs, in the solemn echoing drive she let four taxicabs drive away before she selected a new one, lavender-coloured with grey upholstery, and in this we slid out from the mass of the station into the glowing sunshine. But immediately she turned sharply from the window and, leaning forward, tapped on the front glass. | Mrs. Wilson avait changé de robe. Elle portait maintenant une mousseline beige à ramages qui se tendit sur son large derrière quand, arrivés à New-York, Tom l’aida à descendre sur le quai. Au kiosque à journaux, elle acheta Les Potins de New-York et une revue de cinéma et, à la pharmacie de la gare, un pot de cold-cream et un flacon de parfum. En haut, sur la rampe solennelle et résonnante d’échos, elle dédaigna quatre taxis avant d’en choisir un, lavande à coussins gris, dans lequel nous nous glissâmes hors de l’embouteillage de la gare, vers le brillant soleil. Tout de suite, elle s’écarta vivement de la portière et, se penchant en avant, tapa sur le carreau. |
| “I want to get one of those dogs,” she said earnestly. “I want to get one for the apartment. They’re nice to have—a dog.” | – Je veux un de ces petits chiens, fit-elle d’une voix ardente, j’en veux un pour l’appartement. C’est si gentil, un chien. |
| We backed up to a grey old man who bore an absurd resemblance to John D. Rockefeller. In a basket swung from his neck cowered a dozen very recent puppies of an indeterminate breed. | La voiture fit marche arrière et s’arrêta devant un vieillard tout blanc qui ressemblait absurdement à John D. Rockefeller. Dans un panier suspendu à son cou s’entassaient une douzaine de tout jeunes chiens, d’une race imprécise. |
| “What kind are they?” asked Mrs. Wilson eagerly, as he came to the taxi-window. | – De quelle espèce ils sont ? demanda Mrs. Wilson avec empressement au vieillard qui s’approchait de la portière. |
| “All kinds. What kind do you want, lady?” | – De toutes les espèces. Laquelle préférez-vous, Madame ? |
| “I’d like to get one of those police dogs; I don’t suppose you got that kind?” | – Je voudrais un chow. Je suppose pas que vous en ayez, de ceux-là. |
| The man peered doubtfully into the basket, plunged in his hand and drew one up, wriggling, by the back of the neck. | L’homme scruta le contenu de sonе panier d’un œil sceptique, y plongea la main et en tira un chiot, tout frétillant, par la peau du cou. |
| “That’s no police dog,” said Tom. | – C’est pas un chow, ça, fit Tom. |
| “No, it’s not exactly a police dog,” said the man with disappointment in his voice. “It’s more of an Airedale.” He passed his hand over the brown washrag of a back. “Look at that coat. Some coat. That’s a dog that’ll never bother you with catching cold.” | – Non, c’est pas précisément un chow, dit l’homme d’une voix lourde de désappointement. Il a davantage de l’airedale. Il passa la main sur le dos de la bête, qui ressemblait à un torchon brun. – Regardez-moi cette fourrure. Pour une fourrure, c’est une fourrure. V’là un chien qui vous causera jamais d’embêtements en prenant froid. |
| “I think it’s cute,” said Mrs. Wilson enthusiastically. “How much is it?” | – Il est mignon comme tout, fit Mrs. Wilson, enthousiasmée. Combien en voulez-vous ? |
| “That dog?” He looked at it admiringly. “That dog will cost you ten dollars.” | – De ce chien-là ? Il le contempla avec admiration. Ce chien-là vous coûtera dix dollars. |
| The Airedale—undoubtedly there was an Airedale concerned in it somewhere, though its feet were startlingly white—changed hands and settled down into Mrs. Wilson’s lap, where she fondled the weatherproof coat with rapture. | La bête – elle comptait à coup sûr un airedale parmi ses ancêtres, bien que ses pattes fussent blanches, ce qui n’était pas sans détonner – la bête changea de maître et se pelotonna dans le giron de Mrs. Wilson. Celle-ci se mit à caresser son poil, imperméable jaune, en s’extasiant. |
| “Is it a boy or a girl?” she asked delicately. | – C’est un petit garçon ou une petite fille ? demanda-t-elle délicatement. |
| “That dog? That dog’s a boy.” | – C’chien-là ? C’chien-là est un petit garçon. |
| “It’s a bitch,” said Tom decisively. “Here’s your money. Go and buy ten more dogs with it.” | – C’est une femelle, fit Tom avec décision. Voici l’argent. Allez acheter dix autres chiens avec. |
| We drove over to Fifth Avenue, warm and soft, almost pastoral, on the summer Sunday afternoon. I wouldn’t have been surprised to see a great flock of white sheep turn the corner. | Nous filâmes vers la Cinquième Avenue, si chaude et si amollie, et quasi pastorale en cet après-midi d’été, que je n’aurais pas été autrement surpris d’y voir déboucher un troupeau de blancs moutons. |
| “Hold on,” I said, “I have to leave you here.” | – Arrêtez un instant, fis-je, il faut que je vous quitte ici. |
| “No you don’t,” interposed Tom quickly. “Myrtle’ll be hurt if you don’t come up to the apartment. Won’t you, Myrtle?” | – Pas du tout, s’interposa Tom avec vivacité. Myrtle sera vexée si tu ne montes pas dans l’appartement. Pas vrai, Myrtle ? |
| “Come on,” she urged. “I’ll telephone my sister Catherine. She’s said to be very beautiful by people who ought to know.” | – Venez donc, supplia-t-elle. Je téléphonerai à ma sœur Catherine. Des gens qui doivent savoir de quoi ils causent disent qu’elle est très belle. |
| “Well, I’d like to, but—” | – Ce serait avec plaisir, mais… |
| We went on, cutting back again over the Park toward the West Hundreds. At 158th Street the cab stopped at one slice in a long white cake of apartment-houses. Throwing a regal homecoming glance around the neighbourhood, Mrs. Wilson gathered up her dog and her other purchases, and went haughtily in. | On continua de rouler, traversant le Parc vers l’ouest. Parvenus à la 158e rue, le taxi s’arrêta devant un immeuble de rapport qui, encadré d’autres immeubles identiques, avait l’air d’une tranche découpée dans un long gâteau blanc. Jetant autour d’elle le regard d’une souveraine qui réintègre son royaume, Mrs. Wilson rassembla son chien et ses autres emplettes et effectua son entrée avec hauteur. |
| “I’m going to have the McKees come up,” she announced as we rose in the elevator. “And, of course, I got to call up my sister, too.” | – Je vais faire monter les McKee, annonça-t-elle dans l’ascenseur. Et puis faut pas que j’oublie de téléphoner à ma sœur. Akirill.com |
| The apartment was on the top floor—a small living-room, a small dining-room, a smallе bedroom, and a bath. The living-room was crowded to the doors with a set of tapestried furniture entirely too large for it, so that to move about was to stumble continually over scenes of ladies swinging in the gardens of Versailles. The only picture was an over-enlarged photograph, apparently a hen sitting on a blurred rock. Looked at from a distance, however, the hen resolved itself into a bonnet, and the countenance of a stout old lady beamed down into the room. Several old copies of Town Tattle lay on the table together with a copy of Simon Called Peter, and some of the small scandal magazines of Broadway. Mrs. Wilson was first concerned with the dog. A reluctant elevator boy went for a box full of straw and some milk, to which he added on his own initiative a tin of large, hard dog biscuits—one of which decomposed apathetically in the saucer of milk all afternoon. Meanwhile Tom brought out a bottle of whisky from a locked bureau door. | L’appartement était au dernier étage – un petit salon, une petite salle à manger, une petite chambre à coucher et une salle de bains. Le salon s’encombrait jusqu’aux portes d’une collection de sièges en tapisserie d’un format disproportionné, si bien qu’on y trébuchait à chaque pas sur de belles dames se trémoussant dans des escarpolettes aux jardins de Versailles. Une seule image au mur : une photo exagérément agrandie représentant, à première vue, une poule perchée sur un rocher estompé de brouillard. Avec un peu de recul, la poule se transformait en un bonnet et le rocher en un visage de vieille femme corpulente qui laissait tomber un sourire dans la pièce. Plusieurs numéros des Potins de New-York jonchaient la table, pêle-mêle avec un exemplaire d’un roman douceâtre et tout un assortiment de revues à scandale. Mrs. Wilson s’occupa en premier lieu de son chien. Non sans maugréer, le groom de l’ascenseur alla chercher un peu de paille et du lait, à quoi, de sa propre initiative, il ajouta une boîte de biscuits de chien – énormes et fort durs. L’un d’eux se décomposa apathiquement tout l’après-midi dans la soucoupe de lait. Entre temps, Tom avait sorti une bouteille de whisky d’un secrétaire fermé à clef. |
| I have been drunk just twice in my life, and the second time was that afternoon; so everything that happened has a dim, hazy cast over it, although until after eight o’clock the apartment was full of cheerful sun. Sitting on Tom’s lap Mrs. Wilson called up several people on the telephone; then there were no cigarettes, and I went out to buy some at the drugstore on the corner. When I came back they had both disappeared, so I sat down discreetly in the living-room and read a chapter of Simon Called Peter—either it was terrible stuff or the whisky distorted things, because it didn’t make any sense to me. | Je n’ai été ivre que deux fois dans ma vie. La seconde, ce fut cet après-midi-là. C’est pourquoi tout ce qui arriva me paraît recouvert de brume, bien que l’appartement fût inondé de soleil jusqu’à huit heures passées. Assise sur les genoux de Tom, Mrs. Wilson téléphona à plusieurs personnes ; puis il n’y eut plus de cigarettes et je sortis en acheter à la pharmacie du coin. Quand je revins, le couple s’était éclipsé. Je m’assis discrètement dans le salon et lus un chapitre du roman que je pris sur la table. Je ne sais si c’est parce que cette prose était du pur charabia ou parce que le whisky déformait tout dans ma cervelle, mais cela me fit l’effet de n’avoir ni queue ni tête. |
| Just as Tom and Myrtle (after the first drink Mrs. Wilson and I called each other by our first names) reappeared, company commenced to arrive at the apartment door. | À l’instant même où Tom et Myrtle effectuaient leur rentrée (à partir du premier verre, Mrs. Wilson et moi nous nous interpellions par nos petits noms) les invités commencèrent à arriver. |
| The sister, Catherine, was a slender, worldly girl of about thirty, with a solid, sticky bob of red hair, and a complexion powdered milky white. Her eyebrows had been plucked and then drawn on again at a more rakish angle, but the efforts of nature toward the restoration of the old alignment gave a blurred air to her face. When she moved about there was an incessant clicking as innumerable pottery bracelets jingled up and down upon her arms. She came in with such a proprietary haste, and looked around so possessively at the furniture that I wondered if she lived here. But when I asked her she laughed immoderately, repeated my question aloud, and told me she lived with a girl friend at a hotel. | Catherine, la sœur de Mrs. Wilson, était une fille élancée, l’air averti, d’une trentaine d’années, aux cheveux rouges coupés courts de façon à former une masse solide et lisse et que la poudre dotait d’un teint d’une blancheur laiteuse. Ses sourcils épilés étaient peints selon une courbe qu’elle voulait plus affriolante, mais les efforts de la nature pour reconstituer le tracé primitif donnaient à son visage l’air d’avoir été estompé. Sa marche s’accompagnait du cliquetis d’innombrables bracelets en terre cuite qui glissaient sans cesse le long de ses bras. Elle entra avec la hâte d’une maîtresse de maison en jetant sur les meubles un regard de propriétaire, si bien que je me demandai si elle vivait dans l’appartement. Mais quand je lui posai la question, elle rit sans mesure, répéta ma phrase à voix haute et me dit qu’elle vivait à l’hôtel avec une amie. |
| Mr. McKee was a pale, feminine man from the flat below. He had just shaved, for there was a white spot of lather on his cheekbone, and he was most respectful in his greeting to everyone in the room. He informed me that he was in the “artistic game,” and I gathered later that he was a photographer and had made the dim enlargement of Mrs. Wilson’s mother which hovered like an ectoplasm on the wall. His wife was shrill, languid, handsome, and horrible. She told me with pride that her husband had photographed her a hundred and twenty-seven times since they had been married. | M. McKee était un être pâlot et efféminé qui occupait l’appartement au-dessous. On voyait qu’il venait de se raser, car une tache de savon était restée sur sa pommette. Il s’appliqua à saluer avec respect chacun des membres de la société. Il m’informa qu’il « s’occupait d’art » ; par la suite je compris qu’il était photographe et l’auteur du trouble agrandissement de la mère de Mrs. Wilson qui flottait sur le mur comme un ectoplasme. Sa femme était criarde, languide, belle et répugnante. Elle m’informa avec orgueil que son mari l’avait photographiée cent vingt-sept fois depuis leur mariage. |
| Mrs. Wilson had changed her costume some time before, and was now attired in an elaborate afternoon dress of cream-coloured chiffon, which gave out a continual rustle as she swept about the room. With the influence of the dress her personality had also undergone a change. The intense vitality that had been so remarkable in the garage was converted into impressive hauteur. Her laughter, her gestures, her assertions became more violently affected moment by moment, and as she expanded the room grew smaller around her, until she seemed to be revolving on a noisy, creaking pivot through the smoky air. | Mrs. Wilson avait encore changé de vêtements. Elle portait maintenant une robe d’après-midi très ornée, en chiffon crème, qui froufroutait quand elle circulait dans la pièce de son allure décidée. Sous l’influence du costume, sa personnalité s’était modifiée. L’intense vitalité que j’avais remarquée dans le garage avait cédé le pas à une hauteur impressionnante. L’affectation brutale de son rire, de ses gestes, de ses affirmations alla croissant de minute en minute ; à mesure qu’elle s’épanchait, le salon se rétrécissait autour d’elle, si bien qu’elle finit par donner l’impression de tourner sur un pivot grinçant dans l’air fumeux. |
| “My dear,” she told her sister in a high, mincing shout, “most of these fellas will cheat you every time. All they think of is money. I had a woman up here last week to look at my feet, and when she gave me the bill you’d of thought she had my appendicitis out.” | – Ma chère, disait-elle à sa sœur d’une voix de tête aiguë et maniérée, la plupart des gens ne pensent qu’à vous rouler. Ils ne songent qu’à l’argent. La semaine dernière j’ai fait venir une femme pour m’examiner les pieds et quand elle m’a remis sa note, t’aurais cru qu’elle m’avait ôté l’appendicite. |
| “What was the name of the woman?” asked Mrs. McKee. | – Quel était le nom de cette femme ? demanda Mrs. McKee. |
| “Mrs. Eberhardt. She goes around looking at people’s feet in their own homes.” | – Mrs. Eberhardt. Elle examine les pieds des gens à domicile. |
| “I like your dress,” remarked Mrs. McKee, “I think it’s adorable.” | – J’adore votre robe, fit Mrs. McKee. Elle est ravissante. |
| Mrs. Wilson rejected the compliment by raising her eyebrow in disdain. | Mrs. Wilson repoussa cet éloge d’un haussement dédaigneux de ses sourcils. |
| “It’s just a crazy old thing,” she said. “I just slip it on sometimes when I don’t care what I look like.” | – C’est une vieillerie, fit-elle. Je ne la mets que quand ça m’est égal quelle tournure que j’ai. |
| “But it looks wonderful on you, if you know what I mean,” pursued Mrs. McKee. “If Chester could only get you in that pose I think he could make something of it.” | – Mais elle fait un effet merveilleux sur vous, si vous comprenez ce que je veux dire, reprit Mrs. McKee. Si Chester pouvait seulement vous prendre dans cette pose, je crois qu’il ferait quelque chose d’épatant. |
| We all looked in silence at Mrs. Wilson, who removed a strand of hair from over her eyes and looked back at us with a brilliant smile. Mr. McKee regarded her intently with his head on one side, and then moved his hand back and forth slowly in front of his face. | Tout le monde regarda Mrs. Wilson en silence. Elle écarta une mèche de ses yeux et nous rendit notre regard avec un sourire éblouissant. M. McKee la contempla fixement, la tête penchée, en passant la main à plusieurs reprises avec lenteur devant sa figure. |
| “I should change the light,” he said after a moment. “I’d like to bring out the modelling of the features. And I’d try to get hold of all the back hair.” | – Moi, je changerais la lumière, fit-il au bout d’un moment. Je ferais ressortir le modelé des traits. Puis j’essaierais de prendre tous les cheveux de derrière. |
| “I wouldn’t think of changing the light,” cried Mrs. McKee. “I think it’s—” | – Moi, je ne toucherais pas à la lumière, cria Mrs. McKee, je trouve qu’elle… |
| Her husband said “Sh!” and we all looked at the subject again, whereupon Tom Buchanan yawned audibly and got to his feet. | Son mari fit « chut ! » et tous nous regardâmes de nouveau le sujet. Là-dessus, Tom Buchanan bâilla de manière à être entendu et se leva. |
| “You McKees have something to drink,” he said. “Get some more ice and mineral water, Myrtle, before everybody goes to sleep.” | – Vous, les McKee, vous allez boire un coup, dit-il. Myrtle, redonne de la glace et de l’eau minérale avant que tout le monde s’endorme. |
| “I told that boy about the ice.” Myrtle raised her eyebrows in despair at the shiftlessness of the lower orders. “These people! You have to keep after them all the time.” | – J’ai dit au groom pour la glace. Myrtle leva les sourcils, désespérée du peu de fond que l’on peut faire sur les sous-ordres : « Ces gens-là ! Il faut être tout le temps sur leur dos ! » |
| She looked at me and laughed pointlessly. Then she flounced over to the dog, kissed it with ecstasy, and swept into the kitchen, implying that a dozen chefs awaited her orders there. | Elle me regarda et rit sans motif. Puis elle se jeta sur le chien, l’embrassa avec extase et pénétra dans la cuisine, comme si une douzaine de maîtres queux l’y attendaient. |
| “I’ve done some nice things out on Long Island,” asserted Mr. McKee. | – J’ai fait plusieurs choses pas mal du tout à Long-Island, affirma M. McKee. |
| Tom looked at him blankly. | Tom le regarda, ahuri. |
| “Two of them we have framed downstairs.” | – J’en ai encadré deux qui sont en bas. |
| “Two what?” demanded Tom. | – Deux quoi ? demanda Tom. |
| “Two studies. One of them I call Montauk Point—The Gulls, and the other I call Montauk Point—The Sea.” | – Deux études. L’une je l’appelle « Montauk Point – Les Mouettes », et l’autre je l’appelle « Montauk Point – La Mer ». |
| The sister Catherine sat down beside me on the couch. | Sœur Catherine s’assit près de moi sur le divan. |
| “Do you live down on Long Island, too?” she inquired. | – Vous habitez à Long-Island, vous aussi ? me demanda-t-elle. |
| “I live at West Egg.” | – J’habite West-Egg. |
| “Really? I was down there at a party about a month ago. At a man named Gatsby’s. Do you know him?” | – Ah ! Vraiment ? J’y ai assisté à une fête il y a environ un mois. Chez un monsieur qui s’appelle Gatsby. Vous connaissez ? |
| “I live next door to him.” | – C’est mon voisin. |
| “Well, they say he’s a nephew or a cousin of Kaiser Wilhelm’s. That’s where all his money comes from.” | – Eh bien, on dit qu’il est le neveu ou le cousin du Kaiser. C’est de là que vient toute sa galette. |
| “Really?” | – Pas possible ? |
| She nodded. | Elle hocha la tête. |
| “I’m scared of him. I’d hate to have him get anything on me.” | – Il me fait peur. Pour rien au monde j’voudrais qu’il puisse mettre son nez dans mes affaires. |
| This absorbing information about my neighbour was interrupted by Mrs. McKee’s pointing suddenly at Catherine: | L’énoncé de ces passionnants renseignements sur mon voisin fut interrompu par Mrs. McKee qui, montrant Catherine du doigt, s’écria tout à coup : |
| “Chester, I think you could do something with her,” she broke out, but Mr. McKee only nodded in a bored way, and turned his attention to Tom. | – Chester, je crois que tu ferais quelque chose de bien d’après elle. Mais M. McKee se contenta de hocher la tête d’un air ennuyé et concentra toute son attention sur Tom. |
| “I’d like to do more work on Long Island, if I could get the entry. All I ask is that they should give me a start.” | – J’aimerais travailler encore à Long-Island, s’il m’était possible de me faire présenter. Tout ce que je demande, c’est qu’on me mette le pied dans l’étrier. |
| “Ask Myrtle,” said Tom, breaking into a short shout of laughter as Mrs. Wilson entered with a tray. “She’ll give you a letter of introduction, won’t you, Myrtle?” | – Demandez ça à Myrtle, fit Tom avec un court et bruyant éclat de rire comme Mrs. Wilson rentrait, chargée d’un plateau. Elle vous donnera une lettre d’introduction, pas vrai, Myrtle ? |
| “Do what?” she asked, startled. | – Je lui donnerai quoi ? demanda-t-elle, interloquée. |
| “You’ll give McKee a letter of introduction to your husband, so he can do some studies of him.” His lips moved silently for a moment as he invented, “ ‘George B. Wilson at the Gasoline Pump,’ or something like that.” | – Tu donneras à McKee une lettre d’introduction pour ton mari, pour qu’il puisse faire quelques études d’après lui. Ses lèvres remuèrent sans bruit un instant tandis qu’il improvisait : « George B. Wilson à la Pompe à essence », ou quelque chose de ce genre. |
| Catherine leaned close to me and whispered in my ear: | Catherine se pencha à me toucher et murmura dans mon oreille : |
| “Neither of them can stand the person they’re married to.” | – Ni l’un ni l’autre ne peuvent souffrir la personne avec laquelle ils sont mariés. |
| “Can’t they?” | – Ah ! Oui ? |
| “Can’t stand them.” She looked at Myrtle and then at Tom. “What I say is, why go on living with them if they can’t stand them? If I was them I’d get a divorce and get married to each other right away.” | – C’est comme je vous le dis. Elle regarda Myrtle, puis Tom, et reprit : – Moi je dis une chose : pourquoi continuer à vivre ensemble quand on ne peut pas se souffrir ? Si j’étais eux, je divorcerais et me marierais ensemble tout de suite. |
| “Doesn’t she like Wilson either?” | – Alors, elle n’aime pas Wilson ? |
| The answer to this was unexpected. It came from Myrtle, who had overheard the question, and it was violent and obscene. | La réponse me fit sursauter. Elle vint énoncée par Myrtle, qui m’avait entendu, en termes aussi violents qu’obscènes. |
| “You see,” cried Catherine triumphantly. She lowered her voice again. “It’s really his wife that’s keeping them apart. She’s a Catholic, and they don’t believe in divorce.” | – Vous voyez ! s’écria Catherine, triomphante. Puis elle baissa de nouveau la voix : « En réalité, c’est sa femme à lui qui les sépare. Elle est catholique et les catholiques n’admettent pas le divorce. » |
| Daisy was not a Catholic, and I was a little shocked at the elaborateness of the lie. | Daisy n’était pas catholique. Le « fini » du mensonge me choqua. |
| “When they do get married,” continued Catherine, “they’re going West to live for a while until it blows over.” | – Quand ils se marieront, continua Catherine, ils iront vivre dans l’Ouest jusqu’à ce que l’affaire soit oubliée. |
| “It’d be more discreet to go to Europe.” | – Il serait plus discret d’aller en Europe. |
| “Oh, do you like Europe?” she exclaimed surprisingly. “I just got back from Monte Carlo.” | – Oh ! ça vous plaît, l’Europe ? s’exclama-t-elle inopinément. Moi j’arrive de Monte-Carlo. |
| “Really.” | – Vraiment ? |
| “Just last year. I went over there with another girl.” | – Pas plus tard que l’année dernière. J’y étais allée avec une amie. |
| “Stay long?” | – Vous y êtes restées longtemps ? |
| “No, we just went to Monte Carlo and back. We went by way of Marseilles. We had over twelve hundred dollars when we started, but we got gyped out of it all in two days in the private rooms. We had an awful time getting back, I can tell you. God, how I hated that town!” | – Non, Monte-Carlo et retour, c’est tout. Nous y sommes allées par Marseille. On avait plus de douze cents dollars en partant, mais on nous les a filoutés en deux jours dans les salons particuliers. On a eu un mal de chien pour rentrer, ça je peux le dire. Bon Dieu ce que j’ai pu la détester, cette ville ! |
| The late afternoon sky bloomed in the window for a moment like the blue honey of the Mediterranean—then the shrill voice of Mrs. McKee called me back into the room. | Le ciel de cette fin d’après-midi s’épanouit un instant à la fenêtre comme le miel azuré de la Méditerranée – puis la voix perçante de Mrs. McKee me rappela dans la pièce. |
| “I almost made a mistake, too,” she declared vigorously. “I almost married a little kike who’d been after me for years. I knew he was below me. Everybody kept saying to me: ‘Lucille, that man’s way below you!’ But if I hadn’t met Chester, he’d of got me sure.” | – Moi aussi j’ai failli faire une gaffe, déclara-t-elle vigoureusement. J’ai failli épouser un petit youpin qui était après moi depuis des années. Moi je savais qu’il était mon inférieur. Tout le monde me répétait : Lucile, cet homme est de beaucoup ton inférieur ! Mais si je n’avais pas rencontré Chester, il m’aurait eue, c’est certain. |
| “Yes, but listen,” said Myrtle Wilson, nodding her head up and down, “at least you didn’t marry him.” | – Oui, mais écoutez, fit Myrtle Wilson en hochant la tête de bas en haut, vous, au moins, vous ne l’avez pas épousé. |
| “I know I didn’t.” | – Je le sais bien. |
| “Well, I married him,” said Myrtle, ambiguously. “And that’s the difference between your case and mine.” | – Tandis que moi, je l’ai épousé, continua Myrtle avec ambiguïté. Voilà toute la différence qu’il y a entre votre cas et le mien, ma chère. |
| “Why did you, Myrtle?” demanded Catherine. “Nobody forced you to.” | – Pourquoi que tu as fait ça, Myrtle ? demanda Catherine. Personne ne te forçait. |
| Myrtle considered. | Myrtle réfléchit un moment. |
| “I married him because I thought he was a gentleman,” she said finally. “I thought he knew something about breeding, but he wasn’t fit to lick my shoe.” | – Je l’ai épousé parce que je croyais que c’était un gentleman, dit-elle enfin. Je croyais que c’était quelqu’un de distingué, mais il n’était pas digne de lécher mes souliers. |
| “You were crazy about him for a while,” said Catherine. | – Tu as été folle de lui un certain temps, dit Catherine. |
| “Crazy about him!” cried Myrtle incredulously. “Who said I was crazy about him? I never was any more crazy about him than I was about that man there.” | – Moi, folle de lui ? cria Myrtle avec incrédulité. Qui c’est qui dit que j’étais folle de lui ? J’ai pas plus été folle de lui que de cet homme-là. |
| She pointed suddenly at me, and everyone looked at me accusingly. I tried to show by my expression that I expected no affection. | Elle me montra soudain du doigt et tout le monde me regarda d’un air accusateur. Je m’efforçai de montrer par l’expression de mon visage que je n’avais joué aucun rôle dans son passé. |
| “The only crazy I was was when I married him. I knew right away I made a mistake. He borrowed somebody’s best suit to get married in, and never even told me about it, and the man came after it one day when he was out: ‘Oh, is that your suit?’ I said. ‘This is the first I ever heard about it.’ But I gave it to him and then I lay down and cried to beat the band all afternoon.” | – Je n’ai été folle que le jour où je l’ai épousé. J’ai vu de suite que j’avais fait une gaffe. Il avait emprunté à quelqu’un son meilleur complet pour le mariage, sans même m’en souffler mot, et puis l’homme est venu le chercher un jour qu’il était sorti. « Oh ! c’est à vous le complet ? que je lui fais. Première nouvelle ! » Mais je le lui ai rendu. Après, je me suis jetée sur mon lit et j’ai pleuré tout l’après-midi comme une Madeleine. |
| “She really ought to get away from him,” resumed Catherine to me. “They’ve been living over that garage for eleven years. And Tom’s the first sweetie she ever had.” | – Elle devrait vraiment le quitter, résuma Catherine à mon intention. Voilà onze ans qu’ils vivent au-dessus de ce garage. Et Tom est le premier petit ami qu’elle a jamais eu. |
| The bottle of whisky—a second one—was now in constant demand by all present, excepting Catherine, who “felt just as good on nothing at all.” Tom rang for the janitor and sent him for some celebrated sandwiches, which were a complete supper in themselves. I wanted to get out and walk eastward toward the park through the soft twilight, but each time I tried to go I became entangled in some wild, strident argument which pulled me back, as if with ropes, into my chair. Yet high over the city our line of yellow windows must have contributed their share of human secrecy to the casual watcher in the darkening streets, and I saw him too, looking up and wondering. I was within and without, simultaneously enchanted and repelled by the inexhaustible variety of life. | La bouteille de whisky – c’était la deuxième – passait de main en main. Seule s’abstenait Catherine qui, disait-elle, n’avait pas besoin de ça pour être gaie. Tom sonna le concierge et l’envoya chercher je ne sais quels sandwiches renommés, qui à eux seuls composaient un repas complet. Je voulais m’en aller, pour marcher vers le parc dans la mollesse du crépuscule, mais chaque fois que j’essayais de partir, je m’empêtrais dans quelque discussion ardente et échevelée qui me rasseyait de force, comme avec des cordes, dans mon fauteuil. Et pourtant, très haut au-dessus de la ville, notre rangée de fenêtres dorées contenait sans doute une part de l’humain mystère aux yeux du passant distrait qui peut-être la regardait au même moment de la rue où l’ombre s’entassait. Et moi j’étais aussi ce passant, le front levé, interrogateur. J’étais à la fois dedans et dehors, enchanté et repoussé par l’inépuisable diversité de la vie. |
| Myrtle pulled her chair close to mine, and suddenly her warm breath poured over me the story of her first meeting with Tom. | Myrtle tira sa chaise contre la mienne et soudain son haleine chaude me souffla le récit de sa première rencontre avec Tom. |
| “It was on the two little seats facing each other that are always the last ones left on the train. I was going up to New York to see my sister and spend the night. He had on a dress suit and patent leather shoes, and I couldn’t keep my eyes off him, but every time he looked at me I had to pretend to be looking at the advertisement over his head. When we came into the station he was next to me, and his white shirtfront pressed against my arm, and so I told him I’d have to call a policeman, but he knew I lied. I was so excited that when I got into a taxi with him I didn’t hardly know I wasn’t getting into a subway train. All I kept thinking about, over and over, was ‘You can’t live forever; you can’t live forever.’ ” | – C’était sur les deux places en face l’une de l’autre qui sont toujours les dernières qui restent libres dans le train. J’allais à New-York voir ma sœur et passer la nuit avec elle. Lui était en habit et souliers vernis et je ne pouvais ôter les yeux de dessus lui, mais chaque fois qu’il me regardait, il fallait que je fasse semblant de contempler la réclame qu’il avait au-dessus de sa tête. En sortant de la gare, il était à côté de moi, son plastron blanc pressé contre mon bras et je lui dis que j’allais faire venir un agent mais il savait que je bluffais. J’étais si troublée qu’en montant en taxi avec lui je ne me rendais pas tout à fait compte que ce n’était pas dans le métro que j’entrais. Je me répétais sans cesse : On ne vit qu’une fois, on ne vit qu’une fois. |
| She turned to Mrs. McKee and the room rang full of her artificial laughter. | Elle se tourna vers Mrs. McKee et emplit la pièce de son rire artificiel. |
| “My dear,” she cried, “I’m going to give you this dress as soon as I’m through with it. I’ve got to get another one tomorrow. I’m going to make a list of all the things I’ve got to get. A massage and a wave, and a collar for the dog, and one of those cute little ashtrays where you touch a spring, and a wreath with a black silk bow for mother’s grave that’ll last all summer. I got to write down a list so I won’t forget all the things I got to do.” | – Ma chère, je vous ferai cadeau de cette robe dès que je n’en aurai plus besoin. Je dois m’en acheter une autre demain. Je fais faire une liste de tout ce qu’il me faut. Un massage, une ondulation, un collier pour le chien, un de ces ravissants petits cendriers avec un ressort qu’on touche et une couronne avec un ruban noir pour la tombe de maman qui durera tout l’été. Faut que j’en fasse une liste pour que je n’oublie rien de ce que j’ai à faire. |
| It was nine o’clock—almost immediately afterward I looked at my watch and found it was ten. Mr. McKee was asleep on a chair with his fists clenched in his lap, like a photograph of a man of action. Taking out my handkerchief I wiped from his cheek the spot of dried lather that had worried me all the afternoon. | Il était neuf heures – presque tout de suite après je consultai ma montre et constatai qu’il était dix heures. M. McKee dormait sur sa chaise, les poings serrés sur les cuisses comme un homme d’action devant l’objectif. Tirant mon mouchoir, j’essuyai sur sa joue la tache de savon qui m’avait agacé tout l’après-midi. |
| The little dog was sitting on the table looking with blind eyes through the smoke, and from time to time groaning faintly. People disappeared, reappeared, made plans to go somewhere, and then lost each other, searched for each other, found each other a few feet away. Some time toward midnight Tom Buchanan and Mrs. Wilson stood face to face discussing, in impassioned voices, whether Mrs. Wilson had any right to mention Daisy’s name. | Assis sur la table, le petit chien regardait la fumée avec des yeux aveugles, poussant de temps à autre un léger gémissement. Des gens disparaissaient, réapparaissaient, faisaient des projets pour aller quelque part, puis égaraient leurs interlocuteurs, se cherchaient pour se retrouver quelques pas plus loin. Un peu avant minuit, Tom Buchanan et Mrs. Wilson se dressèrent, face à face, discutant d’une voix passionnée, sur le point de savoir si Mrs. Wilson avait le droit de prononcer le nom de Daisy. |
| “Daisy! Daisy! Daisy!” shouted Mrs. Wilson. “I’ll say it whenever I want to! Daisy! Dai—” | – Daisy ! Daisy ! Daisy ! hurlait Mrs. Wilson. Je le dirai toutes les fois que ça me chantera ! Daisy ! Dai… |
| Making a short deft movement, Tom Buchanan broke her nose with his open hand. | D’un geste court et bien calculé, Tom Buchanan lui cassa le nez avec le revers de la main. |
| Then there were bloody towels upon the bathroom floor, and women’s voices scolding, and high over the confusion a long broken wail of pain. Mr. McKee awoke from his doze and started in a daze toward the door. When he had gone halfway he turned around and stared at the scene—his wife and Catherine scolding and consoling as they stumbled here and there among the crowded furniture with articles of aid, and the despairing figure on the couch, bleeding fluently, and trying to spread a copy of Town Tattle over the tapestry scenes of Versailles. Then Mr. McKee turned and continued on out the door. Taking my hat from the chandelier, I followed. | Puis il y eut des serviettes sanglantes sur le carrelage de la salle de bains, des voix de femmes, grondeuses, et, planant sur le tumulte, un long cri de douleur entrecoupé. M. McKee, s’étant réveillé, se mit en marche, tout ahuri, vers la porte. À mi-chemin il se retourna pour contempler la scène – sa femme et Catherine grondaient et consolaient à la fois, des objets divers dans les mains, en trébuchant ici et là sur les meubles entassés, et, sur le divan, le corps en proie au désespoir, saignant abondamment, et qui cherchait à étaler un numéro des Potins de New-York sur les tapisseries de Versailles. Puis M. McKee fit volte-face et se remit en route. Cueillant mon chapeau sur le lustre, je lui emboîtai le pas. |
| “Come to lunch some day,” he suggested, as we groaned down in the elevator. | – Venez déjeuner un de ces jours, fit-il comme nous descendions, tout gémissants, dans l’ascenseur. |
| “Where?” | – Où ça ? |
| “Anywhere.” | – N’importe où. |
| “Keep your hands off the lever,” snapped the elevator boy. | – Ôtez vos mains de dessus le levier, fit le groom d’un ton sec. |
| “I beg your pardon,” said Mr. McKee with dignity, “I didn’t know I was touching it.” | – Je vous demande pardon, fit M. McKee avec dignité. Je ne m’étais pas aperçu que je le touchais. |
| “All right,” I agreed, “I’ll be glad to.” | – Entendu, dis-je, avec plaisir. |
| … I was standing beside his bed and he was sitting up between the sheets, clad in his underwear, with a great portfolio in his hands. | … Je fus debout contre son lit, lui assis entre les draps, vêtu de son gilet et de son caleçon, un vaste portefeuille entre les mains. |
| “Beauty and the Beast… Loneliness… Old Grocery Horse… Brook’n Bridge…” | – La Belle et la Bête… Solitude… Vieux cheval de labour… Pont de Brook’n. |
| Then I was lying half asleep in the cold lower level of the Pennsylvania Station, staring at the morning Tribune, and waiting for the four o’clock train. | Puis je fus étendu, à moitié endormi, au premier étage – il faisait froid – de la gare de Pennsylvanie, les yeux collés sur la Tribune du matin, attendant le train de quatre heures. |
| III | III |
| There was music from my neighbour’s house through the summer nights. In his blue gardens men and girls came and went like moths among the whisperings and the champagne and the stars. At high tide in the afternoon I watched his guests diving from the tower of his raft, or taking the sun on the hot sand of his beach while his two motorboats slit the waters of the Sound, drawing aquaplanes over cataracts of foam. On weekends his Rolls-Royce became an omnibus, bearing parties to and from the city between nine in the morning and long past midnight, while his station wagon scampered like a brisk yellow bug to meet all trains. And on Mondays eight servants, including an extra gardener, toiled all day with mops and scrubbing-brushes and hammers and garden-shears, repairing the ravages of the night before. Akirill.com | La musique s’épanouit aux soirs de cet été dans la maison de mon voisin. Dans ses bleus jardins des hommes et des jeunes femmes passèrent et repassèrent comme des phalènes parmi les chuchotements, le champagne et les étoiles. L’après-midi, à marée haute, je regardais ses invités plonger du haut de la charpente dressée sur son radeau ou s’offrir au soleil sur le sable brûlant de la plage, tandis que ses deux canots automobiles fendaient l’eau du détroit, remorquant des « aquaplanes » sur des cataractes d’écume. En fin de semaine, sa Rolls se transformait en autobus, charriant les invités de la ville au château, et vice versa, de neuf heures du matin jusqu’à minuit passé, cependant que sa camionnette Ford s’affairait, tel un hanneton jaune, pour être à la gare à l’arrivée de tous les trains. Et les lundis dix domestiques, y compris un jardinier surnuméraire, travaillaient toute la journée, armés de lavettes, de brosses, de marteaux et de sécateurs, à réparer les ravages de la nuit précédente. |
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| Bilingual text prepared by Akirill.com , deposited on the site Akirill.com on August 11, 2022. Each of the books (English or French) can be taken back separately and reused for personal and non-commercial purposes. They are free of copyright. Any use of the two books side by side must mention their origin https://www.Akirill.com | Texte bilingue établi par Akirill.com, déposé sur le site Akirill.com le 11 aout 2022. Chacun des livres (anglais ou français) peut être repris séparément et réutilisé a des fins personnelles et non commerciales. Ils sont libres de droits d’auteur. Toute utilisation des deux livres côte à côte doit mentionner leur origine https://www.Akirill.com |
Gatsby Le Magnifique de Francis Scott Fitzgerald
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