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Twenty Thousand Leagues Under The Sea by Jules Vernes Bilingual Book French/English Page 14

Ce n’est pas une traduction mots a mots mais les livres dans les deux languages mis côte a côte. Vous pouvez le lire en Français, en anglais ou parallèlement.

This is not a word-by-word translation but the books in the two languages put side by side. You can read it in French, in English or both.

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Twenty Thousand Leagues Under The Sea by Jules Vernes

Twenty Thousand Leagues Under The Sea by Jules VernesVingt Mille Lieues
Sous Les Mers de Jules Vernes
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PART IIPART II
CHAPTER XVIIICHAPITRE XVIII
“You saw that?” said the Canadian.—Vous avez vu cela? demanda le Canadien.
“Yes, Ned.”—Oui, Ned.
“With your own eyes?”—De vos propres yeux?
“With my own eyes.”—De mes propres yeux.
“Where, pray, might that be?”—Où, s’il vous plaît?
“At St. Malo,” answered Conseil.—A Saint-Malo, répartit imperturbablement Conseil.
“In the port?” said Ned, ironically.—Dans le port? dit Ned Land ironiquement.
“No; in a church,” replied Conseil.
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—Non, dans une église, répondit Conseil.
“In a church!” cried the Canadian.—Dans une église! s’écria le Canadien.
“Yes; friend Ned. In a picture representing the poulp in question.”—Oui, ami Ned. C’était un tableau qui représentait le poulpe en question!
“Good!” said Ned Land, bursting out laughing.—Bon! fit Ned Land, éclatant de rire. Monsieur Conseil qui me fait poser!
“He is quite right,” I said. “I have heard of this picture; but the subject represented is taken from a legend, and you know what to think of legends in the matter of natural history. Besides, when it is a question of monsters, the imagination is apt to run wild. Not only is it supposed that these poulps can draw down vessels, but a certain Olaus Magnus speaks of an octopus a mile long that is more like an island than an animal. It is also said that the Bishop of Nidros was building an altar on an immense rock. Mass finished, the rock began to walk, and returned to the sea. The rock was a poulp. Another Bishop, Pontoppidan, speaks also of a poulp on which a regiment of cavalry could manoeuvre. Lastly, the ancient naturalists speak of monsters whose mouths were like gulfs, and which were too large to pass through the Straits of Gibraltar.”—Au fait, il a raison, dis-je. J’ai entendu parler de ce tableau; mais le sujet qu’il représente est tiré d’une légende, et vous savez ce qu’il faut penser des légendes en matière d’histoire naturelle! D’ailleurs, quand il s’agit de monstres, l’imagination ne demande qu’à s’égarer. Non-seulement on a prétendu que ces poulpes pouvaient entraîner des navires, mais un certain Olaüs Magnus parle d’un céphalopode, long d’un mille, qui ressemblait plutôt à une île qu’à un animal. On raconte aussi que l’évêque de Nidros dressa un jour un autel sur un rocher immense. Sa messe finie, le rocher se mit en marche et retourna à la mer. Le rocher était un poulpe. —Et c’est tout? demanda le Canadien.
—Non, répondis-je. Un autre évêque, Pontoppidan de Berghem, parle également d’un poulpe sur lequel pouvait manœuvrer un régiment de cavalerie!
—Ils allaient bien, les évêques d’autrefois! dit Ned Land.
—Enfin, les naturalistes de l’antiquité citent des monstres dont la gueule ressemblait à un golfe, et qui étaient trop gros pour passer par le détroit de Gibraltar.
—A la bonne heure! fit le Canadien.
“But how much is true of these stories?” asked Conseil.—Mais dans tous ces récits, qu’y a-t-il de vrai? demanda Conseil.
“Nothing, my friends; at least of that which passes the limit of truth to get to fable or legend. Nevertheless, there must be some ground for the imagination of the story-tellers. One cannot deny that poulps and cuttlefish exist of a large species, inferior, however, to the cetaceans. Aristotle has stated the dimensions of a cuttlefish as five cubits, or nine feet two inches. Our fishermen frequently see some that are more than four feet long. Some skeletons of poulps are preserved in the museums of Trieste and Montpelier, that measure two yards in length. Besides, according to the calculations of some naturalists, one of these animals only six feet long would have tentacles twenty-seven feet long. That would suffice to make a formidable monster.”—Rien, mes amis, rien du moins de ce qui passe la limite de la vraisemblance pour monter jusqu’à la fable ou à la légende. Toutefois, à l’imagination des conteurs, il faut sinon une cause, du moins un prétexte. On ne peut nier qu’il existe des poulpes et des calmars de très-grande espèce, mais inférieurs cependant aux cétacés. Aristote a constaté les dimensions d’un calmar de cinq coudées, soit trois mètres dix. Nos pêcheurs en voient fréquemment dont la longueur dépasse un mètre quatre-vingts. Les musées de Trieste et de Montpellier conservent des squelettes de poulpes qui mesurent deux mètres. D’ailleurs, suivant le calcul des naturalistes, un de ces animaux, long de six pieds seulement, aurait des tentacules longs de vingt-sept. Ce qui suffit pour en faire un monstre formidable.
“Do they fish for them in these days?” asked Ned.—En pêche-t-on de nos jours? demanda le Canadien.
“If they do not fish for them, sailors see them at least. One of my friends, Captain Paul Bos of Havre, has often affirmed that he met one of these monsters of colossal dimensions in the Indian seas. But the most astonishing fact, and which does not permit of the denial of the existence of these gigantic animals, happened some years ago, in 1861.”—S’ils n’en pêchent pas, les marins en voient du moins. Un de mes amis, le capitaine Paul Bos, du Havre, m’a souvent affirmé qu’il avait rencontré un de ces monstres de taille colossale dans les mers de l’Inde. Mais le fait le plus étonnant et qui ne permet plus de nier l’existence de ces animaux gigantesques, s’est passé il y a quelques années, en 1861.
“What is the fact?” asked Ned Land.—Quel est ce fait? demanda Ned Land.
“This is it. In 1861, to the north-east of Teneriffe, very nearly in the same latitude we are in now, the crew of the despatch-boat Alector perceived a monstrous cuttlefish swimming in the waters. Captain Bouguer went near to the animal, and attacked it with harpoon and guns, without much success, for balls and harpoons glided over the soft flesh. After several fruitless attempts the crew tried to pass a slip-knot round the body of the mollusc. The noose slipped as far as the tail fins and there stopped. They tried then to haul it on board, but its weight was so considerable that the tightness of the cord separated the tail from the body, and, deprived of this ornament, he disappeared under the water.”
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—Le voici. En 1861, dans le nord-est de Ténériffe, à peu près par la latitude où nous sommes en ce moment, l’équipage de l’aviso l’Alecton aperçut un monstrueux calmar qui nageait dans ses eaux. Le commandant Bouguer s’approcha de l’animal, et il l’attaqua à coups de harpon et à coups de fusil, sans grand succès, car balles et harpons traversaient ces chairs molles comme une gelée sans consistance. Après plusieurs tentatives infructueuses, l’équipage parvint à passer un nœud coulant autour du corps du mollusque. Ce nœud glissa jusqu’aux nageoires caudales et s’y arrêta. On essaya alors de haler le monstre à bord, mais son poids était si considérable qu’il se sépara de sa queue sous la traction de la corde, et, privé de cet ornement, il disparut sous les eaux.
“Indeed! is that a fact?”—Enfin, voilà un fait, dit Ned Land.
“An indisputable fact, my good Ned. They proposed to name this poulp `Bouguer’s cuttlefish.'”—Un fait indiscutable, mon brave Ned. Aussi a-t-on proposé de nommer ce poulpe «calmar de Bouguer.»
“What length was it?” asked the Canadian.—Et quelle était sa longueur? demanda le Canadien.
“Did it not measure about six yards?” said Conseil, who, posted at the window, was examining again the irregular windings of the cliff.—Ne mesurait-il pas six mètres environ? dit Conseil, qui posté à la vitre, examinait de nouveau les anfractuosités de la falaise.
“Precisely,” I replied.—Précisément, répondis-je.
“Its head,” rejoined Conseil, “was it not crowned with eight tentacles, that beat the water like a nest of serpents?”—Sa tête, reprit Conseil, n’était-elle pas couronnée de huit tentacules, qui s’agitaient sur l’eau comme une nichée de serpents?
“Precisely.”—Précisément.
“Had not its eyes, placed at the back of its head, considerable development?”—Ses yeux, placés à fleur de tête, n’avaient-ils pas un développement considérable?
“Yes, Conseil.”—Oui, Conseil.
“And was not its mouth like a parrot’s beak?”—Et sa bouche, n’était-ce pas un véritable bec de perroquet, mais un bec formidable?
“Exactly, Conseil.”—En effet, Conseil.
“Very well! no offence to master,” he replied, quietly; “if this is not Bouguer’s cuttlefish, it is, at least, one of its brothers.”—Eh bien! n’en déplaise à monsieur, répondit tranquillement Conseil, si ce n’est pas le calmar de Bouguer, voici, du moins, un de ses frères.»
I looked at Conseil. Ned Land hurried to the window.Je regardai Conseil. Ned Land se précipita vers la vitre.
“What a horrible beast!” he cried.«L’épouvantable bête!» s’écria-t-il.
I looked in my turn, and could not repress a gesture of disgust. Before my eyes was a horrible monster worthy to figure in the legends of the marvellous. It was an immense cuttlefish, being eight yards long. It swam crossways in the direction of the Nautilus with great speed, watching us with its enormous staring green eyes. Its eight arms, or rather feet, fixed to its head, that have given the name of cephalopod to these animals, were twice as long as its body, and were twisted like the furies’ hair. Je regardai à mon tour, et je ne pus réprimer un mouvement de répulsion. Devant mes yeux s’agitait un monstre horrible, digne de figurer dans les légendes tératologiques.
C’était un calmar de dimensions colossales, ayant huit mètres de longueur. Il marchait à reculons avec une extrême vélocité dans la direction du Nautilus. Il regardait de ses énormes yeux fixes à teintes glauques. Ses huit bras, ou plutôt ses huit pieds, implantés sur sa tête, qui ont valu à ces animaux le nom de céphalopodes, avaient un développement double de son corps et se tordaient comme la chevelure des furies.
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 One could see the 250 air holes on the inner side of the tentacles. The monster’s mouth, a horned beak like a parrot’s, opened and shut vertically. Its tongue, a horned substance, furnished with several rows of pointed teeth, came out quivering from this veritable pair of shears. What a freak of nature, a bird’s beak on a mollusc! Its spindle-like body formed a fleshy mass that might weigh 4,000 to 5,000 lb.; the, varying colour changing with great rapidity, according to the irritation of the animal, passed successively from livid grey to reddish brown. What irritated this mollusc?On voyait distinctement les deux cent-cinquante ventouses disposées sur la face interne des tentacules sous forme dee capsules semi-sphériques. Parfois ces ventouses s’appliquaient sur la vitre du salon en y faisant le vide. La bouche de ce monstre,—un bec de corne fait comme le bec d’un perroquet,—s’ouvrait et se refermait verticalement. Sa langue, substance cornée, armée elle-même de plusieurs rangées de dents aiguës, sortait en frémissant de cette véritable cisaille. Quelle fantaisie de la nature! Un bec d’oiseau à un mollusque! Son corps, fusiforme et renflé dans sa partie moyenne, formait une masse charnue qui devait peser vingt à vingt-cinq mille kilogrammes. Sa couleur inconstante, changeant avec une extrême rapidité suivant l’irritation de l’animal, passait successivement du gris livide au brun rougeâtre.
De quoi s’irritait ce mollusque?
 No doubt the presence of the Nautilus, more formidable than itself, and on which its suckers or its jaws had no hold. Yet, what monsters these poulps are! what vitality the Creator has given them! what vigour in their movements! and they possess three hearts! Chance had brought us in presence of this cuttlefish, and I did not wish to lose the opportunity of carefully studying this specimen of cephalopods. I overcame the horror that inspired me, and, taking a pencil, began to draw it.Sans doute de la présence de ce Nautilus, plus formidable que lui, et sur lequel ses bras suceurs ou ses mandibules n’avaient aucune prise. Et cependant, quels monstres que ces poulpes, quelle vitalité le créateur leur a départie, quelle vigueur dans leurs mouvements, puisqu’ils possèdent trois cœurs!
Le hasard nous avait mis en présence de ce calmar, et je ne voulus pas laisser perdre l’occasion d’étudier soigneusement cet échantillon des céphalopodes. Je surmontai l’horreur que m’inspirait son aspect, et, prenant un crayon, je commençai à le dessiner.
“Perhaps this is the same which the Alector saw,” said Conseil.«C’est peut-être le même que celui de l’Alecton, dit Conseil.
“No,” replied the Canadian; “for this is whole, and the other had lost its tail.”—Non, répondit le Canadien, puisque celui-ci est entier et que l’autre a perdu sa queue!
“That is no reason,” I replied. “The arms and tails of these animals are re-formed by renewal; and in seven years the tail of Bouguer’s cuttlefish has no doubt had time to grow.”—Ce ne serait pas une raison, répondis-je. Les bras et la queue de ces animaux se reforment par rédintégration, et depuis sept ans, la queue du calmar de Bouguer a sans doute eu le temps de repousser.
By this time other poulps appeared at the port light. I counted seven. They formed a procession after the Nautilus, and I heard their beaks gnashing against the iron hull. I continued my work. These monsters kept in the water with such precision that they seemed immovable. Suddenly the Nautilus stopped. A shock made it tremble in every plate.—D’ailleurs, riposta Ned, si ce n’est pas celui-ci, c’est peut-être un de ceux-là!»
En effet, d’autres poulpes apparaissaient à la vitre de tribord. J’en comptai sept. Ils faisaient cortége au Nautilus, et j’entendais les grincements de leur bec sur la coque de tôle. Nous étions servis à souhait.
Je continuai mon travail. Ces monstres se maintenaient dans nos eaux avec une telle précision qu’ils semblaient immobiles, et j’aurais pu les décalquer en raccourci sur la vitre. D’ailleurs, nous marchions sous une allure modérée.
Tout à coup le Nautilus s’arrêta. Un choc le fit tressaillir dans toute sa membrure.
“Have we struck anything?” I asked.«Est-ce que nous avons touché? demandai-je.
“In any case,” replied the Canadian, “we shall be free, for we are floating.”—En tout cas, répondit le Canadien, nous serions déjà dégagés, car nous flottons.»
The Nautilus was floating, no doubt, but it did not move. A minute passed. Captain Nemo, followed by his lieutenant, entered the drawing-room. I had not seen him for some time. He seemed dull. Without noticing or speaking to us, he went to the panel, looked at the poulps, and said something to his lieutenant. The latter went out. Soon the panels were shut. The ceiling was lighted. I went towards the Captain.Le Nautilus flottait sans doute, mais il ne marchait plus. Les branches de son hélice ne battaient pas les flots. Une minute se passa. Le capitaine Nemo, suivi de son second, entra dans le salon.
Je ne l’avais pas vu depuis quelque temps. Il me parut sombre. Sans nous parler, sans nous voir peut-être, il alla au panneau, regarda les poulpes et dit quelques mots à son second.
Celui-ci sortit. Bientôt les panneaux se refermèrent. Le plafond s’illumina.
J’allai vers le capitaine.
“A curious collection of poulps?” I said.«Une curieuse collection de poulpes, lui dis-je, du ton dégagé que prendrait un amateur devant le cristal d’un aquarium.
“Yes, indeed, Mr. Naturalist,” he replied; “and we are going to fight them, man to beast.”—En effet, monsieur le naturaliste, me répondit-il, et nous allons les combattre corps à corps.»
I looked at him. I thought I had not heard aright.Je regardai le capitaine. Je croyais n’avoir pas bien entendu.
“Man to beast?” I repeated.«Corps à corps? répétai-je.
“Yes, sir. The screw is stopped. I think that the horny jaws of one of the cuttlefish is entangled in the blades. That is what prevents our moving.”—Oui, monsieur. L’hélice est arrêtée. Je pense que les mandibules cornées de l’un de ces calmars se sont engagées dans ses branches. Ce qui nous empêche de marcher.
“What are you going to do?”—Et qu’allez-vous faire?
“Rise to the surface, and slaughter this vermin.”—Remonter à la surface et massacrer toute cette vermine.
“A difficult enterprise.”—Entreprise difficile.
“Yes, indeed. The electric bullets are powerless against the soft flesh, where they do not find resistance enough to go off. But we shall attack them with the hatchet.”—En effet. Les balles électriques sont impuissantes contre ces chairs molles où elles ne trouvent pas assez de résistance pour éclater. Mais nous les attaquerons à la hache.
“And the harpoon, sir,” said the Canadian, “if you do not refuse my help.”—Et au harpon, monsieur, dit le Canadien, si vous ne refusez pas mon aide.
“I will accept it, Master Land.”—Je l’accepte, maître Land.
“We will follow you,” I said, and, following Captain Nemo, we went towards the central staircase.—Nous vous accompagnerons, dis-je,» et, suivant le capitaine Nemo, nous nous dirigeâmes vers l’escalier central.
There, about ten men with boarding-hatchets were ready for the attack. Conseil and I took two hatchets; Ned Land seized a harpoon. The Nautilus had then risen to the surface. One of the sailors, posted on the top ladderstep, unscrewed the bolts of the panels. But hardly were the screws loosed, when the panel rose with great violence, evidently drawn by the suckers of a poulp’s arm. Immediately one of these arms slid like a serpent down the opening and twenty others were above.Là, une dizaine d’hommes, armés de haches d’abordage, se tenaient prêts à l’attaque. Conseil et moi, nous primes deux haches. Ned Land saisit un harpon.
Le Nautilus était alors revenu à la surface des flots. Un des marins, placé sur les derniers échelons, dévissait les boulons du panneau. Mais les écrous étaient à peine dégagés, que le panneau se releva avec une violence extrême, évidemment tiré par la ventouse d’un bras de poulpe.
Aussitôt un de ces longs bras se glissa comme un serpent par l’ouverture, et vingt autres s’agitèrent au-dessus.
 With one blow of the axe, Captain Nemo cut this formidable tentacle, that slid wriggling down the ladder. Just as we were pressing one on the other to reach the platform, two other arms, lashing the air, came down on the seaman placed before Captain Nemo, and lifted him up with irresistible power. Captain Nemo uttered a cry, and rushed out. We hurried after him.D’un coup de hache, le capitaine Nemo coupa ce formidable tentacule, qui glissa sur les échelons en se tordant.
Au moment où nous nous pressions les uns sur les autres pour atteindre la plate-forme, deux autres bras, cinglant l’air, s’abattirent sur le marin placé devant le capitaine Nemo et l’enlevèrent avec une violence irrésistible.
Le capitaine Nemo poussa un cri et s’élança au dehors. Nous nous étions précipités à sa suite.
What a scene! The unhappy man, seized by the tentacle and fixed to the suckers, was balanced in the air at the caprice of this enormous trunk. He rattled in his throat, he was stifled, he cried, “Help! help!” These words, spoken in French, startled me! I had a fellow-countryman on board, perhaps several! That heart-rending cry! I shall hear it all my life. The unfortunate man was lost. Who could rescue him from that powerful pressure? However, Captain Nemo had rushed to the poulp, and with one blow of the axe had cut through one arm. His lieutenant struggled furiously against other monsters that crept on the flanks of the Nautilus. The crew fought with their axes. The Canadian, Conseil, and I buried our weapons in the fleshy masses; a strong smell of musk penetrated the atmosphere. It was horrible!Quelle scène! Le malheureux, saisi par le tentacule et collé à ses ventouses, était balancé dans l’air au caprice de cette énorme trompe. Il râlait, il étouffait, il criait: A moi! à moi! Ces mots, prononcés en français, me causèrent une profonde stupeur! J’avais donc un compatriote à bord, plusieurs, peut-être! Cet appel déchirant, je l’entendrai toute ma vie!
L’infortuné était perdu. Qui pouvait l’arracher à cette puissante étreinte? Cependant le capitaine Nemo s’était précipité sur le poulpe, et, d’un coup de hache, il lui avait encore abattu un bras. Son second luttait avec rage contre d’autres monstres qui rampaient sur les flancs du Nautilus. L’équipage se battait à coups de hache. Le Canadien, Conseil et moi, nous enfoncions nos armes dans ces masses charnues. Une violente odeur de musc pénétrait l’atmosphère. C’était horrible.
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For one instant, I thought the unhappy man, entangled with the poulp, would be torn from its powerful suction. Seven of the eight arms had been cut off. One only wriggled in the air, brandishing the victim like a feather. But just as Captain Nemo and his lieutenant threw themselves on it, the animal ejected a stream of black liquid. We were blinded with it. When the cloud dispersed, the cuttlefish had disappeared, and my unfortunate countryman with it. Ten or twelve poulps now invaded the platform and sides of the Nautilus. We rolled pell-mell into the midst of this nest of serpents, that wriggled on the platform in the waves of blood and ink. It seemed as though these slimy tentacles sprang up like the hydra’s heads. Ned Land’s harpoon, at each stroke, was plunged into the staring eyes of the cuttle fish. But my bold companion was suddenly overturned by the tentacles of a monster he had not been able to avoid.Un instant, je crus que le malheureux, enlacé par le poulpe, serait arraché à sa puissante succion. Sept bras sur huit avaient été coupés. Un seul, brandissant la victime comme une plume, se tordait dans l’air. Mais au moment où le capitaine Nemo et son second se précipitaient sur lui, l’animal lança une colonne d’un liquide noirâtre, sécrété par une bourse située dans son abdomen. Nous en fûmes aveuglés. Quand ce nuage se fut dissipé, le calmar avait disparu, et avec lui mon infortuné compatriote!
Quelle rage nous poussa alors contre ces monstres! On ne se possédait plus. Dix ou douze poulpes avaient envahi la plate-forme et les flancs du Nautilus. Nous roulions pêle-mêle au milieu de ces tronçons de serpents qui tressautaient sur la plate-forme dans des flots de sang et d’encre noire. Il semblait que ces visqueux tentacules renaissaient comme les têtes de l’hydre. Le harpon de Ned Land, à chaque coup, se plongeait dans les yeux glauques des calmars et les crevait. Mais mon audacieux compagnon fut soudain renversé par les tentacules d’un monstre qu’il n’avait pu éviter.
Ah! how my heart beat with emotion and horror! The formidable beake of a cuttlefish was open over Ned Land. The unhappy man would be cut in two. I rushed to his succour. But Captain Nemo was before me; his axe disappeared between the two enormous jaws, and, miraculously saved, the Canadian, rising, plunged his harpoon deep into the triple heart of the poulp.Ah! comment mon cœur ne s’est-il pas brisé d’émotion et d’horreur! Le formidable bec du calmar s’était ouvert sur Ned Land. Ce malheureux allait être coupé en deux. Je me précipitai à son secours. Mais le capitaine Nemo m’avait devancé. Sa hache disparut entre les deux énormes mandibules, et miraculeusement sauvé, le Canadien, se relevant, plongea son harpon tout entier jusqu’au triple cœur du poulpe.
“I owed myself this revenge!” said the Captain to the Canadian.«Je me devais cette revanche!» dit le capitaine Nemo au Canadien.
Ned bowed without replying. The combat had lasted a quarter of an hour. The monsters, vanquished and mutilated, left us at last, and disappeared under the waves. Captain Nemo, covered with blood, nearly exhausted, gazed upon the sea that had swallowed up one of his companions, and great tears gathered in his eyes.Ned s’inclina sans lui répondre.
Ce combat avait duré un quart d’heure. Les monstres vaincus, mutilés, frappés à mort, nous laissèrent enfin la place et disparurent sous les flots.
Le capitaine Nemo, rouge de sang, immobile près du fanal, regardait la mer qui avait englouti l’un de ses compagnons, et de grosses larmes coulaient de ses yeux.
CHAPTER XIX
THE GULF STREAM
CHAPITRE XIX
LE GULF-STREAM.
This terrible scene of the 20th of April none of us can ever forget. I have written it under the influence of violent emotion. Since then I have revised the recital; I have read it to Conseil and to the Canadian. They found it exact as to facts, but insufficient as to effect. To paint such pictures, one must have the pen of the most illustrious of our poets, the author of The Toilers of the Deep.Cette terrible scène du 20 avril, aucun de nous ne pourra jamais l’oublier. Je l’ai écrite sous l’impression d’une émotion violente. Depuis, j’en ai revu le récit. Je l’ai lu à Conseil et au Canadien. Ils l’ont trouvé exact comme fait, mais insuffisant comme effet. Pour peindre de pareils tableaux, il faudrait la plume du plus illustre de nos poëtes, l’auteur des Travailleurs de la Mer.
I have said that Captain Nemo wept while watching the waves; his grief was great. It was the second companion he had lost since our arrival on board, and what a death! That friend, crushed, stifled, bruised by the dreadful arms of a poulp, pounded by his iron jaws, would not rest with his comrades in the peaceful coral cemetery! In the midst of the struggle, it was the despairing cry uttered by the unfortunate man that had torn my heart. The poor Frenchman, forgetting his conventional language, had taken to his own mother tongue, to utter a last appeal!J’ai dit que le capitaine Nemo pleurait en regardant les flots. Sa douleur fut immense. C’était le second compagnon qu’il perdait depuis notre arrivée à bord. Et quelle mort! Cet ami, écrasé, étouffé, brisé par le formidable bras d’un poulpe, broyé sous ses mandibules de fer, ne devait pas reposer avec ses compagnons dans les paisibles eaux du cimetière de corail!
Pour moi, au milieu de cette lutte, c’était ce cri de désespoir poussé par l’infortuné qui m’avait déchiré le cœur. Ce pauvre Français, oubliant son langage de convention, s’était repris à parler la langue de son pays et de sa mère, pour jeter un suprême appel!
 Amongst the crew of the Nautilus, associated with the body and soul of the Captain, recoiling like him from all contact with men, I had a fellow-countryman. Did he alone represent France in this mysterious association, evidently composed of individuals of divers nationalities? It was one of these insoluble problems that rose up unceasingly before my mind!Parmi cet équipage du Nautilus, associé de corps et d’âme au capitaine Nemo, fuyant comme lui le contact des hommes, j’avais donc un compatriote! Était-il seul à représenter la France dans cette mystérieuse association, évidemment composée d’individus de nationalités diverses? C’était encore un de ces insolubles problèmes qui se dressaient sans cesse devant mon esprit!
Captain Nemo entered his room, and I saw him no more for some time. But that he was sad and irresolute I could see by the vessel, of which he was the soul, and which received all his impressions. The Nautilus did not keep on in its settled course; it floated about like a corpse at the will of the waves. It went at random. He could not tear himself away from the scene of the last struggle, from this sea that had devoured one of his men. Ten days passed thus. It was not till the 1st of May that the Nautilus resumed its northerly course, after having sighted the Bahamas at the mouth of the Bahama Canal. We were then following the current from the largest river to the sea, that has its banks, its fish, and its proper temperatures. Le capitaine Nemo rentra dans sa chambre, et je ne le vis plus pendant quelque temps. Mais qu’il devait être triste, désespéré, irrésolu, si j’en jugeais par ce navire dont il était l’âme et qui recevait toutes ses impressions! Le Nautilus ne gardait plus de direction déterminée. Il allait, venait, flottait comme un cadavre au gré des lames. Son hélice avait été dégagée, et cependant, il s’en servait à peine. Il naviguait au hasard. Il ne pouvait s’arracher du théâtre de sa dernière lutte, de cette mer qui avait dévoré l’un des siens!
Dix jours se passèrent ainsi. Ce fut le 1er mai seulement que le Nautilus reprit franchement sa route au nord, après avoir eu connaissance des Lucayes à l’ouvert du canal de Bahama. Nous suivions alors le courant du plus grand fleuve de la mer, qui a ses rives, ses poissons et sa température propres.
I mean the Gulf Stream. It is really a river, that flows freely to the middle of the Atlantic, and whose waters do not mix with the ocean waters. It is a salt river, salter than the surrounding sea. Its mean depth is 1,500 fathoms, its mean breadth ten miles. In certain places the current flows with the speed of two miles and a half an hour. The body of its waters is more considerable than that of all the rivers in the globe.J’ai nommé le Gulf-Stream.
C’est un fleuve, en effet, qui coule librement au milieu de l’Atlantique, et dont les eaux ne se mélangent pas aux eaux océaniennes. C’est un fleuve salé, plus salé que la mer ambiante. Sa profondeur moyenne est de trois mille pieds, sa largeur moyenne de soixante milles. En de certains endroits, son courant marche avec une vitesse de quatre kilomètres à l’heure. L’invariable volume de ses eaux est plus considérable que celui de tous les fleuves du globe.
La véritable source du Gulf-Stream, reconnue par le commandant Maury, son point de départ, si l’on veut, est situé dans le golfe de Gascogne. Là, ses eaux, encore faibles de température et de couleur, commencent à se former. Il descend au sud, longe l’Afrique équatoriale, échauffe ses flots aux rayons de la zone torride, traverse l’Atlantique, atteint le cap San-Roque sur la côte Brésilienne, et se bifurque en deux branches dont l’une va se saturer encore des chaudes molécules de la mer des Antilles. Alors, le Gulf-Stream, chargé de rétablir l’équilibre entre les températures et de mêler les eaux des tropiques aux eaux boréales, commence son rôle de pondérateur. Chauffé à blanc dans le golfe du Mexique, il s’élève au nord sur les côtes américaines, s’avance jusqu’à Terre-Neuve, dévie sous la poussée du courant froid du détroit de Davis, reprend la route de l’Océan en suivant sur un des grands cercles du globe la ligne loxodromique, se divise en deux bras vers le quarante-troisième degré, dont l’un, aidé par l’alizé du nord-est, revient au Golfe de Gascogne et aux Açores, et dont l’autre, après avoir attiédi les rivages de l’Irlande et de la Norvége, va jusqu’au-delà du Spitzberg, où sa température tombe à quatre degrés, former la mer libre du pôle.
It was on this ocean river that the Nautilus then sailed.C’est sur ce fleuve de l’Océan que le Nautilus naviguait alors.
 A sa sortie du canal de Bahama, sur quatorze lieues de large, et sur trois cent cinquante mètres de profondeur, le Gulf-Stream marche à raison de huit kilomètres à l’heure. Cette rapidité décroît régulièrement à mesure qu’il s’avance vers le nord, et il faut souhaiter que cette régularité persiste, car, si, comme on a cru le remarquer, sa vitesse et sa direction viennent à se modifier, les climats européens seront soumis à des perturbations dont on ne saurait calculer les conséquences.
Vers midi, j’étais sur la plate-forme avec Conseil. Je lui faisais connaître les particularités relatives au Gulf-Stream. Quand mon explication fut terminée, je l’invitai à plonger ses mains dans le courant.
Conseil obéit, et fut très-étonné de n’éprouver aucune sensation de chaud ni de froid.
«Cela vient, lui dis-je, de ce que la température des eaux du Gulf-Stream, en sortant du golfe du Mexique, est peu différente de celle du sang. Ce Gulf-Stream est un vaste calorifère qui permet aux côtes d’Europe de se parer d’une éternelle verdure. Et, s’il faut en croire Maury, la chaleur de ce courant, totalement utilisée, fournirait assez de calorique pour tenir en fusion un fleuve de fer fondu aussi grand que l’Amazone ou le Missouri.»
En ce moment, la vitesse du Gulf-Stream était de deux mètres vingt-cinq par seconde. Son courant est tellement distinct de la mer ambiante, que ses eaux comprimées font saillie sur l’Océan et qu’un dénivellement s’opère entre elles et les eaux froides. Sombres d’ailleurs et très-riches en matières salines, elles tranchent par leur pur indigo sur les flots verts qui les environnent. Telle est même la netteté de leur ligne de démarcation, que le Nautilus, à la hauteur des Carolines, trancha de son éperon les flots du Gulf-Stream, tandis que son hélice battait encore ceux de l’Océan.
Ce courant entraînait avec lui tout un monde d’êtres vivants. Les argonautes, si communs dans la Méditerranée, y voyageaient par troupes nombreuses. Parmi les cartilagineux, les plus remarquables étaient des raies dont la queue très-déliée formait à peu près le tiers du corps, et qui figuraient de vastes losanges longs de vingt-cinq pieds; puis, de petits squales d’un mètre, à tête grande, à museau court et arrondi, à dents pointues disposées sur plusieurs rangs, et dont le corps paraissait couvert d’écailles.
Parmi les poissons osseux, je notai des labres-grisons particuliers à ces mers, des spares-synagres dont l’iris brillait comme un feu, des sciènes longues d’un mètre, à large gueule hérissée de petites dents, qui faisaient entendre un léger cri, des centronotes-nègres dont j’ai déjà parlé, des coriphènes bleus, relevés d’or et d’argent, des perroquets, vrais arcs-en-ciel de l’Océan, qui peuvent rivaliser de couleur avec les plus beaux oiseaux des tropiques, des blémies-bosquiens à tête triangulaire, des rhombes bleuâtres dépourvus d’écailles, des batrachoïdes recouverts d’une bande jaune et transversale qui figure un t grec, des fourmillements de petits gobies-bos pointillés de taches brunes, des diptérodons à tête argentée et à queue jaune, divers échantillons de salmones, des mugilomores, sveltes de taille, brillant d’un éclat doux, que Lacépède a consacrés à l’aimable compagne de sa vie, enfin un beau poisson, le chevalier-américain, qui, décoré de tous les ordres et chamarré de tous les rubans, fréquente les rivages de cette grande nation où les rubans et les ordres sont si médiocrement estimés.
I must add that, during the night, the phosphorescent waters of the Gulf Stream rivalled the electric power of our watch-light, especially in the stormy weather that threatened us so frequently. May 8th, we were still crossing Cape Hatteras, at the height of the North Caroline. The width of the Gulf Stream there is seventy-five miles, and its depth 210 yards. The Nautilus still went at random; all supervision seemed abandoned. I thought that, under these circumstances, escape would be possible. Indeed, the inhabited shores offered anywhere an easy refuge.J’ajouterai que, pendant la nuit, les eaux phosphorescentes du Gulf-Stream rivalisaient avec l’éclat électrique de notre fanal, surtout par ces temps orageux qui nous menaçaient fréquemment.
Le 8 mai, nous étions encore en travers du cap Hatteras, à la hauteur de la Caroline du Nord. La largeur du Gulf-Stream est là de soixante-quinze milles, et sa profondeur de deux cent dix mètres. Le Nautilus continuait d’errer à l’aventure. Toute surveillance semblait bannie du bord. Je conviendrai que dans ces conditions, une évasion pouvait réussir. En effet, les rivages habités offraient partout de faciles refuges.
 The sea was incessantly ploughed by the steamers that ply between New York or Boston and the Gulf of Mexico, and overrun day and night by the little schooners coasting about the several parts of the American coast. We could hope to be picked up. It was a favourable opportunity, notwithstanding the thirty miles that separated the Nautilus from the coasts of the Union.La mer était incessamment sillonnée de nombreux steamers qui font le service entre New-York ou Boston et le golfe du Mexique, et nuit et jour parcourue par ces petites goëlettes chargées du cabotage sur les divers points de la côte américaine. On pouvait espérer d’être recueilli. C’était donc une occasion favorable, malgré les trente milles qui séparaient le Nautilus des côtes de l’Union.
 One unfortunate circumstance thwarted the Canadian’s plans. The weather was very bad. We were nearing those shores where tempests are so frequent, that country of waterspouts and cyclones actually engendered by the current of the Gulf Stream. To tempt the sea in a frail boat was certain destruction. Ned Land owned this himself. He fretted, seized with nostalgia that flight only could cure.
Mais une circonstance fâcheuse contrariait absolument les projets du Canadien. Le temps était fort mauvais. Nous approchions de ces parages où les tempêtes sont fréquentes, de cette patrie des trombes et des cyclones, précisément engendrés par le courant du Gulf-Stream. Affronter une mer souvent démontée sur un frêle canot, c’était courir à une perte certaine. Ned Land en convenait lui-même. Aussi rongeait-il son frein, pris d’une furieuse nostalgie que la fuite seule eût pu guérir.
“Master,” he said that day to me, “this must come to an end. I must make a clean breast of it. This Nemo is leaving land and going up to the north. But I declare to you that I have had enough of the South Pole, and I will not follow him to the North.”«Monsieur, me dit-il ce jour-là, il faut que cela finisse. Je veux en avoir le cœur net. Votre Nemo s’écarte des terres et remonte vers le nord. Mais je vous le déclare, j’ai assez du pôle Sud, ete je ne le suivrai pas au pôle Nord.
“What is to be done, Ned, since flight is impracticable just now?”—Que faire, Ned, puisqu’une évasion est impraticable en ce moment?
“We must speak to the Captain,” said he; “you said nothing when we were in your native seas. I will speak, now we are in mine. When I think that before long the Nautilus will be by Nova Scotia, and that there near New foundland is a large bay, and into that bay the St. Lawrence empties itself, and that the St. Lawrence is my river, the river by Quebec, my native town—when I think of this, I feel furious, it makes my hair stand on end. Sir, I would rather throw myself into the sea! I will not stay here! I am stifled!”—J’en reviens à mon idée. Il faut parler au capitaine. Vous n’avez rien dit, quand nous étions dans les mers de votre pays. Je veux parler, maintenant que nous sommes dans les mers du mien. Quand je songe qu’avant quelques jours, le Nautilus va se trouver à la hauteur de la Nouvelle-Écosse, et que là, vers Terre-Neuve, s’ouvre une large baie, que dans cette baie se jette le Saint-Laurent, et que le Saint-Laurent, c’est mon fleuve à moi, le fleuve de Québec, ma ville natale; quand je songe à cela, la fureur me monte au visage, mes cheveux se hérissent. Tenez, monsieur, je me jetterai plutôt à la mer! Je ne resterai pas ici! J’y étouffe!»
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The Canadian was evidently losing all patience. His vigorous nature could not stand this prolonged imprisonment. His face altered daily; his temper became more surly. I knew what he must suffer, for I was seized with home-sickness myself. Nearly seven months had passed without our having had any news from land; Captain Nemo’s isolation, his altered spirits, especially since the fight with the poulps, his taciturnity, all made me view things in a different light.Le Canadien était évidemment à bout de patience. Sa vigoureuse nature ne pouvait s’accommoder de cet emprisonnement prolongé. Sa physionomie s’altérait de jour en jour. Son caractère devenait de plus en plus sombre. Je sentais ce qu’il devait souffrir, car moi aussi, la nostalgie me prenait. Près de sept mois s’étaient écoulés sans que nous eussions eu aucune nouvelle de la terre. De plus, l’isolement du capitaine Nemo, son humeur modifiée, surtout depuis le combat des poulpes, sa taciturnité, tout me faisait apparaître les choses sous un aspect différent.
Je ne sentais plus l’enthousiasme des premiers jours. Il fallait être un Flamand comme Conseil pour accepter cette situation, dans ce milieu réservé aux cétacés et autres habitants de la mer. Véritablement, si ce brave garçon, au lieu de poumons avait eu des branchies, je crois qu’il aurait fait un poisson distingué!
“Well, sir?” said Ned, seeing I did not reply.«Eh bien, monsieur? reprit Ned Land, voyant que je ne répondais pas.
“Well, Ned, do you wish me to ask Captain Nemo his intentions concerning us?”—Eh bien, Ned, vous voulez que je demande au capitaine Nemo quelles sont ses intentions à notre égard?
“Yes, sir.”—Oui, monsieur.
“Although he has already made them known?”—Et cela, quoiqu’il les ait déjà fait connaître?
“Yes; I wish it settled finally. Speak for me, in my name only, if you like.”—Oui. Je désire être fixé une dernière fois. Parlez pour moi seul, en mon seul nom, si vous voulez.
“But I so seldom meet him. He avoids me.”—Mais je le rencontre rarement. Il m’évite même.
“That is all the more reason for you to go to see him.”—C’est une raison de plus pour l’aller voir.
—Je l’interrogerai, Ned.
—Quand? demanda le Canadien en insistant.
—Quand je le rencontrerai.
—Monsieur Aronnax, voulez-vous que j’aille le trouver, moi?
—Non, laissez-moi faire. Demain…
—Aujourd’hui, dit Ned Land.
—Soit. Aujourd’hui, je le verrai,» répondis-je au Canadien, qui, en agissant lui-même, eût certainement tout compromis.
Je restai seul. La demande décidée, je résolus d’en finir immédiatement. J’aime mieux chose faite que chose à faire.
I went to my room. From thence I meant to go to Captain Nemo’s. It would not do to let this opportunity of meeting him slip. I knocked at the door. No answer. I knocked again, then turned the handle. The door opened, I went in. The Captain was there. Bending over his work-table, he had not heard me. Resolved not to go without having spoken, I approached him. He raised his head quickly, frowned, and said roughly, “You here! What do you want?”Je rentrai dans ma chambre. De là, j’entendis marcher dans celle du capitaine Nemo. Il ne fallait pas laisser échapper cette occasion de le rencontrer. Je frappai à sa porte. Je n’obtins pas de réponse. Je frappai de nouveau, puis je tournai le bouton. La porte s’ouvrit.
J’entrai. Le capitaine était là. Courbé sur sa table de travail, il ne m’avait pas entendu. Résolu à ne pas sortir sans l’avoir interrogé, je m’approchai de lui. Il releva la tête brusquement, fronça les sourcils, et me dit d’un ton assez rude:
«Vous ici! Que me voulez-vous?
“To speak to you, Captain.”—Vous parler, capitaine.
“But I am busy, sir; I am working. I leave you at liberty to shut yourself up; cannot I be allowed the same?”—Mais je suis occupé, monsieur, je travaille. Cette liberté que je vous laisse de vous isoler, ne puis-je l’avoir pour moi?»
This reception was not encouraging; but I was determined to hear and answer everything.La réception était peu encourageante. Mais j’étais décidé à tout entendre pour tout répondre.
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“Sir,” I said coldly, “I have to speak to you on a matter that admits of no delay.”«Monsieur, dis-je froidement, j’ai à vous parler d’une affaire qu’il ne m’est pas permis de retarder.
“What is that, sir?” he replied, ironically. “Have you discovered something that has escaped me, or has the sea delivered up any new secrets?”—Laquelle, monsieur? répondit-il ironiquement. Avez-vous fait quelque découverte qui m’ait échappé? La mer vous a-t-elle livré de nouveaux secrets?»
We were at cross-purposes. But, before I could reply, he showed me an open manuscript on his table, and said, in a more serious tone, “Here, M. Aronnax, is a manuscript written in several languages. It contains the sum of my studies of the sea; and, if it please God, it shall not perish with me. This manuscript, signed with my name, complete with the history of my life, will be shut up in a little floating case. The last survivor of all of us on board the Nautilus will throw this case into the sea, and it will go whither it is borne by the waves.”Nous étions loin de compte. Mais avant que j’eusse répondu, me montrant un manuscrit ouvert sur sa table, il me dit d’un ton plus grave:
«Voici, monsieur Aronnax, un manuscrit écrit en plusieurs langues. Il contient le résumé de mes études sur la mer, et, s’il plaît à Dieu, il ne périra pas avec moi. Ce manuscrit, signé de mon nom, complété par l’histoire de ma vie, sera renfermé dans un petit appareil insubmersible. Le dernier survivant de nous tous à bord du Nautilus jettera cet appareil à la mer, et il ira où les flots le porteront.»
This man’s name! his history written by himself! His mystery would then be revealed some day.Le nom de cet homme! Son histoire écrite par lui-même! Son mystère serait donc un jour dévoilé? Mais, en ce moment, je ne vis dans cette communication qu’une entrée en matière.
“Captain,” I said, “I can but approve of the idea that makes you act thus. The result of your studies must not be lost. But the means you employ seem to me to be primitive. Who knows where the winds will carry this case, and in whose hands it will fall? Could you not use some other means? Could not you, or one of yours——”«Capitaine, répondis-je, je ne puis qu’approuver la pensée qui vous fait agir. Il ne faut pas que le fruit de vos études soit perdu. Mais le moyen que vous employez me paraît primitif. Qui sait où les vents pousseront cet appareil, en quelles mains il tombera? Ne sauriez-vous trouver mieux? Vous, ou l’un des vôtres ne peut-il…?
“Never, sir!” he said, hastily interrupting me.—Jamais, monsieur, dit vivement le capitaine en m’interrompant.
“But I and my companions are ready to keep this manuscript in store; and, if you will put us at liberty——”—Mais moi, mes compagnons, nous sommes prêts à garder ce manuscrit en réserve, et si vous nous rendez la liberté…
“At liberty?” said the Captain, rising.—La liberté! fit le capitaine Nemo se levant.
“Yes, sir; that is the subject on which I wish to question you. For seven months we have been here on board, and I ask you to-day, in the name of my companions and in my own, if your intention is to keep us here always?”—Oui, monsieur, et c’est à ce sujet que je voulais vous interroger. Depuis sept mois nous sommes à votre bord, et je vous demande aujourd’hui, au nom de mes compagnons comme au mien, si votre intention est de nous y garder toujours.
“M. Aronnax, I will answer you to-day as I did seven months ago: Whoever enters the Nautilus, must never quit it.”—Monsieur Aronnax, dit le capitaine Nemo, je vous répondrai aujourd’hui ce que je vous ai répondu il y a sept mois: Qui entre dans le Nautilus ne doit plus le quitter.
“You impose actual slavery upon us!”—C’est l’esclavage même que vous nous imposez!
“Give it what name you please.”—Donnez-lui le nom qu’il vous plaira.
“But everywhere the slave has the right to regain his liberty.”—Mais partout l’esclave garde le droit de recouvrer sa liberté! Quels que soient les moyens qui s’offrent à lui, il peut les croire bons!
“Who denies you this right? Have I ever tried to chain you with an oath?”—Ce droit, répondit le capitaine Nemo, qui vous le dénie? Ai-je jamais pensé à vous enchaîner par un serment?»
He looked at me with his arms crossed.Le capitaine me regardait en se croisant les bras.
“Sir,” I said, “to return a second time to this subject will be neither to your nor to my taste; but, as we have entered upon it, let us go through with it. I repeat, it is not only myself whom it concerns. Study is to me a relief, a diversion, a passion that could make me forget everything. Like you, I am willing to live obscure, in the frail hope of bequeathing one day, to future time, the result of my labours. But it is otherwise with Ned Land. Every man, worthy of the name, deserves some consideration. Have you thought that love of liberty, hatred of slavery, can give rise to schemes of revenge in a nature like the Canadian’s; that he could think, attempt, and try——”«Monsieur, lui dis-je, revenir une seconde fois sur ce sujet ne serait ni de votre goût ni du mien. Mais puisque nous l’avons entamé, épuisons-le. Je vous le répète, ce n’est pas seulement de ma personne qu’il s’agit. Pour moi l’étude est un secours, une diversion puissante, un entraînement, une passion qui peut me faire tout oublier. Comme vous, je suis homme à vivre ignoré, obscur, dans le fragile espoir de léguer un jour à l’avenir le résultat de mes travaux, au moyen d’un appareil hypothétique confié au hasard des flots et des vents. En un mot, je puis vous admirer, vous suivre sans déplaisir dans un rôle que je comprends sur certains points; mais il est encore d’autres aspects de votre vie qui me la font entrevoir entourée de complications et de mystères auxquels seuls ici, mes compagnons et moi, nous n’avons aucune part. Et même, quand notre cœur a pu battre pour vous, ému par quelques-unes de vos douleurs ou remué par vos actes de génie ou de courage, nous avons dû refouler en nous jusqu’au plus petit témoignage de cette sympathie que fait naître la vue de ce qui est beau et bon, que cela vienne de l’ami ou de l’ennemi. Eh bien, c’est ce sentiment que nous sommes étrangers à tout ce qui vous touche, qui fait de notre position quelque chose d’inacceptable, d’impossible, même pour moi, mais d’impossible pour Ned Land surtout. Tout homme, par cela seul qu’il est homme, vaut qu’on songe à lui. Vous êtes-vous demandé ce que l’amour de la liberté, la haine de l’esclavage, pouvaient faire naître de projets de vengeance dans une nature comme celle du Canadien, ce qu’il pouvait penser, tenter, essayer?…»
I was silenced; Captain Nemo rose.Je m’étais tû. Le capitaine Nemo see leva.
“Whatever Ned Land thinks of, attempts, or tries, what does it matter to me? I did not seek him! It is not for my pleasure that I keep him on board! As for you, M. Aronnax, you are one of those who can understand everything, even silence. I have nothing more to say to you. Let this first time you have come to treat of this subject be the last, for a second time I will not listen to you.”«Que Ned Land pense, tente, essaye tout ce qu’il voudra, que m’importe? Ce n’est pas moi qui l’ai été chercher! Ce n’est pas pour mon plaisir que je le garde à mon bord! Quant à vous, monsieur Aronnax, vous êtes de ceux qui peuvent tout comprendre, même le silence. Je n’ai rien de plus à vous répondre. Que cette première fois où vous venez de traiter ce sujet soit aussi la dernière, car une seconde fois, je ne pourrais même pas vous écouter.»
I retired. Our situation was critical. I related my conversation to my two companions.Je me retirai. A compter de ce jour, notre situation fut très-tendue. Je rapportai ma conversation à mes deux compagnons.
“We know now,” said Ned, “that we can expect nothing from this man. The Nautilus is nearing Long Island. We will escape, whatever the weather may be.”«Nous savons maintenant, dit Ned, qu’il n’y a rien à attendre de cet homme. Le Nautilus se rapproche de Long-Island. Nous fuirons, quel que soit le temps.»
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But the sky became more and more threatening. Symptoms of a hurricane became manifest. The atmosphere was becoming white and misty. On the horizon fine streaks of cirrhous clouds were succeeded by masses of cumuli. Other low clouds passed swiftly by. The swollen sea rose in huge billows. The birds disappeared with the exception of the petrels, those friends of the storm. The barometer fell sensibly, and indicated an extreme extension of the vapours. The mixture of the storm glass was decomposed under the influence of the electricity that pervaded the atmosphere. Mais le ciel devenait de plus en plus menaçant. Des symptômes d’ouragan se manifestaient. L’atmosphère se faisait blanchâtre et laiteuse. Aux cyrrhus à gerbes déliées succédaient à l’horizon des couches de nimbo-cumulus. D’autres nuages bas fuyaient rapidement. La mer grossissait et se gonflait en longues houles. Les oiseaux disparaissaient, à l’exception des satanicles, amis des tempêtes. Le baromètre baissait notablement et indiquait dans l’air une extrême tension des vapeurs. Le mélange du storm-glass se décomposait sous l’influence de l’électricité qui saturait l’atmosphère. La lutte des éléments était prochaine.
 The tempest burst on the 18th of May, just as the Nautilus was floating off Long Island, some miles from the port of New York. I can describe this strife of the elements! for, instead of fleeing to the depths of the sea, Captain Nemo, by an unaccountable caprice, would brave it at the surface. The wind blew from the south-west at first. Captain Nemo, during the squalls, had taken his place on the platform. He had made himself fast, to prevent being washed overboard by the monstrous waves. I had hoisted myself up, and made myself fast also, dividing my admiration between the tempest and this extraordinary man who was coping with it. La tempête éclata dans la journée du 18 mai, précisément lorsque le Nautilus flottait à la hauteur de Long-Island, à quelques milles des passes de New-York. Je puis décrire cette lutte des éléments, car au lieu de la fuir dans les profondeurs de la mer, le capitaine Nemo, par un inexplicable caprice, voulut la braver à sa surface. Le vent soufflait du sud-ouest, d’abord en grand frais, c’est-à-dire avec une vitesse de quinze mètres à la seconde, qui fut portée à vingt-cinq mètres vers trois heures du soir. C’est le chiffre des tempêtes. Le capitaine Nemo, inébranlable sous les rafales, avait pris place sur la plate-forme. Il s’était amarré à mi-corps pour résister aux vagues monstrueuses qui déferlaient. Je m’y étais hissé et attaché aussi, partageant mon admiration entre cette tempête et cet homme incomparable qui lui tenait tête.
The raging sea was swept by huge cloud-drifts, which were actually saturated with the waves. The Nautilus, sometimes lying on its side, sometimes standing up like a mast, rolled and pitched terribly. About five o’clock a torrent of rain fell, that lulled neither sea nor wind. The hurri cane blew nearly forty leagues an hour. It is under these conditions that it overturns houses, breaks iron gates, displaces twenty-four pounders. However, the Nautilus, in the midst of the tempest, confirmed the words of a clever engineer, “There is no well-constructed hull that cannot defy the sea.”La mer démontée était balayée par de grandes loques de nuages qui trempaient dans ses flots. Je ne voyais plus aucune de ces petites lames intermédiaires qui se forment au fond des grands creux. Rien que de longues ondulations fuligineuses, dont la crête ne déferle pas, tant elles sont compactes. Leur hauteur s’accroissait. Elles s’excitaient entre elles. Le Nautilus, tantôt couché sur le côté, tantôt dressé comme un mât, roulait et tanguait épouvantablement.

Vers cinq heures, une pluie torrentielle tomba, qui n’abattit ni le vent ni la mer. L’ouragan se déchaîna avec une vitesse de quarante-cinq mètres à la seconde, soit près de quarante lieues à l’heure. C’est dans ces conditions qu’il renverse des maisons, qu’il enfonce des tuiles de toits dans des portes, qu’il rompt des grilles de fer, qu’il déplace des canons de vingt-quatre. Et pourtant le Nautilus, au milieu de la tourmente, justifiait cette parole d’un savant ingénieur: «Il n’y a pas de coque bien construite qui ne puisse défier à la mer!»
This was not a resisting rock; it was a steel spindle, obedient and movable, without rigging or masts, that braved its fury with impunity. However, I watched these raging waves attentively. They measured fifteen feet in height, and 150 to 175 yards long, and their speed of propagation was thirty feet per second. Their bulk and power increased with the depth of the water. Such waves as these, at the Hebrides, have displaced a mass weighing 8,400 lb. They are they which, in the tempest of December 23rd, 1864, after destroying the town of Yeddo, in Japan, broke the same day on the shores of America.Ce n’était pas un roc résistant, que ces lames eussent démoli, c’était un fuseau d’acier, obéissant et mobile, sans gréement, sans mâture, qui bravait impunément leur fureur.
Cependant j’examinais attentivement ces vagues déchaînées. Elles mesuraient jusqu’à quinze mètres de hauteur sur une longueur de cent cinquante à cent soixante quinze mètres, et leur vitesse de propagation, moitié de celle du vent, était de quinze mètres à la seconde. Leur volume et leur puissance s’accroissaient avec la profondeur des eaux. Je compris alors le rôle de ces lames qui emprisonnent l’air dans leurs flancs et le refoulent au fond des mers où elles portent la vie avec l’oxygène. Leur extrême force de pression,—on l’a calculée,—peut s’élever jusqu’à trois mille kilogrammes par pied carré de la surface qu’elles contrebattent. Ce sont de telles lames qui, aux Hébrides, ont déplacé un bloc pesant quatre-vingt-quatre mille livres. Ce sont elles qui, dans la tempête du 23 décembre 1864, après avoir renversé une partie de la ville de Yéddo, au Japon, faisant sept cents kilomètres à l’heure, allèrent se briser le même jour sur les rivages de l’Amérique.
 The intensity of the tempest increased with the night. The barometer, as in 1860 at Reunion during a cyclone, fell seven-tenths at the close of day. I saw a large vessel pass the horizon struggling painfully. She was trying to lie to under half steam, to keep up above the waves. It was probably one of the steamers of the line from New York to Liverpool, or Havre. It soon disappeared in the gloom. At ten o’clock in the evening the sky was on fire. The atmosphere was streaked with vivid lightning. I could not bear the brightness of it; while the captain, looking at it, seemed to envy the spirit of the tempest. L’intensité de la tempête s’accrut avec la nuit. Le baromètre, comme en 1860, à la Réunion, pendant un cyclone, tomba à 710 millimètres. A la chute du jour, je vis passer à l’horizon un grand navire qui luttait péniblement. Il capéyait sous petite vapeur pour se maintenir debout à la lame. Ce devait être un des steamers des lignes de New-York à Liverpool ou au Havre. Il disparut bientôt dans l’ombre.
A dix heures du soir, le ciel était en feu. L’atmosphère fut zébrée d’éclairs violents. Je ne pouvais en supporter l’éclat, tandis que le capitaine Nemo, les regardant en face, semblait aspirer en lui l’âme de la tempête.
A terrible noise filled the air, a complex noise, made up of the howls of the crushed waves, the roaring of the wind, and the claps of thunder. The wind veered suddenly to all points of the horizon; and the cyclone, rising in the east, returned after passing by the north, west, and south, in the inverse course pursued by the circular storm of the southern hemisphere. Ah, that Gulf Stream! It deserves its name of the King of Tempests. It is that which causes those formidable cyclones, by the difference of temperature between its air and its currents. A shower of fire had succeeded the rain. Un bruit terrible emplissait les airs, bruit complexe, fait des hurlements des vagues écrasées, des mugissements du vent, des éclats du tonnerre. Le vent sautait à tous les points de l’horizon, et le cyclone, partant de l’est, y revenait en passant par le nord, l’ouest et le sud, en sens inverse des tempêtes tournantes de l’hémisphère austral.
Ah! ce Gulf-Stream! Il justifiait bien son nom de roi des tempêtes! C’est lui qui crée ces formidables cyclones par la différence de température des couches d’air superposées à ses courants.
A la pluie avait succédé une averse de feu.
The drops of water were changed to sharp spikes. One would have thought that Captain Nemo was courting a death worthy of himself, a death by lightning. As the Nautilus, pitching dreadfully, raised its steel spur in the air, it seemed to act as a conductor, and I saw long sparks burst from it. Crushed and without strength I crawled to the panel, opened it, and descended to the saloon. The storm was then at its height. It was impossible to stand upright in the interior of the Nautilus. Captain Nemo came down about twelve. Les gouttelettes d’eau se changeaient en aigrettes fulminantes. On eût dit que le capitaine Nemo, voulant une mort digne de lui, cherchait à se faire foudroyer. Dans un effroyable mouvement de tangage, le Nautilus dressa en l’air son éperon d’acier, comme la tige d’un paratonnerre, et j’en vis jaillir de longues étincelles.
Brisé, à bout de forces, je me coulai à plat ventre vers le panneau. Je l’ouvris et je redescendis au salon. L’orage atteignait alors son maximum d’intensité. Il était impossible de se tenir debout à l’intérieur du Nautilus.
Le capitaine Nemo rentra vers minuit.
I heard the reservoirs filling by degrees, and the Nautilus sank slowly beneath the waves. Through the open windows in the saloon I saw large fish terrified, passing like phantoms in the water. Some were struck before my eyes. The Nautilus was still descending. I thought that at about eight fathoms deep we should find a calm. But no! the upper beds were too violently agitated for that. We had to seek repose at more than twenty-five fathoms in the bowels of the deep. But there, what quiet, what silence, what peace! Who could have told that such a hurricane had been let loose on the surface of that ocean?
J’entendis les réservoirs se remplir peu à peu, et le Nautilus s’enfonça doucement au-dessous de la surface des flots.
Par les vitres ouvertes du salon, je vis de grands poissons effarés qui passaient comme des fantômes dans les eaux en feu. Quelques-uns furent foudroyés sous mes yeux!
Le Nautilus descendait toujours. Je pensais qu’il retrouverait le calme à une profondeur de quinze mètres. Non. Les couches supérieures étaient trop violemment agitées. Il fallut aller chercher le repos jusqu’à cinquante mètres dans les entrailles de la mer.
Mais là, quelle tranquillité, quel silence, quel milieu paisible! Qui eût dit qu’un ouragan terrible se déchaînait alors à la surface de cet Océan?
CHAPTER XX
FROM LATITUDE 47° 24′ TO LONGITUDE 17° 28′
CHAPITRE XX
PAR 47° 24′ DE LATITUDE ET 17° 28′ DE LONGITUDE.
In consequence of the storm, we had been thrown eastward once more. All hope of escape on the shores of New York or St. Lawrence had faded away; and poor Ned, in despair, had isolated himself like Captain Nemo. Conseil and I, however, never left each other. I said that the Nautilus had gone aside to the east. I should have said (to be more exact) the north-east. For some days, it wandered first on the surface, and then beneath it, amid those fogs so dreaded by sailors. What accidents are due to these thick fogs! What shocks upon these reefs when the wind drowns the breaking of the waves! What collisions between vessels, in spite of their warning lights, whistles, and alarm bells! And the bottoms of these seas look like a field of battle, where still lie all the conquered of the ocean; some old and already encrusted, others fresh and reflecting from their iron bands and copper plates the brilliancy of our lantern.A la suite de cette tempête, nous avions été rejetés dans l’est. Tout espoir de s’évader sur les atterrages de New-York ou du Saint-Laurent s’évanouissait. Le pauvre Ned, désespéré, s’isola comme le capitaine Nemo. Conseil et moi, nous ne nous quittions plus.
J’ai dit que le Nautilus s’était écarté dans l’est. J’aurais dû dire, plus exactement, dans le nord-est. Pendant quelques jours, il erra tantôt à la surface des flots, tantôt au-dessous, au milieu de ces brumes si redoutables aux navigateurs. Elles sont principalement dues à la fonte des glaces, qui entretient une extrême humidité dans l’atmosphère. Que de navires perdus dans ces parages, lorsqu’ils allaient reconnaître les feux incertains de la côte! Que de sinistres dus à ces brouillards opaques! Que de chocs sur ces écueils dont le ressac est éteint par le bruit du vent! Que de collisions entre les bâtiments, malgré leurs feux de position, malgré les avertissements de leurs sifflets et de leurs cloches d’alarme!
Aussi, le fond de ces mers offrait-il l’aspect d’un champ de bataille, où gisaient encore tous ces vaincus de l’Océan; les uns vieux et empâtés déjà; les autres jeunes et réfléchissant l’éclat de notre fanal sur leurs ferrures et leurs carènes de cuivre. Parmi eux, que de bâtiments perdus corps et biens, avec leurs équipages, leur monde d’émigrants, sur ces points dangereux signalés dans les statistiques, le cap Race, l’île Saint-Paul, le détroit de Belle-Ile, l’estuaire du Saint-Laurent! Et depuis quelques années seulement que de victimes fournies à ces funèbres annales par les lignes du Royal-Mail, d’Inmann, de Montréal, le Solway, l’Isis, le Paramatta, l’Hungarian, le Canadian, l’Anglo-Saxon, le Humboldt, l’United-States, tous échoués, l’Artic, le Lyonnais, coulés par abordage, le Président, le Pacific, le City-of-Glasgow, disparus pour des causes ignorées, sombres débris au milieu desquels naviguait le Nautilus, comme s’il eût passé une revue des morts.
On the 15th of May we were at the extreme south of the Bank of Newfoundland. This bank consists of alluvia, or large heaps of organic matter, brought either from the Equator by the Gulf Stream, or from the North Pole by the counter-current of cold water which skirts the American coast. There also are heaped up those erratic blocks which are carried along by the broken ice; and close by, a vast charnel-house of molluscs, which perish here by millions. The depth of the sea is not great at Newfoundland—not more than some hundreds of fathoms; but towards the south is a depression of 1,500 fathoms. There the Gulf Streame widens. It loses some of its speed and some of its temperature, but it becomes a sea.Le 15 mai, nous étions sur l’extrémité méridionale du banc de Terre-Neuve. Ce banc est un produit des alluvions marines, un amas considérable de ces détritus organiques, amenés soit de l’Équateur par le courant du Gulf-Stream, soit du pôle boréal, par ce contre-courant d’eau froide qui longe la côte américaine. Là aussi s’amoncellent les blocs erratiques charriés par la débâcle des glaces. Là s’est formé un vaste ossuaire de poissons, de mollusques ou de zoophytes qui y périssent par milliards.
La profondeur de la mer n’est pas considérable au banc de Terre-Neuve. Quelques centaines de brasses au plus. Mais vers le sud se creuse subitement une dépression profonde, un trou de trois mille mètres. Là s’élargit le Gulf-Stream. C’est un épanouissement de ses eaux. Il perd de sa vitesse et de sa température, mais il devient une mer.
Parmi les poissons que le Nautilus effaroucha à son passage, je citerai le cycloptère d’un mètre, à dos noirâtre, à ventre orange, qui donne à ses congénères un exemple peu suivi de fidélité conjugale, un unernack de grande taille, sorte de murène émeraude, d’un goût excellent, des karraks à gros yeux, dont la tête a quelque ressemblance avec celle du chien, des blennies, ovovivipares comme les serpents, des gobies-boulerots ou goujons noirs de deux décimètres, des macroures à longue queue, brillant d’un éclat argenté, poissons rapides, aventurés loin des mers hyperboréennes.
Les filets ramassèrent aussi un poisson hardi, audacieux, vigoureux, bien musclé, armé de piquants à la tête et d’aiguillons aux nageoires, véritable scorpion de deux à trois mètres, ennemi acharné des blennies, des gades et des saumons; c’était le cotte des mers septentrionales, au corps tuberculeux, brun de couleur, rouge aux nageoires. Les pêcheurs du Nautilus eurent quelque peine à s’emparer de cet animal, qui, grâce à la conformation de ses opercules, préserve ses organes respiratoires du contact desséchant de l’atmosphère et peut vivre quelque temps hors de l’eau.
Je cite maintenant,—pour mémoire,—des bosquiens, petits poissons qui accompagnent longtemps les navires dans les mers boréales, des ables-oxyrhinques, spéciaux à l’Atlantique septentrional, des rascasses, et j’arrive aux gades, principalement à l’espèce morue, que je surpris dans ses eaux de prédilection, sur cet inépuisable banc de Terre-Neuve.
On peut dire que ces morues sont des poissons de montagnes, car Terre-Neuve n’est qu’une montagne sous-marine. Lorsque le Nautilus s’ouvrit un chemin à travers leurs phalanges pressées, Conseil ne put retenir cette observation:
«Ça! des morues! dit-il; mais je croyais que les morues étaient plates comme des limandes ou des soles?
—Naïf! m’écriai-je. Les morues ne sont plates que chez l’épicier, où on les montre ouvertes et étalées. Mais dans l’eau, ce sont des poissons fusiformes comme les mulets, et parfaitement conformés pour la marche.
—Je veux croire, monsieur, répondit Conseil. Quelle nuée, quelle fourmilière!
—Eh! mon ami, il y en aurait bien davantage, sans leurs ennemis, les rascasses et les hommes! Sais-tu combien on a compté d’œufs dans une seule femelle?
—Faisons bien les choses, répondit Conseil. Cinq cent mille.
—Onze millions, mon ami.
—Onze millions. Voilà ce que je n’admettrai jamais, à moins de les compter moi-même.
—Compte-les, Conseil. Mais tu auras plus vite fait de me croire. D’ailleurs, c’est par milliers que les Français, les Anglais, les Américains, les Danois, les Norwégiens, pêchent les morues. On les consomme en quantités prodigieuses, et sans l’étonnante fécondité de ces poissons, les mers en seraient bientôt dépeuplées. Ainsi, en Angleterre et en Amérique seulement, cinq mille navires montés par soixante-quinze mille marins, sont employés à la pêche de la morue. Chaque navire en rapporte quarante mille en moyenne, ce qui fait vingt-cinq millions. Sur les côtes de la Norwége, même résultat.
—Bien, répondit Conseil, je m’en rapporte à monsieur. Je ne les compterai pas.
—Quoi donc?
—Les onze millions d’œufs. Mais je ferai une remarque.
—Laquelle?
—C’est que si tous les œufs éclosaient, il suffirait de quatre morues pour alimenter l’Angleterre, l’Amérique et la Norwége.»
Pendant que nous effleurions les fonds du banc de Terre-Neuve, je vis parfaitement ces longues lignes, armées de deux cents hameçons, que chaque bateau tend par douzaines. Chaque ligne entraînée par un bout au moyen d’un petit grappin, était retenue à la surface par un orin fixé sur une bouée de liége. Le Nautilus dut manœuvrer adroitement au milieu de ce réseau sous-marin.
D’ailleurs il ne demeura pas longtemps dans ces parages fréquentés. Il s’éleva jusque vers le quarante-deuxième degré de latitude. C’était à la hauteur de Saint-Jean de Terre-Neuve et de Heart’s Content, où aboutit l’extrémité du câble transatlantique.
Le Nautilus, au lieu de continuer à marcher au nord, prit direction vers l’est, comme s’il voulait suivre ce plateau télégraphique sur lequel repose le câble, et dont des sondages multipliés ont donné le relief avec une extrême exactitude.
It was on the 17th of May, about 500 miles from Heart’s Content, at a depth of more than 1,400 fathoms, that I saw the electric cable lying on the bottom. Conseil, to whom I had not mentioned it, thought at first that it was a gigantic sea-serpent. But I undeceived the worthy fellow, and by way of consolation related several particulars in the laying of this cable. The first one was laid in the years 1857 and 1858; but, after transmitting about 400 telegrams, would not act any longer. In 1863 the engineers constructed an other one, measuring 2,000 miles in length, and weighing 4,500 tons, which was embarked on the Great Eastern. This attempt also failed.Ce fut le 17 mai, à cinq cents milles environ de Heart’s Content, par deux mille huit cents mètres de profondeur, que j’aperçus le câble gisant sur le sol. Conseil, que je n’avais pas prévenu, le prit d’abord pour un gigantesque serpent de mer et s’apprêtait à le classer suivant sa méthode ordinaire. Mais je désabusai le digne garçon, et pour le consoler de son déboire, je lui appris diverses particularités de la pose de ce câble. Le premier câble fut établi pendant les années 1857 et 1858; mais, après avoir transmis quatre cents télégrammes environ, il cessa de fonctionner. En 1863, les ingénieurs construisirent un nouveau câble, mesurant trois mille quatre cents kilomètres et pesant quatre mille cinq cents tonnes, qui fut embarqué sur le Great-Eastern. Cette tentative échoua encore.
On the 25th of May the Nautilus, being at a depth of more than 1,918 fathoms, was on the precise spot where the rupture occurred which ruined the enterprise. It was within 638 miles of the coast of Ireland; and at half-past two in the afternoon they discovered that communication with Europe had ceased. The electricians on board resolved to cut the cable before fishing it up, and at eleven o’clock at night they had recovered the damaged part. They made another point and spliced it, and it was once more submerged. But some days after it broke again, and in the depths of the ocean could not be recaptured.
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Or, le 25 mai, le Nautilus, immergé par trois mille huit cent trente-six mètres de profondeur, se trouvait précisément en cet endroit où se produisit la rupture qui ruina l’entreprise. C’était à six cent trente huit milles de la côte d’Irlande. On s’aperçut, à deux heures après-midi, que les communications avec l’Europe venaient de s’interrompre. Les électriciens du bord résolurent de couper le câble avant de le repêcher, et à onze heures du soir, ils avaient ramené la partie avariée. On refit un joint et une épissure; puis le câble fut immergé de nouveau. Mais, quelques jours plus tard, il se rompit et ne put être ressaisi dans les profondeurs de l’Océan.
The Americans, however, were not discouraged. Cyrus Field, the bold promoter of the enterprise, as he had sunk all his own fortune, set a new subscription on foot, which was at once answered, and another cable was constructed on better principles. The bundles of conducting wires were each enveloped in gutta-percha, and protected by a wadding of hemp, contained in a metallic covering. Les Américains ne se découragèrent pas. L’audacieux Cyrus Field, le promoteur de l’entreprise, qui y risquait toute sa fortune, provoqua une nouvelle souscription. Elle fut immédiatement couverte. Un autre câble fut établi dans de meilleures conditions. Le faisceau de fils conducteurs isolés dans une enveloppe de gutta-percha, était protégé par un matelas de matières textiles contenu dans une armature métallique.
The Great Eastern sailed on the 13th of July, 1866. The operation worked well. But one incident occurred. Several times in unrolling the cable they observed that nails had recently been forced into it, evidently with the motive of destroying it. Captain Anderson, the officers, and engineers consulted together, and had it posted up that, if the offender was surprised on board, he would be thrown without further trial into the sea. From that time the criminal attempt was never repeated.
Le Great-Eastern reprit la mer le 13 juillet 1866. L’opération marcha bien. Cependant un incident arriva. Plusieurs fois, en déroulant le câble, les électriciens observèrent que des clous y avaient été récemment enfoncés dans le but d’en détériorer l’âme. Le capitaine Anderson, ses officiers, ses ingénieurs, se réunirent, délibérèrent, et firent afficher que si le coupable était surpris à bord, il serait jeté à la mer sans autre jugement. Depuis lors, la criminelle tentative ne se reproduisit plus.
On the 23rd of July the Great Eastern was not more than 500 miles from Newfoundland, when they telegraphed from Ireland the news of the armistice concluded between Prussia and Austria after Sadowa. On the 27th, in the midst of heavy fogs, they reached the port of Heart’s Content. The enterprise was successfully terminated; and for its first despatch, young America addressed old Europe in these words of wisdom, so rarely understood: “Glory to God in the highest, and on earth peace, goodwill towards men.”Le 23 juillet, le Great-Eastern n’était plus qu’à huit cents kilomètres de Terre-Neuve, lorsqu’on lui télégraphia d’Irlande la nouvelle de l’armistice conclu entre la Prusse et l’Autriche après Sadowa. Le 27, il relevait au milieu des brumes le port de Heart’s Content. L’entreprise était heureusement terminée, et par sa première dépêche, la jeune Amérique adressait à la vieille Europe ces sages paroles si rarement comprises: «Gloire à Dieu dans le ciel, et paix aux hommes de bonne volonté sur la terre.»
I did not expect to find the electric cable in its primitive state, such as it was on leaving the manufactory. The long serpent, covered with the remains of shells, bristling with foraminiferae, was encrusted with a strong coating which served as a protection against all boring molluscs. It lay quietly sheltered from the motions of the sea, and under a favourable pressure for the transmission of the electric spark which passes from Europe to America in .32 of a second. Doubtless this cable will last for a great length of time, for they find that the gutta-percha covering is improved by the sea-water. Je ne m’attendais pas à trouver le câble électrique dans son état primitif, tel qu’il était en sortant des ateliers de fabrication. Le long serpent, recouvert de débris de coquilles, hérissé de foraminifères, était encroûté dans un empâtement pierreux qui le protégeait contre les mollusques perforants. Il reposait tranquillement, à l’abri des mouvements de la mer, et sous une pression favorable à la transmission de l’étincelle électrique qui passe de l’Amérique à l’Europe en trente-deux centièmes de seconde. La durée de ce câble sera infinie sans doute, car on a observé que l’enveloppe de gutta-percha s’améliore par son séjour dans l’eau de mer.
Besides, on this level, so well chosen, the cable is never so deeply submerged as to cause it to break. The Nautilus followed it to the lowest depth, which was more than 2,212 fathoms, and there it lay without any anchorage; and then we reached the spot where the accident had taken place in 1863. The bottom of the ocean then formed a valley about 100 miles broad, in which Mont Blanc might have been placed without its summit appearing above the waves. This valley is closed at the east by a perpendicular wall more than 2,000 yards high. We arrived there on the 28th of May, and the Nautilus was then not more than 120 miles from Ireland.
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D’ailleurs, sur ce plateau si heureusement choisi, le câble n’est jamais immergé à des profondeurs telles qu’il puisse se rompre. Le Nautilus le suivit jusqu’à son fond le plus bas, situé par quatre mille quatre cent trente et un mètres, et là, il reposait encore sans aucun effort de traction. Puis, nous nous rapprochâmes de l’endroit où avait eu lieu l’accident de 1863. Le fond océanique formait alors une vallée large de cent vingt kilomètres, sur laquelle on eût pu poser le Mont-Blanc sans que son sommet émergeât de la surface des flots. Cette vallée est fermée à l’est par une muraille à pic de deux mille mètres. Nous y arrivions le 28 mai, et le Nautilus n’était plus qu’à cent cinquante kilomètres de l’Irlande.
Was Captain Nemo going to land on the British Isles? No. To my great surprise he made for the south, once more coming back towards European seas. In rounding the Emerald Isle, for one instant I caught sight of Cape Clear, and the light which guides the thousands of vessels leaving Glasgow or Liverpool. An important question then arose in my mind. Did the Nautilus dare entangle itself in the Manche? Ned Land, who had re-appeared since we had been nearing land, did not cease to question me. How could I answer? Captain Nemo remained invisible. After having shown the Canadian a glimpse of American shores, was he going to show me the coast of France?Le capitaine Nemo allait-il remonter pour attérir sur les Iles Britanniques? Non. A ma grande surprise, il redescendit au sud et revint vers les mers européennes. En contournant l’île d’Émeraude, j’aperçus un instant le cap Clear et le feu de Fastenet, qui éclaire les milliers de navires sortis de Glasgow ou de Liverpool.
Une importante question se posait alors à mon esprit. Le Nautilus oserait-il s’engager dans la Manche? Ned Land qui avait reparu depuis que nous rallions la terre, ne cessait de m’interroger. Comment lui répondre? Le capitaine Nemo demeurait invisible. Après avoir laissé entrevoir au Canadien les rivages d’Amérique, allait-il donc me montrer les côtes de France?
But the Nautilus was still going southward. On the 30th of May, it passed in sight of Land’s End, between the extreme point of England and the Scilly Isles, which were left to starboard. If we wished to enter the Manche, he must go straight to the east. He did not do so.Cependant le Nautilus s’abaissait toujours vers le sud. Le 30 mai, il Passait en vue du Land’s End, entre la pointe extrême de l’Angleterre et les Sorlingues, qu’il laissa sur tribord.
S’il voulait entrer en Manche, il lui fallait prendre franchement à l’est. Il ne le fit pas.
During the whole of the 31st of May, the Nautilus described a series of circles on the water, which greatly interested me. It seemed to be seeking a spot it had some trouble in finding. At noon, Captain Nemo himself came to work the ship’s log. Hee spoke no word to me, but seemed gloomier than ever. What could sadden him thus? Was it his proxim ity to European shores? Had he some recollections of his abandoned country? If not, what did he feel? Remorse or regret? For a long while this thought haunted my mind, and I had a kind of presentiment that before long chance would betray the captain’s secrets.Pendant toute la journée du 31 mai, le Nautilus décrivit sur la mer une série de cercles qui m’intriguèrent vivement. Il semblait chercher un endroit qu’il avait quelque peine à trouver. A midi, le capitaine Nemo vint faire son point lui-même. Il ne m’adressa pas la parole. Il me parut plus sombre que jamais. Qui pouvait l’attrister ainsi? Était-ce sa proximité des rivages européens? Sentait-il quelque ressouvenir de son pays abandonné? Qu’éprouvait-il alors? des remords ou des regrets? Longtemps cette pensée occupa mon esprit, et j’eus comme un pressentiment que le hasard trahirait avant peu les secrets du capitaine.
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The next day, the 1st of June, the Nautilus continued the same process. It was evidently seeking some particular spot in the ocean. Captain Nemo took the sun’s altitude as he had done the day before. The sea was beautiful, the sky clear. About eight miles to the east, a large steam vessel could be discerned on the horizon. No flag fluttered from its mast, and I could not discover its nationality. Some minutes before the sun passed the meridian, Captain Nemo took his sextant, and watched with great attention. The perfect rest of the water greatly helped the operation. The Nautilus was motionless; it neither rolled nor pitched.Le lendemain, 31 juin, le Nautilus conserva les mêmes allures. Il était évident qu’il cherchait à reconnaître un point précis de l’Océan. Le capitaine Nemo vint prendre la hauteur du soleil, ainsi qu’il avait fait la veille. La mer était belle, le ciel pur. A huit milles dans l’est, un grand navire à vapeur se dessinait sur la ligne de l’horizon. Aucun pavillon ne battait à sa corne, et je ne pus reconnaître sa nationalité.
Le capitaine Nemo, quelques minutes avant que le soleil passât au méridien, prit son sextant et observa avec une précision extrême. Le calme absolu des flots facilitait son opération. Le Nautilus immobile ne ressentait ni roulis ni tangage.
I was on the platform when the altitude was taken, and the Captain pronounced these words: “It is here.”J’étais en ce moment sur la plate-forme. Lorsque son relèvement fut terminé, le capitaine prononça ces seuls mots:
«C’est ici!»
He turned and went below. Had he seen the vessel which was changing its course and seemed to be nearing us? I could not tell. I returned to the saloon. The panels closed, I heard the hissing of the water in the reservoirs. The Nautilus began to sink, following a vertical line, for its screw communicated no motion to it. Some minutes later it stopped at a depth of more than 420 fathoms, resting on the ground. The luminous ceiling was darkened, then the panels were opened, and through the glass I saw the sea brilliantly illuminated by the rays of our lantern for at least half a mile round us.Il redescendit par le panneau. Avait-il vu le bâtiment qui modifiait sa marche et semblait se rapprocher de nous? Je ne saurais le dire.
Je revins au salon. Le panneau se ferma, et j’entendis les sifflements de l’eau dans les réservoirs. Le Nautilus commença de s’enfoncer, suivant une ligne verticale, car son hélice entravée ne lui communiquait plus aucun mouvement.
Quelques minutes plus tard, il s’arrêtait à une profondeur de huit cent trente-trois mètres et reposait sur le sol.
Le plafond lumineux du salon s’éteignit alors, les panneaux s’ouvrirent, et à travers les vitres, j’aperçus la mer vivement illuminée par les rayons du fanal dans un rayon d’un demi-mille.
I looked to the port side, and saw nothing but an immensity of quiet waters. But to starboard, on the bottom appeared a large protuberance, which at once attracted my attention. One would have thought it a ruin buried under a coating of white shells, much resembling a covering of snow. Upon examining the mass attentively, I could recognise the ever-thickening form of a vessel bare of its masts, which must have sunk. It certainly belonged to past times. This wreck, to be thus encrusted with the lime of the water, must already be able to count many years passed at the bottom of the ocean.Je regardai à bâbord et je ne vis rien que l’immensité des eaux tranquilles.
Par tribord, sur le fond, apparaissait une forte extumescence qui attira mon attention. On eût dit des ruines ensevelies sous un empâtement de coquilles blanchâtres comme sous un manteau de neige. En examinant attentivement cette masse, je crus reconnaître les formes épaissies d’un navire, rasé de ses mâts, qui devait avoir coulé par l’avant. Ce sinistre datait certainement d’une époque reculée. Cette épave, pour être ainsi encroûtée dans le calcaire des eaux, comptait déjà bien des années passées sur ce fond de l’Océan.
What was this vessel? Why did the Nautilus visit its tomb? Could it have been aught but a shipwreck which had drawn it under the water? I knew not what to think, when near me in a slow voice I heard Captain Nemo say:Quel était ce navire? Pourquoi le Nautilus venait-il visiter sa tombe? N’était-ce donc pas un naufrage qui avait entraîné ce bâtiment sous les eaux?
Je ne savais que penser, quand, près de moi, j’entendis le capitaine Nemo dire d’une voix lente:
“At one time this ship was called the Marseillais. It carried seventy-four guns, and was launched in 1762. In 1778, the 13th of August, commanded by La Poype-Ver trieux, it fought boldly against the Preston. In 1779, on the 4th of July, it was at the taking of Grenada, with the squadron of Admiral Estaing. In 1781, on the 5th of September, it took part in the battle of Comte de Grasse, in Chesapeake Bay. In 1794, the French Republic changed its name. «Autrefois ce navire se nommait le Marseillais. Il portait soixante-quatorze canons et fut lancé en 1762. En 1778, le 13 août, commandé par La Poype-Vertrieux, il se battait audacieusement contre le Preston. En 1779, le 4 juillet, il assistait avec l’escadre de l’amiral d’Estaing à la prise de Grenade. En 1781, le 5 septembre, il prenait part au combat du comte de Grasse dans la baie de la Chesapeak. En 1794, la république française lui changeait son nom.
On the 16th of April, in the same year, it joined the squadron of Villaret Joyeuse, at Brest, being entrusted with the escort of a cargo of corn coming from America, under the command of Admiral Van Stebel. On the 11th and 12th Prairal of the second year, this squadron fell in with an English vessel. Sir, to-day is the 13th Prairal, the first of June, 1868. It is now seventy-four years ago, day for day on this very spot, in latitude 47° 24′, longitude 17° 28′, that this vessel, after fighting heroically, losing its three masts, with the water in its hold, and the thirde of its crew disabled, preferred sinking with its 356 sailors to surrendering; and, nailing its colours to the poop, disappeared under the waves to the cry of `Long live the Republic!'”
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Le 16 avril de la même année, il rejoignait à Brest l’escadre de Villaret-Joyeuse, chargé d’escorter un convoi de blé qui venait d’Amérique sous le commandement de l’amiral Van Stabel. Le 11 et le 12 prairial, an II, cette escadre se rencontrait avec les vaisseaux anglais. Monsieur, c’est aujourd’hui le 13 prairial, le 1er juin 1868. Il y a soixante-quatorze ans, jour pour jour, à cette place même, par 47° 24′ de latitude et 17° 28′ de longitude, ce navire, après un combat héroïque, démâté de ses trois mâts, l’eau dans ses soutes, le tiers de son équipage hors de combat, aima mieux s’engloutir avec ses trois cent cinquante-six marins que de se rendre, et clouant son pavillon à sa poupe, il disparut sous les flots au cri de: Vive la République!
“The Avenger!” I exclaimed.—Le Vengeur! m’écriai-je.
“Yes, sir, the Avenger! A good name!” muttered Captain Nemo, crossing his arms.—Oui! monsieur. Le Vengeur! Un beau nom!» murmura le capitaine Nemo en se croisant les bras.
CHAPTER XXI
A HECATOMB
CHAPITRE XXI
UNE HÉCATOMBE.
The way of describing this unlooked-for scene, the history of the patriot ship, told at first so coldly, and the emotion with which this strange man pronounced the last words, the name of the Avenger, the significance of which could not escape me, all impressed itself deeply on my mind. My eyes did not leave the Captain, who, with his hand stretched out to sea, was watching with a glowing eye the glorious wreck. Perhaps I was never to know who he was, from whence he came, or where he was going to, but I saw the man move, and apart from the savantCette façon de dire, l’imprévu de cette scène, cet historique du navire patriote froidement raconté d’abord, puis l’émotion avec laquelle l’étrange personnage avait prononcé ses dernières paroles, ce nom de Vengeur, dont la signification ne pouvait m’échapper, tout se réunissait pour frapper profondément mon esprit. Mes regards ne quittaient plus le capitaine. Lui, les mains tendues vers la mer, considérait d’un œil ardent la glorieuse épave. Peut-être ne devais-je jamais savoir qui il était, d’où il venait, où il allait, mais je voyais de plus en plus l’homme se dégager du savant.
It was no common misanthropy which had shut Captain Nemo and his companions within the Nautilus, but a hatred, either monstrous or sublime, which time could never weaken. Did this hatred still seek for vengeance? The future would soon teach me that. But the Nautilus was rising slowly to the surface of the sea, and the form of the Avenger disappeared by degrees from my sight. Soon a slight rolling told me that we were in the open air. At that moment a dull boom was heard. I looked at the Captain. He did not move.
Ce n’était pas une misanthropie commune qui avait enfermé dans les flancs du Nautilus le capitaine Nemo et ses compagnons, mais une haine monstrueuse ou sublime que le temps ne pouvait affaiblir. Cette haine cherchait-elle encore des vengeances? L’avenir devait bientôt me l’apprendre.
Cependant, le Nautilus remontait lentement vers la surface de la mer, et je vis disparaître peu à peu les formes confuses du Vengeur. Bientôt un léger roulis m’indiqua que nous flottions à l’air libre.
En ce moment, une sourde détonation se fit entendre. Je regardai le capitaine. Le capitaine ne bougea pas.
“Captain?” said I.«Capitaine?» dis-je.
He did not answer. I left him and mounted the platform. Conseil and the Canadian were already there.Il ne répondit pas. Je le quittai et montai sur la plate-forme. Conseil et le Canadien m’y avaient précédé.
“Where did that sound come from?” I asked.«D’où vient cette détonation? demandai-je.
“It was a gunshot,” replied Ned Land.—Un coup de canon,» répondit Ned Land.
“It was a gunshot,” replied Ned Land.
I looked in the direction of the vessel I had already seen. It was nearing the Nautilus, and we could see that it was putting on steam. It was within six miles of us.
Je regardai dans la direction du navire que j’avais aperçu. Il s’était rapproché du Nautilus et l’on voyait qu’il forçait de vapeur. Six milles le séparaient de nous.
“What is that ship, Ned?”«Quel est ce bâtiment, Ned?
“By its rigging, and the height of its lower masts,” said the Canadian, “I bet she is a ship-of-war. May it reach us; and, if necessary, sink this cursed Nautilus.”

—A son gréement, à la hauteur de ses bas mâts, répondit le Canadien, je parierais pour un navire de guerre. Puisse-t-il venir sur nous et couler, s’il le faut, ce damné Nautilus!
“Friend Ned,” replied Conseil, “what harm can it do to the Nautilus? Can it attack it beneath the waves? Can its cannonade us at the bottom of the sea?”—Ami Ned, répondit Conseil, quel mal peut-il faire au Nautilus? ira-t-il l’attaquer sous les flots? Ira-t-il le canonner au fond des mers?
“Tell me, Ned,” said I, “can you recognise what country she belongs to?”

—Dites-moi, Ned, demandai-je, pouvez-vous reconnaître la nationalité de ce bâtiment?»
The Canadian knitted his eyebrows, dropped his eyelids, and screwed up the corners of his eyes, and for a few moments fixed a piercing look upon the vessel.Le Canadien, fronçant ses sourcils, abaissant ses paupières, plissant ses yeux aux angles, fixa pendant quelques instants le navire de toute la puissance de son regard.
“No, sir,” he replied; “I cannot tell what nation she belongs to, for she shows no colours. But I can declare she is a man-of-war, for a long pennant flutters from her main mast.”«Non, monsieur, répondit-il. Je ne saurais reconnaître à quelle nation il appartient. Son pavillon n’est pas hissé. Mais je puis affirmer que c’est un navire de guerre, car une longue flamme se déroule à l’extrémité de son grand mât.»
For a quarter of an hour we watched the ship which was steaming towards us. I could not, however, believe that she could see the Nautilus from that distance; and still less that she could know what this submarine engine was. Soon the Canadian informed me that she was a large, armoured, two-decker ram. A thick black smoke was pouring from her two funnels. Her closely-furled sails were stopped to her yards. She hoisted no flag at her mizzen-peak. The distance prevented us from distinguishing the colours of her pennant, which floated like a thin ribbon. She advanced rapidly. If Captain Nemo allowed her to approach, there was a chance of salvation for us.Pendant un quart d’heure, nous continuâmes d’observer le bâtiment qui se dirigeait vers nous. Je ne pouvais admettre, cependant, qu’il eût reconnu le Nautilus à cette distance, encore moins qu’il sût ce qu’était cet engin sous-marin.
Bientôt le Canadien m’annonça que ce bâtiment était un grand vaisseau de guerre, à éperon, un deux-ponts cuirassé. Une épaisse fumée noire s’échappait de ses deux cheminées. Ses voiles serrées se confondaient avec la ligne des vergues. Sa corne ne portait aucun pavillon. La distance empêchait encore de distinguer les couleurs de sa flamme, qui flottait comme un mince ruban.
Il s’avançait rapidement. Si le capitaine Nemo le laissait approcher, une chance de salut s’offrait à nous.
“Sir,” said Ned Land, “if that vessel passes within a mile of us I shall throw myself into the sea, and I should advise you to do the same.”«Monsieur, me dit Ned Land, que ce bâtiment nous passe à un mille je me jette à la mer, et je vous engage à faire comme moi.»
I did not reply to the Canadian’s suggestion, but continued watching the ship. Whether English, French, American, or Russian, she would be sure to take us in if we could only reach her. Presently a white smoke burst from the fore part of the vessel; some seconds after, the water, agitated by the fall of a heavy body, splashed the stern of the Nautilus, and shortly afterwards a loud explosion struck my ear.Je ne répondis pas à la proposition du Canadien, et je continuai de regarder le navire qui grandissait à vue d’œil. Qu’il fût anglais, français, américain ou russe, il était certain qu’il nous accueillerait, si nous pouvions gagner son bord.
«Monsieur voudra bien se rappeler, dit alors Conseil, que nous avons quelque expérience de la natation. Il peut se reposer sur moi du soin de le remorquer vers ce navire, s’il lui convient de suivre l’ami Ned.»
J’allais répondre, lorsqu’une vapeur blanche jaillit à l’avant du vaisseau de guerre. Puis, quelques secondes plus tard, les eaux troublées par la chute d’un corps pesant, éclaboussèrent l’arrière du Nautilus. Peu à près, une détonation frappait mon oreille.
“What! they are firing at us!” I exclaimed.«Comment? ils tirent sur nous! m’écriai-je.
—Braves gens! murmura le Canadien.
—Ils ne nous prennent donc pas pour des naufragés accrochés à une épave!
“So please you, sir,” said Ned, “they have recognised the unicorn, and they are firing at us.”—N’en déplaise à monsieur….—Bon, fit Conseil en secouant l’eau qu’un nouveau boulet avait fait jaillir jusqu’à lui.—N’en déplaise à monsieur, ils ont reconnu le narwal, et ils canonnent le narwal.
“But,” I exclaimed, “surely they can see that there are men in the case?”—Mais ils doivent bien voir, m’écriai-je qu’ils ont affaire à des hommes.
“It is, perhaps, because of that,” replied Ned Land, looking at me.—C’est peut-être pour cela!» répondit Ned Land en me regardant.
A whole flood of light burst upon my mind. Doubtless they knew now how to believe the stories of the pretended monster. No doubt, on board the Abraham Lincoln, when the Canadian struck it with the harpoon, Commander Farragut had recognised in the supposed narwhal a submarine vessel, more dangerous than a supernatural cetacean. Yes, it must have been so; and on every sea they were now seeking this engine of destruction. Toute une révélation se fit dans mon esprit. Sans doute, on savait à quoi s’en tenir maintenant sur l’existence du prétendu monstre. Sans doute, dans son abordage avec l’Abraham-Lincoln, lorsque le Canadien le frappa de son harpon, le commandant Farragut avait reconnu que le narwal était un bateau sous-marin, plus dangereux qu’un cétacé surnaturel?
Oui, cela devait être ainsi, et sur toutes les mers, sans doute, on poursuivait maintenant ce terrible engin de destruction!
Terrible indeed! if, as we supposed, Captain Nemo employed the Nautilus in works of vengeance. On the night when we were imprisoned in that cell, in the midst of the Indian Ocean, had he not attacked some vessel? The man buried in the coral cemetery, had he not been a victim to the shock caused by the Nautilus? Yes, I repeat it, it must be so. One part of the mysterious existence of Captain Nemo had been unveiled; and, if his identity had not been recognised, at least, the nations united against him were no longer hunting a chimerical creature, but a man who had vowed a deadly hatred against them.Terrible en effet, si comme on pouvait le supposer, le capitaine Nemo employait le Nautilus à une œuvre de vengeance! Pendant cette nuit, lorsqu’il nous emprisonna dans la cellule, au milieu de l’Océan Indien, ne s’était-il pas attaqué à quelque navire? Cet homme enterré maintenant dans le cimetière de corail, n’avait-il pas été victime du choc provoqué par le Nautilus? Oui, je le répète. Il en devait être ainsi. Une partie de la mystérieuse existence du capitaine Nemo se dévoilait. Et si son identité n’était pas reconnue, du moins, les nations coalisées contre lui, chassaient maintenant, non plus un être chimérique, mais un homme qui leur avait voué une haine implacable!
All the formidable past rose before me. Instead of meeting friends on board the approaching ship, we could only expect pitiless enemies. But the shot rattled about us. Some of them struck the sea and ricochetted, losing themselves in the distance. But none touched the Nautilus. The vessel was not more than three miles from us. In spite of the serious cannonade, Captain Nemo did not appear on the platform; but, if one of the conical projectiles had struck the shell of the Nautilus, it would have been fatal. The Canadian then said, “Sir, we must do all we can to get out of this dilemma. Let us signal them. They will then, perhaps, understand that we are honest folks.”
Tout ce passé formidable apparut à mes yeux. Au lieu de rencontrer des amis sur ce navire qui s’approchait, nous n’y pouvions trouver que des ennemis sans pitié.
Cependant les boulets se multipliaient autour de nous. Quelques-uns, rencontrant la surface liquide, s’en allaient par ricochet se perdre à des distances considérables. Mais aucun n’atteignit le Nautilus.
Le navire cuirassé n’était plus alors qu’à trois milles. Malgré sa violente canonnade, le capitaine Nemo ne paraissait pas sur la plate-forme. Et cependant, l’un de ces boulets coniques, frappant normalement la coque du Nautilus, lui eût été fatal.
Le Canadien me dit alors:
«Monsieur, nous devons tout tenter pour nous tirer de ce mauvais pas. Faisons des signaux! Mille diables! On comprendra peut-être que nous sommes d’honnêtes gens!»
Ned Land took his handkerchief to wave in the air; but he had scarcely displayed it, when he was struck down by an iron hand, and fell, in spite of his great strength, upon the deck.Ned Land prit son mouchoir pour l’agiter dans l’air. Mais il l’avait à peine déployé, que terrassé par une main de fer, malgré sa force prodigieuse, il tombait sur le pont.
“Fool!” exclaimed the Captain, “do you wish to be pierced by the spur of the Nautilus before it is hurled at this vessel?”«Misérable, s’écria le capitaine, veux-tu donc que je te cloue sur l’éperon du Nautilus avant qu’il ne se précipite contre ce navire!»
Captain Nemo was terrible to hear; he was still more terrible to see. His face was deadly pale, with a spasm at his heart. For an instant it must have ceased to beat. His pupils were fearfully contracted. He did not speak, he roared, as, with his body thrown forward, he wrung the Canadian’s shoulders. Then, leaving him, and turning to the ship of war, whose shot was still raining around him, he exclaimed, with a powerful voice, “Ah, ship of an accursed nation, you know who I am! I do not want your colours to know you by! Look! and I will show you mine!”Le capitaine Nemo, terrible à entendre, était plus terrible encore à voir. Sa face avait pâli sous les spasmes de son cœur, qui avait dû cesser de battre un instant. Ses pupilles s’étaient contractées effroyablement. Sa voix ne parlait plus, elle rugissait. Le corps penché en avant, il tordait sous sa main les épaules du Canadien.
Puis, l’abandonnant et se retournant vers le vaisseau de guerre dont les boulets pleuvaient autour de lui:
«Ah! tu sais qui je suis, navire d’une nation maudite! s’écria-t-il de sa voix puissante. Moi, je n’ai pas eu besoin de tes couleurs pour te reconnaître! Regarde! Je vais te montrer les miennes!»
And on the fore part of the platform Captain Nemo unfurled a black flag, similar to the one he had placed at the South Pole. At that moment a shot struck the shell of the Nautilus obliquely, without piercing it; and, rebounding near the Captain, was lost in the sea. He shrugged his shoulders; and, addressing me, said shortly, “Go down, you and your companions, go down!”Et le capitaine Nemo déploya à l’avant de la plate-forme un pavillon noir, semblable à celui qu’il avait déjà planté au pôle sud.
A ce moment, un boulet frappant obliquement la coque du Nautilus, sans l’entamer, et passant par ricochet près du capitaine, alla se perdre en mer.
Le capitaine Nemo haussa les épaules. Puis, s’adressant à moi:
«Descendez, me dit-il d’un ton bref, descendez, vous et vos compagnons.
“Sir,” I cried, “are you going to attack this vessel?”—Monsieur, m’écriai-je, allez-vous donc attaquer ce navire?
“Sir, I am going to sink it.”—Monsieur, je vais le couler.
“You will not do that?”—Vous ne ferez pas cela!
“I shall do it,” he replied coldly. “And I advise you not to judge me, sir. Fate has shown you what you ought not to have seen. The attack has begun; go down.”—Je le ferai, répondit froidement le capitaine Nemo. Ne vous avisez pas de me juger, monsieur. La fatalité vous montre ce que vous ne deviez pas voir. L’attaque est venue. La riposte sera terrible. Rentrez.
“What is this vessel?”—Ce navire, quel est-il?
“You do not know? Very well! so much the better! Its nationality to you, at least, will be a secret. Go down!”—Vous ne le savez pas? Eh bien! tant mieux! Sa nationalité, du moins, restera un secret pour vous. Descendez.»
We could but obey. About fifteen of the sailors surrounded the Captain, looking with implacable hatred at the vessel nearing them. One could feel that the same desire of vengeance animated every soul. I went down at the moment another projectile struck the Nautilus, and I heard the Captain exclaim:Le Canadien, Conseil et moi, nous ne pouvions qu’obéir. Une quinzaine de marins du Nautilus entouraient le capitaine et regardaient avec un implacable sentiment de haine ce navire qui s’avançait vers eux. On sentait que le même souffle de vengeance animait toutes ces âmes. Je descendis au moment où un nouveau projectile éraillait encore la coque du Nautilus, et j’entendis le capitaine s’écrier:
“Strike, mad vessel! Shower your useless shot! And then, you will not escape the spur of the Nautilus. But it is not here that you shall perish! I would not have your ruins mingle with those of the Avenger!”«Frappe, navire insensé! Prodigue tes inutiles boulets! Tu n’échapperas pas à l’éperon du Nautilus. Mais ce n’est pas à cette place que tu dois périr! Je ne veux pas que tes ruines aillent se confondre avec les ruines du Vengeur!»
I reached my room. The Captain and his second had remained on the platform. The screw was set in motion, and the Nautilus, moving with speed, was soon beyond the reach of the ship’s guns. But the pursuit continued, and Captain Nemo contented himself with keeping his distance.Je regagnai ma chambre. Le capitaine et son second étaient restés sur la plate-forme. L’hélice fut mise en mouvement. Le Nautilus, s’éloignant avec vitesse, se mit hors de la portée des boulets du vaisseau. Mais la poursuite continua, et le capitaine Nemo se contenta de maintenir sa distance.
About four in the afternoon, being no longer able to contain my impatience, I went to the central staircase. The panel was open, and I ventured on to the platform. The Captain was still walking up and down with an agitated step. He was looking at the ship, which was five or six miles to leeward.Vers quatre heures du soir, ne pouvant contenir l’impatience et l’inquiétude qui me dévoraient, je revins vers l’escalier central. Le panneau était ouvert. Je me hasardai sur la plate-forme. Le capitaine s’y promenait encore d’un pas agité. Il regardait le navire qui lui restait sous le vent à cinq ou six milles.
He was going round it like a wild beast, and, drawing it eastward, he allowed them to pursue. But he did not attack. Perhaps he still hesitated? I wished to mediate once more. But I had scarcely spoken, when Captain Nemo imposed silence, saying:Il tournait autour de lui comme une bête fauve, et l’attirant vers l’est, il se laissait poursuivre. Cependant, il n’attaquait pas. Peut-être hésitait-il encore? Je voulus intervenir une dernière fois. Mais j’avais à peine interpellé le capitaine Nemo, que celui-ci m’imposant silence:
“I am the law, and I am the judge! I am the oppressed, and there is the oppressor! Through him I have lost all that I loved, cherished, and venerated—country, wife, children, father, and mother. I saw all perish! All that I hate is there! Say no more!”«Je suis le droit, je suis la justice! me dit-il. Je suis l’opprimé, et voilà l’oppresseur! C’est par lui que tout ce que j’ai aimé, chéri, vénéré, patrie, femme, enfants, mon père, ma mère, j’ai vu tout périr! Tout ce que je hais est là! Taisez-vous!»
I cast a last look at the man-of-war, which was putting on steam, and rejoined Ned and Conseil.Je portai un dernier regard vers le vaisseau de guerre qui forçait de vapeur. Puis, je rejoignis Ned et Conseil.
“We will fly!” I exclaimed.«Nous fuirons! m’écriai-je.
“Good!” said Ned. “What is this vessel?”—Bien, fit Ned. Quel est ce navire?
“I do not know; but, whatever it is, it will be sunk before night. In any case, it is better to perish with it, than be made accomplices in a retaliation the justice of which we cannot judge.”—Je l’ignore. Mais quel qu’il soit, il sera coulé avant la nuit. En tout cas, mieux vaut périr avec lui que de se faire les complices de représailles dont on ne peut pas mesurer l’équité.
“That is my opinion too,” said Ned Land, coolly. “Let us wait for night.”—C’est mon avis, répondit froidement Ned Land. Attendons la nuit.»
Night arrived. Deep silence reigned on board. The compass showed that the Nautilus had not altered its course. It was on the surface, rolling slightly. My companions and I resolved to fly when the vessel should be near enough either to hear us or to see us; for the moon, which would be full in two or three days, shone brightly. Once on board the ship, if we could not prevent the blow which threatened it, we could, at least we would, do all that circumstances would allow. Several times I thought the Nautilus was preparing for attack; but Captain Nemo contented himself with allowing his adversary to approach, and then fled once more before it.La nuit arriva. Un profond silence régnait à bord. La boussole indiquait que le Nautilus n’avait pas modifié sa direction. J’entendais le battement de son hélice qui frappait les flots avec une rapide régularité. Il se tenait à la surface des eaux, et un léger roulis le portait tantôt sur un bord, tantôt sur un autre.
Mes compagnons et moi, nous avions résolu de fuir au moment où le vaisseau serait assez rapproché, soit pour nous faire entendre, soit pour nous faire voir, car la lune, qui devait être pleine trois jours plus tard, resplendissait. Une fois à bord de ce navire, si nous ne pouvions prévenir le coup qui le menaçait, du moins nous ferions tout ce que les circonstances nous permettaient de tenter. Plusieurs fois, je crus que le Nautilus se disposait pour l’attaque. Mais il se contentait de laisser se rapprocher son adversaire, et, peu de temps après, il reprenait son allure de fuite.
Part of the night passed without any incident. We watched the opportunity for action. We spoke little, for we were too much moved. Ned Land would have thrown himself into the sea, but I forced him to wait. According to my idea, the Nautilus would attack the ship at her waterline, and then it would not only be possible, but easy to fly.Une partie de la nuit se passa sans incident. Nous guettions l’occasion d’agir. Nous parlions peu, étant trop émus. Ned Land aurait voulu se précipiter à la mer. Je le forçai d’attendre. Suivant moi, le Nautilus devait attaquer le deux-ponts à la surface des flots, et alors il serait non-seulement possible, mais facile de s’enfuir.
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Texte bilingue établi par Akirill.com, déposé sur le site Akirill.com le 27 mai 2022. Chacun des livres (anglais ou français) peut être repris séparément et réutilisé a des fins personnelles et non commerciales. Ils sont libres de droits d’auteur.
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Vingt Mille Lieues
Sous Les Mers de Jules Vernes

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