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Le Cheval Enchanté

Contes Français

Les Contes et Chansons Populaires Recueillis par E. Henry Carnoy

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Le Cheval Enchanté

(Canada)

Un pauvre homme mourut laissant trois fils.

Au retour de l’enterrement, l’aîné parla à ses deux frères et leur dit :

Nous sommes trop pauvres ici, partons pour chercher la fortune.

— Non, pas tous les trois, dit le second; mais pars le premier, Si tu la trouves sur ton chemin, tu reviendras vivre avec nous au village.

— Tu as raison, reprit le premier. Je m’en vais prendre la grande route et j’irai s’il le faut jusqu’au bout du monde. Voici un verre plein d’eau limpide : tant que je serai heureux dans ma route, le liquide restera clair, mais s’il m’arrive un accident, il deviendra trouble, et si je meurs l’eau sera toute noire. Alors Jacques partira à ma recherche. »


Le jeune homme prit un pain noir dans la huche et, un gros bâton d’épine noire à la main, partit à la recherche de la fortune.


Chaque jour les deux frères regardaient le verre d’eau et toujours le liquide était limpide

Mais un matin, Jacques poussa un cri d’effroi : l’eau était toute trouble et semblait presque noire.


« Viens vite, André, cria-t-il; un grand malheur est arrivé à notre frère Antoine. »

André, le cadet accourut.

Vois- tu, frère? vois-tu? Il me faut partir à l’instant au secours d’Antoine. Prends cet autre verre d’eau et observe-le bien chaque jour. S’il m’arrive malheur, tu te hâteras de prendre la grande route et d’aller à notre recherche. »


Jacques se munit d’un pain noir, prit son bâton de voyage et dit adieu à son frère.

Quinze jours après son départ, l’eau du verre devint toute trouble, aussi trouble que celle du premier vase.

« Jacques est aussi en danger, se dit le cadet resté à la maison. Je pars au secours de mes deux frères. »


Et il fit comme il avait pensé. Un gros pain noir dans son bissac, le bâton d’épine noire à la main, il prit la grande route et marcha toujours droit devant lui.

Le premier jour, il rencontra les gens d’une noce qui accompagnaient les mariés au village voisin.

Mettez- vous avec nous, jeune homme, et venez dîner avec les invités ! lui dit-on.

— Tout de même; je vous remercie. »

André suivit la noce et dîna avec les mariés.

« Que voulez-vous que nous vous donnions en souvenir de ce jour? demandèrent les épousés.

— Oh! peu de chose, donnez-moi un bon bout de corde.

— Un bout de corde! mais vous plaisantez.

— Pas du tout. Je ne veux que cela. »

On alla lui chercher un bout de corde et on le lui donna.

André dit adieu aux gens de la noce et continua son chemin.

Le lendemain, comme il arrivait auprès d’un village, il rencontra une autre noce.

« Venez avec nous, lui dit-on; un étranger porte bonheur aux nouveaux mariés; vous nous direz des chansons. »

André suivit les invités et dîna encore avec eux.

Quand le repas fut achevé on lui demanda :

Que voulez-vous accepter en souvenir de ce jour, jeune étranger ?

— Peu de chose; seulement cette serviette trouée.

— Voyons jeune homme, soyez plus sérieux et dites ce que vous désirez.

— Je l’ai dit, cette serviette trouée.

— Alors, prenez-la et puisse-t-elle vous porter bonheur! »

Voilà encore une fois André en route.

Une troisième noce le retrouva le jour après.

L’Etranger, venez-vous au village avec nous? Vous prendrez votre part de la fête. »

André les suivit et, le dîner achevé, demanda comme seul souvenir un bout de chandelle d’un sou qu’il avait vu sur la cheminée.

On lui offrit de l’argent, mais il persista à ne prendre que la chandelle.

Durant toute une semaine, André ne rencontra personne à qui parler.

La nuit venue il couchait dans les granges abandonnées, cassait une croûte
et repartait de grand matin.

Mais un beau jour, il trouva sur son chemin un vieux cheval gris tout boiteux qui semblait n’appartenir à personne.

«, Tiens, un cheval que le bon Dieu m’envoie! pensa-t-il. La bête ne se vendrait pas bien cher au marché, mais qu’importe. Ce cheval sera bien assez fort pour me porter, et s’il ne sait pas trotter, il marchera. »

André s’approcha du vieux cheval, le caressa et se prépara à l’enfourcher.

« Tu veux bien me porter ? dit-il.

— Certainement, répondit l’animal. Tu es à la recherche de tes frères à ce que j’ai entendu dire.

Suis mes conseils de point en point et tu les retrouveras.

— Mais qui es-tu donc? Je ne savais pas que les chevaux parlaient.

— Pour le moment je ne puis te dire qui je suis. Tu le sauras plus tard. Apprends seulement que je suis un cheval enchanté et que, si tu veux que pareille chose ne t’arrive, il te faut beaucoup de prudence et de malice. D’abord je dois t’avertir que tout à l’heure tu arriveras devant le palais qu’habitent de méchantes fées. Elles t’engageront à manger et à boire avec elles; mais n’accepte rien : il t’en arriverait malheur.»

Le jeune homme remercia le cheval et après l’avoir enfourché, continua son chemin.

Il arriva devant un château magnifique tout couvert de tuiles d’or.

Des fées, toutes plus belles les unes que les autres, parurent aussitôt et l’engagèrent à entrer et à se reposer.

Tu peux accepter leur invitation, mais pas le repas qu’on t’offrira, souffla l’animal à son maître. »

André mit pied à terre et suivit les fées.

Tu vas dîner avec nous, dirent ces dernières.

— Vous êtes bien aimables, mais j’ai dîné tout à l’heure et je n’ai pas faim.

— Alors tu accepteras bien un verre de ce bon vin.

— Pas davantage; car, passant près d’une fontaine dans la forêt voisine, j’ai bu à ma soif. »

Les fées virent bien que quelqu’un avait prévenu le jeune homme. Alors, furieuses, elles se jetèrent sur lui et sortirent pour le pendre devant la grille du château.

Là, les méchantes fées s’aperçurent qu’elles n’avaient pas de corde.

Comment faire? pensaient-elles.

Tout à coup, l’une des femmes vit un bout de corde sortant de la poche d’André, et ses compagnes eurent bientôt fait de suspendre à un grand arbre le malheureux jeune homme.

Puis, elles rentrèrent au château, fort joyeuses de s’être débarrassées d’André.

A peine elles étaient parties que la corde se mit à s’allonger, à s’allonger et à déposer sans aucun mal le pendu sur le sol.

Vite, coupe la corde, dit le cheval gris à son cavalier.

Tu es bien heureux d’avoir de la corde magique; sans cela, je n’aurais rien pu pour toi. »

André coupa la corde et demanda ce qu’il fallait faire.

« Tu vois le jardin des fées. Dans le jardin est un parterre, dans le parterre est un arbre, sur l’arbre il y a trois branches, sur une branche il y a trois pommes d’or. Vole au jardin et emporte les trois fruits merveilleux. Hâte-toi, car les fées pourraient te voir et tu serais perdu. »

André courut à l’endroit indiqué, trouva le parterre, dans le parterre il vit un arbre et sur cet arbre les trois pommes d’or qu’il cueillit.

Puis il revint auprès de son cheval.

« C’est bien, dit ce dernier. Commence par détruire le château de ces méchantes fées.

— Et comment ferai-je?

— Prends une des pommes d’or et jette-la sur les tuiles d’or du toit. »

André lança une pomme et aussitôt le palais des fées s’engloutit avec ses habitants.

Quelques-unes pourtant qui revenaient du bois d’à côté, ne périrent point, et voyant un cheval et son cavalier s’enfuir dans le lointain, se lancèrent à leur poursuite.

Les fées allaient vite, bien plus vite que le cheval boiteux, et André allait être rejoint quand un grand lac se présenta devant les fugitifs.

« Nous sommes perdus ! s’écria le jeune homme.

— Pas encore, dit le cheval. Jette l’une de tes pommes d’or dans le lac et les fées ne nous rejoindront pas. »

Dès que le fruit merveilleux eut touché l’eau du lac, celui-ci disparut et fut remplacé par une plaine toute couverte de moissons.

Mais lorsque le cheval boiteux eut traversé cette plaine, le lac se reforma aussi rapidement qu’il avait disparu.

Les fées accouraient lancées de toutes leurs forces et elles se noyèrent toutes, à l’exception d’une seule qui les suivait d’assez loin.

Le lendemain matin, le jeune homme arriva devant le château du roi du pays.

A la porte, une superbe jeune fille était enterrée dans le sable et sa tête seule se montrait au-dessus du sol.

Par quel charme êtes- vous ainsi condamnée à rester en cet endroit? demanda le voyageur.

— C’est la reine des fées qui m’a enchantée et quoi qu’ait pu faire le roi mon père, jamais on n’a pu me délivrer.

— Mais cette fée est morte, je l’ai fait mourir hier.

— Dites-vous vrai i alors vous êtes mon sauveur, car demain je pourrai sortir de ma fosse. »

Le jeune homme alla se coucher dans la forêt voisine et revint le lendemain à la porte du château.

La jeune fille était à moitié sortie du trou.

« Revenez demain, lui dit la princesse; je serai libre et vous direz au roi mon père que vous avez conjuré le sort des fées. Comme il a promis de me marier à mon libérateur, vous obtiendrez ma main. »

Encore une fois André coucha dans la forêt.

Mais le jour suivant, à son retour, la princesse avait disparu, et la fée qui seule ne s’était pas noyée dans le lac l’avait conduite au roi son père et lui avait dit que c’était elle-même qui l’avait délivrée.

Puisque vous êtes une femme, vous vivrez au château et vous y serez la seule maîtresse après moi. »

La fée en profita pour dire aux gardes d’empêcher André d’entrer dans le palais.

Quand le jeune homme se présenta, on le chassa honteusement en le traitant de fourbe et de menteur.

« Que vais- je faire maintenant? demanda-t-il à son vieux cheval boiteux.

— Il te reste une pomme d’or, répondit l’animal. Lance ce fruit sur ce grand figuier. »

André le fit, et de la cime de l’arbre une hache d’or tomba.

C’est bien; maintenant prends cette hache et coupe-moi la tête d’un seul coup.

— Mais…

— Point de mais, abats-moi la tête. »

Le jeune homme prit l’instrument et coupa la tête du vieux cheval. A l’instant le cheval disparut et à sa place Jacques et Antoine se montrèrent.

Les trois aventuriers s’embrassèrent et les aînés racontèrent à André comment les fées les avaient enchantés et métamorphosés en cheval.

Maintenant, dirent-ils, allons au château du roi.

— Que voulez-vous? dirent les gardes.

— Parler au roi dont nous avons sauvé la fille.

— Ah! encore ces imposteurs! s’écria le roi qui passait.

Gardes, saisissez ces aventuriers et jetez-les dans la cave des lions affamés. »

Les gardes prirent les trois frères et les enfermèrent dans un grand souterrain avec des lions, des tigres, des ours et des serpents, mais ces féroces animaux se reculèrent pour faire place aux nouveaux arrivants , au lieu de se jeter sur eux.


Comme la cave était fort obscure, André prit la chandelle que les mariés lui avaient donnée autrefois et Talluma.

Puis il tira sa serviette et aussitôt un dîner splendide se trouva servi et des tas
de viande vinrent se placer devant chacun des animaux.

Pendant deux ans, gens et bêtes firent bon ménage; la chandelle ne s’usait point, à l’heure des repas, la serviette merveilleuse fournissait à chacun les mets les plus recherchés.

Au bout de ce temps, on amena un prisonnier dans le souterrain. Les gardes furent bien étonnés de trouver vivants les trois frères qu’on y avait enfermés autrefois.

Le roi fut prévenu, et il parla de ce prodige à sa fille.

La princesse lui raconta tout ce qui s’était passé; la fée fut jetée aux bêtes féroces et dévorée à l’instant, et André se maria quinze jours après avec la fille du roi.

Comme il avait fini par rencontrer la fortune, c’était suffisant pour ses frères Jacques et Antoine, qui se marièrent avec des princesses, amies de leur belle-sœur.

Ils vécurent tous heureux et eurent de nombreux enfants.


(Conté en 1883, par M. Adolphe Vautros, originaire du Canada.)

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