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Les trois Fils du Roi

Contes Français

Les Contes et Chansons Populaires Recueillis par E. Henry Carnoy

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Les trois Fils du Roi

(Alsace)

Au temps jadis vivait un grand roi qui avait trois fils; Faîne s’appelait Robert, le
deuxième Louis, et le cadet Philippe.

Dans le jardin du palais était un gros pommier auquel le roi tenait beaucoup, parce que cet arbre avait été planté autrefois par la défunte reine, sa femme.

Mais chaque année, l’arbre se couvrait de fruits, et les pommes disparaissaient sans que l’on pût connaître le voleur.

Le roi en était très peiné. Aussi il dit un jour à Robert, son fils aîné :

« Mon enfant, prends ton fusil et passe la nuit dans mon jardin ; vois quel est celui qui vient dérober les pommes, et n’hésite pas à le tuer.

— C’est bien, mon père, je ferai bonne garde, répondit le prince. »

La nuit venue, Robert se cacha dans un massif et attendit.

Minuit arriva, et il ne voyait point de voleur, « Sans doute qu’on ne viendra pas cette nuit, pensa Robert. Je puis dormir tranquillement. »

Et il s’endormit. Le lendemain, il retourna au palais et dit à son père que le voleur n’était point venu.

Le roi alla compter les fruits du pommier et vit qu’il en manquait plusieurs.

Il appela son deuxième fils et lui dit de passer la nuit à son tour pour surprendre le larron. Louis attendit l’heure de minuit et s’endormit.

Tu n’as donc rien vu? lui dit le roi le lendemain. On a pourtant enlevé trois pommes à mon pommier. Il faut que je charge Philippe de veiller sur mon jardin. »

La troisième nuit, Philippe prit son fusil et attendit l’arrivée du maraudeur. Minuit sonna à l’horloge du palais, puis une heure, et puis deux heures. Alors un grand bruit se fit entendre, et le jeune homme vit arriver un grand oiseau aux ailes brillantes comme le soleil, qui s’abattit sur l’arbre et se mit à en manger les fruits.

Je tiens le voleur! » se dit Philippe. Et, prenant son fusil, il visa l’oiseau merveilleux et fit feu. L’oiseau poussa un grand cri et s’enfuit, laissant une de ses ailes dans les branches de l’arbre. Le prince eut bientôt fait de grimper au haut du pommier, de prendre l’aile et de rentrer au château se coucher.

Eh bien ! lui dit le roi à son réveil, as-tu vu le voleur ?

— Non seulement je l’ai vu, répondit Philippe, mais encore je l’ai blessé et je lui ai enlevé une de ses ailes, car c’est un oiseau merveilleux.

— Montre-moi donc cette aile.

— La voici.

— Oh! je n’ai jamais vu rien de plus extraordinaire. Je donnerais volontiers la moitié de mon royaume pour posséder cet oiseau rare; mais qui jamais pourra me l’apporter ‘ »

Le roi en vint à perdre le sommeil à force de contempler les plumes brillantes de l’oiseau merveilleux. Il en tomba malade, et les médecins qu’il consulta déclarèrent que le roi mourrait avant une année, si l’on ne trouvait le moyen de s’emparer de l’oiseau et de le lui apporter.

Ayant fait venir ses trois fils dans sa chambre, le roi leur dit :

« Il est de toute nécessité que l’un de vous trouve l’Oiseau de Feu, l’enferme dans une cage et me l’apporte. Sinon, je mourrai. Que Robert parte dès maintenant et ne revienne qu’avec l’oiseau. Si, dans un mois, il n’est pas de retour, Louis partira à son tour. »

Robert prit cent mille francs, s’habilla richement, monta le meilleur cheval des écuries du palais et se mit en route.

Il marchait depuis deux jours lorsqu’il rencontra une vieille femme sur son chemin.

« Une petite charité, monsieur; je me meurs de faim ! dit la mendiante.

— Place! place! répondit Robert. Mon argent n’est pas pour des aventurières comme vous.

— Vilain prince, vilain prince! vous vous en repentirez. »

La vieille s’éloigna, et Robert passa peu après devant une auberge. Il y entra pour se reposer et pour faire un bon repas. On le servit avec le plus grand luxe, et, quand il se disposa à payer, on lui réclama deux cent mille francs pour le prix du dîner.

« Deux cent mille francs! mais vous plaisantez. Je n’ai pas cent mille francs.

— Alors vous serez notre prisonnier jusqu’à ce que vous ayez de quoi payer votre repas. »

Cette auberge était celle des voleurs ; les bandits lièrent le fils du roi et l’enfermèrent dans un souterrain très profond.

Un mois après son départ, son frère Louis partit à sa recherche. Il monta sur un bon cheval, emporta cent mille francs et se mit en route. Lui aussi rencontra la vieille mendiante et refusa de lui faire une aumône.

« Vous vous en repentirez, méchant prince ! dit la vieille. »

L’auberge n’était pas loin et Louis fut enfermé avec son frère.

Depuis trois mois que Robert et Louis étaient partis, le vieux roi était bien plus malade qu’autrefois. Philippe passait ses journées à pleurer auprès de son père, à la fin, il n’y tint plus.

Mon bon père, dit-il, mes frères sont partis et ne sont pas revenus Si vous me le permettez, je prendrai la vieille jument grise et j’irai à la recherche de l’Oiseau de Feu, de Robert et de Louis.

— Mon enfant, tu me restes seul et tu veux partir! Je t’en prie, demeure ici pour me fermer les yeux.

— Non, non; quelque chose me dit que je réussirai et que je serai bientôt de retour.

— Alors, va, et prends ce qui te plaira. »

Monté sur la vieille jument et vêtu de modestes habits, Philippe quitta la ville et s’en alla droit devant lui. Au bout de trois jours, il vit la mendiante sur son chemin.

« Mon bon monsieur, une petite charité, s’il vous plaît.

— Tenez, ma bonne femme, mangez de ce bon pain blanc et prenez cet écu tout neuf.

— Votre charité doit être récompensée; je veux vous donner un bon conseil. A quelque distance d’ici, vous trouverez une auberge qu’habitent des bandits; quoi que l’on fasse, ne vous y arrêtez point; il vous en arriverait malheur comme à vos frères qui y sont emprisonnés. Continuez à rendre service à tout le monde, vous en retirerez grand profit. »

Le prince remercia la bonne femme et continua son voyage. Une heure après, il était à l’auberge des voleurs,


« Hé! jeune homme, crièrent-ils. Venez donc dîner avec nous ; vous ne payerez pas bien cher. »

Mais, sans répondre, Philippe donna un coup de talon à sa jument grise et la lança au grand galop.

Les voleurs se mirent à sa poursuite, mais ils ne purent le rejoindre.

Malheureusement, l’animal mourut de fatigue la nuit suivante, et Philippe se trouva seul au milieu d’un pays inconnu.

Il ne put s’endormir, et tout à coup il entendit des cris de douleur dans un buisson voisin.

Philippe y courut et y vit un serpent qui allait faire mourir un loup tout blanc. Le prince prit son sabre et coupa la tête du serpent.

«Je te remercie, prince Philippe, lui dit le loup.

Je veux te donner un conseil. Au sortir de la forêt, tu trouveras un cheval merveilleux tout en or. D’un seul bond jette-toi sur son dos, et tu auras le plus rapide coursier du monde. Ce cheval te sera très utile pour t’emparer de l’Oiseau de Feu.

Adieu!… Ah ! encore un instant. En quelque lieu que tu te trouves, si tu as besoin de mon assistance, appelle-moi, et aussitôt je serai près de toi. »

Puis le loup blanc détala dans la forêt et le prince se mit en marche.

Comme le loup le lui avait dit, Philippe trouva le Cheval d’Or au sortir du bois. D’un saut il fut sur son dos.

A l’instant, le cheval merveilleux se mit à dévorer l’espace et conduisit son cavalier au bord de la mer.

« Là près est une grande grotte habitée par un géant. C’est à cet homme qu’appartient l’Oiseau de Feu.

Propose-lui de m ‘échanger contre cet oiseau extraordinaire. »

Philippe descendit de cheval et frappa à la porte de la caverne.

Qui est là? cria une grosse voix à l’intérieur.

— C’est Moi-Même! répondit le prince sur le conseil du Cheval d’Or.

— Attends, je vais t’ouvrir. »

Le géant laissa entrer le cheval et son cavalier.

« Que me veux-tu, jeune homme?

— Vous avez en votre possession l’Oiseau de Feu.

Mon père y tient beaucoup et je veux vous proposer de l’échanger contre ce Cheval d’Or.

— Ah ! le bel animal. Si tu veux le troquer contre l’Oiseau de Feu, je te donnerai encore un sac d’or et un sac de diamants.

— C’est cela. Marché conclu! »

Le géant courut chercher les deux sacs et la cage renfermant l’Oiseau merveilleux et les donna au jeune prince.

« Maintenant, adieu! lui cria Philippe. J’emporte le tout. »

IL avait saule sur le Cheval d’Or et déjà il était bien loin de la caverne. Le géant, tout furieux appela ses voisins les autres géants.

« On m’a volé l’Oiseau de Feu ! on m’a volé l’Oiseau de Feu! répétait-il.

— Mais quel est le voleur? demandèrent les voisins.

— C’est Moi-Même! C’est Moi-Même!

— Alors pourquoi te plaindre? Pauvre voisin, tu es fou ? »

Et le géant eut beau chercher partout, il ne put retrouver son oiseau favori et il se précipita dans la mer.

Le prince arriva devant l’auberge des voleurs et il s’arrêta.

Ses habits étaient tout en lambeaux et, comme c’était la nuit, on ne sut -point que son cheval portait tant de richesses.

Il dîna avec les bandits et leur donna les quatre cents mille francs demandés pour la rançon de ses frères.

Ceci fait, il reprit la route de la capitale.

Le cheval s’allongea, s’allongea et les trois frères purent prendre place sur son dos. Philippe, s’étant endormi, ses frères se dirent :

« Si nous jetions notre frère dans un précipice, nous dirions qu’il est mort et toute la gloire de cette entreprise nous reviendrait. »

Comme on passait auprès d’une grande carrière de pierres, ils y précipitèrent Philippe et rentrèrent à la ville où ils furent reçus avec enthousiasme.

Quant au jeune prince, il était tombé dans un fourré d’épines au fond du précipice, et n’avait fait que se déchirer les mains et le visage.

« Comment sortirai-je jamais de ce trou? pensa-t-il. Cette carrière est abandonnée et je mourrai ici de faim et de soif. Mais, si j’appelais le loup blanc, il me tirerait peut-être d’embarras. »

Et Philippe appela l’animal :

« Loup blanc, traverse vallées, traverse montagnes, et viens au secours du prince qui se meurt. »

Il avait à peine achevé qu’il s’entendit appeler,

Hé! Philippe, que fais-tu dans cette carrière?

— Mes mauvais frères m’ont précipité dans ce trou et se sont enfuis emportant le Cheval d’Or et l’Oiseau de Feu.

— Attends que j’aille tout près chercher une paille de blé; je te la descendrai et je te remonterai. »

Le loup blanc courut au champ de blé le plus voisin, y arracha un chaume encore vert et le fit descendre dans le trou. La tige de blé s’allongea, s’allongea et arriva jusqu’au prisonnier.

« Accroche-toi bien et tiens bon ! cria le loup. »

Mais Philippe n’était pas au milieu de la montée que la corde verte cassa et qu’il retomba.

« Je vais en chercher une autre ! lui dit l’animal.

— Oui, hâte-toi, car je suis moulu »

Une deuxième ascension n’eut pas plus de succès; mais à la troisième fois, Philippe sortit de la carrière. Le loup blanc le déshabilla, le lécha et le guérit aussitôt. Puis il lui dit de retourner au château du roi.

Philippe remercia la bonne bête et le soir même arriva devant le palais de son père.

Dans la ville ce n’étaient que fêtes et réjouissances.

Le vieux roi avait recouvré la santé comme par enchantement à la vue de l’Oiseau de Feu, et il en était si heureux qu’il avait donné à ses deux fils la moitié de son royaume.

Le prince Philippe voulut entrer dans le palais.

« Que désirez-vous? lui dirent les gardes.

— Rentrer chez moi !

— Rentrer chez vous, pauvre mendiant, mais êtes-vous même le dernier des valets de cuisine?

— Je suis le fils du roi, le prince Philippe, ne me reconnaissez-vous pas?

— Ah! le prince, dites- vous. Assurément vous radotez ! »

Le jeune homme se mit en colère et battit les gardes.

Entendant du bruit, le vieux roi parut à la fenêtre et demanda ce qui se passait.

« C’est ce mendiant qui veut entrer au château en se faisant passer pour votre fils, le prince Philippe.

— Ah, Dieu ! serait-il possible? »

Le roi s’empressa d’accourir et d’embrasser son fils. Philippe lui raconta de quelle façon odieuse il avait été trahi par ses frères et comment ils avaient essayé de le faire périr au fond du précipice.

« Vite, commanda le roi, qu’on fasse chauffer au rouge le grand four du palais et qu’on y jette mes deux fils ! »

Ce qui fut fait sur l’heure ; et le prince Philippe et son père vécurent fort heureux avec les biens dont l’Oiseau de Feu et le Cheval d’Or les comblèrent par la suite.


{Conté en 18 83, par une bonne alsacienne en service de M. Michel Stoullig, à Paris.}

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