Contes Français
Les Contes et Chansons Populaires Recueillis par E. Henry Carnoy
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L’Homme de Fer
(Lorraine)

Dans un grand lac des Vosges vivait un géant redouté qu’on avait nommé l’Homme de Fer.
Plusieurs fois de hardis chevaliers étaient partis pour le combattre, aucun d’eux n’était revenu; il leur était arrivé de même qu’aux soldats envoyés pour le faire prisonnier :
l’Homme de Fer les avait précipités dans le lac et les y avait fait périr.
Le roi fît alors publier par tout le royaume qu’il donnerait sa fille et la moitié de son royaume à celui qui amènerait l’Homme de Fer prisonnier.
Beaucoup encore essayèrent sans succès.
Un jeune soldat ayant appris l’ordonnance du roi se présenta devant lui et lui demanda la permission de quitter le régiment et d’aller s’éprouver contre
le géant.
Tu n’y peux songer, dit le roi.
Tous mes chevaliers sont morts en essayant de lutter contre l’Homme de Fer, et tu n’as pas et leur force et leur courage.
— Laissez-moi faire, et je vous amènerai bientôt le géant.
En attendant, faites construire une grande voiture tout en fer; j’en aurai bientôt besoin. »
Le roi le laissa faire, et le soldat partit emmenant avec lui son chien fidèle Boit-Tout, présent de la fée sa marraine.
Dès que l’homme et le chien furent près du lac, le soldat fit un signe à son chien, qui se mit en devoir de boire toute l’eau et de le mettre à sec.
Ce fut bientôt fait.
Au milieu du lac était le palais de l’Homme de Fer.
Le soldat s’en approcha sans bruit, y pénétra et y trouva endormi le géant qui se croyait en sûreté sans doute.
Sans le réveiller, le soldat le lia solidement avec des cordes toutes neuves; puis il plaça Boit-Tout auprès du géant en lui recommandant de faire bonne garde, et il s’en alla à la ville.
« Eh bien ! lui dit le roi, te voilà revenu. M’amènes-tu l’Homme de Fer?
— Pas encore, mais ce ne tardera guère. Je viens chercher la voiture.
— Elle est prête ; demande-la à mon forgeron. »
Le soldat s’en alla avec la voiture retrouver le géant et son chien Boit-Tout.
A une lieue du lac, on entendait les cris de rage du prisonnier.
Sans s’en inquiéter, le soldat le fit monter dans la voiture, en le menaçant de le faire déchirer par son chien, puis il revint au palais du roi.
Le géant fut enfermé dans une grande cage de fer et promené par tout le royaume; puis on le plaça, toujours dans la cage, au milieu de la grande cour du palais.
Le soldat venait à peine de se marier avec la princesse que le vieux roi mourut et ce fut lui qui le remplaça.
Il eut deux enfants, un petit garçon et une petite fille, qui furent élevés au château et qui bien souvent allaient se jouer auprès de l’Homme de Fer, qui semblait les aimer beaucoup.
Un jour, le petit prince jouait aux billes avec sa sœur dans le jardin du palais.
Une bille roula dans la cage du géant.
« Bon géant, bon géant, rends-moi ma bille! dit l’enfant.
— Non, non, tu ne l’auras plus.
— Tu es bien méchant aujourd’hui ; rends-moi ma bille.
— Je te la rendrai si tu m’ouvres la porte de ma cage.
— Je n’ai pas la clef, je ne puis l’ouvrir.
— Va dans la chambre de ta mère sans en rien dire; tu trouveras la clef sous l’oreiller. »
Le prince courut dans la chambre de sa mère et rapporta la clef au géant qui n’eut rien de plus pressé que d’ouvrir la porte et de s’enfuir dans son lac en emportant avec lui le fils du roi.
On juge de la consternation du roi et de la reine, qui ne tardèrent pas à mourir de douleur.
La petite fille fut proclamée reine et gouverna avec l’aide de ses ministres.
Mais on ne put retrouver le prince son frère.
L’Homme de Fer n’avait emporté l’enfant que parce qu’il l’aimait beaucoup et qu’il voulait lui enseigner tous les tours des sorciers et des géants.
Dans son palais sous l’eau, il lui apprit à connaître l’avenir, à jeter les sorts, à les conjurer, à voyager rapide comme l’éclair à travers l’espace; enfin il lui indiqua tous ses secrets.
Le géant faisait toutes les volontés de son fils adoptif, mais jamais il ne lui permettait de sortir seul un instant dans la forêt.
Un jour qu’ils chassaient tous deux, ils passèrent près d’une fontaine où le jeune homme voulut se baigner.
Cette fontaine est une source merveilleuse, lui dit le géant.
Je te défends de jamais t’y baigner; il pourrait t’en arriver de grands malheurs! »
Pendant plusieurs jours, l’enfant se demanda quelle pouvait être la vertu de cette source, et finit par aller s’y baigner un soir que l’Homme de Fer s’était endormi plus tôt que de coutume.
Il y eut à peine plongé, que ses cheveux étaient devenus des cheveux en or et que sur son front parut une magnifique étoile aussi d’or pur.
En ce moment arrivait le géant qui s’était aperçu de l’absence de son petit protégé.
Il entra dans une violente colère en voyant le peu de cas que ce dernier avait fait de sa défense.
Tu m’as désobéi, enfant ; jamais tu ne pourras connaître l’unique secret que j’avais encore à te dévoiler : celui d’une vie sans fin, longue comme l’éternité.
Ne pouvant faire de toi un être parfait, laisse-moi ici.
Je n’userai point de ma science et je me laisserai mourir. Adieu ! »
Le jeune homme, tout ému , quitta le bon géant.
Mais celui-ci le rappela.
« Si jamais tu as besoin de moi, viens me trouver. Je ferai pour toi ce que tu me demanderas. »
Puis le géant se retira dans son palais du lac, et le jeune prince se rendit près de la ville, chez le jardinier de sa sœur.
On le prit comme domestique et le lendemain on le chargea de porter au
palais un magnifique bouquet.
La reine crut le reconnaître, mais il s’enfuit sans qu’on pût ie retenir.
La fille du roi fit annoncer qu’une grande fête serait donnée dans la cour du palais, à l’occasion de sa naissance, et que des prix seraient décernés aux meilleurs cavaliers de tous pays qui honoreraient la fête de leur présence.
On en parla chez le jardinier, et le petit domestique aux cheveux d’or s’en vint trouver l’Homme de Fer.
Au bord du lac, il l’appela.
« Que veux-tu de moi ? dit le géant.
— C’est demain grande fête au palais et je voudrais une armure d’argent et un cheval rapide comme le vent.
— C’est bien. »
L’Homme de Fer frappa du pied et un cheval superbement harnaché sortit de terre.
Sur son dos était l’armure précieuse.
L’ayant revêtue, le prince sauta en selle, remercia l’Homme de Fer et retourna près de la ville dans une maison abandonnée où il passa la nuit.
Grand fut l’étonnement des invités quand le lendemain le jeune cavalier à l’armure d’argent se présenta dans la cour du palais pour y disputer les prix.
Le jeune prince les gagna tous les uns après les autres; puis la reine arriva et du haut de son trône jeta aux cavaliers des pommes d’or que les plus agiles devaient saisir.
Son frère les eut toutes.
Comme il ressemble à mon frère! » se dit la reine.
Et elle donna l’ordre à ses gardes de lui amener le cavalier.
Mais ils ne purent le saisir et il disparut en un clin d’oeil.
A une autre fête qui eut lieu huit jours après, le même chevalier revint couvert d’une armure d’or.
On ne put encore l’arrêter et il échappa aux gardes de la cour.
Une troisième fête fut annoncée.
Le jardinier s’en alla encore au palais du géant.
Viens me trouver, lui dit l’Homme de Fer.
Je vais bientôt mourir. »
Le jeune homme traversa le lac et entra dans la chambre du géant qui se mourrait de vieillesse.
Que veux-tu ?
— Une armure d’un seul diamant et un cheval rapide comme l’éclair.
— Voici l’armure; mais pour le cheval, il ne m’en reste qu’un seul et il est boiteux.
Prends-le tout de même. »
L’Homme de Fer mourut presque aussitôt, et dès que le prince aux cheveux d’or fut sorti du lac, un grand bruit se fit entendre, et lac et palais disparurent ; et à la place s’éleva une forêt aux arbres gigantesques.
Le jour suivant, le chevalier inconnu battit tous ses rivaux ; mais quand il voulut s’enfuir, le cheval boiteux ne put le faire échapper assez vite et les gardes de la reine le firent prisonnier.
On l’amena devant sa sœur qui le reconnut aussitôt.
Ils s’embrassèrent et se racontèrent ce qui était arrivé depuis le jour où l’Homme de Fer avait disparu.
Puis durant trois mois on ne cessa de boire, de danser et de chanter par tout le royaume en réjouissance du retour du prince aux cheveux d’or qui toute sa vie se fit aimer pour sa sagesse et respecter de ses voisins par la science merveilleuse qu’il avait reçue du géant du lac.
( Conté en 1882 par A, F Charpentier de Vacqneville [Meurthe-et-Moselle.])

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