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Conte Oriental: “Namouna” d’Alfred de Musset

Premières Poésies

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Chant premier I – X , XI – XX , XXI – XXX , XXXI – XL , XLI – L , LI – LX , LXI – LXX , LXXI – LXXVIII , Chant deuxième I – X , XI – XX , XXI – XXX , XXXI – XL , XLI – L , LI – LV , Chant troisième I – XIV


Namouna

***

LXI

En vérité, lecteur, je crois que je radote.
Si tout ce que je dis vient à propos de botte,
Comment goûteras-tu ce que je dis de bon ?
J’ai fait un hiatus indigne de pardon ;
Je compte là-dessus rédiger une note.
J’en suis donc à te dire… Où diable en suis-je donc ?

LXII

M’y voilà. — Je disais qu’Hassan, près d’une femme,
Était très expansif : — il voulait tout ou rien.
Je confesse, pour moi, que je ne sais pas bien
Comment on peut donner le corps sans donner l’âme,
L’un étant la fumée, et l’autre étant la flamme.
Je ne sais pas non plus s’il était bon chrétien ;

LXIII

Je ne sais même pas quelle était sa croyance,
Ni quel secret si tendre il avait confié,
Ni de quelle façon, quand il était en France,
Ses maîtresses d’un jour l’avaient mystifié,
Ni ce qu’il en pensait, — ni quelle extravagance
L’avait fait blasphémer l’amour et l’amitié,

LXIV

Mais enfin, certain soir qu’il ne savait que faire,
Se trouvant mal en train vis-à-vis de son verre,
Pour tuer un quart d’heure il prit monsieur Galland.
Dieu voulut qu’il y vît comme quoi le sultan
Envoyait tous les jours une sultane en terre, —
Et ce fut là-dessus qu’il se fit musulman.

LXV

Tous les premiers du mois, un juif aux mains crochues
Amenait chez Hassan deux jeunes filles nues.
Tous les derniers du mois, on leur donnait un bain,
Un déjeuner, un voile, un sequin dans la main,
Et puis on les priait d’aller courir les rues.
Système assurément qui n’a rien d’inhumain.

LXVI

C’était ainsi qu’Hassan, quatre fois par semaine,
Abandonnait son âme au doux plaisir d’aimer.
Ne sachant pas le turc, il se livrait sans peine :
À son aise en français il pouvait se pâmer.
Le lendemain, bonsoir. — Une vieille Égyptienne
Venait ouvrir la porte au maître, et la fermer.

LXVII

Ceci pourra sembler fort extraordinaire,
Et j’en sais qui riront d’un système pareil.
Mais il parait qu’Hassan se croyait au contraire
L’homme le plus heureux qui fût sous le soleil.
Ainsi donc pour l’instant, lecteur, laissons-le faire.
Le voilà tel qu’il est, attendant le sommeil.

LXVIII

Le sommeil ne vint pas, — mais cette douce ivresse
Qui semble être sa sœur ou plutôt sa maîtresse ;
Qui, sans fermer les yeux, ouvre l’âme à l’oubli ;
Cette ivresse du cœur, si douce à la paresse,
Que lorsqu’elle vous quitte, on croit qu’on a dormi ;
Pâle comme Morphée, et plus belle que lui.

LXIX

C’est le sommeil de l’âme et non du corps. — On fume,
On se remue, on bâille, et cependant on dort.
On se sent très-bien vivre, et pourtant on est mort.
On ne parlerait pas d’amour, mais je présume
Que l’on serait capable, avec un peu d’effort…
Je crois qu’une sottise est au bout de ma plume.

LXX

Avez-vous jamais vu, dans le creux d’un ravin,
Un bon gros vieux faisan qui se frotte le ventre
S’arrondir au soleil et ronfler comme un chantre ?
Tous les points de sa boule aspirent vers le centre.
On dirait qu’il rumine, ou qu’il cuve du vin.
Enfin, quoi qu’il en soit, c’est un état divin.



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George Sand. Portrait by A. de Musset. 1833

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