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Conte Oriental: “Namouna” d’Alfred de Musset

Premières Poésies

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< < < Chant premier LXI – LXX
Chant deuxième I – X > > >

Chant premier I – X , XI – XX , XXI – XXX , XXXI – XL , XLI – L , LI – LX , LXI – LXX , LXXI – LXXVIII , Chant deuxième I – X , XI – XX , XXI – XXX , XXXI – XL , XLI – L , LI – LV , Chant troisième I – XIV


Namouna

***

LXXI

Lecteur, si tu t’en vas jamais en Terre sainte,
Regarde sous tes pieds, tu verras des heureux.
Ce sont de vieux fumeurs qui dorment dans l’enceinte
Où s’élevait jadis la cité des Hébreux.
Ces gens-là savent seuls vivre et mourir sans plainte :
Ce sont des mendiants qu’on prendrait pour des dieux.

LXXII

Ils parlent rarement, — ils sont assis par terre,
Nus, ou déguenillés, le front sur une pierre,
N’ayant ni sou ni poche, et ne pensant à rien.
Ne les réveille pas : ils t’appelleraient chien.
Ne les écrase pas : ils te laisseraient faire.
Ne les méprise pas, car ils te valent bien.

LXXIII

C’est le point capital du mahométanisme
De mettre le bonheur dans la stupidité.
Que n’en est-il ainsi dans le christianisme !
J’en citerais plus d’un qui l’aurait mérité,
Et qui mourrait heureux sans s’en être douté !
Diable ! j’ai du malheur, — encore un barbarisme.

LXXIV

On dit mahométisme, et j’en suis bien fâché.
Il fallait me lever pour prendre un dictionnaire,
Et j’avais fait mon vers avant d’avoir cherché.
Je me suis retourné, — ma plume était par terre.
J’avais marché dessus, — j’ai soufflé de colère
Ma bougie et ma verve et je me suis couché.

LXXV

Tu vois, ami lecteur, jusqu’où va ma franchise.
Mon héros est tout nu, — moi, je suis en chemise.
Je pousse la candeur jusqu’à t’entretenir
D’un chagrin domestique. — Où voulais-je en venir ?
Je ne sais vraiment pas comment je vais finir.
Je suis comme Énéas portant son père Anchise.

LXXVI

Énéas s’essoufflait, et marchait à grands pas.
Sa femme à chaque instant demeurait en arrière.
« Creüse, disait-il, pourquoi ne viens-tu pas ? »
Creüse répondait : « Je mets ma jarretière.
— Mets-la donc, et suis-nous, répondait Énéas.
Je vais, si tu ne viens, laisser tomber mon père. »

LXXVII

Lecteur, nous allons voir si tu comprends ceci.
Anchise est mon poëme ; et ma femme Creüse,
Qui va toujours traînant en chemin, c’est ma muse.
Elle s’en va là-bas quand je la crois ici.
Une pierre l’arrête, un papillon l’amuse.
Quand arriverons-nous, si nous marchons ainsi ?

LXXVIII

Énéas, d’une part, a besoin de sa femme.
Sans elle, à dire vrai, ce n’est qu’un corps sans âme.
Anchise, d’autre part, est horriblement lourd.
Le troisième péril, c’est que Troie est en flamme.
Mais, dès qu’Anchise grogne ou que sa femme court,
Énéas est forcé de s’arrêter tout court.
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George Sand. Portrait by A. de Musset. 1833

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