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Poème “Horreur sacrée” de Victor Hugo

Les Quatre Vents de l’esprit

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< < < Une rougeur au zénith
L’âme humaine est sans cesse en tous les sens poussée  > > >


Horreur sacrée

***

 Souvent, dans le hallier où l’églogue hypocrite
S’en va chantant,
J’ai tout à coup cessé de lire Théocrite
Inquiétant ;

Homère fait trembler ; un gouffre est dans Eschyle ;
Parfois je veux
M’enfuir quand Circé passe ou quand je vois Achille
Pris aux cheveux ;

Les aigles sur les bords du Gange et du Caystre
Sont effrayants ;
Rien de grand qui ne soit confusément sinistre ;
Les noirs pæans,

Les psaumes, la chanson monstrueuse du mage
Ézéchiel,
Font devant notre œil fixe errer la vague image
D’un affreux ciel.

L’empyrée est l’abîme, on y plonge, on y reste
Avec terreur.
Car planer, c’est trembler ; si l’azur est céleste,
C’est par l’horreur.

L’épouvante est au fond des choses les plus belles ;
Les bleus vallons
Font parfois reculer d’effroi les fauves ailes
Des aquilons.

Ils sont pleins de regards et d’aspects ; et les sages,
Seuls dans les bois,
Méditent, attentifs dans l’ombre à des passages
D’yeux et de voix ;

Le poète serein contient l’obscur prophète ;
Orphée est noir ;
C’est dans une lueur mystérieuse, faite
D’aube et de soir,

C’est en regardant fuir sous l’insondable voûte
D’affreux griffons,
Qu’Amos effaré songe et qu’Isaïe écoute
Les bruits profonds ;

Alcée est sidéral, Lucrèce est redoutable,
Job voit l’Esprit ;
Le Sphinx vient par moments s’accouder sur la table
Où Dante écrit ;

Plaute par Thalia, formidable bouffonne,
S’entend gronder ;
Et Pindare en levant les yeux voit Tisiphone
Le regarder ;

De là tant de beautés difformes dans leurs œuvres ;
Le vers charmant
Est par la torsion subite des couleuvres
Pris brusquement ;

À de certains moments toutes les jeunes flores
Dans la forêt
Ont peur, et sur le front des blanches métaphores
L’ombre apparaît ;

C’est qu’Horace ou Virgile ont vu soudain le spectre
Noir se dresser ;
C’est que là-bas, derrière Amaryllis, Électre
Vient de passer.

La nature est en vain pleine de fleurs, de fêtes,
Et de pardons,
Les poètes ont beau rayonner sur nos têtes,
Nous entendons

Parler de sombres voix à Delphe, aux Propylées,
Et dans Endor ;
Et la nuit a toujours des méduses mêlées
Aux astres d’or.

7 décembre.


La tour des rats de Victor Hugo - 1847
La tour des rats de Victor Hugo – 1847


< < < Une rougeur au zénith
L’âme humaine est sans cesse en tous les sens poussée  > > >

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