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Poème “Paris, le grand Paris agonise. Je pense” de Victor Hugo

Les Quatre Vents de l’esprit

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< < < Il faut agir, il faut marcher, il faut vouloir
Soit. C’est dit. Tout n’est plus qu’une cendre qui vole > > >


Paris, le grand Paris agonise. Je pense

***

 Paris, le grand Paris agonise. Je pense
Qu’à l’heure où tant de sang à grands flots se dépense,
Avant de dire : Un homme a fui, c’est un gueusard !
Avant de mettre au banc des peuples au hasard
Tous ces vaincus, traqués comme des loups dans l’ombre,
On doit attendre ; on doit peser le lieu, le nombre,
Le temps, l’événement, la fièvre, l’attentat.
Je le dis à messieurs les bonshommes d’état,
Car, fût-on grand au point de s’appeler Cornesse,
Pour qu’on voie et qu’on juge, il faut que le jour naisse,
Et, même eût-on l’honneur d’être Anethan, il sied
D’épargner au lion mourant le coup de pied.

Je dis cela. J’ai tort. C’est évident.

                Bruxelle
Est une grande ville et dans son sein recèle
Des talents variés sur tous les instruments,
Des virtuoses fins, spirituels, charmants,
D’où coule l’harmonie ainsi qu’un flot de l’urne,
Et ces musiciens m’ont offert un nocturne.
L’exploit fera la place illustre désormais.
Ce fut exquis. On prit l’heure où je m’endormais ;
Et chaque faune avait amené sa bacchante.
J’étais sans armes, seul ; ils n’étaient que cinquante ;
Et même on n’est pas sûr qu’ils fussent tous armés.
Ils ont livré bataille à mes volets fermés,
M’ont jeté des hoquets et m’ont lancé des pierres.
De mes petits-enfants je baisais les paupières,
Pour qu’ils eussent moins peur de ce fracas joyeux ;
C’était un ouragan de cailloux furieux.
Les coups au mur après les cris : à la lanterne !
Grondaient, comme la flûte avec le fifre alterne.
Mort ! À mort ! Ainsi hurle un essaim de dragons.
D’affreux chocs ébranlaient la porte sur ses gonds.
— Qu’il meure ! ― Dans les bois, solitude commode,
Ce genre de gaîté fut jadis à la mode.
Schinderhanne a donné de ces charivaris.

Aimable fête ! Aussi, vous le voyez, j’en ris.
Certe, il faudrait que j’eusse une humeur bien sinistre
Pour vouloir qu’un nommé Kerwyn, fils d’un ministre,
Soit dérangé, s’il plaît à ce jeune héros
De me casser la tête en brisant mes carreaux,
Et pour ne pas comprendre, en cet antre où j’habite,
Que le gendarme est pris de surdité subite
Et que le doux sommeil engourdit les sergents
Quand un crime est commis par les honnêtes gens.

17 juin 1871, Vianden.


La tour des rats de Victor Hugo - 1847
La tour des rats de Victor Hugo – 1847


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Soit. C’est dit. Tout n’est plus qu’une cendre qui vole > > >

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