Élégies nationales et Satires politiques
| Télécharger PDF |
Littérature française – Livres bilingues – Contes de fées et Livres d’enfants – Poésie Française – Gérard de Nerval – Poèmes de Gérard de Nerval – Élégies nationales et Satires politiques
< < < Le Cuisinier d’un grand homme
Scène II > > >
Le Cuisinier d’un grand homme (1826) (Scène Première – Scène II – Scène III – Scène IV – Scène V – Scène VI – Scène VII
Scène Première
***
M. DENTSCOURT, SON FRÈRE CADET, LE SOUS-CHEF, CUISINIERS, FOURNISSEURS, MARMITONS, ETC.
LE SOUS-CHEF.
Puisque l’astre éclatant qui nous donne le jour
D’un repas solennel annonce le retour,
Chef, nous venons en toi présenter notre hommage
Au ministre puissant dont ta gloire est l’image.
M. DENTSCOURT.
Cuisiniers, fournisseurs, je suis content de vous :
Nos affaires vont bien, en dépit des jaloux ;
Et d’excellens dîners, remèdes efficaces,
De nos derniers échecs ont effacé les traces ;
Quelques mauvais esprits ont en vain prétendu
Que nous dévorons tout, que l’État est perdu,
Que notre pot au feu cuit aux dépens des autres,
Et bientôt cuira seul ; qu’hormis nous et les nôtres,
Tous les Français rentiers, perdant leurs capitaux,
Iront, vides de sang, garnir les hôpitaux :
Quelle horreur !… Cependant, qu’ont les Français à craindre ?
De mauvais procédés ils n’ont point à se plaindre :
De tous leurs envoyés nous nous sommes chargés ;
Ne sont-ils pas nourris, et quelquefois logés ?
Et n’avons-nous pas même, en mainte circonstance,
Offert de les blanchir, s’ils ne l’étaient d’avance ?
Qui, comme nous encor, avec un tel succès,
A su faire fleurir le commerce français ?
Ces vins que la province en nos celliers envoie,
Ces produits de Strasbourg, de Bayonne et de Troie,
De toute autre cuisine orgueilleux ornemens,
Ne sont de nos valets que les vils alimens.
Des mets plus délicats à nos palais conviennent ;
Du Périgord jaloux les fruits nous appartiennent.
Ces fruits, que le gourmet sait priser aujourd’hui,
L’étranger voudrait bien les emporter chez lui :
Mais il ne l’aura point, cette plante chérie,
Ce précieux produit du sol de la patrie !
Français ! gardons nos droits, frustrons-en nos voisins ;
C’est assez qu’on leur donne et nos blés et nos vins :
Non, ces mets délicats, que nous offre la terre,
N’iront point engraisser les porcs de l’Angleterre :
Les nôtres désormais en auront le régal ;
Montrons que nous avons l’esprit national !
Ces bienfaits éclatans, qu’à peine on apprécie,
Contre notre puissance ont éveillé l’envie ;
De nos bruyans amis l’héroïque valeur,
Devant tant d’ennemis, sent glacer son ardeur :
Monseigneur au lever m’a fait, avec prudence,
Dans son appartement admettre en sa présence ;
Et maîtrisant à peine un trop juste courroux :
« Il est temps, m’a-t-il dit, de frapper les grands coups
» De plus puissans, efforts sont enfin nécessaires ;
» Assemble, ce matin, mes bureaux culinaires :
» Je veux, désappointant mes nombreux ennemis,
» D’un splendide repas réveiller mes amis.
» Tu sais, ainsi que moi, que ces messieurs du centre
» Sont des gens de tout cœur, mais ont le cœur au ventre
» Trop long-temps, par un mets à grands frais acheté,
» Nous avons cru flatter leur sensualité :
» Leurs palais sont usés ; leur goût blasé sommeille,
» Il nous faut inventer un mets qui le réveille.
» Il m’est venu, Dentscourt, un singulier projet :
» Je ne redoute point d’en gonfler mon budget ;
» Je m’appauvrirais peu par de telles vétilles :
» Le mets qu’il faut offrir, c’est… — Eh quoi ? — Des lentilles !
— « Des lentilles ! grand Dieu ! repris-je, tout surpris.
» — Oui, Dentscourt ; tous diront que le mets est exquis ;
» Mais les montrer à nu serait une imprudence :
» Il faut adroitement en sauver l’apparence.
— « Je comprends, monseigneur, ai-je alors répondu :
» Je vais me signaler, et tout n’est pas perdu ;
» On verra si mon art brave les destinées,
» Ou si,dans les fourneaux, j’ai perdu trente années ! »
Cuisiniers, fournisseurs, l’honneur en est à nous :
Votre zèle m’annonce un triomphe bien doux.
Trop long-temps dans nos murs a régné l’anarchie,
Ces temps-là reviendraient ; sauvons la monarchie !
Et que notre bourgeois, grandi par nos succès,
Soit le restaurateur du royaume français.
De nos amis, qu’arrête une indigne épouvante,
Gorgeons la conscience affamée et béante ;
Et comme au triple chien qui garde les damnés,
Jetons-lui les gâteaux au sommeil destinés.
(Ils sortent.)
< < < Le Cuisinier d’un grand homme
Scène II > > >

Littérature française – Livres bilingues – Contes de fées et Livres d’enfants – Poésie Française – Gérard de Nerval – Poèmes de Gérard de Nerval – Élégies nationales et Satires politiques
Détenteurs de droits d’auteur – Domaine public
| Si vous avez aimé ce poème, abonnez-vous, mettez des likes, écrivez des commentaires! Partager sur les réseaux sociaux Trouvez-nous sur Facebook ou Twitter |
| Consultez Nos Derniers Articles |
- Poèmes et peinture, semaine du 4 Janvier 2026
- Poems and painting, Week of January 4, 2026
- Желаю вам всем счастливого Рождества!
- Bonne Année!
- С Новым Годом!
- Happy New Year!
© 2024 Akirill.com – All Rights Reserved
