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Poème: “Comme Une Image” de Paul Éluard

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Comme Une Image

***

I

Je cache les sombres trésors
Des retraites inconnues
Le cœur des forêts le sommeil
D’une fusée ardente
L’horizon nocturne
Qui me couronne
Je vais la tête la première
Saluant d’un secret nouveau
La naissance des images.

II

La présence de la lavande au chevet des malades
Son damier les races prudentes desséchées
Pour changer les jours de fête leur serrer le cœur
La main de tous les diables sur les draps.

Supplice compliqué la branche aux singes aux calembours
L’amitié la moitié la mère et la bannière
On tend la perche à la défaite
Les vieux sages ont leurs nerfs des grands jours.

Des lampes éteintes des lampes de bétel
Apparaissent au tournant d’un front
Puis la plante des têtes en série
Jumelles fil-à-fil et le sang bien coiffé

Soumises à la croissance.

III

Bouquet des sèves le brasier que chevauche le vent
Fumées en tête les armées de la prise du monde
L’écume des tourments aériens la présence
Les attaches du front le plus haut de la terre.

IV

Armure de proie le parfum noir rayonne
Les arbres sont coiffés d’un paysage en amande
Berceau de tous les paysages les clés les dés
Les plaines de soucis les montagnes d’albâtre
Les lampes de banlieue la pudeur les orages
Les gestes imprévus voués au feu
Les routes qui séparent la mer de ses noyés
Tous les rébus indéchiffrables.

La fleur de chardon construit un château
Elle monte aux échelles du vent
Et des graines à tête de mort.
Des étoiles d’ébène sur les vitres luisantes
Promettent tout à leurs amants
Les autres qui simulent
Maintiennent l’ordre de plomb.

Muet malheur de l’homme
Son visage petit matin
S’ouvre comme une prison
Ses yeux sont des têtes coupées
Ses doigts lui servent à compter
À mesurer à prendre à convaincre
Ses doigts savent le ligoter.

Ruine du public
Son émotion est en morceaux
Son enthousiasme à l’eau
Les parures suspendues aux terreurs de la foudre
Pâturages livides où des rochers bondissent
Pour en finir
Une tombe ornée de très jolis bibelots
Un voile de soie sur les lenteurs de la luxure
Pour en finir
Une hache dans le dos d’un seul coup.

Dans les ravins du sommeil
Le silence dresse ses enfants
Voici le bruit fatal qui crève les tympans
La poussiéreuse mort des couleurs
L’idiotie
Voici le premier paresseux
Et les mouvements machinaux de l’insomnie
L’oreille les roseaux à courber comme un casque
L’oreille exigeante l’ennemie oubliée dans la brume
Et l’inépuisable silence
Qui bouleverse la nature en ne la nommant pas
Qui tend des pièges souriants
Ou des absences à faire peur
Brise tous les miroirs des lèvres.

En pleine mer dans des bras délicats
Aux beaux jours les vagues à toutes voiles
Et le sang mène à tout
C’est une place sans statue
Sans rameurs sans pavillon noir
Une place nue irisée
Où toutes les fleurs errantes
Les fleurs au gré de la lumière
Ont caché des féeries d’audace
C’est un bijou d’indifférence
À la mesure de tous les cœurs
Un bijou ciselé de rires
C’est une maison mystérieuse
Où des enfants déjouent les hommes.

Aux alentours de l’espoir
En pure perte
Le calme fait le vide.

V

Porte comprise
Porte facile
Une captive
Ou personne.
Des torrents décousus
Et des vaisseaux de sable
Qui font tomber les feuilles.

La lumière et la solitude.

Ici pour nous ouvrir les yeux
Seules les cendres bougent.

VI

Le hibou le corbeau le vautour
Je ne crois pas aux autres oiseaux
La plus lourde route s’est pendue
Toutes les tours à paysage au jeu des astres
Les ombres mal placées ravagées émiettées
Les arbres du soleil ont une écorce de fumée.

La vitre mue. Ma force me cahote
Me fait trébucher. Au loin des pièges de bétail
Et l’aimant des allées la ruse pour les éviter.

Bien entendu les enfants sont complices
Mains masquées les enfants éteignent les crêtes et les plumes

Candeur aux neuf rires de proie
L’opaque tremblement des ciseaux qui font peur
La nuit n’a jamais rien vu la nuit prend l’air.

Tous les baisers trouvaient la rive.

VII

Où mettez-vous le bec seul
Vos ailes qu’éveillent-elles seul
Des boules de mains le pouvoir absolu seul
Et le prestige des rapaces par-dessus seul
Ruines des ronces seul
L’œuf des mains enchantées inépuisables seul
Que les doigts fassent le signe du zéro seul
Les lambris des cascades l’eau tend la main seul
Au loin la neige et ses sanglots seul
La nuit fanée la terre absente seul.

VIII

Vous êtes chez moi. Suis-je chez moi ?
J’ai toute la place nécessaire
Pour qu’il n’y ait pas de spectacle
Chez moi.
Ailleurs la chaîne – les anneaux respirent –
Des dormeurs
Les arcs tendus de leurs poitrines
Au défi des chemins
Au hasard l’on entend frapper au hasard ou crier sans raison
Les ponts respirent
Et les baisers sont à l’image des reflets.

Au fond de la lumière
À la surface de leur lumière
Les yeux se ferment
Les berceaux – les paupières – des couleurs obscures
Les cloches de paille des étincelles
Le sable tire sa révérence
Aux cachettes des oasis.
Sans univers à ses pieds nus
L’oubli – le ciel – se met tout nu.

Les étoiles ont pris la place de la nuit
Il n’y a plus que des étoiles toutes les aubes
Et la naissance de toutes les saisons du sommeil
Le visage des mains inconnues qui se lient
Vies échangées toutes les découvertes
Pour animer les formes confondues
Claires ou closes lourdes ou toutes en tête
Pour dormir ou pour s’éveiller
Le front contre les étoiles.

IX

Révolte de la neige
Qui succombe bientôt frappée d’un seul coup d’ombre
Juste le temps de rapprocher l’oubli des morts
De faire pâlir la terre.

Aux marches des torrents
Des filles de cristal aux tempes fraîches
Petites qui fleurissent et faibles qui sourient
Pour faire la part de l’eau séduisent la lumière

Des chutes de soleil des aurores liquides

Et quand leurs baisers deviennent invisibles
Elles vont dormir dans la gueule des lions.

X

Mange ta faim entre dans cet œuf
Où le plâtre s’abat
Où l’arôme du sommeil
Paralyse l’ivresse.
Des bêtes en avance
Des bêtes matinales aux ailes transparentes
Se pavanent sur l’eau
Le loup-corail séduit l’épine-chevalière
Toutes les chevelures des îles
Recouvrent des grappes d’oiseaux
La fraise-rossignol chante son sang qui fume
Et les mouches éblouissantes
Rêvent d’une aube criblée d’étoiles
De glaçons et de coquillages.

Lourd le ciel coule à pic
Le ciel des morts sans reflets.

XI

Reflets racines dans l’eau calme
Des collines cavalières
Sous leur robe
L’infortune parle à son maître
Le sourd a des rages de troupeau
Comme un fagot de fouets
Veille des décors résignés
Les oiseaux sortent de la nuit
Avec des chansons de secours
Un coq de panique jaillit.
Des vignes de l’orage
Les vendanges sont faites
Sur son pupitre le front s’étale
Comme le froid sur le miroir des morts
Entre deux semblables
Le lourd naufrage du sommeil.

XII

Passage où la vue détourne d’un coup la pensée
Une ombre s’agrandit cherche son univers
Et tombe horizontalement
Dans le sens de la marche.

La verdure caresse les épaules de la rue
Le soir verse du feu dans des verres de couleur
Comme à la fête
Un éventail d’alcool.

Suspendue par la bouche aux délires livides
Une tête délicieuse et ses vœux ses conquêtes
Une bouche éclatante
Obstinée et toujours à son premier baiser.

Passage où la vie est visible.

XIII

Je sors des caves de l’angoisse
Des courbes lentes de la peur
Je tombe dans un puits de plumes
Pavots je vous retrouve
Sans y songer
Dans un miroir fermé
Vous êtes aussi beaux que des fruits
Et si lourds ô mes maîtres
Qu’il vous faut des ailes pour vivre
Ou mes rêves.

L’enfance reste chez elle
À rougir de ses devoirs
À mériter la vie
Avec ses jeux de toutes les couleurs
Ses cahiers tondus ses plumiers acides
Une main se ferme se pose
Les mains de l’enfant
Comme des grenouilles.

Mais voici que s’abat se dresse se dandine
La poussière arrogante
Sans carcasse toute de charmes
La toute pelée la curieuse
Un palais la salue la reçoit l’accompagne
Avec sa façade avec le grand livre d’origine
Avec les clefs qui sont une offense aux murailles
Les rideaux soulevés du sourire
À croire aussi que le triple dedans
N’est pas mesuré par les rides.

La plus petite course du lézard
Dément toutes les précautions
La plus petite mort du bois
Quand la hache casse le fil
Et délivre un oiseau
Le coup d’ailes de la surprise.

L’armature des rousses éclatante parure
Et ce mépris pour toutes les plantes souterraines
Pour bénir les poisons pour honorer les fièvres
Les sources sont couronnées d’ombre
Le corps partage ses conquêtes
Mais sa jeunesse est au secret.

Pavots renoncez-vous
Au dur trajet des graines.

XIV

À l’assaut des jardins
Les saisons sont partout à la fois
Passion de l’été pour l’hiver
Et la tendresse des deux autres
Les souvenirs comme des plumes
Les arbres ont brisé le ciel
Un beau chêne gâché de brume
La vie des oiseaux ou la vie des plumes
Et tout un panache frivole
Avec de souriantes craintes
Et la solitude bavarde.



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