Akirill.com

Poème: ” Vers présentés au Roi sur sa campagne de 1676″ de Pierre Corneille

Télécharger PDF

Littérature françaiseLivres bilinguesContes de fées et Livres d’enfantsPoésie FrançaisePierre CorneillePoèmes de Pierre Corneille
< < < Au Roi, sur son départ pour l’armée, en 1676
Placet au Roi > > >


 Vers présentés au Roi sur sa campagne de 1676

***

Ennemis de mon roi, Flandre, Espagne, Allemagne,
Qui croyiez que Bouchain dût finir sa campagne,
Et n’avanciez vers lui que pour voir comme il faut
Régler l’ordre d’un siège ou livrer un assaut,
Ne vous fatiguez plus d’études inutiles
À prendre ses leçons quand il vous prend des villes ;
N’y perdez plus de temps : ses François aujourd’hui
Sont les disciples seuls qui soient dignes de lui,
Et nul autre n’a droit à ces nobles audaces
D’embrasser son exemple et marcher sur ses traces.
Lassés de toujours perdre, et fiers de son retour,
Vous vous étiez promis de vaincre à votre tour ;
Vous aviez espéré de voir par son absence
Nos troupes sans vigueur, et nos murs sans défense ;
Mais vous n’aviez pas su qu’un courage si grand
De loin comme de près sur les siens se répand ;
De loin comme de près sa prudence les guide ;
De loin comme de près son destin y préside.
Les rois savent agir tout autrement que nous :
Souvent sans être en vue ils frappent les grands coups.
Dieu lui-même, ce Dieu dont ils sont les images,
De son trône en repos fait partir les orages,
Et jouit dans le ciel de sa gloire et de soi,
Tandis que sur la terre il remplit tout d’effroi.
Mon prince en use ainsi : ses fêtes de Versailles
Lui servent de prélude à gagner des batailles,
Et d’un plaisir pompeux l’éclat rejaillissant
Dissipe vos projets en le divertissant.
Muses, l’aviez-vous cru, vous qui faites les vaines
De prévoir l’avenir des fortunes humaines,
D’en percer le plus sombre et le plus épineux ?
Aviez-vous deviné que ce parc lumineux,
Ces belles nuits sans ombre, avec leurs jours d’applique,
Préparoient à vos chants un objet héroïque ?
Dans ces délassements où tant d’art a paru,
Voyez-vous Aire prise, et Mastricht secouru ?
C’étoit là toutefois, c’étoit l’heureuse suite
Qu’y destinoit dès lors son auguste conduite.
Dans ce brillant amas de feux et de beautés,
Sa grande âme s’ouvroit à ses propres clartés :
Au milieu de sa cour au spectacle empressée,
La guerre s’emparoit de toute sa pensée ;
Et ce qui ne sembloit que nous illuminer
Lui montroit des remparts ailleurs à fulminer.
J’en prends Aire à témoin, et les mers de Sicile,
L’esprit de liberté qui règne en toute l’île,
L’âme du grand Ruiter, et ses vaisseaux froissés,
Sous l’abri de Sardaigne à peine ramassés.
Votre orgueil s’en console, ennemis de la France,
À revoir Philisbourg sous votre obéissance :
L’Empereur et l’Empire, unis à l’investir,
Enfin au bout d’un an ont su l’assujettir ;
Mais l’effort d’une ligue en guerriers si féconde
Devoit y consumer moins de temps et de monde.
Il falloit, en dépit des plus hardis secours,
Comme notre Condé, le prendre en onze jours ;
Et vous déshonorez vos belles destinées
Quand l’œuvre d’onze jours vous coûte des années.
Cependant à vos yeux, et dans le même été,
Aire, Condé, Bouchain n’ont presque rien coûté ;
Et Mastricht voit tourner vos desseins en fumée,
Quand ce qu’il vous en coûte auroit fait une armée.
Ainsi, bien que la prise ait suivi le blocus,
Que devant Philisbourg nous paroissions vaincus,
Si pour rendre à vos lois cette place fameuse
Le Rhin vous favorise au refus de la Meuse,
Si pour d’autres exploits il anime vos bras,
Pour un peu de bonheur ne nous insultez pas ;
Et surtout gardez-vous de le croire si ferme,
Que vous vous dispensiez de trembler pour Palerme,
Pour Ypre, pour Cambray, Saint-Omer, Luxembourg :
Tremblez même déjà pour votre Philisbourg.
Le nom seul de mon roi vous est partout à craindre :
À triompher de vous cessez de le contraindre ;
Et jusques à la paix, qu’il vous offre en héros,
Craignez sa vigilance, et même son repos.



< < < Au Roi, sur son départ pour l’armée, en 1676
Placet au Roi > > >

Littérature françaiseLivres bilinguesContes de fées et Livres d’enfantsPoésie FrançaisePierre CorneillePoèmes de Pierre Corneille


Détenteurs de droits d’auteur –  Domaine public

Si vous avez aimé ce poème, abonnez-vous, mettez des likes, écrivez des commentaires!
Partager sur les réseaux sociaux

Trouvez-nous sur Facebook ou Twitter

Consultez Nos Derniers Articles

© 2024 Akirill.com – All Rights Reserved

Leave a comment