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La Pensée de l’Humanité de Léon Tolstoï


Littérature russe   – Livres pour enfants – Poésie russe – Léon Tolstoï – La Pensée de l’Humanité – Table Des Matières
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Chapitre XI


DE LA COLÈRE

I.—Péché de malveillance.

1

«Il a été dit aux anciens: Tu ne tueras point, et celui qui tuera sera jugé (Exode, XX, 13). Mais moi je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère sera jugé.»

MATTH., V, 21-22.

2

Si tu éprouves une douleur dans le corps, tu sais que quelque chose n’est pas en bon état: ou tu fais ce que tu ne devrais pas faire, ou bien lu ne fais pas ce que tu devrais faire. Il en est de même de la vie spirituelle. Si tu te sens triste, irrité, sache que quelque chose est en mauvais état: ou tu aimes ce qu’il ne faudrait pas aimer, ou bien tu n’aimes pas ce qu’il faudrait aimer.

3

Les péchés de la gourmandise, de l’oisiveté, de la volupté, sont mauvais par eux-mêmes. Mais ces péchés sont surtout repréhensibles parce qu’ils engendrent le pire des péchés: la malveillance, l’iniquité envers les gens.

4

Ce ne sont pas les pillages, les assassinats, les exécutions qui sont effrayants. Qu’est-ce que le pillage? C’est le passage de la propriété des uns aux autres. Cela a toujours existé, cela sera toujours, et il n’y a rien d’effrayant à cela.

Que sont les exécutions, les assassinats? C’est le passage des hommes de la vie à la mort. Ces passages ont été, sont et seront toujours, et cela n’a également rien, d’effrayant. Ce qu’il y a de réellement effrayant, c’est la haine des hommes qui engendre le brigandage, le vol, le meurtre.


II.—L’absurdité de la colère.

1

Les Bouddhistes disent que tout péché vient de la bêtise. Cela est juste pour tous les péchés, mais surtout pour l’inimitié. Le pêcheur, l’oiseleur se fâche contre le poisson ou l’oiseau parce qu’il ne l’a pas pris, et moi je me fâche contre l’homme, parce qu’il fait ce dont il a besoin pour lui, et non pas ce que je voudrais de lui. N’est-ce pas également stupide?

2

Un homme t’a offensé. Tu t’es fâché contre lui. L’affaire est terminée. Mais la colère contre cet homme s’est figée dans ton cœur, et lorsque tu penses à lui, tu t’irrites. Comme si le diable, qui est toujours en faction à la porte de ton cœur, avait profité de l’heure où tu as ressenti ta colère contre cet homme; comme si elle lui eut ouvert la porte, qu’il eut bondi dans ton cœur et qu’il y fût maître, maintenant. Chasse-le. Et à l’avenir, sois plus prudent, n’ouvre pas la porte par laquelle il entre.

3

Plus l’homme se croit haut placé, plus facilement il s’irrite contre les gens. Plus l’homme est modeste, plus il est bon et se fâche moins.

4

Ne pense pas que la vertu consiste dans la bravoure et la force. Si tu peux te placer au-dessus de la colère, pardonner et aimer celui qui t’a offensé, tu auras fait le mieux de ce qu’un homme peut faire.

DJERBELOTE, persan.

5

Il est vrai, que tu n’as peut-être pas la force de ne pas te fâcher contre celui qui t’a offensé, outragé. Mais tu peux toujours le contenir, ne manifester ta colère ni en paroles ni en actes.

6

La colère ment toujours de l’impuissance.


III.—La colère contre les hommes nos frères est déraisonnable parce que le même Dieu vit en nous tous.

1

On doit s’observer depuis le matin et se dire: tout à l’heure, je pourrai avoir affaire à un homme insolent, effronté, importun, hypocrite, nerveux. Il y a souvent des gens comme ça. Ils ne savent pas ce qui est bien et ce qui est mal. Mais si je sais, moi, où est le bien et le mal, si je comprends que le mal pour moi ne peut venir que de la mauvaise action que j’ai commise moi-même, aucun mauvais homme ne peut me nuire. Personne ne peut me forcer à faire mal. Si je pense encore que tout homme m’est proche, non par le sang et la chair, mais par l’esprit, que le même Esprit divin vit en chacun de nous, je ne peux pas me fâcher contre un être qui m’est proche. Je sais donc que nous sommes créés l’un pour l’autre, que nous sommes appelés à nous entr’aider comme les mains, les pieds, les yeux et les dents s’aident entre eux et servent le corps entier; comment puis-je me détourner de mon prochain si, contrairement à sa vraie nature, il me fait du mal.

MARC-AURÈLE

2

Si tu t’es fâché contre un homme, c’est que tu menais une vie charnelle, et non pas une vie spirituelle. Si tu vivais selon la volonté divine, personne ne pourrait t’offenser, car on ne peut offenser Dieu, et Dieu, le Dieu qui est en toi, ne peut se fâcher.

3

On ne doit ni trop mépriser ni trop respecter aucun homme.

Si tu le méprises, tu ne pourras pas apprécier le bien qu’il y a en lui; si tu l’honores trop, tu exigeras trop de lui.

Pour ne pas se tromper, il faut mépriser le côté charnel autant chez autrui qu’en soi-même et respecter l’homme comme un être spirituel en qui demeure l’esprit divin.


IV.—Plus l’homme se diminue, mieux il vaut.

1

On dit qu’un homme de bien ne peut pas faire autrement que de se fâcher contre les méchants. Mais si cela est ainsi, plus l’homme est bon comparativement aux autres, plus il doit se mettre en colère contre eux; en réalité, plus un homme est bon, plus il est doux et bon pour tous les autres hommes. Cela tient à ce qu’un homme bon se souvient que lui aussi a souvent péché, et que s’il s’irrite contre les méchants, il doit, tout d’abord, s’irriter contre lui-même.

SÉNÈQUE.

2

Un homme raisonnable ne peut pas se fâcher contre les hommes méchants et déraisonnables.

—Comment puis-je ne pas me fâcher s’ils sont voleurs et filous? dis-tu.

—Qu’est-ce qu’un voleur et un filou? C’est un homme qui s’est égaré. On doit non pas se fâcher contre un tel homme, mais le plaindre. Si tu peux, persuade-le que ce n’est pas bon pour lui-même de vivre comme il vit, et il cessera de faire le mal. S’il ne le comprend pas encore, quoi d’étonnant qu’il vive ainsi.

Tu diras que ces gens là doivent être punis.

Si un homme a mal aux yeux et qu’il est devenu aveugle, tu ne diras pas qu’il faut l’en punir. Pourquoi donc veux-tu punir celui qui est privé de quelque chose de bien plus précieux que les yeux, qui est privé du plus grand bonheur qui existe, celui de savoir vivre raisonnablement?

On ne doit pas se fâcher contre ces gens, mais les plaindre.

Aie pitié de ces malheureux et tâche de faire en sorte que leurs égarements ne t’irritent pas. Souviens-toi combien souvent tu t’es trompé et tu as péché toi-même, et fâche-toi plutôt contre toi-même de ce que ton âme renferme tant d’inimitié et de méchanceté.

ÉPICTÈTE.

3

Tu dis que tu n’es entouré que de mauvaises gens. Si tu penses ainsi, c’est une preuve certaine que tu es méchant toi-même.

4

Souvent les gens croient se faire valoir en remarquant les défauts des autres; mais ils ne font que montrer leur faiblesse.

Plus l’homme est bon et intelligent, plus il voit le bien chez les autres; plus il est bête et méchant, plus il voit les défauts des autres.

5

Il est vrai, qu’il est difficile de se montrer bon envers un vicieux, un menteur, surtout s’il vous offense; mais c’est précisément envers de pareils hommes qu’on doit être bon, et pour eux, et pour soi.

6

Lorsqu’on se fâche contre quelqu’un, on cherche généralement à justifier sa colère et, à ne voir que le mal en la personne contre laquelle on s’irrite; et l’on ne fait qu’augmenter son inimitié. Alors, qu’au contraire, plus on est irrité, plus on doit chercher le bien que peut contenir celui contre qui on s’irrite. Et lorsqu’on réussit à découvrir le bien et à aimer un tel homme, non seulement on apaise sa colère, mais encore on éprouve une joie profonde.

7

Si tu veux reprocher à un homme ses incohérences, ne qualifie pas ses actes ou ses paroles de sottises, ne dis et ne pense pas que ce qu’il a fait ou dit n’a aucun sens. Au contraire, suppose toujours qu’il voulait faire ou dire quelque chose de raisonnable et tâche de le prouver. Il faut s’efforcer de découvrir les idées erronées qui ont trompé l’homme et les lui faire voir de façon à ce qu’il arrive lui-même à la conclusion, qui est qu’il se trompe. On ne peut persuader un homme que par sa propre raison. De même, on ne peut persuader un homme de l’immoralité de son acte que par son sentiment moral. Il ne faut pas supposer que l’homme le plus vicieux ne puisse pas devenir un être vertueux et libre.

D’après KANT.

8

Si tu te fâches contre un homme parce qu’il a commis un acte que nous considérons comme repréhensible, tâche de savoir pourquoi il a fait ce que nous considérons comme mauvais. Dès que tu l’auras compris, tu ne seras plus fâché, parce qu’on ne peut se fâcher de ce que la pierre tombe du haut en bas et non de bas en haut.


V.—La nécessité de l’amour pour la communion entre les hommes.

1

Pour que tes relations avec les hommes ne soient pas un sujet de souffrance pour toi et pour eux, n’entre pas en rapports avec les gens si tu n’éprouves pas d’affection pour eux.

2

Sans amour, on ne peut manier que les objets; sans amour, on peut abattre des arbres, faire des briques, forger le fer; on ne peut sans amour traiter les hommes.

Si tu n’éprouves pas d’amour pour les hommes, occupe-toi de toi-même, manie des choses, ce que tu voudras, mais laisse les hommes tranquilles. Dès que tu te permettras de les traiter sans amour, tu deviendras non pas un homme, mais une bête, tu leur nuiras et tu seras malheureux toi-même.

3

Lorsqu’on voit des gens toujours mécontents, critiquant, tout et tout le monde, on a envie de leur dire: «Le but de votre existence n’est pas de dévoiler l’absurdité de la vie, de la critiquer, de vous fâcher et de mourir. Cela n’est pas possible. Réfléchissez; vous ne devriez pas vous fâcher, ni critiquer, mais travailler à réparer le mal que vous voyez.

«Si vous voulez faire disparaître le mal que vous voyez vous n’y arriverez certainement pas par l’inimitié, mais uniquement par la bienveillance envers tous les hommes, car ce sentiment vit toujours en nous et vous le sentirez aussitôt que vous cesserez de l’étouffer en vous.»

4

Il faut nous habituer à être mécontents d’un autre homme de la même façon, qu’il nous arrive d’être mécontents de nous-mêmes. Cela nous arrive lorsque nous ne sommes pas satisfaits d’un de nos actes, et non de notre âme. Il faut agir de même à l’égard des autres: critiquer leurs actes, et les aimer eux-mêmes.

5

Pour ne pas faire tort à son prochain, pour l’aimer, il faut s’habituer à ne pas dire de mal ni de lui, ni à lui, et pour y parvenir, il faut s’habituer à ne pas penser mal de lui, à ne pas laisser pénétrer dans notre âme le sentiment de malveillance.

6

Peux-tu te fâcher contre un homme parce qu’il a des plaies purulentes? Ce n’est pas sa faute si l’aspect de ses plaies est désagréable. Comporte-toi de même envers les vices d’autruis.

Mais tu diras que l’homme a une raison pour comprendre et corriger ses vices. C’est juste. Par conséquent, toi aussi, tu as une raison et tu peux réfléchir que tu ne dois pas le fâcher contre l’homme en raison de ses vices, mais au contraire, tu dois l’efforcer d’éveiller sa conscience en le traitant avec bonté et intelligence, sans colère, sans impatience et sans orgueil.

MARC-AURÈLE.

7

Il y a des gens qui aiment se fâcher. Ils sont toujours occupés à quelque chose et toujours heureux de l’occasion de brusquer, de gronder celui qui s’adresse à eux pour quelque affaire. Ces gens-là sont très désagréables, mais il faut se souvenir qu’ils sont très malheureux, ne connaissent pas la joie de la bonne humeur, et c’est pourquoi, il ne faut pas se fâcher contre eux, mais les plaindre.

8

On ne peut mieux calmer une colère, même juste, qu’en disant à celui qui se fâche que celui contre lequel il se fâche, n’est qu’un malheureux. La pluie a le même effet sur le feu que la compassion sur la colère.

9

L’homme qui désire faire du tort à son ennemi, n’a qu’à s’imaginer qu’il lui a déjà fait mal et qu’il souffre de corps et d’âme; il n’a qu’à se l’imaginer et à comprendre que tout cela est l’œuvre de nos mains, pour que, à l’idée des souffrances de l’ennemi, l’homme le plus méchant cesse de garder sa rancune.

SCHOPENHAUER.


VI.—La lutte contre le péché de malveillance.

1

On me blâme, je suis ennuyé, j’ai de la peine. Comment me débarrasser de ce sentiment désagréable? D’abord, par l’humilité; quand on connaît sa faiblesse, on ne se fâche pas de ce que les autres la montrent. Ce n’est pas aimable de leur part, mais ils ont raison. Ensuite, par le raisonnement; car, en définitive, on reste toujours ce qu’on a été, et si l’on avait trop de vénération pour soi-même, on aurait qu’à modifier son opinion. Enfin, et principalement, par le pardon; il n’y a qu’un seul moyen pour ne pas haïr ceux qui nous font du mal et nous offensent, c’est de leur faire du bien. Si l’on ne parvient pas à les changer, du moins, arrive-t-on à se maîtriser soi-même.

AMIEL.

2

La meilleure boisson qu’un homme peut boire est la mauvaise parole qu’il a déjà sur les lèvres; qu’il ne la laisse pas, échapper et l’avale.

MAHOMET.

3

Comprends bien et souviens-toi que tout homme agit toujours au mieux de ses propres intérêts.

Si tu y penses toujours, tu ne te fâcheras contre personne, tu ne reprocheras rien à personne, tu ne gronderas personne; car si quelqu’un a réellement du profit à faire ce qui t’est désagréable, il a raison et il ne peut agir autrement. S’il se trompe et ne se fait du tort qu’à lui-même, tant pis pour lui; on doit le plaindre et non se fâcher contre lui.

ÉPICTÈTE.

4

Souvenons-nous que tous nous redeviendrons poussière, et soyons humbles et modestes.

D’après SAADI.


VII.—La malveillance nuit toujours à celui qui la ressent.

1

Bien que la colère soit nuisible aux autres, elle fait surtout du tort à celui qui se fâche. La colère est toujours plus nuisible que la chose pour laquelle on se fâche.

2

Il y a des gens qui aiment se fâcher, qui s’irritent et font du mal aux autres sans aucune raison. On peut comprendre pourquoi un avare offense les autres: il veut s’emparer de leur bien pour s’enrichir; il fait du mal aux gens dans son propre intérêt. Un méchant homme fait du tort aux autres sans aucun bénéfice personnel. Quelle folie!

D’après SOCRATE.

3

Ne pas faire de mal, pas même à ses ennemis, est une grande vertu.

Celui qui cherche à faire périr les autres, périt sûrement lui-même.

Ne fais pas de mal. La pauvreté ne peut excuser le mal. Si tu fais du mal, tu seras plus pauvre encore.

Les gens peuvent éviter les conséquences de la méchanceté de leurs ennemis, mais ils n’éviteront jamais les conséquences de leurs péchés. Cette ombre les poursuivra pas à pas, jusqu’à ce qu’elle les fasse périr.

Que celui qui ne veut pas vivre triste et malheureux ne fasse pas de tort aux autres.

Si l’homme se veut du bien, qu’il ne fasse pas le moindre mal.

Kouran hindou.

4

Être vertueux, c’est avoir l’âme libre. Les gens qui s’irritent continuellement contre quelqu’un, qui craignent constamment quelque chose et qui s’adonnent aux passions, ne peuvent avoir l’âme libre. Celui qui ne peut pas avoir l’âme libre ne verra pas en regardant, n’entendra pas en écoutant, ne sentira pas de goût en mangeant.

CONFUCIUS.

5

Goutte à goutte, le seau se remplit; de même l’homme s’emplit de colère, bien qu’il la ramasse petit à petit, lorsqu’il se permet de s’irriter contre les gens. Le mal revient à celui qui le commet, de même que la poussière jetée contre le vent.

Ni au ciel, ni dans la mer, ni dans les profondeurs des montagnes, il n’y a de place dans tout l’univers, où l’homme pourrait se débarrasser de la méchanceté qui est dans son cœur. Souviens-t-en.

DJAMAPADA.

6

La loi hindoue dit: De même qu’il est juste qu’il fasse froid en hiver et chaud en été, il est juste qu’un mauvais homme soit malheureux et un bon heureux. Que personne n’entame de querelle, bien qu’il soit offensé et qu’il souffre; que personne n’offense, ni par un acte, ni par une parole, ni par une pensée. Tout cela prive l’homme du vrai bonheur.

7

Lorsque je sais que la colère me prive du vrai bonheur, je ne peux plus chercher consciemment querelle aux autres; je ne peux pas, ainsi que je le faisais avant, me réjouir de mon péché, en être fier, l’encourager, le justifier, me donner de l’importance et me croire raisonnable, considérer les autres comme nuls, perdus, insensés; je ne peux plus maintenant, en sentant que je me laisse emporter par la colère, ne pas reconnaître que j’en suis seul coupable, et ne pas tâcher de me réconcilier avec ceux qui me cherchent querelle.

Mais cela ne suffit pas. Si je sais maintenant que la colère est un mal pour mon âme, je sais aussi ce qui me conduit au mal. C’est que j’oublie que la même chose vit en moi et en tous les hommes. Je vois maintenant que l’habitude de se distinguer des autres hommes et de se considérer comme étant supérieur à eux—est l’une des raisons principales de mon inimitié.

En repassant ma vie écoulée, je vois que je n’ai jamais laissé s’accroître mon sentiment d’inimitié envers les gens que je considérais supérieurs à moi, et je ne les offensais jamais. Mais, par contre, le moindre acte de celui que je considérais comme mon inférieur provoquait ma colère, et plus je me considérais supérieur, plus il m’était facile de l’offenser. Parfois même, rien que l’idée de l’infériorité de l’homme, provoquait déjà une offense de ma part.

8

Un jour d’hiver François, accompagné du frère Léon se rendait de Pérouse à Porcioncule. Il gelait, et tous deux tremblaient de froid. François appela Léon qui marchait devant, et lui dit: «O frère Léon, Dieu veuille que nos frères donnent par toute la terre, l’exemple de la vie de sainteté. Note, cependant, que ce n’est pas là qu’est la joie parfaite.»

Un peu plus loin, François appela encore une fois Léon et lui dit:

«Note encore que si nos frères guérissent les malades, chassent le diable, rendent la vue aux aveugles font ressusciter les morts, ce n’est pas là non plus que sera la joie parfaite.»

Encore plus loin, François appela de nouveau Léon et lui dit: «Note encore frère Léon, brebis du Seigneur, que si nous avions appris le langage des anges, si nous connaissions le cours des étoiles, si tous les trésors de la terre nous étaient apparus, et que si nous avions compris tous les mystères de la vie des oiseaux, des poissons, des bêtes, des gens, des arbres, des pierres et des eaux, note que cela non plus ne serait pas une joie parfaite.»

Et un peu plus loin, François appela encore une fois Léon et lui dit: «Note encore que si nous étions des prédicateurs, qui parviendraient à ramener tous les payens au Christianisme, note que là encore, il n’y aurait pas de joie parfaite.»

Alors le frère Léon dit à François:

—En quoi donc consiste la joie parfaite?

Et François répondit: «En ceci: lorsque nous arriverons à Porcioncule sales, mouillés, transis de froid et affamés, et que nous demanderons de nous donner asile, le portier nous dira: «Pourquoi traînez-vous, vagabonds, par les chemins, pourquoi tentez-vous les gens, pourquoi voulez-vous l’aumône des pauvres; allez-vous en d’ici,» et il ne nous ouvrira pas. Si nous ne nous offensons pas et que nous pensons avec humilité et amour que le portier a raison, et que mouillés, gelés, et affamés, nous restons jusqu’au matin dans la neige et l’humidité sans murmurer contre le portier, c’est alors, frère Léon, que sera la joie parfaite.»


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