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La Pensée de l’Humanité de Léon Tolstoï


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Chapitre XVI


DE LA VANITÉ

Rien ne pervertit la vie des hommes et ne les prive aussi sûrement de leur vrai bonheur, comme l’habitude de vivre non d’après les préceptes des sages et selon leur propre conscience, mais d’après ce qui est reconnu comme bon et approuvé par les gens parmi lesquels l’on vit.


I.—En quoi consiste la tentation de la vanité.

1

La raison principale qui rend notre vie mauvaise, réside en ce que nous réglons notre conduite non selon les besoins de notre corps ou de notre âme, mais uniquement dans l’espoir d’obtenir l’approbation des gens.

2

Aucune tentation ne captive les hommes aussi longtemps, ne les éloigne autant de la compréhension du sens de la vie humaine et du vrai bonheur, que la préoccupation de la gloire, de l’approbation, de l’estime, des louanges des autres.

L’homme ne peut se libérer de la tentation que par une lutte constante contre lui-même, et par l’évocation continuelle de son unité avec Dieu, cherchant ainsi son approbation seule.

3

Il ne nous suffit pas de vivre de notre vie intérieure, la seule vraie, nous voulons vivre d’une autre vie encore, d’une vie imaginaire dans la pensée des autres, et nous nous efforçons à cette fin de paraître autres que nous ne sommes en réalité. Nous nous efforçons sans cesse de dompter cet être imaginaire, sans nous soucier du vrai, de celui que nous sommes en réalité. Si notre âme est paisible, si nous avons foi, si nous aimons, nous nous empressons d’en parler au plus tôt, afin que ces vertus ne soient pas seulement nos vertus, mais aussi celles de l’être imaginaire qui existe dans la pensée des autres.

Pour faire croire aux gens que nous avons des qualités, nous sommes prêts même à y renoncer. Nous sommes prêts à devenir lâches à condition de passer pour braves.

PASCAL.

4

L’une des expressions des plus dangereuses et des plus nuisibles est: «tous font ainsi.»

5

Lorsqu’il est difficile, et presque impossible, de comprendre pourquoi l’homme agit comme il le fait, sois sûr que la raison de ses actes réside dans le désir d’être glorifié par les hommes.

6

On ne berce pas un enfant pour le débarrasser de ce qui le fait crier, mais pour qu’il ne puisse pas crier. Nous agissons de même avec notre conscience lorsque nous l’étouffons pour être agréables aux gens. Nous n’apaisons pas la conscience, mais nous obtenons ce que nous désirons: nous ne l’entendons plus.

7

Intéresse-toi non à la quantité, mais à la qualité de tes admirateurs; il est désagréable de ne pas plaire aux bonnes gens, mais c’est toujours bien de ne pas plaire aux mauvaises gens.

SÉNÈQUE.

8

Nos plus grandes dépenses sont effectuées pour ressembler aux autres. Ni pour notre esprit, ni pour notre cœur nous ne dépensons autant.

EMERSON.

9

Dans chaque bonne action, il y a un peu de désir d’être approuvé par les gens. Mais c’est mauvais quand tu agis comme tu le fais uniquement pour être glorifié par les autres.

10

Un homme demanda à un autre pourquoi il travaillait à ce qu’il n’aimait pas.

—Parce que tous le font, répondit celui-ci.

—Pardon, pas tous; moi, je ne le fais pas, quelques autres, non plus.

—Si ce n’est pas tous, beaucoup le font, la plupart des gens.

—Mais dis-moi quels sont les plus nombreux, les sots ou les intelligents?

—Certainement ce sont les sots.

—Dans ce cas, tu agis comme tu le fais pour imiter les sots.


II.—Si beaucoup de gens partagent la même opinion, cela ne prouve pas que cette opinion soit juste.

1

Le mal ne cesse pas d’être mauvais parce que beaucoup de gens agissent ma! et qu’ils s’en vantent, comme cela arrive souvent.

2

Plus il y a de gens qui croient à la même chose, plus il faut être prudent à l’égard de cette croyance et avoir plus, d’attention.

3

Lorsqu’on dit: il faut faire comme font les autres, cela veut dire presque toujours qu’il faut faire mal.

LA BRUYÈRE.

4

Il n’y a qu’à s’habituer à faire ce que «tout le monde» exige pour être insensiblement entraîné à commettre de mauvaises actions et à les considérer comme bonnes.

5

L’homme a son tribunal—sa conscience. On ne doit tenir qu’à son jugement.

6

Cherche celui qui est le meilleur parmi ceux qui blâment le monde.

7

Si la foule déteste quelqu’un, il faut, avant d’en juger, bien examiner pourquoi il en est ainsi. Si la foule vénère quelqu’un, il faut également, avant d’en juger, bien examiner pourquoi il en est ainsi.

CONFUCIUS.


III.—Conséquences pernicieuses de la vanité.

1

La société dit à l’homme: «Pense comme nous pensons; crois comme nous croyons; mange et bois comme nous buvons et mangeons; habille-toi comme nous nous habillons.» Si quelqu’un ne se soumet pas à ces exigences, la société l’accable de ses sarcasmes, de ses injures. Il est difficile de ne pas y obéir, mais cependant, si tu t’y soumets, tu t’en sentiras plus mal encore: tu ne seras plus un homme libre, mais un esclave.

D’après LUCIE MALAURY.

2

C’est très bien quand les hommes s’instruisent pour leur âme, pour être plus sages, meilleurs. De telles études leur sont utiles. Mais s’ils étudient pour la gloire, afin de paraître instruits, l’instruction devient non seulement inutile, mais nuisible; elle rend les hommes moins sages et moins bons qu’ils ne le seraient s’ils n’avaient pas étudié du tout.

Traduit du chinois.

3

Non seulement vous ne devez pas vous vanter vous-mêmes, mais encore vous ne devez pas permettre aux autres de vous glorifier. Les louanges font périr l’âme en reportant les préoccupations de l’âme sur la gloire des hommes.

4

Il arrive souvent de voir qu’un homme bon, sage et juste, tout en sachant que la guerre, l’exploitation du travail des autres, le blâme, la consommation de la viande et divers actes du même genre sont mauvais, continue à accomplir ces actes. Pourquoi? Parce qu’il tient plus à l’opinion publique qu’au jugement de sa conscience.

5

L’inobservation des traditions n’a pas occasionné une millième partie du mal causé par le respect des anciennes coutumes.

Les gens ne croient plus depuis longtemps aux anciennes coutumes, mais ils les observent néanmoins parce qu’ils pensent que la plupart des gens les blâmeraient, s’ils n’observaient plus les anciennes coutumes auxquelles personne ne croit plus depuis longtemps.


IV.—La lutte contre la tentation de la vanité.

1

Pendant les premiers temps de sa vie, dans son enfance, l’homme vit principalement pour son corps: il mange, il boit, il joue, il s’amuse. C’est le premier degré. Plus l’homme grandit, plus il commence à se préoccuper de l’opinion des gens parmi lesquels il vit, et plus il commence à négliger les besoins de son corps pour ne penser qu’à la gloire des hommes. C’est le second degré. Le troisième et dernier degré est celui où l’homme se soumet surtout aux exigences de son âme et où il néglige le corps, les amusements et l’opinion publique, pour ne penser qu’à son âme.

2

Il est difficile de déroger tout seul aux coutumes établies; cependant, à chaque pas que l’on fait pour devenir meilleur, on se heurte contre l’usage établi et l’on subit la critique des gens. L’homme qui consacre sa vie à se perfectionner y doit être préparé.

3

C’est mal d’irriter les gens en dérogeant aux coutumes établies, mais c’est plus mal encore de déroger aux exigences de la conscience et de la raison en subissant les coutumes pernicieuses.

4

On ridiculise celui qui garde le silence, comme celui qui parle trop, comme celui qui parle trop peu; il n’y a pas un homme sur terre qu’on ne critique pas. Il n’y a jamais eu, il n’y a pas et il n’y aura jamais personne qu’on aurait toujours blâmé pour tout ce qu’il fait, de même qu’il n’y a personne qu’on aurait toujours loué. C’est pourquoi, il est inutile de se préoccuper ni des louanges, ni des blâmes des gens.

5

Tu crains que les gens ne te méprisent pour ta douceur; mais les gens justes ne peuvent pas te mépriser pour cela; quant aux autres, tu n’as pas besoin de t’en préoccuper—ne fais pas attention à leur opinion. Un bon menuisier ne se chagrinera pas parce qu’un homme qui ne comprend rien à son métier n’approuve pas son travail.

Les gens qui le méprisent pour ta douceur ne comprennent rien à ce qui est bien pour l’homme. Pourquoi donc te préoccuper de leur appréciation?

D’après ÉPICTÈTE.

6

Il est temps pour l’homme de connaître sa valeur. Serait-il, en effet, quelque être bâtard? Il est temps de cesser de regarder humblement de tous côtés pour voir s’il a plu ou déplu aux gens. Non; que ma tête reste droite et ferme sur mes épaules! La vie ne m’est pas donnée pour la montrer, mais pour que je la vive. Je reconnais l’obligation de vivre pour mon âme. Et je veux me préoccuper non pas de l’opinion que les gens auraient de moi, mais de ma vie, de savoir si je n’accomplis ou si je n’accomplis pas ma destinée devant Celui qui m’a envoyé dans la vie.

EMERSON.

7

Quiconque s’est abandonné depuis sa jeunesse à ses grossiers instincts d’animal, ne cesse de s’y adonner, bien que sa conscience réclame autre chose. Il agit ainsi parce que les autres font comme lui. Et les autres agissent ainsi pour la même raison que lui. Il ne peut y avoir qu’une issue: chaque homme doit se libérer de la préoccupation de l’opinion publique.


V.—On doit se préoccuper de son âme et non pas de sa gloire.

1

Le moyen le plus rapide et le meilleur pour gagner la réputation d’un homme vertueux, n’est pas de paraître tel devant les hommes, mais de faire des efforts sur soi-même pour devenir vertueux.

Causeries de SOCRATE.

2

Celui qui ne réfléchit pas par lui-même, se soumet aux idées d’un autre homme. Soumettre sa pensée à quelqu’un est un servage plus humiliant que de soumettre son travail. Réfléchis toi-même et ne te préoccupe pas de ce que te diront les gens.

3

Personne ne manifeste tant de respect et d’attachement pour la vertu, que celui qui perd volontiers la réputation d’un homme de bien, uniquement pour rester bon dans son for intérieur.

SÉNÈQUE.

4

Lorsqu’un homme est habitué à ne vivre que pour l’opinion publique, il lui répugne, parce qu’il ne fait pas ce que font les autres, d’avoir la réputation d’un sot, d’un ignorant ou d’un vilain homme. Mais on doit travailler à tout ce qui est difficile. Et à cette œuvre, on doit travailler des deux côtés: apprendre à mépriser l’opinion des gens; apprendre à vivre pour de telles œuvres qui, bien qu’elles soient critiquées par la foule, n’en restent pas moins des bonnes œuvres.

5

Les hommes vivent et agissent d’après leurs idées, ainsi que d’après les idées des autres. Suivant que les uns et les autres influencent leurs actes, les hommes se distinguent entre eux.

6

Il est difficile de distinguer si tu sers les autres pour ton âme, pour Dieu, ou pour la gloire des hommes. Il n’y a qu’un seul moyen de contrôle: si tu accomplis une œuvre que tu crois bonne, demande-toi si tu continuerais à y travailler si tu savais d’avance que personne n’apprendrait jamais ce que tu fais. Si tu réponds que tu le ferais, c’est que tu travailles sûrement pour ton âme, pour Dieu.


VI.—Celui qui vit de la vraie vie n’a pas besoin de louanges.

1

Vis seul, a dit le sage. Cela veut dire que tu dois résoudre le problème de ta vie tout seul, avec le concours du Dieu qui vit en toi, et non pas d’après les conseils et les opinions des autres.

2

Si tu veux être tranquille, tâche de plaire à Dieu et non pas aux hommes. Ceux-ci ont des désirs différents: aujourd’hui, ils veulent une chose; demain une autre. Jamais, ils ne sont satisfaits. Mais le Dieu qui vit en toi désire toujours une seule chose, et tu sais ce qu’il veut.

3

Il n’y a qu’un seul moyen pour ne pas croire en Dieu: ce moyen consiste à toujours reconnaître l’opinion des gens comme juste, et à ne prêter aucune attention à notre voix intérieure.

JOHN RUSKIN.

4

Si nous sommes sur un bateau en marche et que nous regardons un objet qui se trouve sur le même bateau, nous ne remarquons pas que nous voguons, mais en regardant de côté sur ce qui ne se meut pas avec nous, par exemple la berge, nous nous apercevons immédiatement que nous sommes en mouvement. Lorsque tous les hommes vivent autrement qu’il ne le faut, nous ne le remarquons pas; mais il suffit, qu’un seul se ressaisisse et qu’il commence à vivre selon Dieu, pour qu’il devienne clair combien les autres vivent mal. Mais les autres persécutent toujours celui qui ne vit pas comme eux.

PASCAL.


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