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La Pensée de l’Humanité de Léon Tolstoï


Littérature russe   – Livres pour enfants – Poésie russe – Léon Tolstoï – La Pensée de l’Humanité – Table Des Matières
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Chapitre XXVII


DU MAL

Nous appelons mal tout ce qui trouble le bonheur de notre vie corporelle. Et pourtant, toute notre vie n’est qu’une libération graduelle de notre âme, de ce qui constitue le bonheur de notre corps. C’est pourquoi, pour celui qui comprend la vie telle qu’elle est, en réalité, le mal n’existe pas.


I.—Ce que nous appelons la souffrance est la condition inévitable de la vie.

1

C’est un bien pour l’homme que de supporter les malheurs de cette vie terrestre, car cela conduit au saint isolement du cœur, et on s’y trouve comme un exilé de son pays natal et obligé de ne se fier à aucune joie terrestre. Il est également bon pour l’homme de se heurter à des contradictions et des reproches, lorsque l’on pense et que l’on parle mal de lui, bien que ses intentions soient pures et ses actes justes; car cette manière d’agir le maintient dans l’humilité et est un contre-poison de la vaine gloire. Et c’est tout particulièrement un bien parce que nous pouvons nous entretenir, avec le témoin qui est en nous, qui est Dieu, nous entretenir, alors que le monde nous méprise, nous manque de respect et nous prive d’amour.

THOMAS A KEMPIS [1].

2

Si quelque divinité nous avait offert, à nous, hommes, de supprimer tous nos chagrins, avec toutes leurs causes, nous serions, de prime abord, très tentés d’accepter cette proposition. Lorsque le dur travail et la misère nous écrasent, lorsque la douleur nous mine, lorsque l’anxiété étreint notre cœur, il nous semble qu’il n’y aurait rien de meilleur que de vivre sans travailler, dans le calme, l’aisance et la paix. Mais après avoir goûté à une telle vie, je pense que nous aurions bientôt demandé à la divinité de nous rendre notre vie ancienne, avec toutes ses peines, ses misères, ses chagrins et ses dangers. La vie, exempte de tout chagrin et de toute crainte, nous semblerait bientôt non seulement peu intéressante, mais encore intolérable. Car, avec les causes de nos peines, tous les obstacles, tous les dangers et tous les échecs auraient disparu, supprimant avec eux la tension de nos forces, le zèle, l’excitation du risque, les efforts de la lutte et les joies de la victoire. Il ne resterait que l’accomplissement facile du but, la réussite sans résistance. Nous en serions bientôt, ennuyés comme d’un jeu où nous savons d’avance que nous gagnerons à chaque coup.

FR. PAULSEN [2].


II—Les souffrances éveillent l’homme à la vie spirituelle.

1

L’homme est l’esprit de Dieu enfermé dans un corps.

Au début de la vie, l’homme ne le sait pas, et croit que sa vie est dans son corps. Mais plus il avance, plus il apprend que la vraie vie est dans l’esprit et non dans le corps. Toute l’existence de l’homme consiste à l’apprendre de mieux en mieux. Et cette connaissance nous est donnée plus facilement et plus sûrement par les souffrances corporelles qui rendent notre vie telle qu’elle doit être, c’est-à-dire spirituelle.

2

La croissance physique sert à préparer les provisions pour la croissance spirituelle, qui commence lorsque le corps décline.

3

L’homme vit pour son corps qui dit: tout est mal. L’homme vit pour son âme qui dit: ce n’est pas vrai, tout est bien. Ce que tu crois mauvais est précisément la meule sans laquelle ce qu’il y a de plus précieux en toi serait émoussé et rouillé: ton âme.

4

Tous les malheurs—ceux des individus comme ceux de l’humanité entière—conduisent l’humanité et les hommes, bien que par des chemins détournés, à l’unique but qui est donné à tous les hommes: à la manifestation de plus en plus grande de l’élément spirituel, par chaque homme séparé comme par toute l’humanité.

5

«Car je suis descendu du Ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé. Or, la volonté du Père qui m’a envoyé est que je ne perde rien de ce qu’il m’a donné,» dit Jean (VI, 28-39), autrement dit, il est commandé de conserver, de cultiver, d’amener au plus haut degré possible l’étincelle divine qui m’est donnée, qui m’est confiée, comme un enfant à sa bonne. Que faut-il pour accomplir cela? Non pas satisfaire nos désirs charnels, celui de la gloire; non la vie tranquille, mais, au contraire, l’abstinence, l’humilité, le travail, la lutte, les privations, les persécutions, tout ce qui est dit tant de fois dans l’Evangile. Et c’est précisément ce dont nous avons besoin qui nous est envoyé sous diverses formes, en grandes et en petites mesures. Sachons seulement l’accepter comme il convient, comme une épreuve dont nous avons besoin et qui donne la joie, et non comme quelque chose d’ennuyeux qui trouble notre existence bestiale, et celle que nous croyons être la vraie et dont l’accroissement d’intensité nous apparaît comme un bonheur.

6

«Si l’homme pouvait ne pas craindre la mort et ne pas y penser, les souffrances affreuses, inutiles, injustifiables et inévitables suffiraient à enlever tout sens raisonnable attribué à la vie», disent les hommes.

Je m’emploie à une bonne œuvre, incontestablement utile aux autres, et brusquement la maladie interrompt mon travail, me fait souffrir sans raison. La vis d’un rail se rouille, et il faut que ce soit précisément le jour même qu’il saute, qu’une excellente mère se trouve dans le wagon et que ses enfants soient écrasés devant elle. Il faut que le tremblement de terre se produise juste à l’endroit où se trouve Lisbonne ou Verny, et que des innocents soient ensevelis sous la terre et périssent dans d’affreux tourments. Pourquoi les milliers d’autres accidents affreux, ineptes, tant de souffrances qui frappent les hommes? Quel sens à cela?

La réponse est que ces raisonnements sont absolument justes pour ceux qui ne reconnaissent pas la vie spirituelle. Pour eux, la vie humaine n’a réellement aucun sens. La vie de ceux qui n’admettent pas de vie spirituelle ne saurait, en effet, qu’être insensée et malheureuse. Et s’ils déduisaient tout ce qui découle inévitablement de leur conception matérielle de la vie, ils ne pourraient vivre un instant de plus. Car aucun ouvrier ne serait resté chez un patron qui, en l’engageant, aurait exigé le droit de brûler, toutes les fois qu’il en aurait envie, cet ouvrier sur un feu lent, ou bien de l’écorcher vif, de le soumettre à toutes les horreurs que le patron ferait subir à ses ouvriers, en présence de celui qu’il engage. Si les hommes comprenaient réellement la vie, comme ils le disent, c’est-à-dire uniquement comme une existence matérielle, nul parmi eux, par la seule crainte des affreux et inexplicables tortures qu’il voit autour de lui et qui peuvent l’assaillir à tout instant, ne continuerait à vivre sur la terre.

Pourtant, les hommes vivent, se plaignent, se lamentent, mais continuent à vivre.

Il n’y a qu’une seule explication à celte étrange contradiction: c’est que tous les hommes savent, dans leur for intérieur, que leur vie n’est pas dans leur corps, mais dans leur âme, et que toutes les souffrances sont nécessaires, indispensables pour le bien de la vie spirituelle; quand, ne voyant aucun sens à la vie humaine, ils se révoltent contre les souffrances, mais continuent néanmoins à vivre, cela tient uniquement à ce que leur raison affirme la matérialité de leur vie, tandis qu’ils sentent, au fond de leur âme, qu’elle est spirituelle et qu’aucune souffrance ne peut priver l’homme de son vrai bonheur.


III.—Les souffrances apprennent à l’homme à considérer la vie au point de vue raisonnable.

1

Tout ce que nous appelons mal, toute peine, à condition de l’envisager comme il convient, améliore notre âme. Et toute l’œuvre de la vie consiste en cette amélioration.

«En vérité, en vérité, je vous dis que vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira; vous serez dans la tristesse, mais votre tristesse sera changée en joie. Quand une femme accouche, elle a des douleurs parce que son terme est venu; mais dès qu’elle a accouché d’un enfant, elle ne se souvient plus de son travail, à cause de sa joie de ce qu’un homme est né dans le monde.»

JEAN, XVI, 20-21.

2

Les souffrances de la vie déraisonnable amènent à reconnaître la nécessité d’une vie raisonnable.

3

De même que seuls les ténèbres de la nuit révèlent les astres célestes, seules les souffrances révèlent la vraie signification de la vie.

THOREAU.

4

Les obstacles extérieurs ne font pas de mal à l’homme d’esprit fort, car le mal est tout ce qui défigure ou affaiblit, comme cela est le cas pour les animaux que les obstacles irritent ou affaiblissent; mais pour l’homme qui les accueille avec la force d’esprit qui lui est donnée, tout obstacle ne peut qu’augmenter sa beauté morale et sa force.

MARC-AURÈLE.

5

Seulement après avoir éprouvé la souffrance, j’ai appris la parenté des âmes humaines entre elles. Il suffit de bien souffrir soi-même pour savoir comprendre tous ceux qui souffrent. Bien plus: la raison même devient plus lucide; on commence à connaître la situation et la carrière des gens qui s’étaient cachés jusque-là, et l’on aperçoit nettement ce dont chacun a besoin. Grand est le Dieu qui nous instruit ainsi I Et par quoi nous instruit-il? Par les misères mêmes que nous fuyons. C’est par les souffrances et les peines qu’il nous est donné d’acquérir les petites parcelles de sagesse, de celle qui ne s’apprend pas dans les livres.

GOGOL.

6

Si Dieu nous donnait des éducateurs et si nous savions sûrement qu’ils nous sont envoyés par Dieu, nous leur obéirions librement avec joie.

Et nous possédons bien ces éducateurs: ce sont la misère et tous les accidents de la vie.

PASCAL.

7

Tout ce que la Providence envoie à tout être vivant lui est non seulement utile, mais encore utile au moment où la Providence le lui envoie.

MARC-AURÈLE.

8

L’homme qui ne reconnaît pas la bienfaisance des souffrances, n’a pas encore commencé à vivre de la vie raisonnable, c’est-à-dire de la vraie vie.


IV.—Les maladies n’entravent pas la vraie vie, mais y aident.

1

Rien qu’en voyant combien sont faibles et souvent mauvais ceux à qui tout réussit dans la vie, qui se portent toujours bien, qui sont riches, qui ne connaissent ni les offenses, ni les humiliations, on voit combien les épreuves sont indispensables à l’homme. Et nous nous plaignons de devoir les supporter!

2

Il n’est point de maladie qui puisse empêcher l’accomplissement du devoir. Si tu ne peux pas servir les hommes par tes travaux, sers-les par l’exemple de patience et d’amour.

3

Il y a une histoire où l’on conte qu’un homme a été puni, à cause de ses péchés, par l’impossibilité de mourir. On peut dire sûrement que si l’homme avait été puni par l’impossibilité de souffrir, la punition aurait été tout aussi pénible.

4

Ce n’est pas bien de cacher à un malade qu’il peut mourir de sa maladie. Il faut, au contraire, le lui rappeler. En le lui cachant, nous le privons du bienfait que lui donne la maladie; elle évoque en lui, par la conscience de la mort prochaine, la conscience de la vie spirituelle.

5

Le feu détruit et chauffe. Il en est de même de la maladie. Lorsque, bien portant, nous tâchons de bien vivre, nous le faisons avec difficulté; durant la maladie, au contraire, tout le poids des tentations mondaines disparaît, on se sent brusquement libre, et l’on est même effrayé de penser—tout le monde l’a éprouvé—qu’aussitôt la maladie passée, ce poids retombe sur vous de toute sa force.

6

Plus l’homme souffre physiquement, mieux il se sent moralement. C’est pourquoi l’homme ne peut pas être malheureux. Le spirituel et le corporel sont comme deux fléaux d’une balance: plus le corporel est lourd, plus le spirituel s’élève, plus l’âme est bien, et vice versa.

7

«La décrépitude, la sensibilité marquent l’évanouissement de la conscience et de la vie de l’homme», dit-on souvent.

Je me représente, d’après la légende, le vieux Jean Théologue, tombé dans l’enfance. Il n’aurait fait que répéter: «Mes frères, aimez-vous les uns les autres.»

Un petit vieillard centenaire, marchant avec peine, aux yeux larmoyants, marmottant toujours les mêmes trois mots: aimez-vous tous. Dans un tel homme, l’existence animale est presque imperceptible; elle s’est désagrégée sous l’action de la nouvelle conception du monde, du nouvel être qui n’a plus rien de charnel.

Un homme, comprenant la vie comme elle doit être comprise en réalité, ne saurait parler de l’amoindrissement de sa vie par les maladies et la vieillesse; ce serait se lamenter du fait qu’en s’approchant de la lumière, son ombre diminue à mesure qu’il avance.


V.—Ce que nous appelons le mal, ce sont nos fautes.

1

Le mal est uniquement en nous, c’est-à-dire d’un endroit d’où l’on peut le chasser.

2

Souvent un homme superficiel, en songeant aux malheurs qui affligent le genre humain, perd l’espoir dans la possibilité de l’amélioration de la vie, et se sent mécontent de la Providence qui dirige le monde. IL y a là une grande erreur. Être satisfait de la Providence (bien qu’elle nous ait tracé le chemin le plus difficile dans la vie) est essentiellement important pour ne pas perdre courage au milieu de nos malheurs, mais surtout pour ne pas perdre de vue notre faute à nous, tout en n’en accusant pas le sort, cette faute étant la seule cause de tous nos malheurs.

D’après KANT.

3

L’homme peut éviter les malheurs que Dieu lui envoie, mais il ne peut être sauvé des malheurs qu’il cause lui-même par sa mauvaise vie.


VI.—La conscience des bienfaits de la souffrance supprime son poids.

1

Que faire lorsque tout nous abandonne: la santé, la joie, l’affection, la fraîcheur des sens, la mémoire, la capacité du travail, lorsqu’il nous semble que le soleil devient froid et que la vie perd tous ses charmes? Que faire quand nous n’avons plus aucun espoir? Nous griser, ou nous pétrifier? Il n’y a jamais qu’une seule réponse: vivre d’une vie spirituelle, croître sans cesse. Arrive ce que pourra, si ta conscience est tranquille, si tu sens que tu accomplis ce que ton être spirituel demande. Sois ce que tu dois être; le reste est affaire de Dieu. Et quand même il n’y aurait pas de Dieu saint et charitable, la vie spirituelle serait, néanmoins, la solution du mystère et l’étoile polaire de l’humanité mouvante, car elle, seule donne le vrai bonheur.

AMIEL.

2

Sache seulement et crois que tout ce qui t’arrive te conduit vers ton vrai bonheur spirituel, et tu accueilleras la maladie, la misère, l’outrage; tout ce que les hommes considèrent comme des malheurs, non comme des malheurs, mais comme nécessaires pour ton bien, de même que le cultivateur accueille la pluie qui le trempe, mais qui est nécessaire à son champ, comme le malade prend un médicament amer.

3 class=”caption”>4

Souviens-toi que la faculté par laquelle se distingue un être raisonnable, c’est la soumission libre à son sort, et non la lutte honteuse contre lui, car cette lutte est le propre des bêtes.

MARC-AURÈLE.

4

Chacun a sa croix, son joug, non pas dans le sens du poids, mais dans le sens de la destinée de la vie, et lorsque nous ne considérons pas la croix comme un poids, mais comme une destinée, il nous est facile de la porter. Cela nous est facile lorsque nous sommes humbles de cœur, dociles et modestes. Et cela devient plus facile encore lorsque nous renonçons à nous-mêmes; et cela est encore plus facile lorsque nous la portons à toutes les heures, comme nous l’enseigne le Christ. Et cela devient de plus en plus facile lorsque nous nous oublions dans le travail spirituel, de même que les gens s’oublient dans les travaux mondains. La croix qui nous est envoyée est ce à quoi nous devons travailler. Toute notre vie est dans ce travail. Si la croix est une maladie—il faut la porter avec humilité; si c’est une offense faite par les gens—c’est de savoir payer le mal par le bien; si c’est, une humiliation,—c’est de s’abaisser; si c’est la mort—c’est de l’accueillir avec gratitude.

5

Plus on repousse sa croix, plus elle devient lourde.

AMIEL.

6

La façon dont l’homme accueille son sort est incontestablement plus importante que le sort même.

HUMBOLDT.

7

Aucun chagrin n’est aussi grand que la crainte qu’on en a.

8

Si tu as un ennemi et que tu sais en profiler pour t’exercer sur lui à aimer tes ennemis, ce que tu considères comme mal deviendra pour toi un grand bien.

9

La maladie, la perte d’un membre, la déception cruelle, la perle des biens ou des amis semblent d’abord des pertes irréparables. Mais les années donnent à ces perles une grande force curative.

EMERSON.

10

A l’époque pénible des maladies, des pertes et de malheurs, la prière est plus nécessaire qu’à tout autre moment,—non pas la prière de nous épargner, mais de reconnaître notre dépendance de la volonté suprême. «Que Ta volonté soit faite et non la mienne, et non comme je le veux, mais comme Tu le veux. Ma mission est d’accomplir Ta volonté dans les conditions où tu m’as placé.» Dans les moments difficiles, il est on ne peut plus nécessaire de nous rappeler que si nous souffrons, cette souffrance nous est justement donnée afin que nous puissions montrer que nous voulons accomplir Sa volonté et non la nôtre.


VII—Les souffrances ne peuvent entraver l’accomplissement de la volonté de Dieu.

1

L’homme n’est jamais plus près de Dieu que lorsqu’il est dans le malheur. Profitez-en pour ne pas perdre l’occasion de vous rapprocher de ce qui donne seul le bonheur constant.

2

Combien est juste l’ancien proverbe disant que Dieu envoie la souffrance à celui qu’Il aime. Pour celui qui y croit, la souffrance n’est pas une souffrance, mais un bonheur.

3

Il te suffît de te dire que la volonté de Dieu s’accomplit dans tout ce qui arrive, de croire que la volonté de Dieu est toujours le bien, et tu ne craindras plus rien, et la vie sera toujours un bonheur pour toi.


[1]Ou Thomas Hemerken, auteur présumé de l’Imitation de Jésus-Christ. (Note du trad.).

[2]Philosophe allemand, de tendance néo-karitienne, professeur à l’Université de Berlin. (N. du trad.).


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