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La Pensée de l’Humanité de Léon Tolstoï


Littérature russe   – Livres pour enfants – Poésie russe – Léon Tolstoï – La Pensée de l’Humanité – Table Des Matières
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Chapitre XXX



LA VIE EST UN BIEN

La vie de l’homme et son bonheur est dans l’union de plus en plus intime de l’âme, séparée par le corps des autres âmes et de Dieu, avec ce dont elle est séparée. Cette union s’opère par la manifestation de l’amour, déterminant la libération de l’âme du corps. C’est pourquoi, si l’homme comprend que la vie et son bonheur consistent en cette libération de l’âme, sa vie, malgré toutes les souffrances, n’importe quels malheurs et n’importe quelles maladies, ne peut être rien d’autre qu’un bonheur.


I.—La vie est le bonheur suprême, accessible à l’homme.

1

La vie, quelle qu’elle soit, est un bien qui est supérieur à tout autre. Si nous disons que la vie est un mal, c’est uniquement par comparaison à une autre vie que nous imaginons meilleure; mais nous ne connaissons aucune autre vie meilleure et ne pouvons la connaître; c’est pourquoi, la vie, quelle qu’elle soit, est notre bonheur suprême.

2

Nous négligeons souvent le bien de la vie présente, dans l’espoir de recevoir quelque part un bien supérieur. Mais un si grand bien ne peut jamais exister nulle part, parce que ce bien nous est déjà donné: la vie, bien au-dessus duquel il n’y a rien et il ne peut rien y avoir.

3

Le monde ici-bas n’est pas une plaisanterie, ni une vallée de larmes, ni l’asile avant le passage dans un monde meilleur, mais un des mondes éternels, beau, joyeux et que nous pouvons et devons, par nos efforts, rendre plus beau et plus joyeux encore pour ceux qui vivent avec nous et pour tous ceux qui y vivront après nous.

4

L’homme est malheureux parce qu’il ne sait pas qu’il est heureux.

DOSTOIEVSKY.

5

On ne doit pas dire que le but de la vie est de servir Dieu. Le but de la vie est toujours et sera toujours la recherche du bonheur. Et comme Dieu a voulu donner le bonheur aux hommes, ceux-ci, en le poursuivant, font ce que Dieu veut d’eux: ils accomplissent Sa volonté.


II.—Le vrai bien est dans la vie présente, et non dans la vie «d’outre-tombe».

1

D’après la fausse doctrine, la vie en ce monde est un mal, tandis que le bien est atteint dans l’autre monde.

D’après la vraie doctrine chrétienne, le but de la vie est le bonheur, et on obtient ce bonheur ici-bas.

Le vrai bien est toujours en notre pouvoir. Il suit la vie juste comme une ombre.

2

Si le paradis n’est pas en toi-même, tu n’y pénétreras jamais.

ANGÉLUS.

3

Ne crois pas que la vie n’est qu’un passage dans un autre monde, et seulement que là nous pouvons être heureux. Nous devons être bien ici, en ce monde. Et pour être bien ici, nous n’avons qu’à vivre comme veut Celui Qui nous y a envoyés. Et ne dis pas que pour que tu puisses bien vivre, il faut que tous vivent bien, qu’ils mènent tous une vie juste. Non. Vis toi-même selon Dieu, fais des efforts toi-même, et tu vivras sûrement bien, et les autres ne s’en ressentiront pas plus mal, mais mieux.

4

Vis de la vraie vie, et tu auras beaucoup d’ennemis; mais ceux-ci mêmes t’aimeront. La vie t’apportera bien des malheurs; mais eux aussi te rendront heureux, tu béniras la vie et tu forceras les autres à la bénir.

D’après DOSTOIEVSKY.


III—Tu ne trouveras le vrai bonheur qu’en toi-même.

1

Dieu est entré en moi et c’est par moi qu’il cherche Son bien. Mais quel peut être le bonheur de Dieu? Seulement celui d’être Lui.

ANGÉLUS.

2

Un sage dit: J’ai fait le tour du monde entier en cherchant le bien. Je l’ai cherché sans trêve, jour et nuit. Quand je désespérais déjà de le trouver, une voix intérieure me dit: ce bien est en toi-même. J’ai écouté cette voix et j’ai trouvé le vrai bonheur.

3

Quel bien te faut-il encore, quand Dieu et tout l’univers est en toi?

ANGÉLUS.

4

Les hommes sont heureux lorsqu’ils disent que rien n’est à eux sauf leur âme. Ils sont heureux même quand ils vivent parmi les gens cupides et méchants qui les haïssent: personne ne peut leur prendre leur bonheur.

Doctrine bouddhiste.

5

Mieux les hommes vivent, moins ils se plaignent des autres. Et plus ils vivent mal, plus ils sont mécontents non pas d’eux-mêmes, mais des autres.

6

Le sage cherche tout en lui-même; l’insensé cherche tout dans les autres.

CONFUCIUS


IV.—La vraie vie est la vie spirituelle.

1

La vie humaine, pleine de souffrances corporelles pouvant s’arrêter à tout instant, doit avoir, pour ne pas être la plaisanterie la plus grossière, un sens conformément auquel elle ne peut être troublée ni par les souffrances, ni par sa longue durée, ni par sa brièveté.

Or la vie humaine a ce sens. Il est dans notre conscience de plus en plus nette de receler en nous Dieu.

2

La vie humaine est une communion continue de l’être spirituel, isolé par le corps, avec ce à quoi il a conscience d’être uni. Que l’homme le comprenne ou non, qu’il le veuille ou non, cette communion s’opère irrésistiblement par l’état que nous appelons: vie humaine. La différence entre les hommes qui ne comprennent pas leur destination et ne veulent pas vivre conformément à elle, et ceux qui la comprennent et veulent vivre conformément à elle, consiste en ce que la vie de ceux qui ne la comprennent pas, est une souffrance continuelle, alors que la vie de ceux qui la comprennent et qui accomplissent leur destination, est un bien continu qui augmente sans cesse.

3

Rien ne confirme de façon aussi éclatante, que l’œuvre de la vie est dans le perfectionnement moral, que le fait que, si variés que soient tes désirs en dehors de ce perfectionnement, et bien qu’ils soient entièrement réalisés, l’attrait du désir s’éteint aussitôt que le but est réalisé. Il n’y a qu’une chose qui conserve la joie—c’est d’être conscient que l’on avance vers la perfection.

Seul ce perfectionnement continuel donne la vraie joie qui ne cesse de grandir. Chaque pas en avant fait sur ce chemin, entraîne une récompense qui est obtenue immédiatement. Et rien, ne peut la ravir.

4

Celui qui consacre sa vie au perfectionnement spirituel ne peut être mécontent, car ce qu’il désire est toujours en son pouvoir.

PASCAL.

5

Être heureux, posséder la vie éternelle, vivre en Dieu, être sauvé, tout cela a le même sens: c’est la solution du problème de la vie. Et ce bien s’accroît; l’homme ressent la possession de plus en plus forte et profonde de la joie céleste. Et ce bien n’a pas de bornes, car ce bien est la liberté, la toute-puissance, la satisfaction complète de tous les désirs.

AMIEL.


V.—En quoi consiste le vrai bonheur.

1

Les biens réels sont peu nombreux. Le vrai bien, le vrai bonheur est ce qui est le bien pour tous.

C’est pourquoi, on ne doit désirer que ce qui est conforme au bien commun. Celui dont l’œuvre vise ce but obtiendra son bonheur.

MARC-AURÈLE.

2

Dans les situations des hommes, le mal est uni au bien, tandis que dans leurs tendances ce mélange n’existe pas. La tendance peut être mauvaise: chercher à accomplir la volonté de sa nature charnelle—, ou bonne: chercher à accomplir la volonté de Dieu. Si l’homme suit le premier désir, il est sûrement malheureux; s’il suit le deuxième, il n’y a pas pour lui de malheur possible—tout est bonheur.

3

Personne ne peut faire le vrai bonheur d’un autre. L’homme ne peut faire que son propre bonheur. Le vrai bien ne consiste qu’en une seule chose: vivre pour l’âme et non pour le corps.

4

Faire le bien est la seule œuvre dont on puisse dire qu’elle nous est sûrement profitable.

5

On dit que celui qui fait le bien n’a pas besoin de récompense. C’est vrai, si l’on croit que la récompense ne sera pas en toi et ne viendra pas de suite, mais dans l’avenir. Mais l’homme est incapable de faire le bien sans récompense, sans que cela lui donne la joie. Il s’agit de comprendre en quoi consiste la vraie récompense. Elle n’est pas dans ce qui est extérieur ni dans l’avenir, mais dans ce qui est interne et actuel: elle est dans le perfectionnement de l’âme. C’est là qu’est la récompense et en même temps la raison de faire le bien.

6

Un homme de sainte vie priait Dieu pour les hommes: O Seigneur, disait-il, sois miséricordieux pour les méchants, parce que tu as déjà été miséricordieux pour les bons: ils sont heureux, parce qu’ils sont bons.

SAADI.


VI.—Le bien est dans l’amour.

1

Il n’y a qu’une chose à faire pour être sûr d’être heureux: c’est d’aimer, d’aimer tous, les méchants et les bons. Aime toujours et tu seras heureux toujours.

2

Nous ne savons pas et nous ne pouvons savoir pourquoi nous vivons. Aussi, ne pourrions-nous pas savoir ce que nous devons et ce que nous ne devons pas faire, si nous n’éprouvions pas le désir du bien. Ce désir nous démontre clairement ce que nous devons faire, à condition de ne pas comprendre notre vie à la façon de l’animal, mais en nous souvenant que nous avons une âme. Et le bonheur que désire notre âme nous est donné dans l’amour.

3

Si le Dieu de charité existe et s’Il a créé le monde, Il l’a sûrement fait de façon à ce que tous, y compris les hommes, y soient heureux.

Mais si Dieu n’existe pas, vivons nous-mêmes de façon à ce que nous soyons bien. Et pour que nous soyons bien, il faut que nous nous aimions les uns et les autres, il faut qu’il y ait de l’amour. Et Dieu étant amour, nous viendrons encore à Lui.

4

On dit: «Pourquoi aimerions-nous ceux qui nous sont désagréables?» Parce que c’est là qu’est la joie. Eprouve-le et tu sauras si c’est vrai.

5

Rien que la mort devant nous, rien que l’accomplissement immédiat du devoir! Comme cela semble triste et effrayant! Pourtant, consacre ta vie à l’union, par l’amour, aux hommes et à Dieu, et ce qui te paraissait effrayant, deviendra le plus grand bien.


VII.—Plus l’homme vit pour son corps, plus il est privé du vrai bonheur.

1

Les uns cherchent le bien dans la puissance, les autres dans les sciences, les troisièmes dans les plaisirs. Ces trois genres de jouissances ont formé trois écoles différentes, et tous les philosophes ont toujours suivi l’une d’elles. D’autres, qui se sont plus rapprochés de la vraie philosophie, ont compris qu’il est nécessaire que le bien général désiré par tous ne soient dans aucune des choses particulières qui ne peuvent être possédées que par un seul, et qui, étant partagées, affligent plus le possesseur par le manque de la partie qu’il n’a pas, qu’elles ne le contentent par la jouissance de celle qui lui appartient. Ils ont compris que le vrai bien devait être tel que tous puissent le posséder à la fois, sans diminution et sans envie, et que personne ne pût le perdre contre son gré. Et ce bien existe: ce bien est dans l’amour.

PASCAL.

2

Pourquoi t’agites-tu, malheureureux? Tu cherches le bien, tu cours quelque part, et le bien est en toi-même. Inutile de le chercher à d’autres portes. Si le bien n’est pas en toi, il n’est nulle part. Le bien est en toi, en ce que tu peux aimer tous, non pour quelque chose, mais pour vivre, et non de ta propre vie, mais aussi de celle des autres. Chercher le bien dans le monde et ne pas profiter du bien qui est en notre âme, revient au même que d’aller puiser l’eau dans une grande mare trouble et éloignée, tandis qu’il y a à côté une source pure venant de la montagne.

D’après ANGÉLUS.

3

Si tu veux le vrai bonheur, ne le cherche pas dans les pays éloignés, dans la richesse, dans les honneurs, ne le demande pas aux hommes, ne t’inclinent pas devant eux et ne lutte pas contre eux pour le bonheur. On peut, par ces moyens, obtenir des richesses, un grand titre et diverses choses inutiles; mais le vrai bonheur, dont chacun a besoin, ne peut être obtenu auprès des hommes, ni acheté ou sollicité, ni donné gratuitement. Sache que tout ce que tu ne peux prendre toi-même, ne t’appartient pas et ne t’est pas nécessaire. Tu peux toujours prendre toi-même, par une vie juste, tous ce dont tu as besoin.

Oui, le bonheur ne dépend ni du ciel, ni de la terre, mais uniquement de nous-mêmes.

Il n’y a qu’un seul bien au monde, lui seul nous est nécessaire. Quel est donc ce bien? C’est la vie dans l’amour. Et ce bien peut être facilement obtenu.

D’après SKOVORODA.

4

Dieu soit loué d’avoir rendu facile aux hommes tout ce qui leur est nécessaire, et difficile tout ce dont ils n’ont pas besoin. Le bonheur est très nécessaire à l’homme, et il n’y a rien de plus facile que d’être heureux. Dieu en soit loué!

Le Royaume de Dieu est en nous. Le bonheur est dans le cœur, s’il contient de l’amour.

Qu’arriverait-il si le bonheur nécessaire à tout homme avait été accordé suivant l’endroit, le temps, l’état, la position, la santé, la force corporelle? Qu’arriverait-il si le bonheur existait uniquement en Amérique, ou uniquement à Jérusalem, ou à l’époque de Salomon, dans la demeure des rois, grâce à la richesse, aux grades, si on le trouvait seulement au désert, dans les sciences, dans la santé, dans la beauté?

Serait-il possible aux hommes de ne vivre qu’en Amérique, ou de vivre à la même époque? Si le bonheur était dans la richesse, ou dans la santé, ou dans la beauté, tous les pauvres, tous les vieux, tous les malades, tous les laids seraient malheureux. Dieu aurait-il privé tous ces gens de bonheur? Non, Dieu soit loué, il a rendu l’inutile difficile: il a agi de façon à ce qu’il n’y ait pas de bonheur dans la richesse, ni dans les grades, ni dans la beauté du corps. Le bonheur n’est qu’en une seule chose—dans la vie juste, et cela est au pouvoir de chacun.

5

Demander à Dieu que quelqu’un nous donne le bien dans cette vie, revient au même que d’être assis auprès d’une source, et demander à d’autres de calmer ta soif. Baisse-toi et bois. Le bonheur nous est donné, il faut savoir en profiter.

6

Si tu considères comme un bien ce qui n’est pas en ton pouvoir, tu seras toujours malheureux. Persuades-toi que tout le bonheur est à ta portée, et personne ne te le ravira.


VIII.—L’homme n’éprouve pas le bien de la vie uniquement quand il ne suit pas la loi de la vie.

1

Si tu demandes: pourquoi le mal existe-t-il? Je réponds par la question: pourquoi la vie existe-t-elle? Le mal est pour que la vie soit. La vie se manifeste par la libération du mal.

2

Si notre vie n’est pas heureuse, cela tient uniquement à ce que nous ne faisons pas ce que nous aurions dû faire pour que la vie soit une joie perpétuelle.

3

Si quelqu’un dit qu’il se sent malheureux en faisant le bien, cela prouve uniquement que ce qu’il considère comme le bien ne l’est pas.

4

Sache et souviens-toi que si l’homme est malheureux, c’est par sa propre faute. Les hommes ne sont malheureux que lorsqu’ils désirent ce qu’ils ne peuvent avoir.

Que ne peuvent-ils pas toujours avoir, bien qu’ils le désirent, et que peuvent-ils toujours avoir quand ils le désirent?

Ils ne peuvent pas toujours avoir ce qui n’est pas en leur pouvoir, ce que les autres peuvent lui prendre. Seul est en leur pouvoir ce que rien ni personne ne sauraient leur ravir. A la première catégorie appartiennent tous les biens terrestres: la richesse, les honneurs, la santé. A la deuxième: notre âme, notre perfectionnement spirituel. Et précisément la chose qui nous est le plus nécessaire pour notre bien est en notre pouvoir, parce que rien, aucun bien terrestre ne donne le vrai bien, mais ne fait que nous leurrer. Le vrai bien ne peut être obtenu que par notre effort vers la perfection spirituelle, et cet effort est toujours en notre pouvoir.

On a agi pour nous de même qu’un bon père aurait agi pour ses enfants. Seul ce qui ne peut nous donner le bonheur ne nous appartient pas, tandis que tout ce qui nous est nécessaire nous est donné.

ÉPICTÈTE.

5

Ne crois pas que la perplexité devant le sens de la vie soit quelque chose de noble ou de tragique. Cette perplexité est pareille à celle que l’homme éprouve lorsqu’il se voit dans une société occupée à lire un bon livre. La perplexité de cet homme qui n’écoute pas attentivement ou n’a pas compris ce qu’on lit et qui s’agite au milieu des gens occupés, n’a rien de noble ni de tragique, mais est ridicule, bête et pitoyable.

6

Il y avait une fois un bienfaiteur qui, voulant faire aux hommes le plus de bien possible, se mit à réfléchir pour savoir comment il devait s’y prendre pour n’offenser personne et pour que tous en profitent. Si l’on distribue les richesses directement aux gens, on risque de donner moins à celui qui en a le plus besoin, et l’on en saurait en donner également à tout le monde; alors ceux qui n’en auraient pas assez diraient: Pourquoi as-tu donné aux autres et pas à nous?

Le bienfaiteur eut alors l’idée d’installer une auberge dans un endroit où passait beaucoup de monde et d’y déposer tout ce qui peut être utile, ou faire plaisir au voyageur. Il y ménagea des chambres bien chaudes, de bons poêles, du bois à brûler de provisions d’éclairage, de pains, de légumes, de fruits, de boissons de toute sorte, des lits, des vêtements, du linge, des chaussures, bref, quantité de produits pouvant suffire à beaucoup de monde. Puis, le bienfaiteur s’en alla pour voir ce qui en résultera à son retour.

Les bonnes gens commencèrent à affluer à l’auberge: y mangeaient, buvaient, couchaient, passaient parfois un jour ou deux, y restaient parfois une semaine entière. Parfois, ceux qui en avaient besoin emportaient des vêtements et des chaussures. Avant de s’en aller, ils rangeaient tout pour que d’autres passants puissent aussi en profiter, et puis ils partaient en remerciant le bienfaiteur inconnu.

Mais un jour, arrivèrent des gens grossiers et méchants. Ils s’emparèrent de tout ce qui leur convenait, et une dispute éclata parmi eux au moment du partage. D’abord, ils s’injurièrent, puis ils en vinrent aux mains, et se mirent à s’arracher les uns aux autres les objets et à les briser exprès pour que d’autres ne puissent s’en emparer. Et lorsqu’ils eurent tout détruit et commencèrent à souffrir du froid et de la faim ils se mirent à médire du propriétaire, en l’accusant d’avoir mal organisé les choses, de n’avoir pas mis de gardiens pour empêcher d’entrer de mauvaises gens. D’autres prétendaient qu’il n’y avait pas de propriétaire du tout, et que l’auberge s’êtait organisée toute seule.

Affamés, transis de froid et irrités, ces gens quittèrent l’auberge en s’injuriant entre eux, maudissant l’auberge et celui qui l’avait construite.

Les hommes agissent de même sur la terre quand ils ne vivent pas pour leur âme, mais pour leur corps, qu’ils gâchent leur vie et celle des autres, s’accusent entre eux et accusent Dieu, au lieu de s’accuser eux-mêmes, s’ils croient en Dieu, et accusent l’univers, s’ils ne croient pas en Dieu, et s’imaginent que le monde s’est organisé tout seul.


IX.—Seule l’observance de la loi de la vie donne le bien à l’homme.

1

Il faut toujours être joyeux. Si tu ne l’es plus, cherche où tu t’es trompé.

2

Si l’homme n’est pas satisfait de sa situation, il peut la modifier par deux moyens: améliorer les conditions de sa vie, ou bien améliorer son état moral. Le premier n’est pas toujours en son pouvoir, le second l’est toujours.

EMERSON.

3

Il me semble que l’homme doit considérer comme règle principale d’être heureux et satisfait. Il faut être honteux de son mécontentement comme d’une mauvaise action, et savoir que s’il y a quelque chose qui ne va pas en soi, on ne doit pas le raconter aux autres et s’en plaindre, mais tâcher de corriger ce qui va mal.

4

L’observance de la loi de Dieu, de la loi d’amour qui donne le bien suprême, est possible dans toutes les situations.

5

«Venez à Moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous soulagerai. Car Mon joug est le bien et Ma charge est légère», dit la doctrine du Christ. Ces paroles signifient qu’indépendamment des malheurs qui accablent l’homme, indépendamment des offenses et des amertumes qu’il doit supporter, il lui suffit de comprendre et de recueillir dans son cœur la vraie doctrine, qui dit que la vie et son bien consistent à unir l’âme à ce dont elle est séparée par le corps: aux âmes des autres hommes et à Dieu, pour que tout le mal apparent disparaisse. Il suffit à l’homme de voir le but de la vie dans l’union affectueuse avec tout ce qui vit et avec Dieu, et sa vie, au lieu d’être un tourment, devient aussitôt le bonheur.

FIN


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