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La Pensée de l’Humanité de Léon Tolstoï


Littérature russe   – Livres pour enfants – Poésie russe – Léon Tolstoï – La Pensée de l’Humanité – Table Des Matières
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Chapitre XXIX


APRÈS LA MORT

On demande: Qu’arrivera-t-il après la mort? Il n’y a qu’une réponse à cette question: le corps pourrira et deviendra poussière, cela nous le savons sûrement. Quant à ce qu’il adviendra de notre âme, nous ne pouvons en rien dire, parce que la question de: «qu’arrivera-t-il?» se rapporte au temps. Or l’âme est hors du temps. L’âme n’a pas été et ne sera pas. Elle est. Si elle n’existait pas, il n’y aurait rien.


I.—La mort charnelle n’est pas la fin de la vie, mais uniquement uns transformation.

1

Quand nous mourons, il peut nous arriver de deux choses l’une: ou bien ce que nous considérions comme nous-mêmes passera en un autre être, ou bien nous ne serons plus des êtres séparés, et nous nous confondrons avec Dieu. Que cela soit l’une ou l’autre, nous n’avons rien à craindre dans les deux cas.

2

La mort constitue une transformation de notre corps, la plus grande, la dernière. Nous subissons constamment des changements dans notre corps: nous étions d’abord des morceaux de chair; nous devenions ensuite des nourrissons; graduellement, nos cheveux, nos dents poussèrent, puis tombèrent, puis ils poussèrent à nouveau, la barbe apparut, commença à blanchir, à tomber, et nous n’avons jamais craint ces changements.

Pourquoi craignons-nous le dernier changement?

Parce que personne ne nous a raconté ce qui lui est arrivé après ce changement. Mais personne ne dira, lorsqu’un homme nous quitte et ne nous écrit plus, qu’il n’existe pas, qu’il est mal là où il est allé, nous dirons simplement que nous n’avons pas de nouvelles de lui. Il en est de même des morts: nous savons qu’ils ne sont plus parmi nous, mais nous n’avons aucune raison de croire qu’ils n’existent plus, ou qu’ils sont plus malheureux depuis qu’ils nous ont quittés. Si nous ne pouvons savoir ni ce qui arrivera après la mort, ni ce que nous étions avant cette vie, cela prouve uniquement qu’il ne nous est pas donné de le savoir, parce que nous n’avons pas besoin de le savoir. Nous ne savons qu’une chose, c’est que notre vie n’est pas dans les changements du corps, mais en ce qui vit dans ce corps, dans l’âme. Et l’âme ne peut avoir ni commencement ni fin, parce qu’elle seule existe.

3

«De deux choses l’une: ou la mort est la disparition absolue de la conscience, ou elle est, conformément à la légende, simplement un changement et la migration de l’âme d’un endroit dans un autre. Si la mort est la destruction complète de la conscience, et qu’elle est pareille à un sommeil profond sans rêves, elle est un bienfait incontestable, car chacun n’a qu’à se rappeler une nuit passée dans un tel sommeil sans rêves et à la comparer aux autres jours et aux autres nuits, avec leurs craintes, leurs inquiétudes et désirs non satisfaits, éprouvés tant en réalité qu’en rêves, et je suis persuadé que personne ne trouvera beaucoup de jours et de nuits plus heureux que les nuits sans rêves. De sorte que, si la mort est un tel sommeil, je la considère, quant à moi, comme un bienfait. Si elle constitue le passage d’un monde dans un autre, et s’il est vrai que tous les hommes sages et saints morts avant nous s’y trouvent, pourrait-on espérer un bonheur plus grand que de vivre parmi ces êtres? J’aurais voulu mourir, non pas une fois, mais cent fois, pourvu que je puisse pénétrer dans cet endroit.

«De sorte que ni vous, juges, ni les hommes, en général, ne doivent craindre la mort, me semble-t-il; ils n’ont qu’à se souvenir d’une chose: pour un homme de bien, il n’y a pas de mal ni dans la vie, ni dans la mort.»

(Extrait du discours de Socrate devant le Tribunal.)

4

Celui qui voit le sens de la vie dans le perfectionnement spirituel ne peut croire à la mort; il ne peut croire à l’arrêt de ce perfectionnement. Ce qui se perfectionne ne peut disparaître, cela ne peut que se modifier.

5

La mort est l’interruption de la conscience dont je vis actuellement. La conscience de cette vie s’arrête; je le vois sur ceux qui meurent. Mais que devient ce qui était la conscience? Je ne le sais pas, et je ne puis le savoir.

6

Les hommes craignent la mort et voudraient vivre aussi longtemps que possible. Mais si la mort est un malheur, n’est-il pas indifférent de mourir dans trente ou dans trois cents ans? Quelle joie a un condamné à mort de savoir que ses camarades mourront dans trois jours et que son exécution à lui aura lieu dans trente jours.

La vie se terminant par une mort définitive serait la mort même.

SKOVORODA.

7

Chacun sent qu’il n’est pas un rien amené à la vie, à un certain moment, par quelqu’un d’autre. C’est de là que vient notre assurance que la mort peut mettre une fin à notre vie, mais non à notre existence.

SCHOPENHAUER.

8

Plus on est profondément conscient de sa vie, moins on croit à sa disparition et à la mort.

9

Je ne crois en aucune des religions existantes, et ne puis, par suite, être soupçonné de suivre aveuglément quelque tradition ou de subir l’influence de l’éducation. Mais, durant ma vie entière, j’ai réfléchi aussi profondément que j’en étais capable sur la loi de notre vie. Je l’ai cherchée dans l’histoire de l’humanité et dans ma propre conscience, et je suis arrivé à la conviction inébranlable que la mort n’existe pas, que la vie ne peut être qu’éternelle, que le perfectionnement infini est une loi de la vie, que chaque qualité, chaque idée, chaque tendance que je possède, doit avoir son développement pratique; que nous avons des capacités, des tendances qui dépassent, de beaucoup les éventualités de notre vie terrestre, que le fait même que nous en disposons et ne pouvons découvrir leur origine dans nos sens peut être considéré comme une preuve de ce quelles nous viennent des régions extra-terrestres et ne peuvent être réalisées que dans ces régions; que rien ne peut ici-bas, sauf les choses visibles, et que croire que nous mourons parce que notre corps meurt revient au même que de s’imaginer que l’ouvrier est mort parce que son outil s’est usé.

Joseph MAZZINI.

10

Si l’espoir de l’immortalité était une illusion, on pourrait voir clairement qui sont ceux qui ont été trompés. Non pas les âmes basses et noires qui n’ont jamais envisagé cette grande pensée, non pas les gens endormis et distraits qui sont satisfaits du sommeil voluptueux de cette vie et du sommeil des ténèbres dans l’avenir, non pas les égoïstes aux idées étroites et qui sont plus mesquines encore dans l’amour. Non, pas eux. Ils auraient raison, et le bénéfice serait de leur côté. Ceux qui auraient été trompés, ce seraient les grands et les saints que les hommes vénèrent; les trompés seraient tous ceux qui ont vécu pour quelque chose de meilleur que leur bonheur personnel, et qui ont donné leur vie pour le bien commun.

Tous ces hommes auraient été trompés. Le Christ lui-même aurait souffert inutilement en donnant Son esprit au Père imaginaire, et Il aurait tort de croire qu’Il L’avait manifesté par Sa vie. Toute la tragédie du Golgotha ne serait qu’un malentendu: la vérité serait du côté de ceux qui se moquaient de Lui et désiraient Sa mort; elle serait également aujourd’hui du côté de ceux qui sont indifférents à la conformité avec la nature humaine qu’offre cette histoire soi-disant imaginaire. Qui vénérerait-on, qui croirait-on si l’inspiration des êtres supérieurs n’était que des fables ingénieusement combinées?

PARKER.


II.—Le principe du changement de l’existence qui a lieu pendant la vie corporelle est inaccessible à la raison humaine.

1

Nous tâchons souvent de nous représenter la mort comme un passage dans une région inconnue; mais cette conception ne nous donne absolument rien. Il est tout aussi impossible de se représenter la mort, qu’il est impossible de se représenter Dieu. Tout ce que nous pouvons savoir, c’est que la mort, de même que tout ce qui vient de Dieu, est un bien.

2

On nous demande: que deviendra l’âme après la mort? Nous ne le savons pas, et nous ne pouvons le savoir. Il n’y a qu’une chose de certain: c’est que si tu te diriges quelque part, tu es sûrement sorti de quelque endroit. Il en est de même de la vie. Si tu es dans cette vie, tu es sûrement sorti de quelque part. Tu retourneras là d’où tu es sorti.

3

Je ne me souviens absolument pas de ce qui a eu lieu avant ma naissance; je pense donc qu’après la mort je ne me souviendrai de rien de ma vie actuelle. Si la vie après la mort existe, il m’est impossible de l’imaginer.

4

Personne ne sait ce qu’est la mort et, cependant, tous la craignent, en la considérant comme le plus grand-mal, bien qu’elle puisse être le plus grand bonheur.

PLATON.

5

Personne ne peut se vanter de savoir que Dieu et la vie future existent. Je ne puis pas dire que je sache indubitablement que Dieu et mon immortalité existent, mais je dois dire que je sens qu’il y a un Dieu, comme je sens qu’il y a un «moi» immortel. Cela prouve que ma foi en Dieu et en l’autre monde est tellement liée à ma nature qu’elle ne peut être séparée de moi.

D’après KANT.

6

Le Christ a dit en mourant: «Père, je remets mon esprit entre Tes mains.» Quiconque prononce ces paroles, non pas avec la langue, mais avec le cœur, n’a plus besoin de rien. Si mon esprit retourne à Celui de Qui il émane, il ne peut rien arriver à mon esprit que ce qu’il y a de meilleur.


III.—La mort est une libération.

1

La mort est la destruction du vase dans lequel notre esprit est enfermé. On ne doit pas confondre ce vase avec ce qu’il contient.

2

Lorsque nous venons au monde, nos âmes sont mises dans les bières de notre corps. Cette bière—notre corps—se désagrège petit à petit, et notre âme se libère de plus en plus. Mais lorsque le corps meurt par la volonté de Celui Qui a uni l’âme au corps, l’âme se libère entièrement.

D’après HÉRACLITE.

3

De même que le feu fait fondre la cire de la bougie, la vie de l’âme consume la vie du corps. Le corps brûle sur le feu de l’âme et se consume entièrement lorsque la mort vient. La mort détruit le corps de même que les constructeurs détruisent les chantiers, quand le bâtiment est prêt.

Le bâtiment, c’est la vie spirituelle; les chantiers, c’est le corps. Et l’homme qui a construit son bâtiment spirituel se réjouit en mourant de voir tomber les chantiers de sa vie corporelle.

4

Tout au monde pousse, fleurit et revient à sa racine. Ce retour est le retour conforme à la nature. La conformité avec la nature signifie l’éternité; c’est pourquoi la destruction du corps ne présente aucun danger.

LAO-TSEU.

5

L’homme qui travaillait toute sa vie à dompter ses passions, ce dont son corps l’empêchait, se réjouit d’en être libéré. Et la mort n’est qu’une libération. Le perfectionnement, dont nous avons parlé plus d’une fois, consiste dans la séparation possible de l’âme du corps, et dans la faculté acquise de se concentrer en dehors du corps, en elle-même; la mort donne cette même libération. Ne serait-il pas étrange que l’homme qui se prépare toute sa vie à vivre de façon à devenir aussi libre que possible par la domination du corps, s’en trouve mécontent au moment où cette libération est prête de se réaliser. C’est pourquoi, malgré tout le regret que j’ai de vous quitter et de vous causer du chagrin, je ne puis ne pas acclamer la mort, comme la réalisation de ce que je désirais atteindre durant toute ma vie.

(Du discours d’adieu de Socrate à ses élèves.)

6

L’homme voit les plantes et les animaux s’engendrer, croître, prendre des forces, se multiplier, puis faiblir, dépérir, vieillir et mourir.

Il le voit de même sur les autres hommes, et il le sait également que son corps vieillira, qu’il dépérira et mourra, comme tout ce qui naît et vit au monde.

Mais, en dehors de ce qu’il voit sur les autres êtres et sur lui-même, tout homme sait aussi qu’il y a quelque chose en lui qui ne faiblit ni ne vieillit; il sait, au contraire, que plus il vit, plus ce quelque chose se fortifie et se perfectionne: c’est son âme à laquelle rien ne peut arriver de ce qui arrive au corps. C’est pourquoi la mort n’effraie que celui qui ne vit pas de l’âme, mais du corps.

7

On demanda à un sage qui disait que l’âme était immortelle: «Qu’est-ce qui arrivera lorsque le monde finira?» Il répondit: «Pour que mon âme ne meure pas, il n’y a pas besoin du monde.»

8

L’âme ne vit pas dans le corps comme dans une maison, mais comme un voyageur dans un asile d’autrui.

Kouran hindou.

9

Plus notre vie devient spirituelle, plus nous croyons à l’immortalité. A mesure que notre nature s’éloigne de la grossièreté bestiale, nos doutes se dissipent.

Le voile se lève sur l’avenir, les ténèbres se dissipent, et nous sentons notre immortalité encore ici-bas.

MARTINEAU.

10

Celui qui comprend faussement la vie, comprendra toujours faussement la mort.

11

Celui qui connaît les autres est sage, celui qui se connaît lui-même est éclairé.

Celui qui vainc les autres est fort; celui qui se vainc lui-même est puissant.

Mais celui qui sait qu’il ne disparaîtra pas en mourant est éternel.

LAO-TSEU.


IV.—La naissance et la mort sont les bornes au delà desquelles notre vie nous est cachée.

1

La naissance et la mort sont deux bornes. Au delà de ces bornes il y a une sorte d’uniformité.

2

La naissance est la même chose que la mort. Dès sa naissance, l’enfant entre dans un monde nouveau, commence une tout autre vie que celle qu’il avait dans le sein de sa mère. Si l’enfant pouvait raconter ce qu’il a éprouvé en quittant la vie ancienne, il aurait dit la même chose qu’éprouve l’homme en quittant cette vie.

3

Où vont les hommes lorsqu’ils meurent? Là, probablement, d’où viennent ceux qui naissent. Les hommes viennent de Dieu, du Père de notre vie. C’est de Lui qu’est venu, vient, et viendra toute vie. De sorte qu’en mourant, l’homme ne fait que retourner vers Celui dont il est issu.

L’homme sort de la maison, travaille, se repose, mange, s’amuse, travaille à nouveau et, lorsqu’il est fatigué, il rentré chez lui.

Il en est de même durant toute la vie humaine; l’homme sort de chez Dieu, travaille, souffre, se console, se réjouit, se; repose et, s’étant suffisamment tourmenté, il revient à la maison, de laquelle il est sorti.

4

Ne sommes-nous pas ressuscités une fois déjà de l’état dans lequel nous étions moins renseignés sur le présent que nous ne le sommes actuellement sur l’avenir? De même que notre état antérieur se rapporte à l’état actuel, notre état actuel se rapporte à l’état futur.

LICHTENBERG.


V.—La mort libère l’âme des limites de la personnalité.

1

La mort est une libération de la personnalité bornée.

C’est de ce fait que résulte, apparemment, l’expression de paix et de repos que l’on remarque sur les figures de la plupart des morts. La mort de tout homme de bien est facile et tranquille; mais mourir avec empressement, volontiers, mourir avec joie, voilà l’avantage de celui qui a renoncé à lui-même, de celui qui renonce à la vie individuelle, de celui qui la nie. Car seul cet homme a réellement envie de mourir et, par suite, n’a besoin ni ne demande d’existence ultérieure pour sa personnalité.

SCHOPENHAUER.

2

La conscience du Tout, renfermée dans les limites du corps, tend à élargir ses limites. Dans la première moitié de sa vie, l’homme aime de plus en plus les objets, les gens, c’est-à-dire qu’en sortant de ses limites il reporte sa conscience sur d’autres êtres. Mais quelle que soit la grandeur de son amour, il ne peut sortir de ses limites et ne voit la possibilité de leur suppression qu’en mourant. Comment peut-on craindre la mort après cela? Il se passe quelque chose d’analogue à la transformation de la chenille en papillon. Nous sommes ici des chenilles: d’abord nous naissons, ensuite nous nous endormons en chrysalide; puis nous devenons papillons dans l’autre vie.

3

Notre corps limite le principe divin, spirituel que nous appelons âme. Et ces bornes, de même que le vase donne la forme au liquide ou au gaz qui s’y trouve renfermé, donnent la forme à cet élément divin. Lorsque le vase se brise, ce qui s’y trouvait enfermé perd la forme qu’il avait et se répand. Est-ce que cela se relie aux autres substances? Est-ce que cela prend une forme nouvelle? Nous n’en savons rien. Mais nous savons sûrement que cela perd la forme que cela avait dans ses bornes, parce que ce qui le bornait est détruit. Nous savons cela, mais nous ne pouvons rien savoir de ce qui arrivera à ce qui était limité. Nous savons uniquement qu’après la mort, l’âme devient quelque chose d’autre que nous ne pouvons pas définir dans la vie présente.

4

Si la vie est un sommeil et la mort un réveil, le fait que je me vois séparé de ce qui existe, est un rêve dont j’espère me réveiller en mourant.

5

On éprouve de la joie en mourant quand on est fatigué d’être séparé du monde, quand on sent toute l’horreur de cette séparation et la joie, sinon de se joindre à tout, du moins de sortir de la prison qui vous sépare ici où l’on n’a que rarement l’occasion de communiquer avec les hommes au moyen d’étincelles d’amour qui volent de l’un à l’autre. On a envie de dire: «J’en ai assez de cette cage; donnez-moi d’autres rapports avec le monde, mieux appropriés à mon âme»; je sais que la mort me les donnera. Et, pour me consoler, on m’assure que même là je serai une personnalité isolée.

6

J’ai sous les pieds une terre ferme et gelée; autour de moi, sont d’immenses arbres; au-dessus de ma tête, un ciel couvert; je sens mon corps, je suis plongé dans mes pensées, et pourtant, je sais, je sens de tout mon être que la terre ferme, les arbres, le ciel, mon corps et mes pensées, tout cela n’est que momentané, que cela n’est que le résultat de mes cinq sens, de mon sentiment individuel du monde que j’ai moi-même bâti, que tout cela n’est ainsi que parce que je suis telle partie du monde et non pas une autre, que telle est ma séparation de l’univers. Je sais qu’il suffit que je meurs, et tout cela ne disparaîtra pas avec moi, mais se transformera, comme cela arrive au théâtre: les arbres et les pierres se transforment en palais, en tours etc. La mort opérera en moi une transformation, que je passerai en un autre être, autrement séparé du monde. Et alors, tout l’univers, en restant le même pour ceux qui y vivent, deviendra autre pour moi. Tout l’univers est tel et non autre, uniquement parce que je me considère comme tel et non autre. Et il peut y avoir une quantité innombrable de procédés pour séparer les êtres de l’univers et les changer de point d’observation.


VI.—La mort dévoile ce qui paraissait inconcevable.

1

Plus l’homme vit longtemps, plus la vie se révèle à lui: ce qui était ignoré devient connu; et il en est ainsi jusqu’à la mort. Et la mort révèle tout ce que l’homme est en état de concevoir.

2

Quelque chose se révèle à l’homme au moment de la mort. «Ah, voilà ce que c’est», dit presque toujours l’expression du visage du moribond. Mais nous, ceux qui restons, nous ne pouvons pas voir ce qui lui a été révélé. Cela nous sera révélé plus tard, en son temps.

3

Tout se révèle tant qu’on vit, comme si on s’élevait de plus en plus sur des marches. Mais la mort survient, et ce qui se révélait, ne se révèle plus, ou bien celui à qui la révélation était faite cesse de voir ce qui se révélait avant, parce qu’il voit quelque chose de nouveau, de tout différent.

4

Ce qui meurt appartient déjà en partie à l’éternité. Il nous semble que le moribond nous parle d’outre-tombe. Ce qu’il nous dit, nous semble être un commandement. Nous nous le représentons presque comme un prophète. Il est évident que pour celui qui sent la vie s’en aller et le cercueil s’ouvrir, le moment des graves discours est arrivé. La substance de sa nature doit se manifester. Le divin qui est en lui ne peut plus rester caché.

AMIEL

5

Tous les malheurs nous révèlent ce qu’il y a en nous de divin, d’immortel, qui forme la base de notre vie. Le plus grand malheur, d’après la conception humaine—la mort—nous révèle entièrement notre vrai «moi».


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