Littérature Russe – Livres pour enfants – Poésie Russe – Nikolaï Vassilievitch Gogol – La Foire De Sorochinietz – Table des matièress
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IX
Par devant, ça peut encore passer,
Mais par derrière, on croirait le diable !
(D’un conte populaire.)
– Entends-tu, Vlass ? disait en se relevant en pleine nuit l’un des innombrables dormeurs à la belle étoile, on vient de faire mention du diable dans nos parages…
– Et que m’importe ? grommela tout en s’étirant le Tzigane étendu à ses côtés. Aurait-on mentionné toute la séquelle de ses parents, cela m’est égal.
– D’accord ! mais le particulier a crié comme si on l’étranglait.
– Dieu sait ce que peut hurler un homme qui somnole !
– Comme tu voudras, mais il faudrait pourtant y jeter un coup d’œil. Bats plutôt le briquet.
L’autre Tzigane se planta debout en bougonnant, s’éclaira à deux reprises d’étincelles fugaces comme des éclairs, attisa l’amadou en soufflant dessus, puis muni de ce tesson bourré de graisse de mouton que l’on emploie en guise de veilleuse en Petite-Russie, il marcha en tête pour reconnaître le chemin.
– Halte ! il y a quelque chose d’étendu à terre. Donne de la lumière par ici !
Sur ces entrefaites, plusieurs individus avaient rejoint les Tziganes.
– Qu’est-ce que c’est, Vlass ?
– Ça m’a l’air de deux personnes, l’une par-dessus l’autre. Quant à savoir laquelle est le diable, je ne le distingue pas encore.
– Qui est dessus ?
– Une femme.
– Ne cherche pas plus loin, c’est certainement le diable.
La bruyante hilarité de ces gens faillit réveiller la rue entière.
– La femme a enfourché l’homme ?… Dans ce cas, la mâtine s’y entend sans aucun doute à traiter cavalièrement son seigneur et maître, dit l’un des nombreux badauds qui faisaient cercle.
– Regardez donc, les amis, ajouta un second, relevant un fragment de pot dont l’autre moitié, demeurée intacte, encerclait le crâne de Tchérévik, voyez-moi quel genre de bonnet coiffait cet honnête homme !
Le brouhaha grandissant et les cascades de rires rappelèrent à la vie les cadavres, Solopi et son épouse qui, tout émus de leur terreur récente, dardèrent longtemps encore des yeux arrondis par l’effroi sur les faces basanées des Tziganes. Éclairés par le lumignon dont la lueur ne brillait que par soubresauts, ceux-ci présentaient l’aspect d’un ramassis de gnomes, enveloppé de lourdes vapeurs souterraines dans l’opacité de l’éternelle nuit.
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