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Le Révizor de Nikolaï Vassilievitch Gogol


Littérature RusseLivres pour enfantsPoésie RusseNikolaï Vassilievitch Gogol – Le Révizor  – Table des matières
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ACTE PREMIER

Un salon dans la maison du gouverneur.

SCÈNE I

Le gouverneur, le surveillant des établissements de bienfaisance, l’inspecteur scolaire, le juge, le médecin, deux agents de police.

LE GOUVERNEUR. — Je vous ai convoqués, messieurs, pour vous faire part d’une très fâcheuse nouvelle : il nous arrive un révizor.

AMMOS. — Comment, un révizor ?

ARTÈME. — Un inspecteur général ?

LE GOUVERNEUR. — Oui, un révizor, de Pétersbourg, incognito. Et, de plus, avec des instructions secrètes.

AMMOS. — En voilà une histoire !…

ARTÈME. — C’était trop beau, nous n’avions pas d’ennuis ; cela commence !

LOUKA. — Seigneur Tout-Puissant ! Avec des instructions secrètes par-dessus le marché !

LE GOUVERNEUR. — J’en avais comme un pressentiment. Toute cette nuit je n’ai fait que rêver de deux rats énormes. Vraiment, je n’en ai jamais vu de pareils : tout noirs, d’une taille fantastique. Ils sont venus, ils ont reniflé et puis ils sont partis. Tenez, je vais vous lire la lettre que je viens de recevoir d’André Ivanovitch Tchmykov ; vous le connaissez, Artème Philippovitch. Voilà ce qu’il m’écrit : « Mon cher ami, mon compère et mon bienfaiteur… (il marmotte en parcourant la lettre des yeux) …de t’annoncer… » Ah ! c’est là, « …je me hâte de t’annoncer entre autres choses qu’un fonctionnaire est arrivé avec mission d’inspecter toute la province et spécialement notre district. (Il lève le doigt d’un air significatif.) Je l’ai appris de source absolument sûre, bien qu’il se fasse passer pour un simple particulier. Comme je sais que tu as comme tout un chacun quelques peccadilles sur la conscience, parce que tu es un homme intelligent et que tu n’aimes pas laisser échapper ce qui passe à portée de ta main… » (Il s’arrête.) Oui, ceci est personnel… « Aussi, je te conseille de prendre toutes tes précautions, car il peut arriver d’un moment à l’autre, s’il n’est pas déjà arrivé et installé quelque part incognito… Hier, dans la journée je… » Oui, tout ce qui suit est affaire de famille : « Ma sœur Anna Kirilovna est arrivée chez nous avec son mari. Ivan Kirilovitch a beaucoup grossi et joue toujours du violon », etc. Eh bien, maintenant, messieurs vous voilà au courant de l’affaire !

AMMOS. — Oui, c’est une étrange affaire, tout à fait étrange. Il y a là anguille sous roche.

LOUKA. — Mais pourquoi, Anton Antonovitch, qu’est-ce que cela veut dire ? Pourquoi chez nous un révizor ?

LE GOUVERNEUR. — Pourquoi ? Que voulez-vous, telle est sans doute la destinée. (Il soupire.) Jusqu’ici, Dieu merci, on mettait le nez dans d’autres villes ; à présent notre tour est venu.

AMMOS. — Je pense, Anton Antonovitch, qu’il y a là-dessous quelque motif subtil et essentiellement politique. Savez-vous ce que cela signifie ? Cela signifie que la Russie… oui… veut faire la guerre, et le ministère, voyez-vous, a justement envoyé un fonctionnaire pour déceler s’il n’y aurait pas quelque part de la trahison.

LE GOUVERNEUR. — Eh bien ! Comme vous y allez ! Vous, un homme intelligent ! De la trahison chez nous, dans ce trou perdu ? Encore si nous étions près de la frontière. Mais d’ici on pourrait galoper pendant trois ans qu’on n’arriverait pas à l’étranger.

AMMOS. — Et moi je vous dis que vous n’y… Non, vous ne… Le gouvernement a son plan ; on a beau être loin, il sait ce qu’il fait, il est finaud, il ne dit rien, mais il a l’œil.

LE GOUVERNEUR. — Œil ou pas œil, moi, messieurs, je vous ai prévenus. Vous voilà avertis… En ce qui me concerne, j’ai déjà pris quelques précautions ; je vous conseille d’en faire autant… Vous surtout, Artème Philippovitch ! Notre fonctionnaire voudra sans doute, tout, visiter vos établissements de bienfaisance. Aussi, veillez à ce que tout soit dans l’ordre, que les bonnets de nuit soient propres et que vos malades, dans la journée, n’errent pas comme des chiffonniers en tenue débraillée.

ARTÈME. —Tout cela n’est pas bien grave. Évidemment, à la rigueur, on peut leur mettre des bonnets propres.

LE GOUVERNEUR. — Oui ; et au-dessus de chaque lit il faudra mettre un écriteau en latin ou toute autre langue étrangère… ceci vous regarde, Christian Ivanovitch… indiquant la nature de la maladie, le jour et la date de l’entrée. Et puis, vos malades fument un tabac si fort qu’on éternue chaque fois, rien qu’en entrouvrant la porte. D’ailleurs, il serait préférable qu’il y eût moins de malades, autrement on ira tout de suite accuser le manque de soins ou l’incapacité du médecin.

ARTÈME. — Oh ! pour ce qui est du traitement, Christian Ivanovitch et moi nous avons déjà pris nos mesures : plus on se rapproche de la nature, mieux cela vaut. Nous n’employons pas de médicaments coûteux. L’homme n’est pas bien compliqué : s’il doit mourir, il mourra de toute façon ; s’il doit guérir, il guérira de même. D’ailleurs, Christian Ivanovitch aurait de la peine à s’expliquer avec eux, il ne baragouine que l’allemand.

Christian Ivanovitch émet un son intermédiaire entre « i-i » et « è-è ».

LE GOUVERNEUR. — Quant à vous, Ammos Fiodorovitch, je vous conseillerai de faire un peu plus attention à ce qui se passe dans l’enceinte du tribunal. Dans votre vestibule, par exemple, où se tiennent généralement les plaideurs, votre gardien élève des oies et leurs oisons. Ils viennent vous caqueter entre les jambes. C’est évident, l’élevage domestique, en soi, est une occupation parfaitement louable, aussi pourquoi un gardien n’en ferait-il pas ? Seulement, je vous assure, en un lieu pareil c’est plutôt déplacé. Je voulais déjà vous en faire la remarque, et puis, je ne sais comment, je l’ai oublié.

AMMOS. — Bon, aujourd’hui même je les fais tous ramasser et envoyer à la cuisine. Venez dîner avec moi, voulez-vous ?

LE GOUVERNEUR. — De plus, il est regrettable que dans votre salle d’audience il y ait toujours un tas de vieilles nippes en train de sécher et, juste au-dessus de l’armoire à dossiers, votre fouet de chasse. Je sais, vous aimez la chasse, mais vous feriez mieux de l’enlever, ce fouet, quitte au besoin à le remettre après, quand le révizor sera passé… C’est comme votre assesseur, c’est sans doute un homme très bien dans sa partie, seulement il dégage une de ces odeurs, il sent le tonneau à plein nez !… Cela non plus ce n’est pas bien… Il y a longtemps que je voulais vous en parler, et puis, je ne sais comment, cela m’est sorti de la tête. Il doit y avoir des remèdes, quand bien même, comme il le prétend, cela serait son odeur naturelle ; on pourrait lui conseiller de manger de l’oignon, ou de l’ail ; ou bien… que sais-je moi… Après tout, Christian Ivanovitch pourrait conseiller un médicament.

Christian Ivanovitch émet le même son que précédemment.

AMMOS. — Ma foi, je crains qu’il n’y ait plus rien à faire. Il dit que sa nourrice l’a laissé tomber quand il était petit et depuis ce temps il sent légèrement la vodka.

LE GOUVERNEUR. — Oh ! c’est une simple remarque que je vous ai faite là en passant. Quant aux dispositions d’ordre intérieur et à ce que dans sa lettre André Ivanovitch appelle des peccadilles, je ne saurais rien vous en dire. D’ailleurs, pourquoi en parler ? Il n’existe personne au monde qui n’ait quelques péchés sur la conscience. Les voltairiens ont beau dire, c’est Dieu lui-même qui a fait les choses comme ça.

AMMOS. — Mais qu’entendez-vous par péchés, Anton Antonovitch ? Il y a péché et péché. Moi, je ne m’en cache pas, je prends des pots-de-vin, mais quels pots-de-vin ? Des chiots de lévriers. C’est une tout autre histoire !

LE GOUVERNEUR. — Des chiots ou autre chose, c’est toujours des pots-de-vin !

AMMOS. — Mais non, Anton Antonovitch… Ah ! je ne dis pas si, par exemple, quelqu’un se laisse offrir une pelisse de 500 roubles ou un châle pour sa femme…

LE GOUVERNEUR. — Eh ! qu’importe que vos pots-de-vin soient des chiots ! Par contre vous ne croyez pas en Dieu, vous n’allez jamais à l’église, tandis que moi, au moins, j’ai de la religion ; j’y suis tous les dimanches à l’église, moi. Et vous… Oh ! je vous connais, quand commencez à parler de la création du monde, il y a de quoi vous faire dresser les cheveux sur la tête.

AMMOS. — Mais j’ai acquis mes convictions moi-même, grâce à la réflexion.

LE GOUVERNEUR. — Eh bien, moi, je vous dis qu’il y a des cas où il ne faut pas trop réfléchir ! Il y a des cas où trop de réflexion est pire que pas du tout. Du reste, si j’ai parlé du tribunal, c’est tout à fait incidemment : je doute fort, en vérité, qu’on vienne jamais y fourrer son nez ; c’est un endroit enviable, Dieu lui-même le protège… En revanche, vous, Louka Loukitch, en qualité d’inspecteur scolaire, vous devriez vous occuper un peu plus activement de vos professeurs. Ce sont des gens très instruits, élevés dans toutes sortes de collèges, n’empêche qu’ils ont des manières bizarres, propres à ce genre de profession. L’un d’eux, par exemple, ce gros joufflu — impossible de me rappeler son nom — dès qu’il monte en chaire, il ne peut pas s’empêcher de faire la grimace. Comme cela (il fait la grimace) et, sitôt après, il fourre sa main dans la cravate et commence à se repasser la barbe. Qu’il fasse la grimace aux écoliers passe encore, c’est peut-être même nécessaire, je n’en sais rien ; mais jugez de vous-même, s’il fait cela devant un étranger, cela pourrait mal tourner. Monsieur le Révizor se croirait visé et nous aurions toute une histoire.

LOUKA. — Mais que voulez-vous que j’y fasse ? Je lui en ai déjà parlé et à maintes reprises. L’autre jour encore, lorsque monsieur le doyen est venu en classe, il lui a fait une de ces grimaces, je n’en ai jamais vu de pareille. Lui, il l’a fait sans malice, mais le doyen m’a pris à partie ! « Pourquoi inculque-t-on des idées subversives à la jeunesse ? » m’a-t-il dit.

LE GOUVERNEUR. — Je suis aussi forcé de vous parler de votre professeur d’histoire. C’est une tête de valeur, cela se voit, et il possède une masse de connaissances, seulement il s’exprime avec une telle chaleur qu’il en arrive à s’oublier. Je l’ai écouté une fois. Tant qu’il parlait des Assyriens et des Babyloniens, cela pouvait encore passer, mais, parvenu à Alexandre de Macédoine, je ne peux même pas dire ce qui lui arriva. J’ai cru qu’il y avait le feu, ma parole ! Il dégringola de son estrade, saisit une chaise et vlan ! de toutes ses forces sur le plancher. Qu’Alexandre de Macédoine soit un héros, d’accord, mais pourquoi démolir le matériel ? C’est une dépense supplémentaire pour l’État.

LOUKA. — Oui, il s’échauffe facilement. Mais, chaque fois que je lui en fais la remarque, il me répond : « que voulez-vous, pour la science je suis prêt à sacrifier ma vie ! »

LE GOUVERNEUR. — Hélas ! telle est l’insondable loi de la destinée : dès qu’un homme est intelligent, ou bien c’est un ivrogne ou bien il fait des grimaces à faire fuir tous les saints du paradis.

LOUKA. — Ah ! ce n’est pas une sinécure que la carrière de l’enseignement. Il faut se méfier de tout, chacun s’en mêle, chacun veut montrer que lui aussi est intelligent.

LE GOUVERNEUR. — Tout cela ne serait rien ! C’est ce maudit incognito !… Au moment où l’on s’y attend le moins : « Ah ! vous voilà, mes agneaux ! Et qui donc est juge ici ?… Liapkine-Tiapkine ?… Qu’on amène ici Liapkine-Tiapkine… Et qui est surveillant des établissements de bienfaisance ? Zemlianika ? Qu’on m’amène ici Zemlianika. » Voilà qui est effrayant !

SCÈNE II

Les mêmes et le directeur des Postes.

LE DIRECTEUR DES POSTES. — Expliquez-moi, messieurs, quel est ce fonctionnaire qui doit arriver ?

LE GOUVERNEUR. — Comment, vous n’êtes pas au courant ?

LE DIRECTEUR DES POSTES. — Si, Pierre Ivanovitch Bobtchinski vient de me l’apprendre. Il était à l’instant au bureau de poste.

LE GOUVERNEUR. — Eh bien ! Qu’en pensez-vous ?

LE DIRECTEUR DES POSTES. — Ce que j’en pense. Mais c’est la guerre avec les Turcs.

AMMOS. — C’est exactement ce que je pensais.

LE GOUVERNEUR. — Et tous les deux vous vous fourrez le doigt dans l’œil !

LE DIRECTEUR DES POSTES. — Je vous assure qu’il y aura la guerre avec les Turcs. C’est encore un coup des Français.

LE GOUVERNEUR. — Quelle guerre avec les Turcs ? C’est à nous qu’il va en cuire, oui, et non aux Turcs. C’est incontestable. J’ai là une lettre, voyez vous-même !

LE DIRECTEUR DES POSTES. — Ah, alors il n’y aura pas de guerre avec les Turcs.

LE GOUVERNEUR. — Eh bien, maintenant, qu’en dites-vous, Ivan Kouzmitch ?

LE DIRECTEUR DES POSTES. — Moi ? Que voulez-vous que je dise ? Et vous-même, qu’en pensez-vous, Anton Antonovitch ?

LE GOUVERNEUR. — Moi ? Oh ! ce n’est pas que j’aie peur, mais cela me fait tout de même quelque chose… C’est surtout les marchands et les bourgeois qui m’inquiètent. Ils disent que je les ai écorchés, et pourtant Dieu sait, si je leur ai pris quelque chose, c’est vraiment sans méchanceté. Je me demande même… (Il prend par le bras le Directeur des postes et l’emmène à part.) Je me demande même s’il n’y a pas eu contre moi quelque dénonciation. Autrement, pourquoi viendrait-il, ce révizor ? Écoutez, Ivan Kouzmitch, ne pourriez-vous pas, pour notre bien à tous… toutes les lettres qui passent par votre bureau, vous savez les ouvrir un peu et les lire ; pour voir si, des fois, il n’y aurait pas quelque dénonciation ou simplement échange de correspondance. S’il n’y a rien, vous pouvez les recoller ; d’ailleurs, c’est sans importance, vous pouvez même les remettre décachetées.

LE DIRECTEUR DES POSTES. — Je sais, je sais… Vous n’avez pas besoin de me le dire, je le fais de moi-même, non par mesure de précaution, mais plutôt par curiosité. J’adore me renseigner sur ce qui se passe dans le monde. Vraiment c’est la plus intéressante des lectures. Il y a des lettres qu’on lit avec une vraie jouissance, c’est plein de détails savoureux, bien tourné et très instructif, beaucoup plus que la Galette de Moscou.

LE GOUVERNEUR. — Et alors, dites-moi, vous n’avez rien lu au sujet d’un fonctionnaire de Pétersbourg ?

LE DIRECTEUR DES POSTES. — Non, rien concernant les fonctionnaires de Pétersbourg. Mais il est souvent question de ceux de Kostroma et de Saratov. Je regrette que vous ne puissiez pas lire ces lettres ; il y a des passages magnifiques. Ainsi, récemment, un lieutenant écrit à un de ses amis et fait la description d’un bal sur le ton le plus badin, vraiment très, très réussi : « Ma vie mon cher, s’écoule, écrit-il, dans l’empyrée. »

LE GOUVERNEUR. — Dans l’empyrée ?…

LE DIRECTEUR DES POSTES. — « Je suis entouré de jeunes filles, la musique joue, l’escadron danse. » Il décrit tout cela avec un très, très grand sentiment. Je n’ai pas pu m’empêcher de la garder. Voulez-vous que je vous la lise ?

LE GOUVERNEUR. — Non, merci, ce n’est pas le moment. Ainsi, je compte sur vous, Ivan Kouzmitch. Si jamais vous tombez sur une plainte ou une dénonciation, vous l’interceptez sans la moindre hésitation

LE DIRECTEUR DES POSTES. — Bien entendu, avec plaisir.

AMMOS. — Prenez garde, ce petit jeu-là pourrait vous coûter cher.

LE DIRECTEUR DES POSTES. — Ah ! mon Dieu, vous croyez ?

LE GOUVERNEUR. — Mais non, mais non, ce n’est rien. Cela serait différent si vous le faisiez publiquement ; mais tout ceci se passe en famille.

AMMOS. — Oui. En tout cas, c’est une sale histoire ! Et moi qui venais vous voir, Anton Antonovitch, pour vous offrir une petite chienne. C’est la propre sœur du chien que vous connaissez. Vous n’êtes pas sans savoir que Tcheptovitch est en procès avec Verkhovinski ; alors, pour moi, c’est le bon temps ; je cours le lièvre tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre.

LE GOUVERNEUR. — Mon tout bon, je me fiche pas mal de vos lièvres, j’ai ce maudit incognito qui me trotte dans la tête. Je m’attends à tout moment à ce que la porte s’ouvre et…

SCÈNE III

Les mêmes, Bobtchinski et Dobtchinski, qui entrent, tout essoufflés.

BOBTCHINSKI. — Un événement extraordinaire !

DOBTCHINSKI. — Une nouvelle imprévue !

TOUS. — Quoi ? Qu’y a-t-il ?

DOBTCHINSKI. — Une histoire sensationnelle, nous arrivons à l’hôtel…

BOBTCHINSKI, l’interrompant. — Nous arrivons, Pierre Ivanovitch et moi, à l’hôtel…

DOBTCHINSKI. — Permettez, Pierre Ivanovitch, laissez-moi raconter…

BOBTCHINSKI. — Non, non, je vous en prie, je vous en prie, laissez-moi faire, vous ne saurez pas vous exprimer.

DOBTCHINSKI. — Mais vous vous embrouillerez et oublierez tous les détails.

BOBTCHINSKI. — Je me souviendrai de tout, je vous le jure. Seulement, ne m’interrompez pas, laissez-moi parler ne m’interrompez pas. Je vous en prie, messieurs, dites à Pierre Ivanovitch de ne plus m’interrompre.

LE GOUVERNEUR. — Au nom du ciel, parlez. Mais qu’y a-t-il ? J’ai le cœur qui défaille. Asseyez-vous, messieurs. Prenez des sièges ! Voilà une chaise pour vous, Pierre Ivanovitch. (Tous s’assoient en cercle autour des deux Pierre Ivanovitch.) Alors, que se passe-t-il ?

BOBTCHINSKI. — Permettez, permettez, je commence par le commencement. Dès que j’eus le plaisir de vous quitter, vous laissant dans l’inquiétude à cause de la lettre que vous aviez reçue, oui, aussitôt après, je courus…

DOBTCHINSKI. — Chez Korob…

BOBTCHINSKI. — Chez Korobkine ! Je vous en prie, n’interrompez pas, Pierre Ivanovitch ! Je vous dis que je suis au courant de tout, de tout, de tout ! Donc, comme j’avais l’honneur de vous le dire, je courus chez Korobkine. Ne le trouvant pas chez lui, je fais un bond chez Rastakovski. Rastakovski étant sorti, j’entre chez Ivan Kouzmitch pour lui annoncer la nouvelle que vous m’aviez communiquée. Sortant de là, je rencontre Pierre Ivanovitch.

DOBTCHINSKI, l’interrompant. — Près du kiosque, où l’on vend des gâteaux.

BOBTCHINSKI. — Près du kiosque où l’on vend des gâteaux. Et, rencontrant Pierre Ivanovitch, je lui dis : « Êtes-vous au courant de la nouvelle qu’a reçue Anton Antonovitch par une lettre de source sûre ? » Or Pierre Vanovitch avait déjà été mis au courant par votre bonne Avdotia envoyée, je ne sais pourquoi, chez Philippe Antonovitch Potchetchouïev.

DOBTCHINSKI, l’interrompant. — Pour chercher un baril de vodka française.

BOBTCHINSKI. — Oui, un petit baril de vodka française. Alors nous voilà partis, Pierre Ivanovitch et moi, chez Potchetchouïev…

DOBTCHINSKI. — Chemin faisant…

BOBTCHINSKI. — Allons, Pierre Ivanovitch, ne m’interrompez pas, je vous en prie, ne m’interrompez pas !… Nous allions chez Potchetchouïev et, chemin faisant, voilà que Pierre Ivanovitch me dit : « Entrons un instant à l’auberge. Je ne sais ce que j’ai à l’estomac… depuis ce matin je n’ai rien mangé, alors j’ai des crampes stomacales. »

DOBTCHINSKI. — Dans… dans…

BOBTCHINSKI. — Oui, dans l’estomac de Pierre Ivanovitch… « Justement, me dit-il, on vient de livrer du saumon frais à l’auberge. Entrons nous y restaurer » À peine étions-nous entrés que nous voyons tout à coup un jeune homme…

DOBTCHINSKI. — D’un extérieur assez agréable, vêtu en civil…

BOBTCHINSKI. — D’un extérieur assez agréable, vêtu en civil, qui arpentait la salle. Son visage exprimait une telle méditation… toute sa physionomie… ses geste, et là-dedans (il se touche le front) il avait l’air d’y en avoir. J’eus comme un pressentiment et je dis à Pierre Ivanovitch : « Il y a là quelque chose de bizarre. » Oui. Pierre Ivanovitch, d’un signe discret, avait déjà appelé le patron, vous savez le patron Vlass, dont la femme a accouché il y a trois semaines d’un petit garçon, un véritable petit gaillard qui, un jour, comme son père, tiendra le restaurant. Ayant appelé Vlass, Pierre Ivanovitch lui demande discrètement : « Qui est ce jeune homme ? » À quoi Vlass lui répond : « Ce jeune homme… »

DOBTCHINSKI. — Est un fonctionnaire.

BOBTCHINSKI. — Ah ! ne m’interrompez pas Pierre Ivanovitch, je vous en prie, ne m’interrompez pas ; vous ne saurez pas, je vous jure que vous ne saurez pas raconter, vous bafouillez, je le sais, vous avez dans la bouche une dent qui vous fait chuinter… « Ce jeune homme, dit-il, c’est un fonctionnaire. Parfaitement, et qui arrive de Pétersbourg, et il s’appelle, dit-il, Ivan Alexandrovitch Khlestakov, et il se dirige, dit-il, vers la province de Saratov, et, dit-il, il a de drôles de façons ; voilà deux semaines qu’il est là, il ne quitte pas l’auberge, prend tout à crédit et ne donne pas un kopek. » Dès que Vlass eut fini de parler, j’eus comme une inspiration subite. « Hé ! hé ! » dis-je à Pierre Ivanovitch.

DOBTCHINSKI — Pardon, Pierre Ivanovitch, c’est moi qui vous ai dit : « Hé ! hé ! »

BOBTCHINSKI. — Oui, vous l’avez dit d’abord, mais moi j’ai dit tout de suite après. « Hé ! hé ! » avons-nous dit avec Pierre Ivanovitch. Et pourquoi donc reste t-il ici alors que son itinéraire doit le conduire dans la province de Saratov ? Voilà, c’est que c’est justement le fonctionnaire en question.

LE GOUVERNEUR. — Quoi ? Quel fonctionnaire ?

BOBTCHINSKI. — Le fonctionnaire dont il est question dans votre lettre. Le révizor !

LE GOUVERNEUR, épouvanté. — Mon Dieu, que racontez-vous là ! Ce n’est pas lui.

DOBTCHINSKI. — Si, c’est lui. Il ne paie pas, ne s’en va pas. Qui voulez-vous qu’il soit ? Et son passeport est visé pour Saratov.

BOBTCHINSKI. — C’est lui, je vous jure que c’est lui… Il est tellement observateur, rien ne lui échappe. Il a tout de suite vu que nous mangions du saumon, Pierre Ivanovitch et moi, d’autant plus que Pierre Ivanovitch, à cause de son estomac… Oui, alors il a jeté un regard dans nos assiettes. Un regard inquisiteur, comme ça. J’en suis encore terrifié.

LE GOUVERNEUR. — Seigneur, aie pitié de nous, pécheurs que nous sommes. Mais où loge-t-il là-bas ?

DOBTCHINSKI. — Au numéro cinq, sous l’escalier.

BOBTCHINSKI. — Dans cette chambre où des officiers de passage se sont battus l’année dernière.

LE GOUVERNEUR. — Et depuis quand est-il là ?

DOBTCHINSKI. — Depuis deux semaines environ ; il est arrivé à la Saint-Basile l’Égyptien.

LE GOUVERNEUR. — Deux semaines ! (À part.) Seigneur Tout-Puissant ! Que tous les saints du Paradis me viennent en aide ! Au cours de ces deux semaines, j’ai fait fouetter la femme du sous-officier ! Et les prisonniers qui n’ont pas eu leur ration ! Et la pagaïe daris les rues, la saleté ! Quelle honte ! Quel scandale !

Il se prend la tête dans les mains.

ARTÈME. — Eh bien, Anton Antonovitch, il faut se rendre à l’hôtel en visite protocolaire. Tenez, dans les Actes de Jean le Maçon…

AMMOS. — Non, non, il faut d’abord lui déléguer le prévôt, suivi du clergé et des marchands…

LE GOUVERNEUR. — Permettez, je vous prie ! Laissez-moi faire. Il y a déjà eu dans ma vie des moments pénibles, je m’en suis toujours sorti, et même souvent avec des compliments. Espérons que cette fois encore le bon Dieu va me tirer de là ! (S’adressant à Bobtchinski) Vous dites que c’est un jeune homme ?

BOBTCHINSKI. — Un jeune homme. Vingt-trois ou vingt-quatre ans environ.

LE GOUVERNEUR. — Tant mieux ! Un jeune, on sait plus vite ce qu’il a dans le ventre. Le malheur, c’est de tomber sur un vieux ; ils sont coriaces ; mais un jeune, ce n’est pas long à se déboutonner. Vous, messieurs, allez vite vous préparer, et moi j’irai seul, ou… tenez, avec Pierre Ivanovitch, sans avoir l’air de rien… Nous passons par hasard en nous promenant voir si les voyageurs sont bien traités à l’auberge. Eh ! Svistounov !

Entre Svistounov, agent de la police.

SVISTOUNOV. — À vos ordres !

LE GOUVERNEUR. — Cours immédiatement chez le commissaire. Ou plutôt non, reste, j’aurai besoin de toi. Va dire à quelqu’un qu’on me ramène sur-le-champ le commissaire et reviens aussitôt.

L’Agent sort en courant.

ARTÈME. — Allons, en route, Ammos Fiodorovitch. Dépêchons-nous, sinon, en effet, il pourrait nous arriver du vilain.

AMMOS. — Mais qu’avez-vous à craindre ? Vous mettez des bonnets propres sur la tête des malades et ça y est, le tour est joué.

ARTÈME. — Il s’agit bien de bonnets ! Le règlement exige que les malades reçoivent de la bouillie d’avoine, et tous mes couloirs empestent le chou, c’est à se boucher le nez.

AMMOS. — Quant à moi, je suis tranquille. Qui aurait l’idée de venir au tribunal ? Un coup d’œil dans n’importe quel dossier, et le goût lui en passerait. Voilà quinze ans que j’y siège, et chaque fois que j’en ouvre un les bras m’en tombent. Salomon lui-même n’arriverait pas à s’y retrouver.

Le Juge, le Surveillant des établissements de bienfaisance, l’Inspecteur scolaire et le Directeur des postes sortent, se heurtant à la porte à Svistounov qui revient.

SCÈNE IV

Le gouverneur, Bobtchinski, Dobtchinski et l’agent.

LE GOUVERNEUR. — Alors, la voiture est là ?

SVISTOUNOV. — Oui, elle est là.

LE GOUVERNEUR. — Tu vas descendre dans la rue… ou plutôt non, attends. Tu vas m’apporter… Mais où sont les autres ? Pourquoi es-tu seul ? J’ai donné des ordres, pourtant. Prokhorov devrait être là. Où est Prokhorov ?

SVISTOUNOV. — Prokhorov est à la maison. Seulement il est impropre au service.

LE GOUVERNEUR. — Comment cela ?

SVISTOUNOV. — Comme cela. On l’a ramené ivre mort ce matin. Voilà déjà deux seaux d’eau qu’on lui flanque à la figure, on ne parvient pas à le ranimer.

LE GOUVERNEUR, se prenant la tête. — Ah ! mon Dieu ! Descends vite dans la rue… Ou plutôt, non, cours d’abord dans ma chambre, tu entends, et prends mon épée et mon chapeau neuf. Allons, Pierre Ivanovitch en route !…

BOBTCHINSKI. — Et moi, et moi… emmenez-moi aussi, Anton Antonovitch.

LE GOUVERNEUR. — Non, non, c’est impossible, Pierre Ivanovitch, n’insistez pas. Cela ferait mauvais effet, et d’ailleurs il n’y a pas de place dans la voiture.

BOBTCHINSKI. — Cela ne fait rien, cela ne fait rien ! Ne vous occupez pas de moi, je me ferai tout petit, je vous suivrai en courant, derrière la voiture. Pourvu que je puisse jeter un petit coup d’œil, voir seulement à travers une petite fente comment il se comporte…

LE GOUVERNEUR, prenant l’épée que lui remet Svistounov — Toi, cours dans la rue, ramasse quelques bonshommes et que chacun d’eux empoigne… Non, mais regardez cette épée, elle est tout éraflée. Ce cochon d’Abdouline, il le sait pourtant, le maudit marchand, que mon épée ne vaut plus rien, il ne lui vient même pas à l’idée de m’en offrir une neuve. Quelle bande de coquins ! Je les vois d’ici, les canailles, préparant déjà leurs pétitions sous leurs basques. Alors, que chacun m’empoigne une rue… Que diable, une rue… un balai ! et qu’on me nettoie la rue qui mène à l’auberge, et qu’elle soit bien propre !… Compris ? Et toi, fais attention, toi ! Je te connais ! Tu fais la cour aux boniches, oui, et tu fourres les cuillers d’argent dans tes bottes… Méfie-toi, je te tiens à l’œil ! Qu’as-tu fait avec le marchand Tcherniaïev, hein ? Il t’a offert deux mesures de drap pour ton uniforme, et toi, tu lui as barboté toute la pièce. Méfie-toi ! Tu exagères pour ton grade ! Allez, file !

SCÈNE V

Les mêmes et le commissaire de police.

LE GOUVERNEUR. — Ah ! Stépane Ilyitch ! Où étiez-vous, au nom du ciel ! On vous cherche partout, de quoi cela a l’air ?

LE COMMISSAIRE. — Mais j’étais là, tout près, derrière le portail.

LE GOUVERNEUR. — Suffit ! Écoutez-moi, Stépane Ilyitch ! Le fonctionnaire de Pétersbourg est arrivé. Quelles dispositions avez-vous prises ?

LE COMMISSAIRE. — Mais celles que vous m’avez ordonnées. J’ai envoyé l’agent Pougovitsyne, avec une équipe de civils, nettoyer le trottoir.

LE GOUVERNEUR. — Et où est Dierjimorda ?

LE COMMISSAIRE. — Dierjimorda est parti avec pompe à incendie.

LE GOUVERNEUR. — Et Prokhorov est ivre ?

LE COMMISSAIRE. — Ivre mort !

LE GOUVERNEUR. — Comment avez-vous pu tolérer cela Stépane Ilyitch ?

LE COMMISSAIRE. — Mon Dieu, je n’en sais rien. Hier il y a eu une bagarre dans les environs. Parti là-bas pour y mettre de l’ordre, il en est revenu saoul !

LE GOUVERNEUR. — Écoutez-moi, voilà ce que vous allez faire ! L’agent Pougovitsyne… c’est un grand gaillard, alors, pour le bon ordre, qu’il se tienne sur le pont. Qu’on me démolisse au plus vite la vieille palissade près du cordonnier et qu’on y plante des jalons en osier pour que cela ait l’air d’un nivellement. Plus il y a de démolitions, plus l’activité de la municipalité paraît grande. Ah ! mon Dieu ! Je l’ai complètement oublié, il y a un tel amoncellement d’ordures près de cette palissade qu’avec quarante charretées on n’en viendrait pas à bout. Quelle sale ville ! Qu’on élève un monument ou qu’on mette simplement une palissade, on peut être sûr qu’ils viendront y déposer un tas de saletés. (Il soupire.) Ah ! Et si ce fonctionnaire demande : « Êtes-vous contents du service ? »… qu’on lui réponde : « Nous sommes contents de tout, Excellence ! »… Et celui qui ne sera pas content, je me charge de lui ménager plus tard un de ces mécontentements !… Oh là, là, là, là, que de péchés, que de péchés sur la conscience ! (Il prend la boîte en carton à la place de son chapeau.) Ah ! mon Dieu ! fais seulement que je me tire de là au plus vite, et je te mettrai un cierge à l’église comme jamais encore personne n’en a mis ; j’obligerai ces coquins de marchands de me fournir chacun au moins 100 livres de cire. Ah ! mon Dieu ! mon Dieu ! Allons, partons, Pierre Ivanovitch.

À la place du chapeau, il se met le carton sur la tête.

LE COMMISSAIRE. — Anton Antonovitch, ce n’est pas un chapeau, c’est une boîte.

LE GOUVERNEUR. — Une boîte… au fait, oui ! Le diable l’emporte ! (Il jette la boîte.) Et si l’on demande pourquoi n’est pas encore construite l’église de l’hostie, celle pour laquelle il y a cinq ans nous avons reçu les fonds, il faut répondre qu’on avait commencé à construire, mais qu’ensuite tout a brûlé. J’ai même fait un rapport à ce sujet. Il ne manquerait plus que quelqu’un aille dire par bêtise qu’elle n’avait jamais été commencée. Il faut aussi dire à Dierjimorda de ne pas trop jouer des poings ; pour le bon ordre il poche les yeux à tout le monde, aux coupables comme aux innocents. Allons, partons, Pierre Ivanovitch. (Il sort et revient aussitôt.) Et qu’on ne laisse pas sortir les soldats dans la rue autrement qu’en tenue. Cette ignoble race met juste sa capote par-dessus la chemise, et le reste est à l’air.

Ils sortent.

SCÈNE VI

Anna Andréievna et Maria Antonovna, qui entrent en courant.

ANNA. — Où sont-ils ? Où sont-ils ? Ah ! mon Dieu ! (Elle court à la porte.) Mon mari ! Antocha ! Anton ! (À sa fille, très vite 🙂 C’est encore toi, toujours à cause de toi ! Qu’avais-tu à lambiner ? une épingle par-ci, un fichu par-là ! (Elle court à la fenêtre et crie 🙂 Anton, où vas-tu ? Où vas-tu ? Alors, il est arrivé ?… Le révizor ?… Avec des moustaches !… Quelles moustaches ?…

VOIX DU GOUVERNEUR. — Plus tard, plus tard, ma bonne !

ANNA. — Plus tard ! En voilà des nouvelles, plus tard ! je ne veux pas plus tard… Réponds-moi : est-il colonel ou non ? (Avec dépit.) Parti ! Ah ! je m’en souviendrai ! Et celle-là avec son « maman, maman, attendez-moi, j’arrange mon fichu, je suis prête à l’instant » ! Drôle d’instant ! nous voilà bien avancées. Et tout cela à cause de ta coquetterie ! Mademoiselle a entendu dire que le Directeur des postes était ici, et la voilà à minauder devant la glace, à se tourner par-ci, à se tourner par-là. Elle se figure que l’autre lui fait la cour, mais lui se moque de toi dès que tu as le dos tourné.

MARIA. — Que voulez-vous faire, maman ? De toute façon, nous saurons tout dans deux heures.

ANNA. — Dans deux heures ! Merci bien ! J’adore ta réponse. Pourquoi pas dans un mois ? nous en saurions bien davantage. (Elle se penche à la fenêtre.) Eh ! Avdotia ? Qu’est-ce qui se passe là-bas ?… il est arrivé ?… Tu n’as rien entendu ?… Quelle idiote !… Il t’envoie promener ? N’importe, tu pouvais lui demander quand même… Elle n’a pas été capable de se renseigner… Tête de linotte, elle ne pense qu’à ses amours… Quoi ?… Partis trop vite… eh bien, cours derrière la voiture ! Allez, file !… Tu entends, cours, rattrape-les et vois comment il est ce voyageur. Regarde par le trou de la serrure, renseigne-toi et viens me dire s’il a les yeux noirs, tu entends ?… allez, vite, vite, vite, vite !

Elle crie pendant que le rideau tombe et les cache debout toutes les deux près de la fenêtre.


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