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La Pensée de l’Humanité de Léon Tolstoï


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Chapitre XIX


L’EFFORT

Les péchés, les tentations, les superstitions arrêtent, voilent à l’homme son âme. Pour se révéler à soi-même son âme, l’homme doit faire des efforts de conscience. C’est donc dans ces efforts de conscience que consiste l’œuvre principale de la vie de l’homme.


I.—La libération des péchés, des tentations et des superstitions est dans l’effort.

1

L’abnégation libère les hommes des péchés, l’humilité—des tentations, la véracité—des superstitions. Mais pour que l’homme puisse renoncer aux désirs charnels, s’humilier devant les tentations de l’orgueil et contrôler par la raison les superstitions qui le désorientent, il doit faire des efforts. Seul l’effort de sa conscience permet à l’homme de se libérer des péchés, des tentations et des superstitions qui le privent de bonheur.

2

Le Royaume de Dieu est conquis par l’effort. Le Royaume de Dieu est en vous (Luc, XVI, 16; XVII, 21). Ces deux strophes de l’Evangile signifient que ce n’est que par des efforts de conscience que les hommes peuvent vaincre en eux les péchés, les superstitions et les tentations qui retardent l’approche du Royaume de Dieu.

3

Ici, sur la terre, il ne peut et ne doit pas y avoir de repos, parce que la vie est une marche vers le but qu’on ne peut jamais atteindre. Le repos est immoral. Je ne puis dire en quoi consiste ce but; mais quel qu’il soit, il existe et nous savons que nous nous en approchons. Sans ce rapprochement, la vie serait une absurdité et un mensonge. Et nous ne pouvons nous rapprocher de ce but que par notre propre effort.

JOSEPH MAZZINI.

4

Devenir de plus en plus meilleur, c’est toute l’œuvre de la vie, et on ne peut devenir meilleur que par l’effort.

Chacun sait que sans effort, on ne peut rien faire dans le travail. Il faut savoir également que dans l’œuvre principale de la vie, dans la vie spirituelle, on ne peut rien faire sans effort.

5

La force ne se manifeste pas par le pouvoir de faire un nœud avec un attisoir en fer, par la possession des billions et des trillions de roubles, ni par la domination sur des millions d’hommes; la vraie force est dans le pouvoir sur soi-même.

6

Ne dis jamais d’une bonne action: «Ce n’est pas la peine de se donner du mal; c’est si difficile que je n’y arriverai jamais;» ou bien: «C’est si facile que je n’ai qu’à vouloir pour le faire.» Ne pense pas et ne parle pas ainsi: même si le but visé n’est pas atteint, ou si ce but est insignifiant, chaque effort fortifie l’âme.

7

Les gens pensent souvent que pour être un vrai chrétien, il faut accomplir des actes extraordinaires. C’est une erreur. Le chrétien n’a pas besoin d’œuvres spéciales, extraordinaires; il ne lui faut qu’un effort d’esprit perpétuel qui le libère des péchés, des tentations et des superstitions.

8

Les mauvaises actions—celles qui causent nos malheurs,—s’accomplissent facilement; mais ce qui est noble et bon pour nous se fait uniquement au prix d’un effort.

Sagesse bouddhiste.

9

Si l’homme prend pour règle de faire ce qu’il veut, il ne restera pas longtemps à vouloir faire ce qu’il fait. La vraie œuvre n’est jamais que celle à laquelle on doit travailler pour l’accomplir.

10

La route vers la connaissance du bien n’a jamais été tracée sur un gazon soyeux jonchée de fleurs; l’homme a toujours dû escalader des rochers dénudés.

JOHN RUSKIN.

11

On ne cherche jamais la vérité avec joie, mais avec émotion et inquiétude; et cependant, on doit la chercher; car n’ayant pas trouvé la vérité et appris à l’aimer, tu périras. Mais, diras-tu, si la vérité voulait que je la cherche et que je l’aime, elle se serait révélée à moi-même. Aussi se révèle-t-elle à toi, mais tu n’y prêtes pas attention. Cherche donc la vérité,—elle le veut.

PASCAL.


II.—La vie pour l’âme exige des efforts.

1

Je suis l’instrument avec lequel Dieu travaille. Mon vrai bonheur consiste à participer à Son travail. Mais je ne peux y parvenir qu’au moyen des efforts que je fais pour garder toujours en état propre et aiguisé l’instrument de Dieu qui m’est confié: moi-même, mon âme.

2

La chose la plus chère à l’homme, c’est d’être libre, de vivre à sa guise et non suivant la volonté d’autrui. Afin de vivre ainsi, l’homme doit vivre pour son âme. Et afin de vivre pour l’âme, l’homme doit réprimer les désirs du corps.

3

La vraie vie humaine n’est autre chose que le passage progressif de la nature bestiale inférieure à une conception de plus en plus grande de la vie spirituelle.

4

Nous faisons un effort pour nous réveiller et nous nous éveillons effectivement lorsque le rêve devient affreux et que nous n’avons plus de forces de le supporter. Il faut agir de même dans la vie réelle lorsqu’elle devient intolérable. Dans ces moments-là, il faut faire un effort de conscience pour s’éveiller à une vie nouvelle, supérieure, spirituelle.

5

La lutte contre les péchés, les tentations et les superstitions est nécessaire déjà pour cette raison que si tu cesses de les combattre, ta chair prend le dessus.

6

Il nous semble qu’un vrai travail ne peut être fait qu’à quelque chose de visible: à bâtir une maison, à labourer un champ, à nourrir le bétail, mais que travailler à son âme, à quelque chose d’invisible, n’est pas une besogne importante, une besogne que l’on peut faire ou ne pas faire; pourtant tout autre travail,—en dehors du travail intérieur, celui qui nous rend tous les jours plus moral et plus aimant,—tout autre travail n’est rien. C’est le seul vrai, et tous les autres ne sont utiles que si ce travail principal de la vie s’effectue.

7

Celui qui reconnaît que sa vie est mauvaise et qui veut commencer à vivre mieux, ne doit pas penser qu’il ne peut commencer à le faire que lorsqu’il aura modifié les conditions de sa vie. On doit et on peut améliorer sa vie non pas par les transformations extérieures, mais par un changement de soi-même, en notre âme. Et cela, on peut le faire toujours et partout. Et chacun a suffisamment à faire dans ce but. C’est seulement lorsque ton âme aura changé au point que tu ne pourras plus vivre comme par le passé, que tu pourras la modifier, et non quand tu croiras qu’il te sera plus facile de te corriger si tu changes ta vie.

8

Il n’y a, dans la vie, qu’une seule chose importante pour tous les hommes. Cette œuvre seule est destinée à tous les hommes. Tout le reste n’est rien en comparaison avec elle. On voit que cela est ainsi parce que dans cette œuvre seule, l’homme n’a pas d’entraves et qu’elle seule donne toujours la joie.

9

Prends l’exemple du ver à soie: il travaille tant qu’il n’est pas en mesure de voler. Et toi, tu t’es collé à la terre. Travaille à ton âme, et il te poussera des ailes.

D’après ANGÉLUS.


III.—Le perfectionnement de soi-même ne saurait être atteint que par des efforts de conscience.

1

«Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait», est-il dit dans l’Evangile. Cela ne signifie point que le Christ ordonne à l’homme d’être aussi parfait que Dieu, mais que chaque homme doit faire des efforts de conscience pour se rapprocher de la perfection et que la vie de l’homme est dans ce rapprochement.

2

Tout être ne grandit pas d’un coup, mais peu à peu. On ne peut non plus apprendre une science d’un coup. De même, on ne peut pas vaincre le péché d’un coup. Il n’y a qu’un moyen pour devenir meilleur: le raisonnement sage et l’effort continu et patient.

CHANNING.

3

Lessing disait que ce n’est pas la vérité qui donne la joie à l’homme, mais l’effort qu’il fait pour la connaître, Il en est de même de la vertu: la joie que donne la vertu est dans l’effort qui nous rapproche d’elle.

4

Les paroles suivantes étaient gravées sur la baignoire du Roi Tching-Tchang: «Renouvelle-toi tous les jours complètement; fais-le à nouveau et encore à nouveau.»

Sagesse chinoise.

5

Si les gens ne s’occupent pas d’explorations, et s’ils s’en occupent, mais qu’ils n’y réussissent pas, ils ne doivent pas se désespérer ni s’arrêter; si les gens n’interrogent pas les personnes éclairées sur les choses qu’ils ignorent, et si, en interrogeant, ils ne deviennent pas plus avancés, ils ne doivent pas désespérer; si les gens ne raisonnent pas, et s’ils raisonnent, mais ne peuvent pas comprendre clairement en quoi consiste le bien, ils ne doivent pas désespérer; si les gens ne distinguent pas le bien et le mal, et s’ils le distinguent, mais n’en ont pas une conception exacte, ils ne doivent pas désespérer; si les gens ne font pas le bien, et s’ils le font, mais sans lui consacrer toutes leurs forces, ils ne doivent pas désespérer: ils feront en dix fois ce que d’autres auraient fait en une fois; ils feront en mille fois ce que d’autres auraient fait en cent fois.

Celui qui suivra réellement cette règle de la continuité de l’effort deviendra, si ignorant qu’il soit, sûrement fort, et, si vicieux qu’il soit, il deviendra sûrement vertueux.

Sagesse chinoise.

6

Lorsque l’homme fait le bien uniquement parce qu’il est habitué à le faire, ce n’est pas encore la vie de bien. Cette vie commence lorsque l’homme fait un effort pour être bon.

7

Tu dis: ce n’est pas la peine de faire des efforts; on aura beau s’appliquer, on ne parviendra jamais à la perfection. Ton œuvre n’est pas d’atteindre la perfection, mais de t’en rapprocher de plus en plus.

8

Pour que la vie soit non un chagrin, mais une joie continuelle, on doit toujours être bon pour tous, hommes et animaux. Et pour être bon, il faut s’y habituer; et pour s’y habituer, il ne faut, pas laisser passer une seule de ses mauvaises actions sans s’en faire de reproches.

Si tu agis ainsi, tu t’habitueras bientôt à être bon pour tous les hommes et pour tous les animaux. Et si tu t’habitues à la bonté, tu auras toujours la joie au cœur.

9

La vertu de l’homme ne se mesure pas par ses exploits extraordinaires, mais par son effort de chaque jour.

PASCAL.


IV.—Pour se rapprocher de la perfection, l’homme ne doit compter que sur ses propres forces.

1

Combien il est erroné de demander à Dieu, ou même aux hommes, de me délivrer d’une situation difficile. L’homme n’a besoin de l’aide de personne; il n’a pas besoin non plus de sortir de la situation où il se trouve; il ne lui faut qu’une seule chose: faire un effort de conscience pour se libérer des péchés, des tentations et des superstitions. La situation de l’homme changera et s’améliorera seulement en tant qu’il se sera libéré des péchés, dés tentations et des superstitions.

2

Rien n’affaiblit les forces de l’homme que l’espoir de trouver le salut et le bonheur ailleurs que dans son effort.

3

Il faut se débarrasser de l’idée que le Ciel peut corriger nos erreurs. Si vous préparez négligemment quelque plat, vous n’espérez pas que la Providence le rendra bon; de même, si pendant une série d’années de folie, vous avez mal dirigé votre vie, vous ne devez pas espérer que l’intervention divine dirigera et arrangera tout pour le mieux.

JOHN RUSKIN.

4

Tu possèdes la connaissance de ce qui est la perfection suprême. En toi également sont les obstacles qui t’empêchent d’y arriver. Ta situation est précisément celle qui t’engage à travailler pour te rapprocher de la perfection.

CARLYLE.

5

C’est toi qui pèches, c’est toi qui projettes le mal, c’est toi qui fuis le péché, c’est toi qui purifies tes desseins, c’est toi qui es méchant ou pur; un autre ne pourra pas te sauver.

DJAMAPADA.

6

Il n’y a pas de loi morale si je ne puis l’accomplir. Les gens disent: nous sommes nés égoïstes, avares, sensuels, et nous ne pouvons pas être autres. Non, nous le pouvons. La première chose, c’est de sentir dans son cœur ce que nous sommes et ce que nous devons être, et la seconde est de faire des efforts pour nous rapprocher de ce que nous devrions être.

SOLTER.

7

L’homme doit développer ses germes de bien. La Providence ne les a pas semés entièrement levés dans l’homme; ce ne sont que des germes. Se rendre meilleur, cultiver soi-même—voilà l’œuvre principale de la vie de l’homme.

KANT.


V.—Il n’y a qu’un seul moyen d’améliorer la vie sociale: l’effort de chaque homme pour obtenir une vie morale et bonne.

1

Les hommes se rapprochent du Royaume de Dieu, c’est-à-dire de la vie bonne et heureuse, uniquement par l’effort de chaque individu vers une vie morale.

2

Si tu vois que l’organisation de la société est mauvaise et que tu veux l’améliorer, sache qu’il est pour cela un seul moyen: tous les hommes doivent devenir meilleurs. Et pour rendre tous les hommes meilleurs, tu n’as qu’un moyen: c’est de devenir meilleur toi-même.

3

On entend souvent dire que tous les efforts faits pour améliorer la vie, supprimer le mal, instituer la justice sont inutiles, et que tout cela se fera de soi-même. Les gens avançaient, en ramant, mais les rameurs, arrivés à destination, sont descendus; les voyageurs restés dans le bateau ne se mettent pas à ramer parce qu’ils pensent que le bateau continuera à avancer comme il l’a fait jusque-là.

4

«Oui, cela serait ainsi, si tous les hommes avaient compris d’un coup que tout cela est mauvais et inutile pour nous,» dit-on en parlant du mal de la vie humaine. «Mettons qu’un homme renonce au mal, qu’il refuse à y participer, cela avançera-t-il l’œuvre du bien commun? La transformation de la vie sociale s’opère grâce aux efforts de toute la société et non pas à ceux des individus isolés.»

Il est vrai, qu’une hirondelle ne fait pas le printemps. Serait-il possible, cependant, que parce qu’une hirondelle ne fait pas le printemps, elle ne doit pas s’envoler alors qu’elle sent l’approche du printemps? Si chaque bourgeon et chaque herbe attendaient, il n’y aurait jamais de printemps. De même, pour établir le Royaume de Dieu, je ne dois pas me demander si je suis la première ou la millième hirondelle, mais faire immédiatement, même si je suis seul, en sentant l’approche du royaume de Dieu, tout ce qu’il faut pour le réaliser.

«Demandez, et il vous sera donné; cherchez, et vous trouverez; frappez, et on vous ouvrira. Car quiconque demande, reçoit, et quiconque cherche, trouve; et l’on ouvre à celui qui frappe.»

MATTH., VII, 7-8.

5

Notre vie est malheureuse. Pourquoi?

Parce que les hommes vivent mal. Et ils vivent mal parce qu’ils sont eux-mêmes mauvais. De sorte que pour que la vie ne soit plus mauvaise, il faut changer les mauvaises gens en bonnes gens. Comment faire cela? Personne ne peut transformer tout le monde, mais chacun peut s’amender lui-même. Il semble, tout d’abord, qu’on ne peut pas remédier à cela ainsi, car que peut faire un homme contre tous? Pourtant, tous se plaignent de leur vie malheureuse. Si donc tous les hommes comprennent que la mauvaise vie vient des mauvaises gens, et que chacun peut non pas corriger les autres, mais se corriger lui-même, toute la vie deviendra immédiatement meilleure.

C’est donc que la mauvaise vie dépend de nous, et cela dépend également, de nous qu’elle devienne bonne.


VI.—L’effort vers la perfection donne le vrai bonheur.

1

L’effort moral et la joie de la conscience de la vie alternent de même que le travail corporel et la joie du repos. Sans travail corporel on n’éprouve pas la joie du repos: sans effort moral, il n’y a pas de joie d’être conscient de la vie.

2

La récompense de la vertu est dans l’effort même de faire une bonne action.

CICÉRON.

3

N’attends pas non seulement un succès rapide, mais même un succès perceptible de tes efforts vers le bien. Tu ne verras pas le fruit de tes efforts, parce que tu t’es avancé ‘tout autant que s’est avancée la perfection à laquelle tu aspires. L’effort de la conscience n’est pas un moyen pour obtenir le bonheur, mais l’effort de la conscience donne par lui-même le bonheur.

4

Dieu a donné aux animaux tout ce qu’il leur faut. Mais il ne l’a pas donné à l’homme. L’homme doit se procurer lui-même tout ce qui lui est nécessaire. La sagesse supérieure de l’homme n’est pas née avec lui; il doit travailler pour la gagner, et plus son travail est pénible, plus la récompense est grande.

Tablettes des Babides [1].

5

Le Royaume de Dieu est conquis de haute lutte. Cela veut dire que pour se débarrasser du mal et devenir bon, il faut un effort.

L’effort est nécessaire pour se contenir du mal. Contiens-toi du mal, et tu feras le bien, parce que l’âme humaine aime le bien, et elle le fait, si elle est exempte de mal.

6

Vous êtes des travailleurs libres et vous le sentez. Toutes sortes de raisonnements mensongers voulant prouver que la destinée ou les lois de la nature sont maîtresses de tout, ne seront jamais en état de faire taire les deux témoins incorruptibles de la liberté: les reproches de la conscience et les grands martyres. Depuis Socrate jusqu’à Christ, et depuis Christ jusqu’aux hommes qui, de siècle en siècle, meurent pour la vérité, tous les martyrs de la foi montrent le mensonge de cette doctrine d’esclaves et nous, disent tout haut: «Nous aussi, nous avons aimé la vie, et aussi tous les hommes qui ont embelli notre vie et qui nous suppliaient de cesser la lutte. Chaque battement de notre cœur semblait nous crier: vivez! Mais pour accomplir la loi de la vie, nous avons préféré la mort.»

Depuis Caïn et jusqu’à l’homme le plus profondément misérable de notre époque, tous ceux qui ont choisi la voie du mal entendent au fond de leur âme la voix du blâme, du reproche, une voix qui ne leur donne pas de repos, qui leur répète éternellement: Pourquoi avez-vous abandonné le chemin de la vérité? Vous pouviez, vous pouvez faire un effort. Vous êtes des hommes libres et il était dans votre pouvoir de moisir dans les péchés ou de vous en libérer.

MAZZINI.


[1]Secte religieuse persane. (Note du trad.)


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