Littérature Russe – Livres pour enfants – Poésie Russe – Fédor Dostoïevski – Les possédés – Table des matières
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Première Partie
Chapitre V
IV
J’ai déjà esquissé le portrait du capitaine: c’était un grand et gros gaillard de quarante ans, portant barbe et moustaches; il avait des cheveux crépus, un visage rouge et un peu bouffi, des joues flasques qui tremblaient à chaque mouvement de sa tête, et de petits yeux injectés, parfois assez malins. La pomme d’Adam était, chez lui, très saillante, ce qui ne l’avantageait pas. Mais, dans la circonstance présente, je remarquai surtout son frac et son linge propre. «Il y a des gens à qui le linge propre ne va pas», comme disait Lipoutine, un jour que Stépan Trophimovitch lui reprochait sa malpropreté. Le capitaine avait aussi des gants noirs; il était parvenu, non sans peine, à mettre à demi celui de la main gauche; quant à l’autre, il le tenait dans sa main droite, ainsi qu’un superbe chapeau rond qui, assurément, servait pour la première fois. Je pus donc me convaincre que le «frac de l’amour» dont il avait parlé la veille à Chatoff était bel et bien une réalité. Habit et linge avaient été achetés (je le sus plus tard) sur le conseil de Lipoutine, en vue de certains projets mystérieux. Il n’y avait pas à douter non plus que la visite actuelle de Lébiadkine ne fût due également à une inspiration étrangère; seul, il n’aurait pu ni en concevoir l’idée, ni la mettre à exécution dans l’espace de trois quarts d’heure, à supposer même qu’il eût été immédiatement instruit de la scène qui s’était passée sur le parvis de la cathédrale. Il n’était pas ivre, mais se trouvait dans cet état de pesanteur et d’abrutissement où vous laisse une orgie prolongée durant plusieurs jours consécutifs.
Au moment où il entrait comme une trombe dans le salon, il trébucha dès le seuil sur le tapis. Marie Timoféievna éclata de rire. Le capitaine lui lança un regard féroce et s’avança rapidement vers Barbara Pétrovna.
— Je suis venu, madame… commença-t-il d’une voix tonnante.
— Faites-moi le plaisir, monsieur, dit Barbara Pétrovna en se redressant, de vous asseoir là, sur cette chaise. Je vous entendrai fort bien de là, et je pourrai mieux vous voir.
Le capitaine s’arrêta, regarda devant lui d’un air hébété, mais revint sur ses pas et s’assit à la place indiquée, c’est-à-dire tout près de la porte. Sa physionomie était celle d’un homme qui joint à une grande défiance de lui-même une forte dose d’impudence et d’irascibilité. Il ne se sentait pas à son aise, cela était évident, mais, d’un autre côté, son amour-propre souffrait, et l’on pouvait prévoir que, le cas échéant, l’orgueil blessé ferait un effronté de ce timide. Conscient de sa gaucherie, il osait à peine bouger. Comme tout le monde l’a remarqué, la principale souffrance des messieurs de ce genre, quand par grand hasard ils apparaissent dans un salon, c’est de ne savoir que faire de leurs mains. Le capitaine, tenant dans les siennes son chapeau et ses gants, restait les yeux fixés sur le visage sévère de Barbara Pétrovna. Il aurait peut-être voulu regarder plus attentivement autour de lui, mais il ne pouvait encore s’y résoudre. Marie Timoféievna partit d’un nouvel éclat de rire, trouvant sans doute fort ridicule la contenance embarrassée de son frère. Celui-ci ne remua pas. Barbara Pétrovna eut l’inhumanité de le laisser ainsi sur les épines pendant toute une minute.
— D’abord, permettez-moi d’apprendre de vous-même votre nom, dit- elle enfin d’un ton glacial, après avoir longuement examiné le visiteur.
— Le capitaine Lébiadkine, répondit ce dernier de sa voix sonore; je suis venu, madame…
— Permettez! interrompit de nouveau Barbara Pétrovna, — cette malheureuse personne qui m’a tant intéressée est en effet votre soeur?
— Oui, madame; elle a échappé à ma surveillance, car elle est dans une position…
Il rougit soudain et commença à patauger.
— Entendez-moi bien, madame, un frère ne salira pas… dans une position, cela ne veut pas dire dans une position… qui entache la réputation… depuis quelques temps…
Il s’arrêta tout à coup.
— Monsieur! fit la maîtresse de la maison en relevant la tête.
— Voici dans quelle position elle est, acheva brusquement le visiteur, et il appliqua son doigt sur son front.
Il y eut un silence.
— Et depuis quand souffre-t-elle de cela? demanda négligemment
Barbara Pétrovna.
— Madame, je suis venu vous remercier de la générosité dont vous avez fait preuve sur le parvis, je suis venu vous remercier à la russe, fraternellement…
— Fraternellement?
— C’est-à-dire, pas fraternellement, mais en ce sens seulement que je suis le frère de ma soeur, madame, et croyez, madame, poursuivit-il précipitamment, tandis que son visage devenait cramoisi, — croyez que je ne suis pas aussi mal élevé que je puis le paraître à première vue dans votre salon. Ma soeur et moi, nous ne sommes rien, madame, comparativement au luxe que nous remarquons ici. Ayant, de plus, des calomniateurs… Mais Lébiadkine tient à sa réputation, madame, et… et… je suis venu vous remercier… Voilà l’argent, madame!
Sur ce, il tira de sa poche un portefeuille et y prit une liasse de petites coupures qu’il se mit à compter. Mais l’impatience faisait trembler ses doigts, d’ailleurs lui-même sentait qu’il avait l’air encore plus bête avec cet argent dans les mains. Aussi se troubla-t-il définitivement; pour l’achever un billet de banque vert s’échappa du portefeuille et s’envola sur le tapis.
— Vingt roubles, madame, dit le capitaine dont le visage ruisselait de sueur, et, sa liasse de papier-monnaie à la main, il s’avança vivement vers la maîtresse de la maison. Apercevant le billet de banque tombé par terre, il se baissa d’abord pour le ramasser, puis il rougit de ce premier mouvement et, avec un geste d’indifférence:
— Ce sera pour vos gens, madame, dit-il, — pour le laquais qui le ramassera; il se souviendra de Lébiadkine.
— Je ne puis permettre cela, se hâta de répondre Barbara Pétrovna un peu inquiète.
— En ce cas…
Il ramassa l’assignat, devint pourpre, et, s’approchant brusquement de son interlocutrice, lui tendit l’argent qu’il venait de compter.
— Qu’est-ce que c’est? s’écria-t-elle positivement effrayée cette fois, et elle se recula même dans son fauteuil. Maurice Nikolaïévitch, Stépan Trophimovitch et moi, nous nous avançâmes aussitôt vers elle.
— Calmez-vous, calmez-vous, je ne suis pas fou, je vous assure que je ne suis pas fou! répétait à tout le monde le capitaine fort agité.
— Si, monsieur, vous avez perdu l’esprit.
— Madame, tout cela n’est pas ce que vous pensez! Sans doute je suis un insignifiant chaînon… Oh! madame, somptueuse est votre demeure, tandis que bien pauvre est celle de Marie l’Inconnue, ma soeur, née Lébiadkine, mais que nous appellerons pour le moment Marie l’Inconnue, en attendant, madame, _en attendant _seulement, car Dieu ne permettra pas qu’il en soit toujours ainsi! Madame, vous lui avez donné dix roubles, et elle les a reçus, mais parce qu’ils venaient de vous, madame! Écoutez, madame! De personne au monde cette Marie l’Inconnue n’acceptera rien, autrement frémirait dans la tombe l’officier d’état-major, son grand-père, qui a été tué au Caucase sous les yeux même d’Ermoloff, mais de vous, madame, de vous elle acceptera tout. Seulement, si d’une main elle reçoit, de l’autre elle vous offre vingt roubles sous forme de don à l’un des comités philanthropiques dont vous êtes membre, madame… car vous-même, madame, avez fait insérer dans la Gazette de Moscou un avis comme quoi l’on peut souscrire ici chez vous au profit d’une société de bienfaisance…
Le capitaine s’interrompit tout à coup; il respirait péniblement, comme après l’accomplissement d’une tâche laborieuse. La phrase sur la société de bienfaisance avait été probablement préparée d’avance, peut-être dictée par Lipoutine. Le visiteur était en nage. Barbara Pétrovna fixa sur lui un regard pénétrant.
— Le livre se trouve toujours en bas chez mon concierge, répondit-elle sévèrement, — vous pouvez y inscrire votre offrande, si vous voulez. En conséquence, je vous prie maintenant de serrer votre argent et de ne pas le brandir en l’air. C’est cela. Je vous prie aussi de reprendre votre place. C’est cela. Je regrette fort, monsieur, de m’être trompée sur le compte de votre soeur et de lui avoir fait l’aumône, alors qu’elle est si riche. Il y a seulement un point que je ne comprends pas: pourquoi de moi seule peut-elle accepter quelque chose, tandis qu’elle ne voudrait rien recevoir des autres? Vous avez tellement insisté là-dessus que je désire une explication tout à fait nette.
— Madame, c’est un secret qui ne peut être enseveli que dans la tombe! reprit le capitaine.
— Pourquoi donc? demanda Barbara Pétrovna d’un ton qui semblait déjà un peu moins ferme.
— Madame, madame!…
S’enfermant dans un sombre silence, il regardait à terre, la main droite appuyée sur son coeur. Barbara Pétrovna attendait, sans le quitter des yeux.
— Madame, cria-t-il tout à coup, — me permettez-vous de vous faire une question, une seule, mais franchement, ouvertement, à la russe?
— Parlez.
— Avez-vous souffert dans votre vie, madame?
— Vous voulez dire simplement que vous avez souffert ou que vous souffrez par le fait de quelqu’un?
— Madame, madame! Dieu lui-même, au jugement dernier, s’étonnera de tout ce qui a bouillonné dans ce coeur! répliqua le capitaine en se frappant la poitrine.
— Hum, c’est beaucoup dire.
— Madame, je me sers peut-être d’expressions trop vives…
— Ne vous inquiétez pas, je saurai vous arrêter moi-même quand il le faudra.
— Puis-je vous soumettre encore une question, madame?
— Voyons?
— Peut-on mourir par le seul fait de la noblesse de son âme?
— Je n’en sais rien, je ne me suis jamais posé cette question.
— Vous n’en savez rien! Vous ne vous êtes jamais posé cette question! cria Lébiadkine avec une douloureuse ironie; — eh bien, puisqu’il en est ainsi, puisqu’il en est ainsi, —
Tais-toi, coeur sans espoir!
Et il s’allongea un violent coup de poing dans la poitrine.
Ensuite il commença à se promener dans la chambre. Le trait caractéristique de ces gens-là est une complète impuissance à refouler en soi leurs désirs: ceux-ci à peine conçus tendent irrésistiblement à se manifester, et souvent au mépris de toutes les convenances. Hors de son milieu, un monsieur de ce genre commencera d’ordinaire par se sentir gêné, mais, pour peu que vous lui lâchiez la bride, il deviendra tout de suite insolent. Le capitaine fort échauffé allait çà et là en gesticulant, il n’écoutait pas ce qu’on lui disait, et parlait avec une telle rapidité que parfois il bredouillait; alors, sans achever sa phrase, il en commençait une autre. À la vérité, il était peut- être en partie sous l’influence d’une sorte d’ivresse: dans le salon se trouvait Élisabeth Nikolaïevna qu’il ne regardait pas, mais dont la présence devait suffire pour lui tourner la tête. Du reste, ce n’est là qu’une supposition de ma part. Sans doute Barbara Pétrovna avait ses raisons pour triompher de son dégoût et consentir à entendre un pareil homme. Prascovie Ivanovna était toute tremblante, bien que, à vrai dire, elle ne parût pas savoir au juste de quoi il s’agissait. Stépan Trophimovitch tremblait aussi, mais lui c’était, au contraire, parce qu’il croyait trop bien comprendre. Maurice Nikolaïévitch semblait être là comme un ange tutélaire; Lisa était pâle, et ses yeux grands ouverts ne pouvaient se détacher de l’étrange capitaine. Chatoff avait toujours la même attitude; mais, chose plus surprenante que tout le reste, la gaieté de Marie Timoféievna avait fait place à la tristesse; le coude droit appuyé sur la table, la folle, pendant que son frère pérorait, ne cessait de le considérer d’un air chagrin. Seule, Daria Pavlovna me parut calme.
À la fin, Barbara Pétrovna se fâcha:
— Toutes ces allégories ne signifient rien, vous n’avez pas répondu à ma question: «Pourquoi?» J’attends impatiemment une réponse.
— Je n’ai pas répondu au «pourquoi?» Vous attendez une réponse au «pourquoi?» reprit le capitaine avec un clignement d’yeux; — ce petit mot «pourquoi?» est répandu dans tout l’univers depuis la naissance du monde, madame; à chaque instant toute la nature crie à son créateur «pourquoi?» et voilà sept mille ans qu’elle attend en vain une réponse. Se peut-il que le capitaine Lébiadkine seul réponde à cette question et que sa réponse soit juste, madame?
— Tout cela est absurde et ne rime à rien! répliqua Barbara Pétrovna irritée, — ce sont des allégories; de plus, vous parlez trop pompeusement, monsieur, ce que je considère comme une impertinence.
— Madame, poursuivit le capitaine sans l’écouter, — je désirerais peut-être m’appeler Ernest, et pourtant je suis condamné à porter le vulgaire nom d’Ignace, — pourquoi cela, selon vous? Je voudrais pouvoir m’intituler prince de Montbar, et je ne suis que Lébiadkine tout court, — pourquoi cela? Je suis poète, madame, poète dans l’âme, je pourrais recevoir mille roubles d’un éditeur, et cependant je suis forcé de vivre dans un taudis, pourquoi? pourquoi? Madame, à mon avis, la Russie est un jeu de la nature, rien de plus!
— Décidément vous ne pouvez rien dire de plus précis?
— Je puis vous réciter une poésie, le _Cancrelas, _madame!
— Quoi?
— Madame, je ne suis pas encore fou! Je le deviendrai certainement, mais je ne le suis pas encore! Madame, un de mes amis, un homme très noble, a écrit une fable de Kryloff, intitulée le Cancrelas, puis-je vous en donner connaissance?
— Vous voulez réciter une fable de Kryloff?
— Non, ce n’est pas une fable de Kryloff que je veux réciter, mais une fable de moi, de ma composition. Croyez-le bien, madame, je ne suis ni assez inculte, ni assez abruti pour ne pas comprendre que la Russie possède dans Kryloff un grand fabuliste à qui le ministre de l’instruction publique a érigé un monument dans le Jardin d’Été. Tenez, madame, vous demandez: «pourquoi?» La réponse est au fond de cette fable, en lettres de feu!
— Récitez votre fable!
Il existait sur la terre Un modeste cancrelas; Un jour le pauvret, hélas! Se laissa choir dans un verre Or, ce verre était rempli D’un aliment pour les mouches…
— Seigneur, qu’est-ce que c’est que ça? s’écria Barbara Pétrovna.
— En été, quand on veut prendre des mouches, on met dans un verre un aliment dont elles sont friandes, se hâta d’expliquer le capitaine avec la mauvaise humeur d’un auteur troublé dans sa lecture, — n’importe quel imbécile comprendra, n’interrompez pas, n’interrompez pas, vous verrez, vous verrez…
À cette vue, un grand cri, S’adressant à Jupiter, Sort aussitôt de leurs bouches «Ne peux-tu donc pas ôter «Ces intrus de votre verre?» Arrive un vieillard sévère, Le très noble Nikifor.
— Je n’ai pas encore fini, mais cela ne fait rien, je vais vous raconter le reste en prose: Nikifor prend le verre, et, sans s’inquiéter des cris, jette les mouches, le cancrelas et tout le tremblement dans le bac aux ordures, ce qu’il aurait fallu faire depuis longtemps. Mais remarquez, remarquez, madame, que le cancrelas ne murmure pas! Voilà la réponse à votre question, ajouta le capitaine en élevant la voix avec un accent de triomphe: «le cancrelas ne murmure pas!» — Quant à Nikifor, il représente la nature, acheva-t-il rapidement, et, enchanté de lui-même, il reprit sa promenade dans la chambre.
— Permettez-moi de vous demander, dit Barbara Pétrovna outrée de colère, — comment vous avez osé accuser une personne appartenant à ma maison d’avoir détourné une partie de l’argent à vous envoyé par Nicolas Vsévolodovitch.
— Calomnie! vociféra Lébiadkine avec un geste tragique.
— Non, ce n’est pas une calomnie.
— Madame, dans certaines circonstances on se résigne à subir un déshonneur domestique, plutôt que de proclamer hautement la vérité. Lébiadkine se taira, madame!
Sentant sa position très forte, il était comme grisé par la conscience de ses avantages sur son interlocutrice; il éprouvait un besoin de blesser, de salir, de montrer sa puissance.
— Sonnez, s’il vous plait, Stépan Trophimovitch, dit Barbara
Pétrovna.
— Lébiadkine n’est pas un niais, madame! continua le capitaine en clignant de l’oeil avec un vilain sourire, — c’est un malin, mais chez lui aussi un vestibule est ouvert aux passions! Et ce vestibule, c’est la vieille bouteille du hussard, chantée par Denis Davydoff. Voilà, quand il est dans ce vestibule, madame, il lui arrive d’envoyer une lettre en vers, lettre très noble, mais qu’il voudrait ensuite n’avoir pas écrite; oui, il donnerait, pour la ravoir, les larmes de toute sa vie, car le sentiment du beau y est blessé. Malheureusement, lorsque l’oiseau a pris son vol, on ne peut pas le saisir par la queue! Eh bien, dans ce vestibule, madame, sous le coup de la généreuse indignation éveillée en lui par les affronts dont il est abreuvé, Lébiadkine a pu aussi s’exprimer en termes inconsidérés sur le compte d’une noble demoiselle, et ses calomniateurs en ont profité. Mais Lébiadkine est rusé, madame! En vain un loup sinistre l’obsède continuellement et ne cesse de lui verser à boire, espérant le faire parler: Lébiadkine se tait, et, au fond de la bouteille, ce qui chaque fois se rencontre au lieu du mot attendu, c’est — la ruse de Lébiadkine! Mais assez, oh! assez! Madame, votre somptueuse habitation pourrait appartenir au plus noble des êtres, mais le cancrelas ne murmure pas! Remarquez donc, remarquez enfin qu’il ne murmure pas, et reconnaissez sa grandeur d’âme!
En bas, dans la loge du concierge, se fit entendre un coup de sonnette, et presque au même instant se montra Alexis Égoritch que Stépan Trophimovitch avait sonné tout à l’heure. Le vieux domestique aux allures si correctes était en proie à une agitation extraordinaire.
— Nicolas Vsévolodovitch vient d’arriver, et il sera ici dans un moment, déclara-t-il en réponse au regard interrogateur de sa maîtresse.
Je me rappelle très bien comment Barbara Pétrovna accueillit cette nouvelle: d’abord elle pâlit, mais soudain ses yeux étincelèrent. Elle se redressa sur son fauteuil, et son visage prit une expression d’énergie qui frappa tout le monde. Outre que l’arrivée de Nicolas Vsévolodovitch était complètement imprévue, puisqu’on ne l’attendait pas avant un mois, cet événement, dans les conjonctures présentes, semblait un véritable coup de la fatalité. Le capitaine lui-même s’arrêta, comme pétrifié, au milieu de la chambre, et resta bouche béante, regardant la porte d’un air extrêmement bête.
Dans la pièce voisine retentirent des pas légers et rapides, puis quelqu’un fit brusquement irruption dans le salon, mais ce n’était pas Nicolas Vsévolodovitch.
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