The Life and Adventures of Robinson Crusoe by Daniel Defoe Bilingual Book French/English Page 1

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The Life and Adventures of Robinson Crusoe by Daniel Defoe

The Life and Adventures of Robinson Crusoe by Daniel Defoe Aventures surprenantes de Robinson Crusoé, by Daniel Defoë
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I was born in the year 1632, in the city of York, of a good family, though not of that country, my father being a foreigner of Bremen, who settled first at Hull. He got a good estate by merchandise, and leaving off his trade, lived afterwards at York, from whence he had married my mother, whose relations were named Robinson, a very good family in that country, and from whom I was called Robinson Kreutznaer; but, by the usual corruption of words in England, we are now called—nay we call ourselves and write our name—Crusoe; and so my companions always called me.En 1632, je naquis à York, d’une bonne famille, mais qui n’était point de ce pays. Mon père, originaire de Brême, établi premièrement à Hull, après avoir acquis l’aisance et s’être retiré du commerce, était venu résider à York où il s’était allié, par ma mère, à la famille Robinson, une des meilleures de la province. C’est à cette alliance que je devais mon double nom de Robinson-Kreutznaer; mais, aujourd’hui, par une corruption de mots assez commune en Angleterre, on nous nomme, nous nous nommons et signons Crusoé. C’est ainsi que mes compagnons m’ont toujours appelé.
I had two elder brothers, one of whom was lieutenant-colonel to an English regiment of foot in Flanders, formerly commanded by the famous Colonel Lockhart, and was killed at the battle near Dunkirk against the Spaniards. What became of my second brother I never knew, any more than my father or mother knew what became of me.J’avais deux frères: l’aîné, lieutenant-colonel, en Flandre, d’un régiment d’infanterie anglaise, autrefois commandé par le fameux colonel Lockhart, fut tué à la bataille de Dunkerque contre les Espagnols; que devint l’autre? j’ignore quelle fut sa destinée; mon père et ma mère ne connurent pas mieux la mienne.
Being the third son of the family and not bred to any trade, my head began to be filled very early with rambling thoughts. My father, who was very ancient, had given me a competent share of learning, as far as house-education and a country free school generally go, and designed me for the law; but I would be satisfied with nothing but going to sea; and my inclination to this led me so strongly against the will, nay, the commands of my father, and against all the entreaties and persuasions of my mother and other friends, that there seemed to be something fatal in that propensity of nature, tending directly to the life of misery which was to befall me.Troisième fils de la famille, et n’ayant appris aucun métier, ma tête commença de bonne heure à se remplir de pensées vagabondes. Mon père, qui était un bon vieillard, m’avait donné toute la somme de savoir qu’en général on peut acquérir par l’éducation domestique et dans une école gratuite. Il voulait me faire avocat; mais mon seul désir était d’aller sur mer, et cette inclination m’entraînait si résolument contre sa volonté et ses ordres, et malgré même toutes les prières et les sollicitations de ma mère et de mes parents, qu’il semblait qu’il y eût une fatalité dans cette propension naturelle vers un avenir de misère.
My father, a wise and grave man, gave me serious and excellent counsel against what he foresaw was my design. He called me one morning into his chamber, where he was confined by the gout, and expostulated very warmly with me upon this subject. He asked me what reasons, more than a mere wandering inclination, I had for leaving father’s house and my native country, where I might be well introduced, and had a prospect of raising my fortune by application and industry, with a life of ease and pleasure.Mon père, homme grave et sage, me donnait de sérieux et d’excellents conseils contre ce qu’il prévoyait être mon dessein. Un matin, il m’appela dans sa chambre, où il était retenu par la goutte, et me réprimanda chaleureusement à ce sujet:—«Quelle autre raison as-tu, me dit-il, qu’un penchant aventureux, poure abandonner la maison paternelle et ta patrie, où tu pourrais être poussé, et où tu as l’assurance de faire ta fortune avec de l’application et de l’industrie, et l’assurance d’une vie d’aisance et de plaisir?
He told me it was men of desperate fortunes on one hand, or of aspiring, superior fortunes on the other, who went abroad upon adventures, to rise by enterprise, and make themselves famous in undertakings of a nature out of the common road; that these things were all either too far above me or too far below me; that mine was the middle state, or what might be called the upper station of low life, which he had found, by long experience, was the best state in the world, the most suited to human happiness, not exposed to the miseries and hardships, the labour and sufferings of the mechanic part of mankind, and not embarrassed with the pride, luxury, ambition, and envy of the upper part of mankind. Il n’y a que les hommes dans l’adversité ou les ambitieux qui s’en vont chercher aventure dans les pays étrangers, pour s’élever par entreprise et se rendre fameux par des actes en dehors de la voie commune. Ces choses sont de beaucoup trop au-dessus ou trop au-dessous de toi; ton état est le médiocre, ou ce qui peut être appelé la première condition du bas étage; une longue expérience me l’a fait reconnaître comme le meilleur dans le monde et le plus convenable au bonheur. Il n’est en proie ni aux misères, ni aux peines, ni aux travaux, ni aux souffrances des artisans: il n’est point troublé par l’orgueil, le luxe, l’ambition et l’envie des hautes classes.
He told me I might judge of the happiness of this state by this one thing—viz. that this was the state of life which all other people envied; that kings have frequently lamented the miserable consequence of being born to great things, and wished they had been placed in the middle of the two extremes, between the mean and the great; that the wise man gave his testimony to this, as the standard of felicity, when he prayed to have neither poverty nor riches.Tu peux juger du bonheur de cet état; c’est celui de la vie que les autres hommes jalousent; les rois, souvent, ont gémi des cruelles conséquences d’être nés pour les grandeurs, et ont souhaité d’être placés entre les deux extrêmes, entre les grands et les petits; enfin le sage l’a proclamé le juste point de la vraie félicité en implorant le ciel de le préserver de la pauvreté et de la richesse.
He bade me observe it, and I should always find that the calamities of life were shared among the upper and lower part of mankind, but that the middle station had the fewest disasters, and was not exposed to so many vicissitudes as the higher or lower part of mankind; nay, they were not subjected to so many distempers and uneasinesses, either of body or mind, as those were who, by vicious living, luxury, and extravagances on the one hand, or by hard labour, want of necessaries, and mean or insufficient diet on the other hand, bring distemper upon themselves by the natural consequences of their way of living; that the middle station of life was calculated for all kind of virtue and all kind of enjoyments; that peace and plenty were the handmaids of a middle fortune; that temperance, moderation, quietness, health, society, all agreeable diversions, and all desirable pleasures, were the blessings attending the middle station of life; that this way men went silently and smoothly through the world, and comfortably out of it, not embarrassed with the labours of the hands or of the head, not sold to a life of slavery for daily bread, nor harassed with perplexed circumstances, which rob the soul of peace and the body of rest, nor enraged with the passion of envy, or the secret burning lust of ambition for great things; but, in easy circumstances, sliding gently through the world, and sensibly tasting the sweets of living, without the bitter; feeling that they are happy, and learning by every day’s experience to know it more sensibly.«Remarque bien ceci, et tu le vérifieras toujours: les calamités de la vie sont le partage de la plus haute et de la plus basse classe du genre humain; la condition moyenne éprouve le moins de désastres, et n’est point exposée à autant de vicissitudes que le haut et le bas de la société; elle est même sujette à moins de maladies et de troubles de corps et d’esprit que les deux autres, qui, par leurs débauches, leurs vices et leurs excès, ou par un trop rude travail, le manque du nécessaire, une insuffisante nourriture et la faim, attirent sur eux des misères et des maux, naturelle conséquence de leur manière de vivre. La condition moyenne s’accommode le mieux de toutes les vertus et de toutes les jouissances: la paix et l’abondance sont les compagnes d’une fortune médiocre. La tempérance, la modération, la tranquillité, la santé, la société, tous les agréables divertissements et tous les plaisirs désirables sont les bénédictions réservées à ce rang. Par cette voie, les hommes quittent le monde d’une façon douce, et passent doucement et uniment à travers, sans être accablés de travaux des mains ou de l’esprit; sans être vendus à la vie de servitude pour le pain de chaque jour; sans être harassés par des perplexités continuelles qui troublent la paix de l’âme et arrachent le corps au repos; sans être dévorés par les angoisses de l’envie ou la secrète et rongeante convoitise de l’ambition; au sein d’heureuses circonstances, ils glissent tout mollement à travers la société, et goûtent sensiblement les douceurs de la vie sans les amertumes, ayant le sentiment de leur bonheur et apprenant, par l’expérience journalière, à le connaître plus profondément.»
After this he pressed me earnestly, and in the most affectionate manner, not to play the young man, nor to precipitate myself into miseries which nature, and the station of life I was born in, seemed to have provided against; that I was under no necessity of seeking my bread; that he would do well for me, and endeavour to enter me fairly into the station of life which he had just been recommending to me; and that if I was not very easy and happy in the world, it must be my mere fate or fault that must hinder it; and that he should have nothing to answer for, having thus discharged his duty in warning me against measures which he knew would be to my hurt; in a word, that as he would do very kind things for me if I would stay and settle at home as he directed, so he would not have so much hand in my misfortunes as to give me any encouragement to go away; and to close all, he told me I had my elder brother for an example, to whom he had used the same earnest persuasions to keep him from going into the Low Country wars, but could not prevail, his young desires prompting him to run into the army, where he was killed; and though he said he would not cease to pray for me, yet he would venture to say to me, that if I did take this foolish step, God would not bless me, and I should have leisure hereafter to reflect upon having neglected his counsel when there might be none to assist in my recovery.Ensuite il me pria instamment, et de la manière la plus affectueuse, de ne pas faire le jeune homme:—«Ne va pas te précipiter, me disait-il, au milieu des maux contre lesquels la nature et ta naissance semblent t’avoir prémuni; tu n’es pas dans la nécessité d’aller chercher ton pain; je te veux du bien, je ferai tous mes efforts pour te placer parfaitement dans la position de la vie qu’en ce moment je te recommande. Si tu n’étais pas aise et heureux dans le monde, ce serait par ta destinée ou tout à fait par l’erreur qu’il te faut éviter; je n’en serais en rien responsable, ayant ainsi satisfait à mes devoirs en t’éclairant sur des projets que je sais être ta ruine. En un mot, j’accomplirais franchement mes bonnes promesses si tu voulais te fixer ici suivant mon souhait, mais je ne voudrais pas tremper dans tes infortunes en favorisant ton éloignement. N’as-tu pas l’exemple de ton frère aîné, auprès de qui j’usai autrefois des mêmes instances pour le dissuader d’aller à la guerre des Pays-Bas, instances qui ne purent l’emporter sur ses jeunes désirs le poussant à se jeter dans l’armée, où il trouva la mort? Je ne cesserai jamais de prier pour toi, toutefois j’oserais te prédire, si tu faisais ce coup de tête, que Dieu ne te bénirait point, et, que, dans l’avenir, manquant de toute assistance, tu aurais toute la latitude de réfléchir sur le mépris de mes conseils.»
I observed in this last part of his discourse, which was truly prophetic, though I suppose my father did not know it to be so himself—I say, I observed the tears run down his face very plentifully, especially when he spoke of my brother who was killed: and that when he spoke of my having leisure to repent, and none to assist me, he was so moved that he broke off the discourse, and told me his heart was so full he could say no more to me.Je remarquai, vers la dernière partie de ce discours, qui était véritablement prophétique, quoique je ne suppose pas que mon père en ait eu le sentiment; je remarquai, dis-je, que des larmes coulaient abondamment sur sa face, surtout lorsqu’il me parla de la perte de mon frère, et qu’il était si ému, en me prédisant que j’aurais tout le loisir de me repentir, sans avoir personne pour m’assister, qu’il s’arrêta court, puis ajouta:—«J’ai le cœur trop plein, je ne saurais t’en dire davantage.»
I was sincerely affected with this discourse, and, indeed, who could be otherwise? and I resolved not to think of going abroad any more, but to settle at home according to my father’s desire. But alas! a few days wore it all off; and, in short, to prevent any of my father’s further importunities, in a few weeks after I resolved to run quite away from him. However, I did not act quite so hastily as the first heat of my resolution prompted; but I took my mother at a time when I thought her a little more pleasant than ordinary, and told her that my thoughts were so entirely bent upon seeing the world that I should never settle to anything with resolution enough to go through with it, and my father had better give me his consent than force me to go without it; that I was now eighteen years old, which was too late to go apprentice to a trade or clerk to an attorney; that I was sure if I did I should never serve out my time, but I should certainly run away from my master before my time was out, and go to sea; and if she would speak to my father to let me go one voyage abroad, if I came home again, and did not like it, I would go no more; and I would promise, by a double diligence, to recover the time that I had lost.Je fus sincèrement touché de cette exhortation; au reste, pouvait-il en être autrement? Je résolus donc de ne plus penser à aller au loin, mais à m’établir chez nous selon le désir de mon père. Hélas! en peu de jours tout cela s’évanouit, et bref, pour prévenir de nouvelles importunités paternelles, quelques semaines après je me déterminai à m’enfuir. Néanmoins, je ne fis rien à la hâte, comme m’y poussait ma première ardeur, mais un jour que ma mère me parut un peu plus gaie que de coutume, je la pris à part et lui dis:—«Je suis tellement préoccupé du désir irrésistible de courir le monde, que je ne pourrais rien embrasser avec assez de résolution pour y réussir; mon père ferait mieux de me donner son consentement que de me placer dans la nécessité de passer outre. Maintenant, je suis âgé de dix-huit ans, il est trop tard pour que j’entre apprenti dans le commerce ou clerc chez un procureur; si je le faisais, je suis certain de ne pouvoir achever mon temps, et avant mon engagement rempli, de m’évader de chez mon maître pour m’embarquer. Si vous vouliez bien engager mon père à me laisser faire un voyage lointain, et que j’en revienne dégoûté, je ne bougerais plus, et je vous promettrais de réparer ce temps perdu par un redoublement d’assiduité.»
This put my mother into a great passion; she told me she knew it would be to no purpose to speak to my father upon any such subject; that he knew too well what was my interest to give his consent to anything so much for my hurt; and that she wondered how I could think of any such thing after the discourse I had had with my father, and such kind and tender expressions as she knew my father had used to me; and that, in short, if I would ruin myself, there was no help for me; but I might depend I should never have their consent to it; that for her part she would not have so much hand in my destruction; and I should never have it to say that my mother was willing when my father was not.Cette ouverture jeta ma mère en grande émotion:—«Cela n’est pas proposable, me répondit-elle; je me garderai bien d’en parler à ton père; il connaît trop bien tes véritables intérêts pour donner son assentiment à une chose qui te serait si funeste. Je trouve étrange que tu puisses encore y songer après l’entretien que tu as eu avec lui et l’affabilité et les expressions tendres dont je sais qu’il a usé envers toi. En un mot, si tu veux absolument aller te perdre, je n’y vois point de remède; mais tu peux être assuré de n’obtenir jamais notre approbation. Pour ma part, je ne veux point mettre la main à l’œuvre de ta destruction, il ne sera jamais dit que ta mère se soit prêtée à une chose réprouvée par ton père.»
Though my mother refused to move it to my father, yet I heard afterwards that she reported all the discourse to him, and that my father, after showing a great concern at it, said to her, with a sigh, “That boy might be happy if he would stay at home; but if he goes abroad, he will be the most miserable wretch that ever was born: I can give no consent to it.”Nonobstant ce refus, comme je l’appris dans la suite, elle rapporta le tout à mon père, qui, profondément affecté, lui dit en soupirant:—«Ce garçon pourrait être heureux s’il voulait demeurer à la maison; mais, s’il va courir le monde, il sera la créature la plus misérable qui ait jamais été; je n’y consentirai jamais.»
It was not till almost a year after this that I broke loose, though, in the meantime, I continued obstinately deaf to all proposals of settling to business, and frequently expostulated with my father and mother about their being so positively determined against what they knew my inclinations prompted me to. But being one day at Hull, where I went casually, and without any purpose of making an elopement at that time; but, I say, being there, and one of my companions being about to sail to London in his father’s ship, and prompting me to go with them with the common allurement of seafaring men, that it should cost me nothing for my passage, I consulted neither father nor mother any more, nor so much as sent them word of it; but leaving them to hear of it as they might, without asking God’s blessing or my father’s, without any consideration of circumstances or consequences, and in an ill hour, God knows, on the 1st of September 1651, I went on board a ship bound for London. Ce ne fut environ qu’un an après ceci que je m’échappai, quoique cependant je continuasse obstinément à rester sourd à toutes propositions d’embrasser un état, et quoique souvent je reprochasse à mon père et à ma mère leur inébranlable opposition, quand ils savaient très bien que j’étais entraîné par mes inclinations. Un jour, me trouvant à Hull, où j’étais allé par hasard et sans aucun dessein prémédité; étant là, dis-je, un de mes compagnons prêt à se rendre par la mer à Londres, sur un vaisseau de son père, me pressa de partir, avec l’amorce ordinaire des marins, c’est-à-dire qu’il ne m’en coûterait rien pour ma traversée. Je ne consultai plus mes parents; je ne leur envoyai aucun message; mais, leur laissant à l’apprendre comme ils pourraient, sans demander la bénédiction de Dieu ou de mon père, sans aucune considération des circonstances et des conséquences, malheureusement, Dieu sait! le 1er septembre 1651, j’allai à bord du vaisseau chargé pour Londres.
Never any young adventurer’s misfortunes, I believe, began sooner, or continued longer than mine. The ship was no sooner out of the Humber than the wind began to blow and the sea to rise in a most frightful manner; and, as I had never been at sea before, I was most inexpressibly sick in body and terrified in mind. I began now seriously to reflect upon what I had done, and how justly I was overtaken by the judgment of Heaven for my wicked leaving my father’s house, and abandoning my duty. All the good counsels of my parents, my father’s tears and my mother’s entreaties, came now fresh into my mind; and my conscience, which was not yet come to the pitch of hardness to which it has since, reproached me with the contempt of advice, and the breach of my duty to God and my father.Jamais infortunes de jeune aventurier, je pense, ne commencèrent plus tôt et ne durèrent plus longtemps que les miennes. Comme le vaisseau sortait à peine de l’Humber, le vent s’éleva et les vagues s’enflèrent effroyablement. Je n’étais jamais allé sur mer auparavant; je fus, d’une façon indicible, malade de corps et épouvanté d’esprit. Je commençai alors à réfléchir sérieusement sur ce que j’avais fait et sur la justice divine qui frappait en moi un fils coupable. Tous les bons conseils de mes parents, les larmes de mon père, les paroles de ma mère, se présentèrent alors vivement en mon esprit; et ma conscience, qui n’était point encore arrivée à ce point de dureté qu’elle atteignit plus tard, me reprocha mon mépris de la sagesse et de la violation de mes devoirs envers Dieu et mon père.
All this while the storm increased, and the sea went very high, though nothing like what I have seen many times since; no, nor what I saw a few days after; but it was enough to affect me then, who was but a young sailor, and had never known anything of the matter. I expected every wave would have swallowed us up, and that every time the ship fell down, as I thought it did, in the trough or hollow of the sea, we should never rise more; in this agony of mind, I made many vows and resolutions that if it would please God to spare my life in this one voyage, if ever I got once my foot upon dry land again, I would go directly home to my father, and never set it into a ship again while I lived; that I would take his advice, and never run myself into such miseries as these any more. Now I saw plainly the goodness of his observations about the middle station of life, how easy, how comfortably he had lived all his days, and never had been exposed to tempests at sea or troubles on shore; and I resolved that I would, like a true repenting prodigal, go home to my father.Pendant ce temps la tempête croissait, et la mer devint très grosse; quoique ce ne fût rien en comparaison de ce que j’ai vu depuis, et même seulement quelques jours après, c’en fut assez pour affecter un novice tel que moi. A chaque vague je me croyais submergé, et chaque fois que le vaisseau s’abaissait entre deux lames, je le croyais englouti au fond de la mer. Dans cette agonie d’esprit, je fis plusieurs fois le projet et le vœu, s’il plaisait à Dieu de me sauver de ce voyage, et si je pouvais remettre le pied sur la terre ferme, de ne plus le remettre à bord d’un navire, de m’en aller tout droit chez mon père, de m’abandonner à ses conseils, et de ne plus me jeter dans de telles misères. Alors je vis pleinement l’excellence de ses observations sur la vie commune, et combien doucement et confortablement il avait passé tous ses jours, sans jamais avoir été exposé, ni aux tempêtes de l’océan, ni aux disgrâces de la terre; et je résolus, comme l’enfant prodigue repentant, de retourner à la maison paternelle.
These wise and sober thoughts continued all the while the storm lasted, and indeed some time after; but the next day the wind was abated, and the sea calmer, and I began to be a little inured to it; however, I was very grave for all that day, being also a little sea-sick still; but towards night the weather cleared up, the wind was quite over, and a charming fine evening followed; the sun went down perfectly clear, and rose so the next morning; and having little or no wind, and a smooth sea, the sun shining upon it, the sight was, as I thought, the most delightful that ever I saw.Ces sages et sérieuses pensées durèrent tant que dura la tempête, et même quelque temps après; mais le jour d’ensuite le vent étant abattu et la mer plus calme, je commençai à m’y accoutumer un peu. Toutefois, j’étais encore indisposé du mal de mer, et je demeurai fort triste pendant tout le jour. Mais, à l’approche de la nuit, le temps s’éclaircit, le vent s’apaisa tout à fait, la soirée fut délicieuse, et le soleil se coucha éclatant pour se lever de même le lendemain: une brise légère, un soleil embrasé resplendissant sur une mer unie, ce fut un beau spectacle, le plus beau que j’aie vu de ma vie.
I had slept well in the night, and was now no more sea-sick, but very cheerful, looking with wonder upon the sea that was so rough and terrible the day before, and could be so calm and so pleasant in so little a time after. And now, lest my good resolutions should continue, my companion, who had enticed me away, comes to me; “Well, Bob,” says he, clapping me upon the shoulder, “how do you do after it? I warrant you were frighted, wer’n’t you, last night, when it blew but a capful of wind?” “A capful d’you call it?” said I; “’twas a terrible storm.” “A storm, you fool you,” replies he; “do you call that a storm? why, it was nothing at all; give us but a good ship and sea-room, and we think nothing of such a squall of wind as that; but you’re but a fresh-water sailor, Bob. Come, let us make a bowl of punch, and we’ll forget all that; d’ye see what charming weather ’tis now?” J’avais bien dormi pendant la nuit; je ne ressentais plus de nausées, j’étais vraiment dispos et je contemplais, émerveillé, l’océan qui, la veille, avait été si courroucé et si terrible, et qui si peu de temps après se montrait si calme et si agréable. Alors, de peur que mes bonnes résolutions ne se soutinssent, mon compagnon, qui après tout m’avaite débauché, vint à moi:—«Eh bien! Bob, me dit-il en me frappant sur l’épaule, comment ça va-t-il? Je gage que tu as été effrayé, la nuit dernière, quand il ventait: ce n’était pourtant qu’un plein bonnet de vent!»—«Vous n’appelez cela qu’un plein bonnet de vent? C’était une horrible tourmente!»—«Une tourmente? tu es fou! tu appelles cela une tourmente? Vraiment ce n’était rien du tout. Donne-nous un bon vaisseau et une belle dérive, nous nous moquerons bien d’une pareille rafale; tu n’es qu’un marin d’eau douce, Bob; viens que nous fassions un bowl de punch, et que nous oubliions tout cela.
 To make short this sad part of my story, we went the way of all sailors; the punch was made and I was made half drunk with it: and in that one night’s wickedness I drowned all my repentance, all my reflections upon my past conduct, all my resolutions for the future. In a word, as the sea was returned to its smoothness of surface and settled calmness by the abatement of that storm, so the hurry of my thoughts being over, my fears and apprehensions of being swallowed up by the sea being forgotten, and the current of my former desires returned, I entirely forgot the vows and promises that I made in my distress.Vois quel temps charmant il fait à cette heure!» — Enfin, pour abréger cette triste portion de mon histoire, nous suivîmes le vieux train des gens de mer: on fit du punch, je m’enivrai, et, dans une nuit de débauches, je noyai toute ma repentance, toutes mes réflexions sur ma conduite passée, et toutes mes résolutions pour l’avenir. De même que l’océan avait rasséréné sa surface et était rentré dans le repos après la tempête abattue, de même, après le trouble de mes pensées évanoui, après la perte de mes craintes et de mes appréhensions, le courant de mes désirs habituels revint, et j’oubliai entièrement les promesses et les vœux que j’avais faits en ma détresse.
 I found, indeed, some intervals of reflection; and the serious thoughts did, as it were, endeavour to return again sometimes; but I shook them off, and roused myself from them as it were from a distemper, and applying myself to drinking and company, soon mastered the return of those fits—for so I called them; and I had in five or six days got as complete a victory over conscience as any young fellow that resolved not to be troubled with it could desire. But I was to have another trial for it still; and Providence, as in such cases generally it does, resolved to leave me entirely without excuse; for if I would not take this for a deliverance, the next was to be such a one as the worst and most hardened wretch among us would confess both the danger and the mercy of.Pourtant, à la vérité, comme il arrive ordinairement en pareil cas, quelques intervalles de réflexions et de bons sentiments reparaissaient encore; mais je les chassais et je m’en guérissais comme d’une maladie, en m’adonnant et à la boisson et à l’équipage. Bientôt j’eus surmonté le retour de ces accès, c’est ainsi que je les appelais, et en cinq ou six jours j’obtins sur ma conscience une victoire aussi complète qu’un jeune libertin résolu à étouffer ses remords le pouvait désirer. Mais il m’était réservé de subir encore une épreuve: la Providence, suivant sa loi ordinaire, avait résolu de me laisser entièrement sans excuse. Puisque je ne voulais pas reconnaître ceci pour une délivrance, la prochaine devait être telle que le plus mauvais bandit d’entre nous confesserait tout à la fois le danger et la miséricorde.
The sixth day of our being at sea we came into Yarmouth Roads; the wind having been contrary and the weather calm, we had made but little way since the storm. Here we were obliged to come to an anchor, and here we lay, the wind continuing contrary—viz. at south-west—for seven or eight days, during which time a great many ships from Newcastle came into the same Roads, as the common harbour where the ships might wait for a wind for the river.Le sixième jour de notre traversée, nous entrâmes dans la rade de Yarmouth. Le vent ayant été contraire et le temps calme, nous n’avions fait que peu de chemin depuis la tempête. Là, nous fûmes obligés de jeter l’ancre, et le vent continuant d’être contraire, c’est-à-dire de souffler sud-ouest, nous y demeurâmes sept ou huit jours, durant lesquels beaucoup de vaisseaux de Newcastle vinrent mouiller dans la même rade, refuge commun des bâtiments qui attendent un vent favorable pour gagner la Tamise.
We had not, however, rid here so long but we should have tided it up the river, but that the wind blew too fresh, and after we had lain four or five days, blew very hard. However, the Roads being reckoned as good as a harbour, the anchorage good, and our ground-tackle very strong, our men were unconcerned, and not in the least apprehensive of danger, but spent the time in rest and mirth, after the manner of the sea; but the eighth day, in the morning, the wind increased, and we had all hands at work to strike our topmasts, and make everything snug and close, that the ship might ride as easy as possible. By noon the sea went very high indeed, and our ship rode forecastle in, shipped several seas, and we thought once or twice our anchor had come home; upon which oure master ordered out the sheet-anchor, so that we rode with two anchors ahead, and the cables veered out to the bitter end.Nous eussions, toutefois, relâché moins longtemps, et nous eussions dû, à la faveur de la marée, remonter la rivière, si le vent n’eût pas été trop fort, et si au quatrième ou cinquième jour de notre station il n’eût pas soufflé violemment. Cependant, comme la rade était réputée aussi bonne qu’un port, comme le mouillage était bon, et l’appareil de notre ancre extrêmement solide, nos gens étaient insouciants, et, sans la moindre appréhension du danger, ils passaient le temps dans le repos et dans la joie, comme il est d’usage sur mer. Mais, le huitième jour, le vent força; nous mîmes tous la main à l’œuvre; nous calâmes nos mâts de hune et tînmes toutes choses closes et serrées, pour donner au vaisseau des mouvements aussi doux que possible. Vers midi, la mer devint très grosse, notre château de proue plongeait; nous embarquâmes plusieurs vagues, et il nous sembla une ou deux fois que notre ancre labourait le fond. Sur ce, le capitaine fit jeter l’ancre d’espérance, de sorte que nous chassâmes sur deux, après avoir filé nos câbles jusqu’au bout.
By this time it blew a terrible storm indeed; and now I began to see terror and amazement in the faces even of the seamen themselves. The master, though vigilant in the business of preserving the ship, yet as he went in and out of his cabin by me, I could hear him softly to himself say, several times, “Lord be merciful to us! we shall be all lost! we shall be all undone!” and the like. During these first hurries I was stupid, lying still in my cabin, which was in the steerage, and cannot describe my temper: I could ill resume the first penitence which I had so apparently trampled upon and hardened myself against: I thought the bitterness of death had been past, and that this would be nothing like the first; but when the master himself came by me, as I said just now, and said we should be all lost, I was dreadfully frightened.Déjà une terrible tempête mugissait, et je commençais à voir la terreur sur le visage des matelots eux-mêmes. Quoique veillant sans relâche à la conservation du vaisseau, comme il entrait ou sortait de sa cabine, et passait près de moi, j’entendis plusieurs fois le capitaine proférer tout bas ces paroles et d’autres semblables:—«Seigneur, ayez pitié de nous! Nous sommes tous perdus, nous sommes tous morts!…»—Durant ces premières confusions, j’étais stupide, étendu dans ma cabine, au logement des matelots, et je ne saurais décrire l’état de mon esprit. Je pouvais difficilement rentrer dans mon premier repentir, que j’avais si manifestement foulé aux pieds, et contre lequel je m’étais endurci. Je pensais que les affres de la mort étaient passées, et que cet orage ne serait point comme le premier. Mais quand, près de moi, comme je le disais tantôt, le capitaine lui-même s’écria:—«Nous sommes tous perdus!»—je fus horriblement effrayé,
 I got up out of my cabin and looked out; but such a dismal sight I never saw: the sea ran mountains high, and broke upon us every three or four minutes; when I could look about, I could see nothing but distress round us; two ships that rode near us, we found, had cut their masts by the board, being deep laden; and our men cried out that a ship which rode about a mile ahead of us was foundered. Two more ships, being driven from their anchors, were run out of the Roads to sea, at all adventures, and that with not a mast standing. The light ships fared the best, as not so much labouring in the sea; but two or three of them drove, and came close by us, running away with only their spritsail out before the wind.je sortis de ma cabine et je regardai dehors. Jamais spectacle aussi terrible n’avait frappé mes yeux: l’océan s’élevait comme des montagnes, et à chaque instant fondait contre nous; quand je pouvais promener un regard aux alentours, je ne voyais que détresse. Deux bâtiments pesamment chargés qui mouillaient non loin de nous avaient coupé leurs mâts rez-pied; et nos gens s’écrièrent qu’un navire ancré à un mille de nous venait de sancir sur ses amarres. Deux autres vaisseaux, arrachés à leurs ancres, hors de la rade allaient au large à tout hasard, sans voiles ni mâtures. Les bâtiments légers, fatiguant moins, étaient en meilleure passe; deux ou trois d’entre eux qui dérivaient passèrent tout contre nous, courant vent arrière avec leur civadière seulement.
Towards evening the mate and boatswain begged the master of our ship to let them cut away the fore-mast, which he was very unwilling to do; but the boatswain protesting to him that if he did not the ship would founder, he consented; and when they had cut away the fore-mast, the main-mast stood so loose, and shook the ship so much, they were obliged to cut that away also, and make a clear deck.Vers le soir, le second et le bosseman supplièrent le capitaine, qui s’y opposa fortement, de laisser couper le mât de misaine; mais le bosseman lui ayant protesté que, s’il ne le faisait pas, le bâtiment coulerait à fond, il y consentit. Quand le mât d’avant fut abattu, le grand mât, ébranlé, secouait si violemment le navire, qu’ils furent obligés de le couper aussi et de faire pont ras.
Any one may judge what a condition I must be in at all this, who was but a young sailor, and who had been in such a fright before at but a little. But if I can express at this distance the thoughts I had about me at that time, I was in tenfold more horror of mind upon account of my former convictions, and the having returned from them to the resolutions I had wickedly taken at first, than I was at death itself; and these, added to the terror of the storm, put me into such a condition that I can by no words describe it. But the worst was not come yet; the storm continued with such fury that the seamen themselves acknowledged they had never seen a worse. We had a good ship, but she was deep laden, and wallowed in the sea, so that the seamen every now and then cried out she would founder. Chacun peut juger dans quel état je devais être, moi, jeune marin, que précédemment si peu de chose avait jeté en si grand effroi; mais autant que je puis me rappeler de si loin les pensées qui me préoccupaient alors, j’avais, dix fois plus que la mort, en horreur d’esprit, mon mépris de mes premiers remords et mon retour aux premières résolutions que j’avais prises si méchamment. Cette horreur, jointe à la terreur de la tempête, me mirent dans un tel état, que je ne puis par des mots la dépeindre. Mais le pis n’était pas encore advenu; la tempête continua avec tant de furie, que les marins eux-mêmes confessèrent n’en avoir jamais vu de plus violente. Nous avions un bon navire, mais il était lourdement chargé et calait tellement, qu’à chaque instant les matelots s’écriaient qu’il allait couler à fond.
 It was my advantage in one respect, that I did not know what they meant by founder till I inquired. However, the storm was so violent that I saw, what is not often seen, the master, the boatswain, and some others more sensible than the rest, at their prayers, and expecting every moment when the ship would go to the bottom. In the middle of the night, and under all the rest of our distresses, one of the men that had been down to see cried out we had sprung a leak; another said there was four feet water in the hold. Then all hands were called to the pump. At that word, my heart, as I thought, died within me: and I fell backwards upon the side of my bed where I sat, into the cabin. However, the men roused me, and told me that I, that was able to do nothing before, was as well able to pump as another; at which I stirred up and went to the pump, and worked very heartily. Sous un rapport, ce fut un bonheur pour moi que je ne comprisse pas ce qu’ils entendaient par ce mot avant que je m’en fusse enquis. La tourmente était si terrible que je vis, chose rare, le capitaine, le contremaître et quelques autres plus judicieux que le reste, faire leurs prières, s’attendant à tout moment que le vaisseau coulerait à fond. Au milieu de la nuit, pour surcroît de détresse, un des hommes qu’on avait envoyés à la visite, cria qu’il s’était fait une ouverture, et un autre dit qu’il y avait quatre pieds d’eau dans la cale. Alors tous les bras furent appelés à la pompe. A ce seul mot, je m’évanouis et je tombai à la renverse sur le bord de mon lit, sur lequel j’étais assis dans ma cabine. Toutefois les matelots me réveillèrent et me dirent que si jusque-là je n’avais été bon à rien, j’étais tout aussi capable de pomper qu’aucun autre. Je me levai; j’allai à la pompe et je travaillai de tout cœur.
While this was doing the master, seeing some light colliers, who, not able to ride out the storm were obliged to slip and run away to sea, and would come near us, ordered to fire a gun as a signal of distress. I, who knew nothing what they meant, thought the ship had broken, or some dreadful thing happened. In a word, I was so surprised that I fell down in a swoon. As this was a time when everybody had his own life to think of, nobody minded me, or what was become of me; but another man stepped up to the pump, and thrusting me aside with his foot, let me lie, thinking I had been dead; and it was a great while before I came to myself.Dans cette entrefaite, le capitaine apercevant quelques petits bâtiments charbonniers qui, ne pouvant surmonter la tempête, étaient forcés de glisser et de courir au large, et ne venaient pas vers nous, ordonna de tirer un coup de canon en signal de détresse. Moi qui ne savais ce que cela signifiait, je fus tellement surpris, que je crus le vaisseau brisé ou qu’il était advenu quelque autre chose épouvantable; en un mot, je fus si effrayé que je tombai en défaillance. Comme c’était dans un moment où chacun pensait à sa propre vie, personne ne prit garde à moi, ni à ce que j’étais devenu; seulement un autre prit ma place à la pompe, et me repoussa du pied à l’écart, pensant que j’étais mort, et ce ne fut que longtemps après que je revins à moi.
We worked on; but the water increasing in the hold, it was apparent that the ship would founder; and though the storm began to abate a little, yet it was not possible she could swim till we might run into any port; so the master continued firing guns for help; and a light ship, who had rid it out just ahead of us, ventured a boat out to help us. It was with the utmost hazard the boat came near us; but it was impossible for us to get on board, or for the boat to lie near the ship’s side, till at last the men rowing very heartily, and venturing their lives to save ours, our men cast them a rope over the stern with a buoy to it, and then veered it out a great length, which they, after much labour and hazard, took hold of, and we hauled them close under our stern, and got all into their boat. It was to no purpose for them or us, after we were in the boat, to think of reaching their own ship; so all agreed to let her drive, and only to pull her in towards shore as much as we could; and our master promised them, that if the boat was staved upon shore, he would make it good to their master: so partly rowing and partly driving, our boat went away to the northward, sloping towards the shore almost as far as Winterton Ness.On travaillait toujours, mais l’eau augmentant à la cale, il y avait toute apparence que le vaisseau coulerait bas. Et quoique la tourmente commençât à s’abattre un peu, néanmoins il n’était pas possible qu’il surnageât jusqu’à ce que nous atteignissions un port; aussi le capitaine continua-t-il à faire tirer le canon de détresse. Un petit bâtiment qui venait justement de passer devant nous aventura une barque pour nous secourir. Ce fut avec le plus grand risque qu’elle approcha; mais il était impossible que nous y allassionse ou qu’elle parvint jusqu’au flanc du vaisseau; enfin, les rameurs faisant un dernier effort et hasardant leur vie pour sauver la nôtre, nos matelots leur lancèrent de l’avant une corde avec une bouée, et en filèrent une grande longueur. Après beaucoup de peines et de périls, ils la saisirent, nous les halâmes jusque sous notre poupe, et nous descendîmes dans leur barque. Il eût été inutile de prétendre atteindre leur bâtiment: aussi l’avis commun fut-il de laisser aller la barque en dérive, et seulement de ramer le plus qu’on pourrait vers la côte, notre capitaine promettant, si la barque venait à se briser contre le rivage, d’en tenir compte à son patron. Ainsi, partie en ramant, partie en dérivant vers le nord, notre bateau s’en alla obliquement presque jusqu’à Winterton-Ness.
We were not much more than a quarter of an hour out of our ship till we saw her sink, and then I understood for the first time what was meant by a ship foundering in the sea. I must acknowledge I had hardly eyes to look up when the seamen told me she was sinking; for from the moment that they rather put me into the boat than that I might be said to go in, my heart was, as it were, dead within me, partly with fright, partly with horror of mind, and the thoughts of what was yet before me.Il n’y avait guère plus d’un quart d’heure que nous avions abandonné notre vaisseau quand nous le vîmes s’abîmer; alors je compris pour la première fois ce que signifiait couler bas. Mais, je dois l’avouer, j’avais l’œil trouble et je distinguais fort mal, quand les matelots me dirent qu’il coulait, car, dès le moment que j’allai, ou plutôt qu’on me mit dans la barque, j’étais anéanti par l’effroi, l’horreur et la crainte de l’avenir.
While we were in this condition—the men yet labouring at the oar to bring the boat near the shore—we could see (when, our boat mounting the waves, we were able to see the shore) a great many people running along the strand to assist us when we should come near; but we made but slow way towards the shore; nor were we able to reach the shore till, being past the lighthouse at Winterton, the shore falls off to the westward towards Cromer, and so the land broke off a little the violence of the wind. Here we got in, and though not without much difficulty, got all safe on shore, and walked afterwards on foot to Yarmouth, where, as unfortunate men, we were used with great humanity, as well by the magistrates of the town, who assigned us good quarters, as by particular merchants and owners of ships, and had money given us sufficient to carry us either to London or back to Hull as we thought fit.Nos gens faisaient toujours force de rames pour approcher du rivage. Quand notre bateau s’élevait au haut des vagues, nous l’apercevions, et le long de la rive nous voyions une foule nombreuse accourir pour nous assister lorsque nous serions proches.
Nous avancions lentement, et nous ne pûmes aborder avant d’avoir passé le phare de Winterton; la côte s’enfonçait à l’ouest vers Cromer, de sorte que la terre brisait la violence du vent. Là nous abordâmes, et, non sans grande difficulté, nous descendîmes tous sains et saufs sur la plage, et allâmes à pied à Yarmouth, où, comme des infortunés, nous fûmes traités avec beaucoup d’humanité, et par les magistrats de la ville, qui nous assignèrent de bons gîtes, et par les marchands et les armateurs, qui nous donnèrent assez d’argent pour nous rendre à Londres ou pour retourner à Hull, suivant que nous le jugerions convenable.
Had I now had the sense to have gone back to Hull, and have gone home, I had been happy, and my father, as in our blessed Saviour’s parable, had even killed the fatted calf for me; for hearing the ship I went away in was cast away in Yarmouth Roads, it was a great while before he had any assurances that I was not drowned.C’est alors que je devais avoir le bon sens de revenir à Hull et de rentrer chez nous; j’aurais été heureux, et mon père, emblème de la parabole de notre Sauveur, eût même tué le veau gras pour moi; car, ayant appris que le vaisseau sur lequel j’étais avait fait naufrage dans la rade de Yarmouth, il fut longtemps avant d’avoir l’assurance que je n’étais pas mort.
But my ill fate pushed me on now with an obstinacy that nothing could resist; and though I had several times loud calls from my reason and my more composed judgment to go home, yet I had no power to do it. I know not what to call this, nor will I urge that it is a secret overruling decree, that hurries us on to be the instruments of our own destruction, even though it be before us, and that we rush upon it with our eyes open. Certainly, nothing but some such decreed unavoidable misery, which it was impossible for me to escape, could have pushed me forward against the calm reasonings and persuasions of my most retired thoughts, and against two such visible instructions as I had met with in my first attempt.Mais mon mauvais destin m’entraînait avec une obstination irrésistible; et, bien que souvent ma raison et mon bon jugement me criassent de revenir à la maison, je n’avais pas la force de le faire. Je ne saurais ni comment appeler cela, ni vouloir prétendre que ce soit un secret arrêt irrévocable qui nous pousse à être les instruments de notre propre destruction, quoique même nous en ayons la conscience, et que nous nous y précipitions les yeux ouverts; mais, véritablement, si ce n’est quelque décret inévitable me condamnant à une vie de misère et qu’il m’était impossible de braver, quelle chose eût pu m’entraîner contre ma froide raison et les persuasions de mes pensées les plus intimes, et contre les deux avertissements si manifestes que j’avais reçus dans ma première entreprise.
My comrade, who had helped to harden me before, and who was the master’s son, was now less forward than I. The first time he spoke to me after we were at Yarmouth, which was not till two or three days, for we were separated in the town to several quarters; I say, the first time he saw me, it appeared his tone was altered; and, looking very melancholy, and shaking his head, he asked me how I did, and telling his father who I was, and how I had come this voyage only for a trial, in order to go further abroad, his father, turning to me with a very grave and concerned tone “Young man,” says he, “you ought never to go to sea any more; you ought to take this for a plain and visible token that you are not to be a seafaring man.” Mon camarade, qui d’abord avait aidé à mon endurcissement, et qui était le fils du capitaine, se trouvait alors plus découragé que moi. La première fois qu’il me parla à Yarmouth, ce qui ne fut pas avant le second ou le troisième jour, car nous étions logés en divers quartiers de la ville; la première fois, dis-je, qu’il s’informa de moi, son ton me parut altéré: il me demanda d’un air mélancolique, en secouant la tête, comment je me portais, et dit à son père qui j’étais, et que j’avais fait ce voyage seulement pour essai, dans le dessein d’en entreprendre d’autres plus lointains. Cet homme se tourna vers moi, et, avec un accent de gravité et d’affliction:—«Jeune homme, me dit-il, vous ne devez plus retourner sur mer; vous devez considérer ceci comme une marque certaine et visible que vous n’êtes point appelé à faire un marin.»
“Why, sir,” said I, “will you go to sea no more?” “That is another case,” said he; “it is my calling, and therefore my duty; but as you made this voyage on trial, you see what a taste Heaven has given you of what you are to expect if you persist. Perhaps this has all befallen us on your account, like Jonah in the ship of Tarshish. Pray,” continues he, “what are you; and on what account did you go to sea?” Upon that I told him some of my story; at the end of which he burst out into a strange kind of passion: “What had I done,” says he, “that such an unhappy wretch should come into my ship? I would not set my foot in the same ship with thee again for a thousand pounds.”»—«Pourquoi, monsieur? est-ce que vous n’irez plus en mer?»—«Le cas est bien différent, répliqua-t-il: c’est mon métier et mon devoir; au lieu que vous, qui faisiez ce voyage comme essai, voyez quel avant-goût le ciel vous a donné de ce à quoi il faudrait vous attendre si vous persistiez. Peut-être cela n’est-il advenu qu’à cause de vous, semblable à Jonas dans le vaisseau de Tarsis. Qui êtes-vous, je vous prie? et pourquoi vous étiez-vous embarqué?»—Je lui contai en partie mon histoire. Sur la fin, il m’interrompit et s’emporta d’une étrange manière:—«Qu’avais-je donc fait, s’écria-t-il, pour mériter d’avoir à bord un pareil misérable! Je ne voudrais pas pour mille livres sterling remettre le pied sur le même vaisseau que vous!»
 This indeed was, as I said, an excursion of his spirits, which were yet agitated by the sense of his loss, and was farther than he could have authority to go. However, he afterwards talked very gravely to me, exhorting me to go back to my father, and not tempt Providence to my ruin, telling me I might see a visible hand of Heaven against me. “And, young man,” said he, “depend upon it, if you do not go back, wherever you go, you will meet with nothing but disasters and disappointments, till your father’s words are fulfilled upon you.”—C’était, en vérité, comme j’ai dit, un véritable égarement de ses esprits encore troublés par le sentiment de sa perte, et qui dépassait toutes les bornes de son autorité. Toutefois, il me parla ensuite très gravement, m’exhortant à retourner chez mon père et à ne plus tenter la Providence. Il me dit qu’il devait m’être visible que le bras de Dieu était contre moi;—«enfin, jeune homme, me déclara-t-il, comptez bien que si vous ne vous en retournez, en quelque lieu que vous alliez, vous ne trouverez qu’adversité et désastre jusqu’à ce que les paroles de votre père se vérifient en vous.»
We parted soon after; for I made him little answer, and I saw him no more; which way he went I knew not. As for me, having some money in my pocket, I travelled to London by land; and there, as well as on the road, had many struggles with myself what course of life I should take, and whether I should go home or to sea.Je lui répondis peu de chose: nous nous séparâmes bientôt après, et je ne le revis plus; quelle route prit-il? je ne sais pas. Pour moi, ayant quelque argent dans ma poche, je m’en allai, par terre, à Londres. Là, comme sur la route, j’eus plusieurs combats avec moi-même sur le genre de vie que je devais prendre, ne sachant si je devais retourner chez nous ou retourner sur mer.
As to going home, shame opposed the best motions that offered to my thoughts, and it immediately occurred to me how I should be laughed at among the neighbours, and should be ashamed to see, not my father and mother only, but even everybody else; from whence I have since often observed, how incongruous and irrational the common temper of mankind is, especially of youth, to that reason which ought to guide them in such cases—viz. that they are not ashamed to sin, and yet are ashamed to repent; not ashamed of the action for which they ought justly to be esteemed fools, but are ashamed of the returning, which only can make them be esteemed wise men.Quant à mon retour au logis, la honte étouffait les meilleurs mouvements de mon esprit, et lui représentait incessamment combien je serais raillé dans le voisinage et serais confus, non seulement devant mon père et ma mère, mais devant même qui que ce fût. D’où j’ai depuis souvent pris occasion d’observer combien est sotte et inconséquente la conduite ordinaire des hommes et surtout de la jeunesse, à l’égard de cette raison qui devrait les guider en pareil cas; qu’ils ne sont pas honteux de l’action qui devrait, à bon droit, les faire passer pour insensés, mais qu’ils sont honteux de leur repentance, qui seule peut les faire honorer comme sages.
In this state of life, however, I remained some time, uncertain what measures to take, and what course of life to lead. An irresistible reluctance continued to going home; and as I stayed away a while, the remembrance of the distress I had been in wore off, and as that abated, the little motion I had in my desires to return wore off with it, till at last I quite laid aside the thoughts of it, and looked out for a voyage.Toutefois je demeurai quelque temps dans cette situation, ne sachant quel parti prendre, ni quelle carrière embrasser, ni quel genre de vie mener. J’éprouvais toujours une répugnance invincible pour la maison paternelle; et, comme je balançais longtemps, le souvenir de la détresse où j’avais été s’évanouissait, et avec lui mes faibles désirs de retour, jusqu’à ce qu’enfin je les mis tout à fait de côté, et cherchai à faire un voyage.
That evil influence which carried me first away from my father’s house—which hurried me into the wild and indigested notion of raising my fortune, and that impressed those conceits so forcibly upon me as to make me deaf to all good advice, and to the entreaties and even the commands of my father—I say, the same influence, whatever it was, presented the most unfortunate of all enterprises to my view; and I went on board a vessel bound to the coast of Africa; or, as our sailors vulgarly called it, a voyage to Guinea.Cette maligne influence qui m’avait premièrement poussé hors de la maison paternelle, qui m’avait suggéré l’idée extravagante et indéterminée de faire fortune, et qui m’avait inculqué si fortement ces fantaisies, que j’étais devenu sourd aux bons avis, aux remontrances, et même aux ordres de mon père; cette même influence, donc, quelle qu’elle fût, me fit concevoir la plus malheureuse de toutes les entreprises, celle de monter à bord d’un vaisseau partant pour la côte d’Afrique, ou, comme nos marins disent vulgairement, pour un voyage de Guinée.
It was my great misfortune that in all these adventures I did not ship myself as a sailor; when, though I might indeed have worked a little harder than ordinary, yet at the same time I should have learnt the duty and office of a fore-mast man, and in time might have qualified myself for a mate or lieutenant, if not for a master. But as it was always my fate to choose for the worse, so I did here; for having money in my pocket and good clothes upon my back, I would always go on board in the habit of a gentleman; and so I neither had any business in the ship, nor learned to do any.Ce fut un grand malheur pour moi, dans toutes ces aventures, que je ne fisse point, à bord, le service comme un matelot; à la vérité, j’aurais travaillé plus rudement que de coutume, mais, en même temps, je me serais instruit des devoirs et de l’office d’un marin; et, avec le temps, j’aurais pu me rendre apte à faire un pilote ou un lieutenant, sinon un capitaine. Mais ma destinée était toujours de choisir le pire; parce que j’avais de l’argent en poche et de bons vêtements sur le dos, je voulais toujours aller à bord comme un gentleman; aussi je n’eus jamais aucune charge sur un bâtiment et ne sus jamais en remplir aucune.
It was my lot first of all to fall into pretty good company in London, which does not always happen to such loose and misguided young fellows as I then was; the devil generally not omitting to lay some snare for them very early; but it was not so with me. I first got acquainted with the master of a ship who had been on the coast of Guinea; and who, having had very good success there, was resolved to go again. This captain taking a fancy to my conversation, which was not at all disagreeable at that time, hearing me say I had a mind to see the world, told me if I would go the voyage with him I should be at no expense; I should be his messmate and his companion; and if I could carry anything with me, I should have all the advantage of it that the trade would admit; and perhaps I might meet with some encouragement.J’eus la chance, dès mon arrivée à Londres, de tomber en assez bonne compagnie, ce qui n’arrive pas toujours aux jeunes fous libertins et abandonnés comme je l’étais alors, le démon ne tardant pas généralement à leur dresser quelques embûches; mais pour moi il n’en fut pas ainsi. Ma première connaissance fut un capitaine de vaisseau qui, étant allé sur la côte de Guinée avec un très grand succès, avait résolu d’y retourner; ayant pris goût à ma société, qui alors n’était pas du tout désagréable, et m’ayant entendu parler de mon projet de voir le monde, il me dit:—«Si vous voulez faire le voyage avec moi, vous n’aurez aucune dépense, vous serez mon commensal et mon compagnon; et si vous vouliez emporter quelque chose avec vous, vous jouiriez de tous les avantages que le commerce offrirait, et peut-être y trouveriez-vous quelque profit.»
I embraced the offer; and entering into a strict friendship with this captain, who was an honest, plain-dealing man, I went the voyage with him, and carried a small adventure with me, which, by the disinterested honesty of my friend the captain, I increased very considerably; for I carried about £40 in such toys and trifles as the captain directed me to buy. These £40 I had mustered together by the assistance of some of my relations whom I corresponded with; and who, I believe, got my father, or at least my mother, to contribute so much as that to my first adventure.J’acceptai l’offre, et me liant d’étroite amitié avec ce capitaine, qui était un homme franc et honnête, je fis ce voyage avec lui, risquant une petite somme, que, par sa probité désintéressée, j’augmentai considérablement; car je n’emportai environ que pour quarante livres sterling de verroteries et de babioles qu’il m’avait conseillé d’acheter. Ces quarante livres sterling, je les avais amassées par l’assistance de quelques-uns de mes parents avec lesquels je correspondais, et qui, je pense, avaient engagé mon père ou au moins ma mère à contribuer d’autant à ma première entreprise.
This was the only voyage which I may say was successful in all my adventures, which I owe to the integrity and honesty of my friend the captain; under whom also I got a competent knowledge of the mathematics and the rules of navigation, learned how to keep an account of the ship’s course, take an observation, and, in short, to understand some things that were needful to be understood by a sailor; for, as he took delight to instruct me, I took delight to learn; and, in a word, this voyage made me both a sailor and a merchant; for I brought home five pounds nine ounces of gold-dust for my adventure, which yielded me in London, at my return, almost £300; and this filled me with those aspiring thoughts which have since so completed my ruin.C’est le seul voyage où je puis dire avoir été heureux dans toutes mes spéculations, et je le dois à l’intégrité et à l’honnêteté de mon ami le capitaine; en outre, j’y acquis aussi une suffisante connaissance des mathématiques et des règles de la navigation; j’appris à faire l’estime d’un vaisseau et à prendre la hauteur; bref, à entendre quelques-unes des choses qu’un homme de mer doit nécessairement savoir. Autant mon capitaine prenait de plaisir à m’instruire, autant je prenais de plaisir à étudier; et, en un mot, ce voyage me fit tout à la fois marin et marchand. Pour ma pacotille, je rapportai donc cinq livres neuf onces de poudre d’or, qui me valurent, à mon retour à Londres, à peu près trois cents livres sterling, et me remplirent de pensées ambitieuses qui, plus tard, consommèrent ma ruine.
Yet even in this voyage I had my misfortunes too; particularly, that I was continually sick, being thrown into a violent calenture by the excessive heat of the climate; our principal trading being upon the coast, from latitude of 15 degrees north even to the line itself.Néanmoins, j’eus en ce voyage mes disgrâces aussi; je fus surtout continuellement malade et jeté dans une violente calenture, par la chaleur excessive du climat: notre principal trafic se faisant sur la côte depuis le quinzième degré de latitude septentrionale jusqu’à l’équateur.
I was now set up for a Guinea trader; and my friend, to my great misfortune, dying soon after his arrival, I resolved to go the same voyage again, and I embarked in the same vessel with one who was his mate in the former voyage, and had now got the command of the ship. This was the unhappiest voyage that ever man made; for though I did not carry quite £100 of my new-gained wealth, so that I had £200 left, which I had lodged with my friend’s widow, who was very just to me, yet I fell into terrible misfortunes. The first was this: our ship making her course towards the Canary Islands, or rather between those islands and the African shore, was surprised in the grey of the morning by a Turkish rover of Sallee, who gave chase to us with all the sail she could make.Je voulais alors me faire marchand de Guinée, et pour mon malheur, mon ami étant mort peu de temps après son arrivée, je résolus d’entreprendre encore ce voyage, et je m’embarquai sur le même navire avec celui qui, la première fois, en avait été le contremaître, et qui alors en avait obtenu le commandement. Jamais traversée ne fut plus déplorable; car bien que je n’emportasse pas tout à fait cent livres sterling de ma nouvelle richesse, laissant deux cents livres confiées à la veuve de mon ami, qui fut très fidèle dépositaire, je ne laissai pas de tomber en de terribles infortunes. Notre vaisseau, cinglant vers les Canaries, ou plutôt entre ces îles et la côte d’Afrique, fut surpris, à l’aube du jour, par un corsaire turc de Sallé, qui nous donna la chasse avec toute la voile qu’il pouvait faire.
We crowded also as much canvas as our yards would spread, or our masts carry, to get clear; but finding the pirate gained upon us, and would certainly come up with us in a few hours, we prepared to fight; our ship having twelve guns, and the rogue eighteen. Pour le parer, nous forçâmes aussi de voiles autant que nos vergues en purent déployer et nos mâts en purent charrier; mais, voyant que le pirate gagnait sur nous, et qu’assurément avant peu d’heures il nous joindrait, nous nous préparâmes au combat. Notre navire avait douze canons et l’écumeur en avait dix-huit.
About three in the afternoon he came up with us, and bringing to, by mistake, just athwart our quarter, instead of athwart our stern, as he intended, we brought eight of our guns to bear on that side, and poured in a broadside upon him, which made him sheer off again, after returning our fire, and pouring in also his small shot from near two hundred men which he had on board. Environ à trois heures de l’après-midi, il entra dans nos eaux, et nous attaqua par méprise, juste en travers de notre hanche, au lieu de nous enfiler par notre poupe, comme il le voulait. Nous pointâmes huit de nos canons de ce côté, et lui envoyâmes une bordée qui le fit reculer, après avoir répondu à notre feu et avoir fait faire une mousqueterie à près de deux cents hommes qu’il avait à bord.
However, we had not a man touched, all our men keeping close. He prepared to attack us again, and we to defend ourselves. But laying us on board the next time upon our other quarter, he entered sixty men upon our decks, who immediately fell to cutting and hacking the sails and rigging. We plied them with small shot, half-pikes, powder-chests, and such like, and cleared our deck of them twice. However, to cut short this melancholy part of our story, our ship being disabled, and three of our men killed, and eight wounded, we were obliged to yield, and were carried all prisoners into Sallee, a port belonging to the Moors.Toutefois, tout notre monde se tenant couvert, pas un de nous n’avait été touché. Il se prépara à nous attaquer derechef, et nous, derechef, à nous défendre; mais cette fois, venant à l’abordage par l’autre flanc, il jeta soixante hommes sur notre pont, qui aussitôt coupèrent et hachèrent nos agrès. Nous les accablâmes de coups de demi-piques, de coups de mousquets et de grenades d’une si rude manière, que deux fois nous les chassâmes de notre pont. Enfin, pour abréger ce triste endroit de notre histoire, notre vaisseau étant désemparé, trois de nos hommes tués et huit blessés, nous fûmes contraints de nous rendre, et nous fûmes tous conduits prisonniers à Sallé, port appartenant aux Maures.
The usage I had there was not so dreadful as at first I apprehended; nor was I carried up the country to the emperor’s court, as the rest of our men were, but was kept by the captain of the rover as his proper prize, and made his slave, being young and nimble, and fit for his business. Là, je reçus des traitements moins affreux que je ne l’avais appréhendé d’abord. Ainsi que le reste de l’équipage, je ne fus point emmené dans le pays à la cour de l’empereur; le capitaine du corsaire me garda pour sa part de prise; et, comme j’étais jeune, agile et à sa convenance, il me fit son esclave.
At this surprising change of my circumstances, from a merchant to a miserable slave, I was perfectly overwhelmed; and now I looked back upon my father’s prophetic discourse to me, that I should be miserable and have none to relieve me, which I thought was now so effectually brought to pass that I could not be worse; for now the hand of Heaven had overtaken me, and I was undone without redemption; but, alas! this was but a taste of the misery I was to go through, as will appear in the sequel of this story.A ce changement subit de condition, qui, de marchand, me faisait misérable esclave, je fus profondément accablé; je me ressouvins alors du discours prophétique de mon père; que je deviendrais misérable et n’aurais personne pour me secourir; je le crus ainsi tout à fait accompli, pensant que je ne pourrais jamais être plus mal, que le bras de Dieu s’était appesanti sur moi, et que j’étais perdu sans ressource. Mais, hélas! ce n’était qu’un avant-goût des misères qui devaient me traverser, comme on le verra dans la suite de cette histoire.
As my new patron, or master, had taken me home to his house, so I was in hopes that he would take me with him when he went to sea again, believing that it would some time or other be his fate to be taken by a Spanish or Portugal man-of-war; and that then I should be set at liberty. But this hope of mine was soon taken away; for when he went to sea, he left me on shore to look after his little garden, and do the common drudgery of slaves about his house; and when he came home again from his cruise, he ordered me to lie in the cabin to look after the ship.Mon nouveau patron ou maître m’avait pris avec lui dans sa maison; j’espérais aussi qu’il me prendrait avec lui quand de nouveau il irait en mer, et que tôt ou tard son sort serait d’être pris par un vaisseau de guerre espagnol ou portugais, et qu’alors je recouvrerais ma liberté; mais cette espérance s’évanouit bientôt, car lorsqu’il retournait en course, il me laissait à terre pour soigner son petit jardin et faire à la maison la besogne ordinaire des esclaves; et quand il revenait de sa croisière, il m’ordonnait de coucher dans sa cabine pour surveiller le navire.
Here I meditated nothing but my escape, and what method I might take to effect it, but found no way that had the least probability in it; nothing presented to make the supposition of it rational; for I had nobody to communicate it to that would embark with me—no fellow-slave, no Englishman, Irishman, or Scotchman there but myself; so that for two years, though I often pleased myself with the imagination, yet I never had the least encouraging prospect of putting it in practice.Là, je songeais sans cesse à mon évasion et au moyen que je pourrais employer pour l’effectuer, mais je ne trouvai aucun expédient qui offrît la moindre probabilité, rien qui pût faire supposer ce projet raisonnable; car je n’avais pas une seule personne à qui le communiquer, pour qu’elle s’embarquât avec moi; ni compagnons d’esclavage, ni Anglais, ni Irlandais, ni Écossais. De sorte que pendant deux ans, quoique je me berçasse souvent de ce rêve, je n’entrevis néanmoins jamais la moindre chance favorable de le réaliser.
After about two years, an odd circumstance presented itself, which put the old thought of making some attempt for my liberty again in my head. My patron lying at home longer than usual without fitting out his ship, which, as I heard, was for want of money, he used constantly, once or twice a week, sometimes oftener if the weather was fair, to take the ship’s pinnace and go out into the road a-fishing; and as he always took me and young Maresco with him to row the boat, we made him very merry, and I proved very dexterous in catching fish; insomuch that sometimes he would send me with a Moor, one of his kinsmen, and the youth—the Maresco, as they called him—to catch a dish of fish for him.Au bout de ce temps environ il se présenta une circonstance singulière qui me remit en tête mon ancien projet de faire quelque tentative pour recouvrer ma liberté. Mon patron restant alors plus longtemps que de coutume sans armer son vaisseau, et, à ce que j’appris, faute d’argent, avait pour habitude, régulièrement deux ou trois fois par semaine, quelquefois plus si le temps était beau, de prendre la pinasse du navire et de s’en aller pêcher dans la rade; pour tirer à la rame, il m’emmenait toujours avec lui, ainsi qu’un jeune Maurisque; nous le divertissions beaucoup, et je me montrais fort adroit à attraper le poisson; si bien qu’il m’envoyait quelquefois avec un Maure de ses parents et le jeune garçon, le Maurisque, comme on l’appelait, pour lui pêcher un plat de poisson.
It happened one time, that going a-fishing in a calm morning, a fog rose so thick that, though we were not half a league from the shore, we lost sight of it; and rowing we knew not whither or which way, we laboured all day, and all the next night; and when the morning came we found we had pulled off to sea instead of pulling in for the shore; and that we were at least two leagues from the shore. However, we got well in again, though with a great deal of labour and some danger; for the wind began to blow pretty fresh in the morning; but we were all very hungry.Une fois, il arriva qu’étant allés à la pêche, un matin, par un grand calme, une brume s’éleva si épaisse que nous perdîmes de vue le rivage, quoique nous n’en fussions pas éloignés d’une demi-lieue. Ramant à l’aventure, nous travaillâmes tout le jour et toute la nuit suivante; et quand vint le matin, nous nous trouvâmes avoir gagné le large au lieu d’avoir gagné la rive, dont nous étions écartés au moins de deux lieues. Cependant nous l’atteignîmes, à la vérité non sans beaucoup de peine et non sans quelque danger, car dans la matinée le vent commença à souffler assez fort, et nous étions tout mourants de faim.
But our patron, warned by this disaster, resolved to take more care of himself for the future; and having lying by him the longboat of our English ship that he had taken, he resolved he would not go a-fishing any more without a compass and some provision; so he ordered the carpenter of his ship, who also was an English slave, to build a little state-room, or cabin, in the middle of the long-boat, like that of a barge, with a place to stand behind it to steer, and haul home the main-sheet; the room before for a hand or two to stand and work the sails. She sailed with what we call a shoulder-of-mutton sail; and the boom jibed over the top of the cabin, which lay very snug and low, and had in it room for him to lie, with a slave or two, and a table to eat on, with some small lockers to put in some bottles of such liquor as he thought fit to drink; and his bread, rice, and coffee.Mais, notre patron, mis en garde par cette aventure, résolut d’avoir plus soin de lui à l’avenir; ayant à sa disposition la chaloupe de notre navire anglais qu’il avait capturé, il se détermina à ne plus aller à la pêche sans une boussole et quelques provisions, et il ordonna au charpentier de son bâtiment, qui était aussi un Anglais esclave, d’y construire dans le milieu une chambre de parade ou cabine semblable à celle d’un canot de plaisance, laissant assez de place derrière pour manier le gouvernail et border les écoutes, et assez de place devant pour qu’une personne ou deux pussent manœuvrer la voile. Cette chaloupe cinglait avec ce que nous appelons une voile d’épaule de mouton, qu’on amurait sur le faîte de la cabine, qui était basse et étroite, et contenait seulement une chambre à coucher pour le patron et un ou deux esclaves, une table à manger, et quelques équipets pour mettre des bouteilles de certaines liqueurs à sa convenance, et surtout son pain, son riz et son café.
We went frequently out with this boat a-fishing; and as I was most dexterous to catch fish for him, he never went without me. It happened that he had appointed to go out in this boat, either for pleasure or for fish, with two or three Moors of some distinction in that place, and for whom he had provided extraordinarily, and had, therefore, sent on board the boat overnight a larger store of provisions than ordinary; and had ordered me to get ready three fusees with powder and shot, which were on board his ship, for that they designed some sport of fowling as well as fishing.Sur cette chaloupe, nous allions fréquemment à la pêche; et comme j’étais très habile à lui attraper du poisson, il n’y allait jamais sans moi. Or, il advint qu’un jour, ayant projeté de faire une promenade dans ce bateau avec deux ou trois Maures de quelque distinction en cette place, il fit de grands préparatifs, et, la veille, à cet effet, envoya au bateau une plus grande quantité de provisions que de coutume, et me commanda de tenir prêts trois fusils avec de la poudre et du plomb, qui se trouvaient à bord de son vaisseau, parce qu’ils se proposaient le plaisir de la chasse aussi bien que celui de la pêche.
I got all things ready as he had directed, and waited the next morning with the boat washed clean, her ancient and pendants out, and everything to accommodate his guests; when by-and-by my patron came on board alone, and told me his guests had put off going from some business that fell out, and ordered me, with the man and boy, as usual, to go out with the boat and catch them some fish, for that his friends were to sup at his house, and commanded that as soon as I got some fish I should bring it home to his house; all which I prepared to do.Je préparai toutes choses selon ses ordres, et le lendemain au matin j’attendais dans la chaloupe, lavée et parée avec guidon et flamme au vent, pour la digne réception de ses hôtes, lorsque incontinent mon patron vint tout seul à bord, et me dit que ses convives avaient remis la partie, à cause de quelques affaires qui leur étaient survenues. Il m’enjoignit ensuite, suivant l’usage, d’aller sur ce bateau avec le Maure et le jeune garçon pour pêcher quelques poissons, parce que ses amis devaient souper chez lui, me recommandant de revenir à la maison aussitôt que j’aurais fait une bonne capture. Je me mise en devoir d’obéir.
This moment my former notions of deliverance darted into my thoughts, for now I found I was likely to have a little ship at my command; and my master being gone, I prepared to furnish myself, not for fishing business, but for a voyage; though I knew not, neither did I so much as consider, whither I should steer—anywhere to get out of that place was my desire.Cette occasion réveilla en mon esprit mes premières idées de liberté; car alors je me trouvais sur le point d’avoir un petit navire à mon commandement. Mon maître étant parti, je commençai à me munir, non d’ustensiles de pêche, mais de provisions de voyage, quoique je ne susse ni ne considérasse où je devais faire route, pour sortir de ce lieu, tout chemin m’étant bon.
My first contrivance was to make a pretence to speak to this Moor, to get something for our subsistence on board; for I told him we must not presume to eat of our patron’s bread. He said that was true; so he brought a large basket of rusk or biscuit, and three jars of fresh water, into the boat. I knew where my patron’s case of bottles stood, which it was evident, by the make, were taken out of some English prize, and I conveyed them into the boat while the Moor was on shore, as if they had been there before for our master. I conveyed also a great lump of beeswax into the boat, which weighed about half a hundred-weight, with a parcel of twine or thread, a hatchet, a saw, and a hammer, all of which were of great use to us afterwards, especially the wax, to make candles. Mon premier soin fut de trouver un prétexte pour engager le Maure à mettre à bord quelque chose pour notre subsistance. Je lui dis qu’il ne fallait pas que nous comptassions manger le pain de notre patron.—«Cela est juste, répliqua-t-il;»—et il apporta une grande corbeille de rusk ou de biscuit de mer de leur façon et trois jarres d’eau fraîche. Je savais où mon maître avait placé son coffre à liqueurs, qui, cela était évident par sa structure, devait provenir d’une prise faite sur les Anglais. J’en transportai les bouteilles dans la chaloupe tandis que le Maure était sur le rivage, comme si elles eussent été mises là auparavant pour notre maître. J’y transportai aussi un gros bloc de cire vierge qui pesait bien environ un demi-quintal, avec un paquet de fil ou ficelle, une hache, une scie et un marteau, qui nous furent tous d’un grand usage dans la suite, surtout le morceau de cire pour faire des chandelles.
Another trick I tried upon him, which he innocently came into also: his name was Ismael, which they call Muley, or Moely; so I called to him—“Moely,” said I, “our patron’s guns are on board the boat; can you not get a little powder and shot? It may be we may kill some alcamies (a fowl like our curlews) for ourselves, for I know he keeps the gunner’s stores in the ship.” “Yes,” says he, “I’ll bring some;” and accordingly he brought a great leather pouch, which held a pound and a half of powder, or rather more; and another with shot, that had five or six pounds, with some bullets, and put all into the boat.Puis j’essayai sur le Maure d’une autre tromperie dans laquelle il donna encore innocemment. Son nom était Ismaël, dont les Maures font Muly ou Moléy; ainsi l’appelai-je et lui dis-je:—«Moléy, les mousquets de notre patron sont à bord de la chaloupe; ne pourriez-vous pas vous procurer un peu de poudre et de plomb de chasse, afin de tuer, pour nous autres, quelques alcamies,—oiseau semblable à notre courlieu,—car je sais qu’il a laissé à bord du navire les provisions de la soute aux poudres.»—«Oui, dit-il, j’en apporterai un peu;»—et en effet il apporta une grande poche de cuir contenant environ une livre et demie de poudre, plutôt plus que moins, et une autre poche pleine de plomb et de balles, pesant environ six livres, et il mit le tout dans la chaloupe.
 At the same time I had found some powder of my master’s in the great cabin, with which I filled one of the large bottles in the case, which was almost empty, pouring what was in it into another; and thus furnished with everything needful, we sailed out of the port to fish. The castle, which is at the entrance of the port, knew who we were, and took no notice of us; and we were not above a mile out of the port before we hauled in our sail and set us down to fish. The wind blew from the N.N.E., which was contrary to my desire, for had it blown southerly I had been sure to have made the coast of Spain, and at least reached to the bay of Cadiz; but my resolutions were, blow which way it would, I would be gone from that horrid place where I was, and leave the rest to fate.Pendant ce temps, dans la grande cabine de mon maître, j’avais découvert un peu de poudre dont j’emplis une grosse bouteille qui s’était trouvée presque vide dans le bahut, après avoir transvasé ce qui y restait. Ainsi fournis de toutes choses nécessaires, nous sortîmes du havre pour aller à la pêche. A la forteresse qui est à l’entrée du port on savait qui nous étions, on ne prit point garde à nous. A peine étions-nous à un mille en mer, nous amenâmes notre voile et nous nous assîmes pour pêcher. Le vent soufflait nord-nord-est, ce qui était contraire à mon désir; car s’il avait soufflé sud, j’eusse été certain d’atterrir à la côte d’Espagne, ou au moins d’atteindre la baie de Cadix; mais ma résolution était, vente qui vente, de sortir de cet horrible lieu, et d’abandonner le reste au destin.
After we had fished some time and caught nothing—for when I had fish on my hook I would not pull them up, that he might not see them—I said to the Moor, “This will not do; our master will not be thus served; we must stand farther off.” He, thinking no harm, agreed, and being in the head of the boat, set the sails; and, as I had the helm, I ran the boat out near a league farther, and then brought her to, as if I would fish; when, giving the boy the helm, I stepped forward to where the Moor was, and making as if I stooped for something behind him, I took him by surprise with my arm under his waist, and tossed him clear overboard into the sea. Après que nous eûmes pêché longtemps et rien pris, car lorsque j’avais un poisson à mon hameçon, pour qu’on ne pût le voir je ne le tirais point dehors:—«Nous ne faisons rien, dis-je au Maure; notre maître n’entend pas être servi comme ça; il nous faut encore remonter plus au large.»—Lui, n’y voyant pas malice, y consentit, et se trouvant à la proue, déploya les voiles. Comme je tenais la barre du gouvernail, je conduisis l’embarcation à une lieue au delà; alors je mis en panne comme si je voulais pêcher; et, tandis que le jeune garçon tenait le timon, j’allai à la proue vers le Maure; et, faisant comme si je me baissais pour ramasser quelque chose derrière lui, je le saisis par surprise en passant mon bras entre ses jambes, et je le lançai brusquement hors du bord dans la mer.
He rose immediately, for he swam like a cork, and called to me, begged to be taken in, told me he would go all over the world with me. He swam so strong after the boat that he would have reached me very quickly, there being but little wind; Il se redressa aussitôt, car il nageait comme un liège, et, m’appelant, il me supplia de le reprendre à bord, et me jura qu’il irait d’un bout à l’autre du monde avec moi. Comme il nageait avec une grande vigueur après la chaloupe et qu’il faisait alors peu de vent, il m’aurait promptement atteint.
upon which I stepped into the cabin, and fetching one of the fowling-pieces, I presented it at him, and told him I had done him no hurt, and if he would be quiet I would do him none. “But,” said I, “you swim well enough to reach to the shore, and the sea is calm; make the best of your way to shore, and I will do you no harm; but if you come near the boat I’ll shoot you through the head, for I am resolved to have my liberty;” so he turned himself about, and swam for the shore, and I make no doubt but he reached it with ease, for he was an excellent swimmer.Sur ce, j’allai dans la cabine, et, prenant une des arquebuses de chasse, je le couchai en joue et lui dis:—«Je ne vous ai pas fait de mal, et, si vous ne vous obstinez pas, je ne vous en ferai point. Vous nagez bien assez pour regagner la rive; la mer est calme, hâtez-vous d’y aller, je ne vous frapperai point; mais si vous vous approchez du bateau, je vous tire une balle dans la tête, car je suis résolu à recouvrer ma liberté.»—Alors il revira et nagea vers le rivage. Je ne doute point qu’il ne l’ait atteint facilement, car c’était un excellent nageur.
I could have been content to have taken this Moor with me, and have drowned the boy, but there was no venturing to trust him. When he was gone, I turned to the boy, whom they called Xury, and said to him, “Xury, if you will be faithful to me, I’ll make you a great man; but if you will not stroke your face to be true to me”—that is, swear by Mahomet and his father’s beard—“I must throw you into the sea too.” The boy smiled in my face, and spoke so innocently that I could not distrust him, and swore to be faithful to me, and go all over the world with me.J’eusse été plus satisfait d’avoir gardé ce Maure et d’avoir noyé le jeune garçon; mais, là, je ne pouvais risquer de me confier à lui. Quand il fut éloigné, je me tournai vers le jeune garçon, appelé Xury, et je lui dis:—«Xury, si tu veux m’être fidèle, je ferai de toi un homme; mais si tu ne mets la main sur ta face que tu seras sincère avec moi,—ce qui est jurer par Mahomet et la barbe de son père,—il faut que je te jette aussi dans la mer.»—Cet enfant me fit un sourire, et me parla si innocemment que je n’aurais pu me défier de lui; puis il fit le serment de m’être fidèle et de me suivre en tous lieux.
While I was in view of the Moor that was swimming, I stood out directly to sea with the boat, rather stretching to windward, that they might think me gone towards the Straits’ mouth (as indeed any one that had been in their wits must have been supposed to do): for who would have supposed we were sailed on to the southward, to the truly Barbarian coast, where whole nations of negroes were sure to surround us with their canoes and destroy us; where we could not go on shore but we should be devoured by savage beasts, or more merciless savages of human kind.Tant que je fus en vue du Maure, qui était à la nage, je portai directement au large, préférant bouliner, afin qu’on pût croire que j’étais allé vers le détroit, comme en vérité on eût pu le supposer de toute personne dans son bon sens; car aurait-on pu imaginer que nous faisions route au sud, vers une côte véritablement barbare, où nous étions sûrs que toutes les peuplades de nègres nous entoureraient de leurs canots et nous désoleraient; où nous ne pourrions aller au rivage sans être dévorés par les bêtes sauvages ou par de plus impitoyables sauvages de l’espèce humaine.
But as soon as it grew dusk in the evening, I changed my course, and steered directly south and by east, bending my course a little towards the east, that I might keep in with the shore; and having a fair, fresh gale of wind, and a smooth, quiet sea, I made such sail that I believe by the next day, at three o’clock in the afternoon, when I first made the land, I could not be less than one hundred and fifty miles south of Sallee; quite beyond the Emperor of Morocco’s dominions, or indeed of any other king thereabouts, for we saw no people.Mais aussitôt qu’il fit sombre, je changeai de route, et je gouvernai au sud-est, inclinant un peu ma course vers l’est, pour ne pas m’éloigner de la côte; et, ayant un bon vent, une mer calme et unie, je fis tellement de la voile, que le lendemain, à trois heures de l’après-midi, quand je découvris premièrement la terre, je devais être au moins à cent cinquante milles au sud de Sallé, tout à fait au delà des États de l’empereur du Maroc, et même de tout autre roi de par là, car nous ne vîmes personne.
Yet such was the fright I had taken of the Moors, and the dreadful apprehensions I had of falling into their hands, that I would not stop, or go on shore, or come to an anchor; the wind continuing fair till I had sailed in that manner five days; and then the wind shifting to the southward, I concluded also that if any of our vessels were in chase of me, they also would now give over; so I ventured to make to the coast, and came to an anchor in the mouth of a little river, I knew not what, nor where, neither what latitude, what country, what nation, or what river. I neither saw, nor desired to see any people; the principal thing I wanted was fresh water. Toutefois, la peur que j’avais des Maures était si grande, et les appréhensions que j’avais de tomber entre leurs mains étaient si terribles, que je ne voulus ni ralentir, ni aller à terre, ni laisser tomber l’ancre. Le vent continuant à être favorable, je naviguai ainsi cinq jours durant; mais lorsqu’il eut tourné au sud, je conclus que si quelque vaisseau était en chasse après moi, il devait alors se retirer; aussi hasardai-je d’atterrir et mouillai-je l’ancre à l’embouchure d’une petite rivière, je ne sais laquelle, je ne sais où, ni quelle latitude, quelle contrée, ou quelle nation: je n’y vis pas ni ne désirai point y voir aucun homme; la chose importante dont j’avais besoin, c’était de l’eau fraîche.
We came into this creek in the evening, resolving to swim on shore as soon as it was dark, and discover the country; but as soon as it was quite dark, we heard such dreadful noises of the barking, roaring, and howling of wild creatures, of we knew not what kinds, that the poor boy was ready to die with fear, and begged of me not to go on shore till day. “Well, Xury,” said I, “then I won’t; but it may be that we may see men by day, who will be as bad to us as those lions.” “Then we give them the shoot gun,” says Xury, laughing, “make them run wey.” Such English Xury spoke by conversing among us slaves. However, I was glad to see the boy so cheerful, and I gave him a dram (out of our patron’s case of bottles) to cheer him up. Nous entrâmes dans cette crique sur le soir, nous déterminant d’aller à terre à la nage sitôt qu’il ferait sombre, et de reconnaître le pays. Mais aussitôt qu’il fit entièrement obscur, nous entendîmes un si épouvantable bruit d’aboiement, de hurlement et de rugissement de bêtes farouches dont nous ne connaissions pas l’espèce, que le pauvre petit garçon faillit en mourir de frayeur, et me supplia de ne point descendre à terre avant le jour.—«Bien, Xury, lui dis-je, maintenant je n’irai point, mais peut-être au jour verrons-nous des hommes qui seront plus méchants pour nous que des lions.»—«Alors nous tirer à eux un coup de mousquet, dit en riant Xury, pour faire eux s’enfuir loin.»—Tel était l’anglais que Xury avait appris par la fréquentation de nous autres esclaves. Néanmoins, je fus aise de voir cet enfant si résolu, et je lui donnai, pour le réconforter, un peu de liqueur tirée d’une bouteille du coffre de notre patron.
After all, Xury’s advice was good, and I took it; we dropped our little anchor, and lay still all night; I say still, for we slept none; for in two or three hours we saw vast great creatures (we knew not what to call them) of many sorts, come down to the sea-shore and run into the water, wallowing and washing themselves for the pleasure of cooling themselves; and they made such hideous howlings and yellings, that I never indeed heard the like.Après tout, l’avis de Xury était bon, et je le suivis; nous mouillâmes notre petite ancre, et nous demeurâmes tranquilles toute la nuit; je dis tranquilles parce que nous ne dormîmes pas, car durant deux ou trois heures nous aperçûmes des créatures excessivement grandes et de différentes espèces,—auxquelles nous ne savions quels noms donner,—qui descendaient vers la rive et couraient dans l’eau, en se vautrant et se lavant pour le plaisir de se rafraîchir; elles poussaient des hurlements et des meuglements si affreux que jamais, en vérité, je n’ai rien ouï de semblable.
Xury was dreadfully frighted, and indeed so was I too; but we were both more frighted when we heard one of these mighty creatures come swimming towards our boat; we could not see him, but we might hear him by his blowing to be a monstrous huge and furious beast. Xury said it was a lion, and it might be so for aught I know; but poor Xury cried to me to weigh the anchor and row away; “No,” says I, “Xury; we can slip our cable, with the buoy to it, and go off to sea; they cannot follow us far.” I had no sooner said so, but I perceived the creature (whatever it was) within two oars’ length, which something surprised me; however, I immediately stepped to the cabin door, and taking up my gun, fired at him; upon which he immediately turned about and swam towards the shore again.Xury était horriblement effrayé, et, au fait, je l’étais aussi; mais nous fûmes tous deux plus effrayés encore quand nous entendîmes une de ces énormes créatures venir à la nage vers notre chaloupe. Nous ne pouvions la voir, mais nous pouvions reconnaître à son soufflement que ce devait être une bête monstrueusement grosse et furieuse. Xury prétendait que c’était un lion, cela pouvait bien être; tout ce que je sais, c’est que le pauvre enfant me disait de lever l’ancre et de faire force de rames.—«Non pas, Xury, lui répondis-je; il vaut mieux filer par le bout notre câble avec une bouée, et nous éloigner en mer; car il ne pourra nous suivre fort loin.»—Je n’eus pas plutôt parlé ainsi que j’aperçus cet animal,—quel qu’il fût,—à deux portées d’aviron, ce qui me surprit un peu. Néanmoins, aussitôt j’allai à l’entrée de la cabine, je pris mon mousquet et je fis feu sur lui: à ce coup il tournoya et nagea de nouveau vers le rivage.
But it is impossible to describe the horrid noises, and hideous cries and howlings that were raised, as well upon the edge of the shore as higher within the country, upon the noise or report of the gun, a thing I have some reason to believe those creatures had never heard before: this convinced me that there was no going on shore for us in the night on that coast, and how to venture on shore in the day was another question too; for to have fallen into the hands of any of the savages had been as bad as to have fallen into the hands of the lions and tigers; at least we were equally apprehensive of the danger of it.Il est impossible de décrire le tumulte horrible, les cris affreux et les hurlements qui s’élevèrent sur le bord du rivage et dans l’intérieur des terres, au bruit et au retentissement de mon mousquet; je pense avec quelque raison que ces créatures n’avaient auparavant jamais rien ouï de pareil. Ceci me fit voir que nous ne devions pas descendre sur cette côte pendant la nuit, et combien il serait chanceux de s’y hasarder pendant le jour, car tomber entre les mains de quelques sauvages était, pour nous, tout aussi redoutable que de tomber dans les griffes des lions et des tigres; du moins appréhendions-nous également l’un et l’autre danger.
Be that as it would, we were obliged to go on shore somewhere or other for water, for we had not a pint left in the boat; when and where to get to it was the point. Xury said, if I would let him go on shore with one of the jars, he would find if there was any water, and bring some to me. I asked him why he would go? why I should not go, and he stay in the boat? The boy answered with so much affection as made me love him ever after. Says he, “If wild mans come, they eat me, you go wey.” “Well, Xury,” said I, “we will both go and if the wild mans come, we will kill them, they shall eat neither of us.” So I gave Xury a piece of rusk bread to eat, and a dram out of our patron’s case of bottles which I mentioned before; and we hauled the boat in as near the shore as we thought was proper, and so waded on shore, carrying nothing but our arms and two jars for water.
Quoi qu’il en fût, nous étions obligés d’aller quelque part à l’aiguade; il ne nous restait pas à bord une pinte d’eau; mais quand? mais où? c’était là l’embarras. Xury me dit que si je voulais le laisser aller à terre avec une des jarres, il découvrirait s’il y avait de l’eau et m’en apporterait. Je lui demandai pourquoi il y voulait aller; pourquoi ne resterait-il pas dans la chaloupe, et moi-même n’irais-je pas? Cet enfant me répondit avec tant d’affection que je l’en aimai toujours depuis. Il me dit:—«Si les sauvages hommes venir, eux manger moi, vous s’enfuir.»—«Bien, Xury, m’écriai-je, nous irons tous deux, et si les hommes sauvages viennent, nous les tuerons; ils ne nous mangeront ni l’un ni l’autre.»—Alors je donnai à Xury un morceau de biscuit et à boire une gorgée de liqueur tirée du coffre de notre patron, dont j’ai parlé précédemment; puis, ayant halé la chaloupe aussi près du rivage que nous le jugions convenable, nous descendîmes à terre, n’emportant seulement avec nous que nos armes et deux jarres pour faire de l’eau.
I did not care to go out of sight of the boat, fearing the coming of canoes with savages down the river; but the boy seeing a low place about a mile up the country, rambled to it, and by-and-by I saw him come running towards me. I thought he was pursued by some savage, or frighted with some wild beast, and I ran forward towards him to help him; but when I came nearer to him I saw something hanging over his shoulders, which was a creature that he had shot, like a hare, but different in colour, and longer legs; however, we were very glad of it, and it was very good meat; but the great joy that poor Xury came with, was to tell me he had found good water and seen no wild mans.Je n’eus garde d’aller hors de la vue de notre chaloupe, craignant une descente de canots de sauvages sur la rivière; mais le petit garçon ayant aperçu un lieu bas à environ un mille dans les terres, il y courut, et aussitôt je le vis revenir vers moi. Je pensai qu’il était poursuivi par quelque sauvage ou épouvanté par quelque bête féroce; je volai à son secours; mais quand je fus assez proche de lui, je distinguai quelque chose qui pendait sur son épaule: c’était un animal sur lequel il avait tiré, semblable à un lièvre, mais d’une couleur différente et plus long des jambes. Toutefois, nous en fûmes fort joyeux, car ce fut un excellent manger; mais ce qui avait causé la grande joie du pauvre Xury, c’était de m’apporter la nouvelle qu’il avait trouvé de la bonne eau sans rencontrer des sauvages.
But we found afterwards that we need not take such pains for water, for a little higher up the creek where we were we found the water fresh when the tide was out, which flowed but a little way up; so we filled our jars, and feasted on the hare he had killed, and prepared to go on our way, having seen no footsteps of any human creature in that part of the country.Nous vîmes ensuite qu’il ne nous était pas nécessaire de prendre tant de peines pour faire de l’eau; car un peu au-dessus de la crique où nous étions, nous trouvâmes l’eau douce; quand la marée était basse, elle remontait fort peu avant. Ainsi nous emplîmes nos jarres, nous nous régalâmes du lièvre que nous avions tué, et nous nous préparâmes à reprendre notre route sans avoir découvert un vestige humain dans cette portion de la contrée.
As I had been one voyage to this coast before, I knew very well that the islands of the Canaries, and the Cape de Verde Islands also, lay not far off from the coast. But as I had no instruments to take an observation to know what latitude we were in, and not exactly knowing, or at least remembering, what latitude they were in, I knew not where to look for them, or when to stand off to sea towards them; otherwise I might now easily have found some of these islands. But my hope was, that if I stood along this coast till I came to that part where the English traded, I should find some of their vessels upon their usual design of trade, that would relieve and take us in.Comme j’avais déjà fait un voyage à cette côte, je savais très bien que les îles Canaries et les îles du cap Vert n’étaient pas éloignées; mais comme je n’avais pas d’instruments pour prendre hauteur et connaître la latitude où nous étions, et ne sachant pas exactement ou au moins ne me rappelant pas dans quelle latitude elles étaient elles-mêmes situées, je ne savais où les chercher ni quand il faudrait, de leur côté, porter le cap au large; sans cela, j’aurais pu aisément trouver une de ces îles. En tenant le long de la côte jusqu’à ce que j’arrivasse à la partie où trafiquent les Anglais, mon espoir était de rencontrer en opération habituelle de commerce quelqu’un de leurs vaisseaux qui nous secourrait et nous prendrait à bord.
By the best of my calculation, that place where I now was must be that country which, lying between the Emperor of Morocco’s dominions and the negroes, lies waste and uninhabited, except by wild beasts; the negroes having abandoned it and gone farther south for fear of the Moors, and the Moors not thinking it worth inhabiting by reason of its barrenness; and indeed, both forsaking it because of the prodigious number of tigers, lions, leopards, and other furious creatures which harbour there; so that the Moors use it for their hunting only, where they go like an army, two or three thousand men at a time; and indeed for near a hundred miles together upon this coast we saw nothing but a waste, uninhabited country by day, and heard nothing but howlings and roaring of wild beasts by night.Suivant mon calcul le plus exact, le lieu où j’étais alors doit être cette contrée s’étendant entre les possessions de l’empereur du Maroc et la Nigritie; contrée inculte, peuplée seulement par les bêtes féroces, les nègres l’ayant abandonnée et s’étant retirés plus au midi, de peur des Maures; et les Maures dédaignant de l’habiter à cause de sa stérilité; mais au fait, les uns et les autres y ont renoncé parce qu’elle est le repaire d’une quantité prodigieuse de tigres, de lions, de léopards et d’autres farouches créatures; aussi ne sert-elle aux Maures que pour leurs chasses, où ils vont, comme une armée, deux ou trois mille hommes à la fois. Véritablement, durant près de cent milles de suite sur cette côte, nous ne vîmes pendant le jour qu’un pays agreste et désert, et n’entendîmes pendant la nuit que les hurlements et les rugissements des bêtes sauvages.
Once or twice in the daytime I thought I saw the Pico of Teneriffe, being the high top of the Mountain Teneriffe in the Canaries, and had a great mind to venture out, in hopes of reaching thither; but having tried twice, I was forced in again by contrary winds, the sea also going too high for my little vessel; so, I resolved to pursue my first design, and keep along the shore.Une ou deux fois dans la journée, je crus apercevoir le pic de Ténériffe dans les Canaries, et j’eus grande envie de m’aventurer au large dans l’espoir de l’atteindre; mais, l’ayant essayé deux fois, je fus repoussé par les vents contraires; et comme aussi la mer était trop grosse pour mon petit vaisseau, je résolus de continuer mon premier dessein de côtoyer le rivage.
Several times I was obliged to land for fresh water, after we had left this place; and once in particular, being early in morning, we came to an anchor under a little point of land, which was pretty high; and the tide beginning to flow, we lay still to go farther in. Xury, whose eyes were more about him than it seems mine were, calls softly to me, and tells me that we had best go farther off the shore; “For,” says he, “look, yonder lies a dreadful monster on the side of that hillock, fast asleep.” I looked where he pointed, and saw a dreadful monster indeed, for it was a terrible, great lion that lay on the side of the shore, under the shade of a piece of the hill that hung as it were a little over him. “Xury,” says I, “you shall on shore and kille him.” Xury, looked frighted, and said, “Me kill! he eat me at one mouth!”—one mouthful he meant. Après avoir quitté ce lieu, je fus plusieurs fois obligé d’aborder pour faire aiguade; et une fois entre autres qu’il était de bon matin, nous vînmes mouiller sous une petite pointe de terre assez élevée et la marée commençant à monter, nous attendions tranquillement qu’elle nous portât plus avant. Xury, qui, à ce qu’il paraît, avait plus que moi l’œil au guet, m’appela doucement et me dit que nous ferions mieux de nous éloigner du rivage:—«car regardez là-bas, ajouta-t-il, ce monstre affreux étendu sur le flanc de cette colline, et profondément endormi.»—Je regardai au lieu qu’il désignait, et je vis un monstre épouvantable, en vérité, car c’étaite un énorme et terrible lion couché sur le penchant du rivage, à l’ombre d’une portion de la montagne, qui, en quelque sorte, pendait presque au-dessus de lui.—«Xury, lui dis-je, va à terre, et tue-le.»—Xury parut effrayé, et répliqua:—«Moi tuer! lui manger moi d’une seule bouche.»—Il voulait dire d’une seule bouchée.
 However, I said no more to the boy, but bade him lie still, and I took our biggest gun, which was almost musket-bore, and loadede it with a good charge of powder, and with two slugs, and laid it down; then I loaded another gun with two bullets; and the third (for we had three pieces) I loaded with five smaller bullets. I took the best aim I could with the first piece to have shot him in the head, but he lay so with his leg raised a little above his nose, that the slugs hit his leg about the knee and broke the bone. He started up, growling at first, but finding his leg broken, fell down again; and then got upon three legs, and gave the most hideous roar that ever I heard. Toutefois, je ne dis plus rien à ce garçon; seulement je lui ordonnai de rester tranquille, et je pris notre plus gros fusil, qui était presque du calibre d’un mousquet, et après y avoir mis une bonne charge de poudre et deux lingots, je le posai à terre; puis en chargeai un autre à deux balles; et le troisième, car nous en avions trois, je le chargeai de cinq chevrotines. Je pointai du mieux que je pus ma première arme pour le frapper à la tête; mais il était couché de telle façon, avec une patte passée un peu au-dessus de son mufle, que les lingots l’atteignirent à la jambe près du genou, et lui brisèrent l’os. Il tressaillit d’abord en grondant; mais sentant sa jambe brisée, il se rabattit, puis il se dressa sur trois jambes, et jeta le plus effroyable rugissement que j’entendis jamais.
I was a little surprised that I had not hit him on the head; however, I took up the second piece immediately, and though he began to move off, fired again, and shot him in the head, and had the pleasure to see him drop and make but little noise, but lie struggling for life. Then Xury took heart, and would have me let him go on shore. “Well, go,” said I: so the boy jumped into the water and taking a little gun in one hand, swam to shore with the other hand, and coming close to the creature, put the muzzle of the piece to his ear, and shot him in the head again, which despatched him quite.Je fus un peu surpris de ne l’avoir point frappé à la tête. Néanmoins je pris aussitôt mon second mousquet, et quoiqu’il commençât à s’éloigner, je fis feu de nouveau; je l’atteignis à la tête, et j’eus le plaisir de le voir se laisser tomber silencieusement et se roidir en luttant contre la mort. Xury prit alors du cœur, et me demanda de le laisser aller à terre.—«Soit; va, lui dis-je.»—Aussitôt ce garçon sauta à l’eau, et tenant un petit mousquet d’une main, il nagea de l’autre jusqu’au rivage. Puis, s’étant approché du lion, il lui posa le canon du mousquet à l’oreille et le lui déchargea aussi dans la tête, ce qui l’expédia tout à fait.
This was game indeed to us, but this was no food; and I was very sorry to lose three charges of powder and shot upon a creature that was good for nothing to us. However, Xury said he would have some of him; so he comes on board, and asked me to give him the hatchet. “For what, Xury?” said I. “Me cut off his head,” said he. However, Xury could not cut off his head, but he cut off a foot, and brought it with him, and it was a monstrous great one.C’était véritablement une chasse pour nous, mais ce n’était pas du gibier, et j’étais très fâché de perdre trois charges de poudre et des balles sur une créature qui n’était bonne à rien pour nous. Xury, néanmoins, voulait en emporter quelque chose. Il vint donc à bord, et me demanda de lui donner la hache.—«Pourquoi faire, Xury? lui dis-je.»—«Moi trancher sa tête, répondit-il.»—Toutefois Xury ne put pas la lui trancher, mais il lui coupa une patte qu’il m’apporta: elle était monstrueuse.
I bethought myself, however, that, perhaps the skin of him might, one way or other, be of some value to us; and I resolved to take off his skin if I could. So Xury and I went to work with him; but Xury was much the better workman at it, for I knew very ill how to do it. Indeed, it took us both up the whole day, but at last we got off the hide of him, and spreading it on the top of our cabin, the sun effectually dried it in two days’ time, and it afterwards served me to lie upon.Cependant je réfléchis que sa peau pourrait sans doute, d’une façon ou d’une autre, nous être de quelque valeur, et je résolus de l’écorcher si je le pouvais. Xury et moi allâmes donc nous mettre à l’œuvre; mais à cette besogne Xury était de beaucoup le meilleur ouvrier, car je ne savais comment m’y prendre. Au fait, cela nous occupa tous deux durant la journée entière; enfin nous en vînmes à bout, et nous l’étendîmes sur le toit de notre cabine. Le soleil la sécha parfaitement en deux jours. Je m’en servis ensuite pour me coucher dessus.
After this stop, we made on to the southward continually for ten or twelve days, living very sparingly on our provisions, which began to abate very much, and going no oftener to the shore than we were obliged to for fresh water. My design in this was to make the river Gambia or Senegal, that is to say anywhere about the Cape de Verde, where I was in hopes to meet with some European ship; and if I did not, I knew not what course I had to take, but to seek for the islands, or perish there among the negroes.Après cette halte, nous naviguâmes continuellement vers le sud pendant dix ou douze jours, usant avec parcimonie de nos provisions, qui commençaient à diminuer beaucoup, et ne descendant à terre que lorsque nous y étions obligés pour aller à l’aiguade. Mon dessein était alors d’atteindre le fleuve de Gambie ou le fleuve de Sénégal, c’est-à-dire aux environs du cap Vert, où j’espérais rencontrer quelque bâtiment européen; le cas contraire échéant, je ne savais plus quelle route tenir, à moins que je ne me misse à la recherche des îles ou que j’allasse périr au milieu des nègres.
I knew that all the ships from Europe, which sailed either to the coast of Guinea or to Brazil, or to the East Indies, made this cape, or those islands; and, in a word, I put the whole of my fortune upon this single point, either that I must meet with some ship or must perish.Je savais que tous les vaisseaux qui font voile pour la côte de Guinée, le Brésil ou les Indes orientales, touchent à ce cap ou à ces îles. En un mot, je plaçais là toute l’alternative de mon sort, soit que je dusse rencontrer un bâtiment, soit que je dusse périr.
When I had pursued this resolution about ten days longer, as I have said, I began to see that the land was inhabited; and in two or three places, as we sailed by, we saw people stand upon the shore to look at us; we could also perceive they were quite black and naked. I was once inclined to have gone on shore to them; but Xury was my better counsellor, and said to me, “No go, no go.” However, I hauled in nearer the shore that I might talk to them, and I found they ran along the shore by me a good way. I observed they had no weapons in their hand, except one, who had a long slender stick, which Xury said was a lance, and that they could throw them a great way with good aim; so I kept at a distance, but talked with them by signs as well as I could; and particularly made signs for something to eat: they beckoned to me to stop my boat, and they would fetch me some meat. Upon this I lowered the top of my sail and lay by, and two of them ran up into the country, and in less than half-an-hour came back, and brought with them two pieces of dried flesh and some corn, such as is the produce of their country; but we neither knew what the one or the other was; however, we were willing to accept it, but how to come at it was our next dispute, for I would not venture on shore to them, and they were as much afraid of us; but they took a safe way for us all, for they brought it to the shore and laid it down, and went and stood a great way off till we fetched it on board, and then came close to us again.Quand j’eus suivi cette résolution pendant environ dix jours de plus, comme je l’ai déjà dit, je commençai à m’apercevoir que la côte était habitée, et en deux ou trois endroits que nous longions, nous vîmes des gens qui s’arrêtaient sur le rivage pour nous regarder; nous pouvions aussi distinguer qu’ils étaient entièrement noirs et tout à fait nus. J’eus une fois l’envie de descendre à terre vers eux; mais Xury fut meilleur conseiller, et me dit:—«Pas aller! Pas aller!»—Je halai cependant plus près du rivage afin de pouvoir leur parler, et ils me suivirent pendant quelque temps le long de la rive. Je remarquai qu’ils n’avaient point d’armes à la main, un seul excepté qui portait un long et mince bâton, que Xury dit être une lance qu’ils pouvaient lancer fort loin avec beaucoup de justesse. Je me tins donc à distance, mais je causai avec eux, par gestes, aussi bien que je pus, et particulièrement pour leur demander quelque chose à manger. Ils me firent signe d’arrêter ma chaloupe, et qu’ils iraient me chercher quelque nourriture. Sur ce, j’abaissai le haut de ma voile; je m’arrêtai proche, et deux d’entre eux coururent dans le pays, et en moins d’une demi-heure revinrent, rapportant avec eux deux morceaux de viande sèche et du grain, productions de leur contrée. Ni Xury ni moi ne savions ce que c’était; pourtant nous étions fort désireux de le recevoir; mais comment y parvenir? Ce fut là notre embarras. Je n’osais point aller à terre vers eux, qui n’étaient pas moins effrayés de nous. Bref, ils prirent un détour excellent pour nous tous; ils déposèrent les provisions sur le rivage, et se retirèrent à une grande distance jusqu’à ce que nous les eûmes toutes embarquées, puis se rapprochèrent de nous.
We made signs of thanks to them, for we had nothing to make them amends; but an opportunity offered that very instant to oblige them wonderfully; for while we were lying by the shore came two mighty creatures, one pursuing the other (as we took it) with great fury from the mountains towards the sea; whether it was the male pursuing the female, or whether they were in sport or in rage, we could not tell, any more than we could tell whether it was usual or strange, but I believe it was the latter; because, in the first place, those ravenous creatures seldom appear but in the night; and, in the second place, we found the people terribly frighted, especially the women. The man that had the lance or dart did not fly from them, but the rest did; however, as the two creatures ran directly into the water, they did not offer to fall upon any of the negroes, but plunged themselves into the sea, and swam about, as if they had come for their diversion; at last one of them began to come nearer our boat than at first I expected; but I lay ready for him, for I had loaded my gun with all possible expedition, and bade Xury load both the others. As soon as he came fairly within my reach, I fired, and shot him directly in the head; immediately he sank down into the water, but rose instantly, and plunged up and down, as if he were struggling for life, and so indeed he was; he immediately made to the shore; but between the wound, which was his mortal hurt, and the strangling of the water, he died just before he reached the shore.N’ayant rien à leur donner en échange, nous leur faisions des signes de remerciement, quand tout à coup s’offrit une merveilleuse occasion de les obliger. Tandis que nous étions arrêtés près de la côte, voici venir des montagnes deux énormes créatures se poursuivant avec fureur. Était-ce le mâle qui poursuivait la femelle? Étaient-ils en ébats ou en rage? Il eût été impossible de le dire. Était-ce ordinaire ou étrange? je ne sais. Toutefois, je pencherais plutôt pour le dernier, parce que ces animaux voraces n’apparaissent guère que la nuit, et parce que nous vîmes la foule horriblement épouvantée, surtout les femmes, L’homme qui portait la lance ou le dard ne prit point la fuite à leur aspect comme tout le reste. Néanmoins, ces deux créatures coururent droit à la mer, et, ne montrant nulle intention de se jeter sur un seul de ces nègres, elles se plongèrent dans les flots et se mirent à nager çà et là, comme si elles y étaient venues pour leur divertissement. Enfin un de ces animaux commença à s’approcher de mon embarcation plus près que je ne m’y serais attendu d’abord; mais j’étais en garde contre lui, car j’avais chargé mon mousquet avec toute la promptitude possible, et j’avais ordonné à Xury de charger les autres. Dès qu’il fut à ma portée, je fis feu et je le frappai droit à la tête. Aussitôt il s’enfonça dans l’eau, mais aussitôt il reparut et plongea et replongea, semblant lutter avec la vie: ce qui était en effet, car immédiatement il se dirigea vers le rivage et périt juste au moment de l’atteindre, tant à cause des coups mortels qu’il avait reçus que de l’eau qui l’étouffa.
It is impossible to express the astonishment of these poor creatures at the noise and fire of my gun: some of them were even ready to die for fear, and fell down as dead with the very terror; but when they saw the creature dead, and sunk in the water, and that I made signs to them to come to the shore, they took heart and came, and began to search for the creature. I found him by his blood staining the water; and by the help of a rope, which I slung round him, and gave the negroes to haul, they dragged him on shore, and found that it was a most curious leopard, spotted, and fine to an admirable degree; and the negroes held up their hands with admiration, to think what it was I had killed him with.Il serait impossible d’exprimer l’étonnement de ces pauvres gens au bruit et au feu de mon mousquet. Quelques-uns d’entre eux faillirent en mourir d’effroi, et, comme morts, tombèrent contre terre dans la plus grande terreur. Mais quand ils eurent vu l’animal tué et enfoncé sous l’eau, et que je leur eus fait signe de revenir sur le bord, ils prirent du cœur; ils s’avancèrent vers la rive et se mirent à sa recherche. Son sang, qui teignait l’eau, me le fit découvrir; et, à l’aide d’une corde dont je l’entourai et que je donnai aux nègres pour le haler, ils le traînèrent au rivage. Là, il se trouva que c’était un léopard des plus curieux, parfaitement moucheté et superbe. Les nègres levaient leurs mains dans l’admiration de penser ce que pouvait être ce avec quoi je l’avais tué.
The other creature, frighted with the flash of fire and the noise of the gun, swam on shore, and ran up directly to the mountains from whence they came; nor could I, at that distance, know what it was. I found quickly the negroes wished to eat the flesh of this creature, so I was willing to have them take it as a favour from me; which, when I made signs to them that they might take him, they were very thankful for. Immediately they fell to work with him; and though they had no knife, yet, with a sharpened piece of wood, they took off his skin as readily, and much more readily, than we could have done with a knife. They offered me some of the flesh, which I declined, pointing out that I would give it them; but made signs for the skin, which they gave me very freely, and brought me a great deal more of their provisions, which, though I did not understand, yet I accepted. I then made signs to them for some water, and held out one of my jars to them, turning it bottom upward, to show that it was empty, and that I wanted to have it filled. They called immediately to some of their friends, and there came two women, and brought a great vessel made of earth, and burnt, as I supposed, in the sun, this they set down to me, as before, and I sent Xury on shore with my jars, and filled them all three. The women were as naked as the men.L’autre animal, effrayé par l’éclair et la détonation de mon mousquet, regagna la rive à la nage et s’enfuit directement vers les montagnes d’où il était venu, et je ne pus, à cette distance, reconnaître ce qu’il était. Je m’aperçus bientôt que les nègres étaient disposés à manger la chair du léopard; aussi voulus-je le leur faire accepter comme une faveur de ma part; et, quand par mes signes je leur eus fait savoir qu’ils pouvaient le prendre, ils en furent très reconnaissants. Aussitôt ils se mirent à l’ouvrage et l’écorchèrent avec un morceau de bois affilé, aussi promptement, même plus promptement que nous ne pourrions le faire avec un couteau. Ils m’offrirent de sa chair; j’éludai cette offre, affectant de vouloir la leur abandonner; mais, par mes signes, leur demandant la peau, qu’ils me donnèrent très franchement, en m’apportant en outre une grande quantité de leurs victuailles, que j’acceptai, quoiqu’elles me fussent inconnues. Alors je leur fis des signes pour avoir de l’eau, et je leur montrai une de mes jarres en la tournant sens dessus dessous, pour faire voir qu’elle était vide et que j’avais besoin qu’elle fût remplie. Aussitôt ils appelèrent quelques-uns des leurs, et deux femmes vinrent, apportant un grand vase de terre qui, je le suppose, était cuite au soleil. Ainsi que précédemment, ils le déposèrent, pour moi, sur le rivage. J’y envoyai Xury avec mes jarres, et il les remplit toutes trois.
I was now furnished with roots and corn, such as it was, and water; and leaving my friendly negroes, I made forward for about eleven days more, without offering to go near the shore, till I saw the land run out a great length into the sea, at about the distance of four or five leagues before me; and the sea being very calm, I kept a large offing to make this point. At length, doubling the point, at about two leagues from the land, I saw plainly land on the other side, to seaward; then I concluded, as it was most certain indeed, that this was the Cape de Verde, and those the islands called, from thence, Cape de Verde Islands. However, they were at a great distance, and I could not well tell what I had best to do; for if I should be taken with a fresh of wind, I might neither reach one or other.J’étais alors fourni d’eau, de racines et de grains tels quels; je pris congé de mes bons nègres, et, sans m’approcher du rivage, je continuai ma course pendant onze jours environ, avant que je visse devant moi la terre s’avancer bien avant dans l’océan à la distance environ de quatre ou cinq lieues. Comme la mer était très calme, je me mis au large pour gagner cette pointe. Enfin, la doublant à deux lieues de la côte, je vis distinctement des terres à l’opposite; alors je conclus, au fait cela était indubitable, que d’un côté j’avais le cap Vert, et de l’autre ces îles qui lui doivent leur nom. Toutefois elles étaient fort éloignées, et je ne savais pas trop ce qu’il fallait que je fisse; car si j’avais été surpris par un coup de vent, il m’eût été impossible d’atteindre ni l’un ni l’autre.
In this dilemma, as I was very pensive, I stepped into the cabin and sat down, Xury having the helm; when, on a sudden, the boy cried out, “Master, master, a ship with a sail!” and the foolish boy was frighted out of his wits, thinking it must needs be some of his master’s ships sent to pursue us, but I knew we were far enough out of their reach. I jumped out of the cabin, and immediately saw, not only the ship, but that it was a Portuguese ship; and, as I thought, was bound to the coast of Guinea, for negroes. But, when I observed the course she steered, I was soon convinced they were bound some other way, and did not design to come any nearer to the shore; upon which I stretched out to sea as much as I could, resolving to speak with them if possible.Dans cette perplexité, comme j’étais fort pensif, j’entrai dans la cabine et je m’assis, laissant à Xury la barre du gouvernail, quand subitement ce jeune garçon s’écria:—«Maître! maître! un vaisseau avec une voile!»—La frayeur avait mis hors de lui-même ce simple enfant, qui pensait qu’infailliblement c’était un des vaisseaux de son maître envoyés à notre poursuite tandis que nous étions, comme je ne l’ignorais pas, tout à fait hors de son atteinte. Je m’élançai de ma cabine, et non seulement je vis immédiatement le navire, mais encore je reconnus qu’il était portugais. Je le crus d’abord destiné à faire la traite des nègres sur la côte de Guinée; mais quand j’eus remarqué la route qu’il tenait, je fus bientôt convaincu qu’il avait tout autre destination, et que son dessein n’était pas de serrer la terre. Alors, je portai le cap au large, et je forçai de voile au plus près, résolu de lui parler s’il était possible.
With all the sail I could make, I found I should not be able to come in their way, but that they would be gone by before I could make any signal to them: but after I had crowded to the utmost, and began to despair, they, it seems, saw by the help of their glasses that it was some European boat, which they supposed must belong to some ship that was lost; so they shortened sail to let me come up. I was encouraged with this, and as I had my patron’s ancient on board, I made a waft of it to them, for a signal of distress, and fired a gun, both which they saw; for they told me they saw the smoke, though they did not hear the gun. Upon these signals they very kindly brought to, and lay by for me; and in about three hours; time I came up with them.Avec toute la voile que je pouvais faire, je vis que jamais je ne viendrais dans ses eaux, et qu’il serait passé avant que je pusse lui donner aucun signal. Mais après avoir forcé à tout rompre, comme j’allais perdre espérance, il m’aperçut sans doute à l’aide de ses lunettes d’approche; et, reconnaissant que c’était une embarcation européenne, qu’il supposa appartenir à quelque vaisseau naufragé, il diminua de voiles afin que je l’atteignisse. Ceci m’encouragea, et comme j’avais à bord le pavillon de mon patron, je le hissai en berne en signal de détresse et je tirai un coup de mousquet. Ces deux choses furent remarquées, car j’appris plus tard qu’on avait vu la fumée, bien qu’on n’eût pas entendu la détonation. A ces signaux, le navire mit pour moi complaisamment à la cape et capéa. En trois heures je le joignis.
They asked me what I was, in Portuguese, and in Spanish, and in French, but I understood none of them; but at last a Scotch sailor, who was on board, called to me: and I answered him, and told him I was an Englishman, that I had made my escape out of slavery from the Moors, at Sallee; they then bade me come on board, and very kindly took me in, and all my goods.On me demanda en portugais, puis en espagnol, puis en français, qui j’étais; mais je ne comprenais aucune de ces langues. A la fin, un matelot écossais qui se trouvait à bord m’appela, et je lui répondis et lui dis que j’étais Anglais, et que je venais de m’échapper de l’esclavage des Maures de Sallé: alors on m’invita à venir à bord, et on m’y reçut très obligeamment avec tous mes bagages.
It was an inexpressible joy to me, which any one will believe, that I was thus delivered, as I esteemed it, from such a miserable and almost hopeless condition as I was in; and I immediately offered all I had to the captain of the ship, as a return for my deliverance; but he generously told me he would take nothing from me, but that all I had should be delivered safe to me when I came to the Brazils. “For,” says he, “I have saved your life on no other terms than I would be glad to be saved myself: and it may, one time or other, be my lot to be taken up in the same condition. Besides,” said he, “when I carry you to the Brazils, so great a way from your own country, if I should take from you what you have, you will be starved there, and then I only take away that life I have given. No, no,” says he: “Seignior Inglese” (Mr. Englishman), “I will carry you thither in charity, and those things will help to buy your subsistence there, and your passage home again.”J’étais dans une joie inexprimable, comme chacun peut le croire, d’être ainsi délivré d’une condition que je regardais comme tout à fait misérable et désespérée, et je m’empressai d’offrir au capitaine du vaisseau tout ce que je possédais pour prix de ma délivrance. Mais il me répondit généreusement qu’il n’accepterait rien de moi, et que tout ce que j’avais me serait rendu intact à mon arrivée au Brésil;—«car, dit-il, je vous ai sauvé la vie comme je serais fort aise qu’on me la sauvât. Peut-être m’est-il réservé une fois ou une autre d’être secouru dans une semblable position. En outre, en vous conduisant au Brésil, à une si grande distance de votre pays, si j’acceptais de vous ce que vous pouvez avoir, vous y mourriez de faim, et alors je vous reprendrais la vie que je vous ai donnée. Non, non, senhor Inglez, c’est-à-dire monsieur l’Anglais, je veux vous y conduire par pure commisération; et ces choses-là vous y serviront à payer votre subsistance et votre traversée de retour.»
As he was charitable in this proposal, so he was just in the performance to a tittle; for he ordered the seamen that none should touch anything that I had: then he took everything into his own possession, and gave me back an exact inventory of them, that I might have them, even to my three earthen jars.Il fut aussi scrupuleux dans l’accomplissement de ses promesses, qu’il avait été charitable dans ses propositions; car il défendit aux matelots de toucher à rien de ce qui m’appartenait; il prit alors le tout en sa garde et m’en donna ensuite un exact inventaire, pour que je pusse tout recouvrer; tout, jusqu’à mes trois jarres de terre.
As to my boat, it was a very good one; and that he saw, and told me he would buy it of me for his ship’s use; and asked me what I would have for it? I told him he had been so generous to me in everything that I could not offer to make any price of the boat, but left it entirely to him: upon which he told me he would give me a note of hand to pay me eighty pieces of eight for it at Brazil; and when it came there, if any one offered to give more, he would make it up. He offered me also sixty pieces of eight more for my boy Xury, which I was loth to take; not that I was unwilling to let the captain have him, but I was very loth to sell the poor boy’s liberty, who had assisted me so faithfully in procuring my own. However, when I let him know my reason, he owned it to be just, and offered me this medium, that he would give the boy an obligation to set him free in ten years, if he turned Christian: upon this, and Xury saying he was willing to go to him, I let the captain have him.Quant à ma chaloupe, elle était fort bonne; il le vit, et me proposa de l’acheter pour l’usage de son navire, et me demanda ce que j’en voudrais avoir. Je lui répondis qu’il avait été, à mon égard, trop généreux en toutes choses, pour que je me permisse de fixer aucun prix, et que je m’en rapporterais à sa discrétion. Sur quoi, il me dit qu’il me ferait, de sa main, un billet de quatre-vingts pièces de huit payable au Brésil; et que si, arrivé là, quelqu’un m’en offrait davantage, il me tiendrait compte de l’excédent. Il me proposa en outre soixante pièces de huit pour mon garçon Xury. J’hésitai à les accepter; non que je répugnasse à le laisser au capitaine, mais à vendre la liberté de ce pauvre enfant, qui m’avait aidé si fidèlement à recouvrer la mienne. Cependant, lorsque je lui eus fait savoir ma raison, il la reconnut juste, et me proposa, pour accommodement, de donner au jeune garçon une obligation de le rendre libre au bout de dix ans s’il voulait se faire chrétien. Sur cela, Xury consentant à le suivre, je l’abandonnai au capitaine.
We had a very good voyage to the Brazils, and I arrived in the Bay de Todos los Santos, or All Saints’ Bay, in about twenty-two days after. And now I was once more delivered from the most miserable of all conditions of life; and what to do next with myself I was to consider.Nous eûmes une très heureuse navigation jusqu’au Brésil, et nous arrivâmes à la Bahia de Todos os Santos, ou Baie de Tous-les-Saints, environ vingt-deux jours après. J’étais alors, pour la seconde fois, délivré de la plus misérable de toutes les conditions de la vie, et j’avais alors à considérer ce que prochainement je devais faire de moi.
The generous treatment the captain gave me I can never enough remember: he would take nothing of me for my passage, gave me twenty ducats for the leopard’s skin, and forty for the lion’s skin, which I had in my boat, and caused everything I had in the ship to be punctually delivered to me; and what I was willing to sell he bought of me, such as the case of bottles, two of my guns, and a piece of the lump of beeswax—for I had made candles of the rest: in a word, I made about two hundred and twenty pieces of eight of all my cargo; and with this stock I went on shore in the Brazils.La généreuse conduite du capitaine à mon égard ne saurait être trop louée. Il ne voulut rien recevoir pour mon passage; il me donna vingt ducats pour la peau du léopard et quarante pour la peau du lion que j’avais dans ma chaloupe. Il me fit remettre ponctuellement tout ce qui m’appartenait en son vaisseau, et tout ce que j’étais disposé à vendre il me l’acheta; tel que le bahut aux bouteilles, deux de mes mousquets et un morceau restant du bloc de cire vierge, dont j’avais fait des chandelles. En un mot, je tirai environ deux cent vingt pièces de huit de toute ma cargaison, et, avec ce capital, je mis pied à terre au Brésil.
I had not been long here before I was recommended to the house of a good honest man like himself, who had an ingenio, as they call it (that is, a plantation and a sugar-house). I lived with him some time, and acquainted myself by that means with the manner of planting and making of sugar; and seeing how well the planters lived, and how they got rich suddenly, I resolved, if I could get a licence to settle there, I would turn planter among them: resolving in the meantime to find out some way to get my money, which I had left in London, remitted to me. To this purpose, getting a kind of letter of naturalisation, I purchased as much land that was uncured as my money would reach, and formed a plan for my plantation and settlement; such a one as might be suitable to the stock which I proposed to myself to receive from England.Là, peu de temps après, le capitaine me recommanda dans la maison d’un très honnête homme, comme lui-même, qui avait ce qu’on appelle un engenho, c’est-à-dire une plantation et une sucrerie. Je vécus quelque temps chez lui, et, par ce moyen, je pris connaissance de la manière de planter et de faire le sucre. Voyant la bonne vie que menaient les planteurs, et combien ils s’enrichissaient promptement, je résolus, si je pouvais en obtenir la licence, de m’établir parmi eux, et de me faire planteur, prenant en même temps la détermination de chercher quelque moyen pour recouvrer l’argent que j’avais laissé à Londres. Dans ce dessein, ayant obtenu une sorte de lettre de naturalisation, j’achetai autant de terre inculte que mon argent me le permit, et je formai un plan pour ma plantation et mon établissement proportionné à la somme que j’espérais recevoir de Londres.
I had a neighbour, a Portuguese, of Lisbon, but born of English parents, whose name was Wells, and in much such circumstances as I was. I call him my neighbour, because his plantation lay next to mine, and we went on very sociably together. My stock was but low, as well as his; and we rather planted for food than anything else, for about two years. However, we began to increase, and our land began to come into order; so that the third year we planted some tobacco, and made each of us a large piece of ground ready for planting canes in the year to come. But we both wanted help; and now I found, more than before, I had done wrong in parting with my boy Xury.J’avais un voisin, un Portugais de Lisbonne, mais né de parents anglais; son nom était Wells, et il se trouvait à peu près dans les mêmes circonstances que moi. Je l’appelle voisin parce que sa plantation était proche de la mienne, et que nous vivions très amicalement. Mon avoir était mince aussi bien que le sien; et, pendant environ deux années, nous ne plantâmes guère que pour notre nourriture. Toutefois nous commencions à faire des progrès, et notre terre commençait à se bonifier; si bien que la troisième année nous semâmes du tabac et apprêtâmes l’un et l’autre une grande pièce de terre pour planter des cannes à sucre l’année suivante. Mais tous les deux nous avions besoin d’aide; alors je sentis plus que jamais combien j’avais eu tort de me séparer de mon garçon Xury.
But, alas! for me to do wrong that never did right, was no great wonder. I had no remedy but to go on: I had got into an employment quite remote to my genius, and directly contrary to the life I delighted in, and for which I forsook my father’s house, and broke through all his good advice. Nay, I was coming into the very middle station, or upper degree of low life, which my father advised me to before, and which, if I resolved to go on with, I might as well have stayed at home, and never have fatigued myself in the world as I had done; and I used often to say to myself, I could have done this as well in England, among my friends, as have gone five thousand miles off to do it among strangers and savages, in a wilderness, and at such a distance as never to hear from any part of the world that had the least knowledge of me.Mais hélas! avoir fait mal, pour moi qui ne faisais jamais bien, ce n’était pas chose étonnante; il n’y avait d’autre remède que de poursuivre. Je m’étais imposé une occupation tout à fait éloignée de mon esprit naturel, et entièrement contraire à la vie que j’aimais et pour laquelle j’avais abandonné la maison de mon père et méprisé tous ses bons avis; car j’entrais précisément dans la condition moyenne, ce premier rang de la vie inférieure qu’autrefois il m’avait recommandé, et que, résolu à suivre, j’eusse pu de même trouver chez nous sans m’être fatigué à courir le monde. Souvent, je me disais:—«Ce que je fais ici, j’aurais pu le faire tout aussi bien en Angleterre, au milieu de mes amis; il était inutile pour cela de parcourir deux mille lieues, et de venir parmi des étrangers, des sauvages, dans un désert, et à une telle distance que je ne puis recevoir de nouvelles d’aucun lieu du monde, où l’on a la moindre connaissance de moi.»
In this manner I used to look upon my condition with the utmost regret. I had nobody to converse with, but now and then this neighbour; no work to be done, but by the labour of my hands; and I used to say, I lived just like a man cast away upon some desolate island, that had nobody there but himself. But how just has it been—and how should all men reflect, that when they compare their present conditions with others that are worse, Heaven may oblige them to make the exchange, and be convinced of their former felicity by their experience—I say, how just has it been, that the truly solitary life I reflected on, in an island of mere desolation, should be my lot, who had so often unjustly compared it with the life which I then led, in which, had I continued, I had in all probability been exceeding prosperous and rich.Ainsi j’avais coutume de considérer ma position avec le plus grand regret. Je n’avais personne avec qui converser, que de temps en temps mon voisin: point d’autre ouvrage à faire que par le travail de mes mains, et je me disais souvent que je vivais tout à fait comme un naufragé jeté sur quelque île déserte et entièrement livré à lui-même. Combien il a été juste, et combien tout homme devrait réfléchir que tandis qu’il compare sa situation présente à d’autres qui sont pires, le ciel pourrait l’obliger à en faire l’échange, et le convaincre, par sa propre expérience, de sa félicité première: combien il a été juste, dis-je, que cette vie réellement solitaire, dans une île réellement déserte, et dont je m’étais plaint, devînt mon lot; moi qui l’avais si souvent injustement comparée avec la vie que je menais alors, qui, si j’avais persévéré, m’eût en toute probabilité conduit à une grande prospérité et à une grande richesse.
I was in some degree settled in my measures for carrying on the plantation before my kind friend, the captain of the ship that took me up at sea, went back—for the ship remained there, in providing his lading and preparing for his voyage, nearly three months—when telling him what little stock I had left behind me in London, he gave me this friendly and sincere advice:—“Seignior Inglese,” says he (for so he always called me), “if you will give me letters, and a procuration in form to me, with orders to the person who has your money in London to send your effects to Lisbon, to such persons as I shall direct, and in such goods as are proper for this country, I will bring you the produce of them, God willing, at my return; but, since human affairs are all subject to changes and disasters, I would have you give orders but for one hundred pounds sterling, which, you say, is half your stock, and let the hazard be run for the first; so that, if it come safe, you may order the rest the same way, and, if it miscarry, you may have the other half to have recourse to for your supply.”J’étais à peu près basé sur les mesures relatives à la conduite de ma plantation, avant que mon gracieux ami le capitaine du vaisseau, qui m’avait recueilli en mer, s’en retournât; car son navire demeura environ trois mois à faire son chargement et ses préparatifs de voyage. Lorsque je lui parlai du petit capital que j’avais laissé derrière moi à Londres, il me donna cet amical et sincère conseil:—«Senhor Inglez, me dit-il, car il m’appelait toujours ainsi,—si vous voulez me donner, pour moi, une procuration en forme, et pour la personne dépositaire de votre argent, à Londres, des lettres et des ordres d’envoyer vos fonds à Lisbonne, à telles personnes que je vous désignerai, et en telles marchandises qui sont convenables à ce pays-ci, je vous les apporterai, si Dieu veut, à mon retour; mais comme les choses humaines sont toutes sujettes aux revers et aux désastres, veuillez ne me remettre des ordres que pour une centaine de livres sterling, que vous dites être la moitié de votre fonds, et que vous hasarderez premièrement; si bien que si cela arrive à bon port, vous pourrez ordonner du reste pareillement; mais si cela échoue, vous pourrez, au besoin, avoir recours à la seconde moitié.»
This was so wholesome advice, and looked so friendly, that I could not but be convinced it was the best course I could take; so I accordingly prepared letters to the gentlewoman with whom I had left my money, and a procuration to the Portuguese captain, as he desired.Ce conseil était salutaire et plein de considérations amicales; je fus convaincu que c’était le meilleur parti à prendre; et, en conséquence, je préparai des lettres pour la dame à qui j’avais confié mon argent, et une procuration pour le capitaine, ainsi qu’il le désirait.
I wrote the English captain’s widow a full account of all my adventures—my slavery, escape, and how I had met with the Portuguese captain at sea, the humanity of his behaviour, and what condition I was now in, with all other necessary directions for my supply; and when this honest captain came to Lisbon, he found means, by some of the English merchants there, to send over, not the order only, but a full account of my story to a merchant in London, who represented it effectually to her; whereupon she not only delivered the money, but out of her own pocket sent the Portugal captain a very handsome present for his humanity and charity to me.J’écrivis à la veuve du capitaine anglais une relation de toutes mes aventures, mon esclavage, mon évasion, ma rencontre en mer avec le capitaine portugais, l’humanité de sa conduite, l’état dans lequel j’étais alors, avec toutes les instructions nécessaires pour la remise de mes fonds; et, lorsque cet honnête capitaine fut arrivé à Lisbonne, il trouva moyen, par l’entremise d’un des Anglais négociants en cette ville, d’envoyer non seulement l’ordre, mais un récit complet de mon histoire, à un marchand de Londres, qui le reporta si efficacement à la veuve, que non seulement elle délivra mon argent, mais, de sa propre cassette, elle envoya au capitaine portugais un très riche cadeau, pour son humanité et sa charité envers moi.
The merchant in London, vesting this hundred pounds in English goods, such as the captain had written for, sent them directly to him at Lisbon, and he brought them all safe to me to the Brazils; among which, without my direction (for I was too young in my business to think of them), he had taken care to have all sorts of tools, ironwork, and utensils necessary for my plantation, and which were of great use to me.Le marchand de Londres convertit les cent livres sterling en marchandises anglaises, ainsi que le capitaine le lui avait écrit, et il les lui envoya en droiture à Lisbonne, d’où il me les apporta toutes en bon état au Brésil; parmi elles, sans ma recommandation,—car j’étais trop novice en mes affaires pour y avoir songé,—il avait pris soin de mettre toutes sortes d’outils, d’instruments de fer et d’ustensiles nécessaires pour ma plantation, qui me furent d’un grand usage.
When this cargo arrived I thought my fortune made, for I was surprised with the joy of it; and my stood steward, the captain, had laid out the five pounds, which my friend had sent him for a present for himself, to purchase and bring me over a servant, under bond for six years’ service, and would not accept of any consideration, except a little tobacco, which I would have him accept, being of my own produce.Je fus surpris agréablement quand cette cargaison arriva, et je crus ma fortune faite. Mon bon munitionnaire le capitaine avait dépensé les cinq livres sterling que mon amie lui avait envoyées en présent, à me louer, pour le terme de six années, un serviteur qu’il m’amena, et il ne voulut rien accepter sous aucune considération, si ce n’est un peu de tabac, que je l’obligeai à recevoir comme étant de ma propre récolte.
Neither was this all; for my goods being all English manufacture, such as cloths, stuffs, baize, and things particularly valuable and desirable in the country, I found means to sell them to a very great advantage; so that I might say I had more than four times the value of my first cargo, and was now infinitely beyond my poor neighbour—I mean in the advancement of my plantation; for the first thing I did, I bought me a negro slave, and an European servant also—I mean another besides that which the captain brought me from Lisbon.Ce ne fut pas tout; comme mes marchandises étaient toutes de manufactures anglaises, tels que draps, étoffes, flanelle et autres choses particulièrement estimées et recherchées dans le pays, je trouvai moyen de les vendre très avantageusement, si bien que je puis dire que je quadruplai la valeur de ma cargaison, et je fus alors infiniment au-dessus de mon pauvre voisin, quant à la prospérité de ma plantation, car la première chose que je fis ce fut d’acheter un esclave nègre, et de louer un serviteur européen; un autre, veux-je dire, outre celui que le capitaine m’avait amené de Lisbonne.
But as abused prosperity is oftentimes made the very means of our greatest adversity, so it was with me. I went on the next year with great success in my plantation: I raised fifty great rolls of tobacco on my own ground, more than I had disposed of for necessaries among my neighbours; and these fifty rolls, being each of above a hundredweight, were well cured, and laid by against the return of the fleet from Lisbon: and now increasing in business and wealth, my head began to be full of projects and undertakings beyond my reach; such as are, indeed, often the ruin of the best heads in business.Mais le mauvais usage de la prospérité est souvent la vraie cause de nos plus grandes adversités; il en fut ainsi pour moi. J’eus, l’année suivante, beaucoup de succès dans ma plantation; je récoltai sur mon propre terrain cinquante gros rouleaux de tabac, non compris ce que, pour mon nécessaire, j’en avais échangé avec mes voisins, et ces cinquante rouleaux pesant chacun environ cent livres, furent bien confectionnés et mis en réserve pour le retour de la flotte de Lisbonne. Alors, mes affaires et mes richesses augmentant, ma tête commença à être pleine d’entreprises au delà de ma portée, semblables à celles qui souvent causent la ruine des plus habiles spéculateurs.
Had I continued in the station I was now in, I had room for all the happy things to have yet befallen me for which my father so earnestly recommended a quiet, retired life, and of which he had so sensibly described the middle station of life to be full of; but other things attended me, and I was still to be the wilful agent of all my own miseries; and particularly, to increase my fault, and double the reflections upon myself, which in my future sorrows I should have leisure to make, all these miscarriages were procured by my apparent obstinate adhering to my foolish inclination of wandering abroad, and pursuing that inclination, in contradiction to the clearest views of doing myself good in a fair and plain pursuit of those prospects, and those measures of life, which nature and Providence concurred to present me with, and to make my duty.Si je m’étais maintenu dans la position où j’étais alors, j’eusse pu m’attendre encore à toutes les choses heureuses pour lesquelles mon père m’avait si expressément recommandé une vie tranquille et retirée, et desquelles il m’avait si justement dit que la condition moyenne était remplie. Mais ce n’était pas là mon sort; je devais être derechef l’agent obstiné de mes propres misères; je devais accroître ma faute, et doubler les reproches que dans mes afflictions futures j’aurais le loisir de me faire. Toutes ces infortunes prirent leur source dans mon attachement manifeste et opiniâtre à ma folle inclination de courir le monde, et dans mon abandon à cette passion, contrairement à la plus évidente perspective d’arriver à bien par l’honnête et simple poursuite de ce but et de ce genre de vie, que la nature et la Providence concouraient à m’offrir pour l’accomplissement de mes devoirs.
As I had once done thus in my breaking away from my parents, so I could not be content now, but I must go and leave the happy view I had of being a rich and thriving man in my new plantation, only to pursue a rash and immoderate desire of rising faster than the nature of the thing admitted; and thus I cast myself down again into the deepest gulf of human misery that ever man fell into, or perhaps could be consistent with life and a state of health in the world.Comme lors de ma rupture avec mes parents, de même alors je ne pouvais plus être satisfait, et il fallait que je m’en allasse et que j’abandonnasse l’heureuse espérance que j’avais de faire bien mes affaires et de devenir riche dans ma nouvelle plantation, seulement pour suivre un désir téméraire et immodéré de m’élever plus promptement que la nature des choses ne l’admettait. Ainsi je me replongeai dans le plus profond gouffre de misère humaine où l’homme puisse jamais tomber, et le seul peut-être qui lui laisse la vie et un état de santé dans le monde.
To come, then, by the just degrees to the particulars of this part of my story. You may suppose, that having now lived almost four years in the Brazils, and beginning to thrive and prosper very well upon my plantation, I had not only learned the language, but had contracted acquaintance and friendship among my fellow-planters, as well as among the merchants at St. Salvador, which was our port; and that, in my discourses among them, I had frequently given them an account of my two voyages to the coast of Guinea: the manner of trading with the negroes there, and how easy it was to purchase upon the coast for trifles—such as beads, toys, knives, scissors, hatchets, bits of glass, and the like—not only gold-dust, Guinea grains, elephants’ teeth, &c., but negroes, for the service of the Brazils, in great numbers.Pour arriver maintenant par degrés aux particularités de cette partie de mon histoire, vous devez supposer qu’ayant alors vécu à peu près quatre années au Brésil, et commençant à prospérer et à m’enrichir dans ma plantation, non seulement j’avais appris le portugais, mais que j’avais lié connaissance et amitié avec mes confrères les planteurs, ainsi qu’avec les marchands de San-Salvador, qui était notre port. Dans mes conversations avec eux, j’avais fréquemment fait le récit de mes deux voyages sur la côte de Guinée, de la manière d’y trafiquer avec les nègres, et de la facilité d’y acheter pour des babioles, telles que des grains de collier, des breloques, des couteaux, des ciseaux, des haches, des morceaux de glace et autres choses semblables, non seulement de la poudre d’or, des graines de Guinée, des dents d’éléphant, etc., mais des nègres pour le service du Brésil, et en grand nombre.
They listened always very attentively to my discourses on these heads, but especially to that part which related to the buying of negroes, which was a trade at that time, not only not far entered into, but, as far as it was, had been carried on by assientos, or permission of the kings of Spain and Portugal, and engrossed in the public stock: so that few negroes were bought, and these excessively dear.Ils écoutaient toujours très attentivement mes discours sur ce chapitre, mais plus spécialement la partie où je parlais de la traite des nègres, trafic non seulement peu avancé à cette époque, mais qui, tel qu’il était, n’avait jamais été fait qu’avec les Asientos, ou permission des rois d’Espagne et de Portugal, qui en avaient le monopole public, de sorte qu’on achetait peu de nègres, et qu’ils étaient excessivement chers.
It happened, being in company with some merchants and planters of my acquaintance, and talking of those things very earnestly, three of them came to me next morning, and told me they had been musing very much upon what I had discoursed with them of the last night, and they came to make a secret proposal to me;Il advint qu’une fois, me trouvant en compagnie avec des marchands et des planteurs de ma connaissance, je parlai de tout cela passionnément; trois d’entre eux vinrent auprès de moi le lendemain au matin, et me dirent qu’ils avaient beaucoup songé à ce dont je m’étais entretenu avec eux la soirée précédente, et qu’ils venaient me faire une secrète proposition.
and, after enjoining me to secrecy, they told me that they had a mind to fit out a ship to go to Guinea; that they had all plantations as well as I, and were straitened for nothing so much as servants; that as it was a trade that could not be carried on, because they could not publicly sell the negroes when they came home, so they desired to make but one voyage, to bring the negroes on shore privately, and divide them among their own plantations; and, in a word, the question was whether I would go their supercargo in the ship, to manage the trading part upon the coast of Guinea; and they offered me that I should have my equal share of the negroes, without providing any part of the stock.Ils me déclarèrent, après m’avoir recommandé la discrétion, qu’ils avaient le dessein d’équiper un vaisseau pour la côte de Guinée.—«Nous avons tous, comme vous, des plantations, ajoutèrent-ils, et nous n’avons rien tant besoin que d’esclaves; mais comme nous ne pouvons pas entreprendre ce commerce, puisqu’on ne peut vendre publiquement les nègres lorsqu’ils sont débarqués, nous ne désirons faire qu’un seul voyage, pour en ramener secrètement et les répartir sur nos plantations.»—En un mot, la question était que si je voulais aller à bord comme leur subrécargue, pour diriger la traite sur la côte de Guinée, j’aurais ma portion contingente de nègres sans fournir ma quote-part d’argent.
This was a fair proposal, it must be confessed, had it been made to any one that had not had a settlement and a plantation of his own to look after, which was in a fair way of coming to be very considerable, and with a good stock upon it; but for me, that was thus entered and established, and had nothing to do but to go on as I had begun, for three or four years more, and to have sent for the other hundred pounds from England; and who in that time, and with that little addition, could scarce have failed of being worth three or four thousand pounds sterling, and that increasing too—for me to think of such a voyage was the most preposterous thing that ever man in such circumstances could be guilty of.C’eût été une belle proposition, il faut en convenir, si elle avait été faite à quelqu’un qui n’eût pas eu à gouverner un établissement et une plantation à soi appartenant, en beau chemin de devenir considérables et d’un excellent rapport; mais pour moi, qui étais ainsi engagé et établi, qui n’avais qu’à poursuivre, comme j’avais commencé, pendant trois ou quatre ans encore, et qu’à faire venir d’Angleterre mes autres cent livres sterling restant, pour être alors, avec cette petite addition, à peu près possesseur de trois ou quatre mille livres, qui accroîtraient encore chaque jour; mais pour moi, dis-je, penser à un pareil voyage, c’était la plus absurde chose dont un homme placé en de semblables circonstances pouvait se rendre coupable.
But I, that was born to be my own destroyer, could no more resist the offer than I could restrain my first rambling designs when my father’s good counsel was lost upon me. In a word, I told them I would go with all my heart, if they would undertake to look after my plantation in my absence, and would dispose of it to such as I should direct, if I miscarried. This they all engaged to do, and entered into writings or covenants to do so; and I made a formal will, disposing of my plantation and effects in case of my death, making the captain of the ship that had saved my life, as before, my universal heir, but obliging him to dispose of my effects as I had directed in my will; one half of the produce being to himself, and the other to be shipped to England.Mais comme j’étais né pour être mon propre destructeur, il me fut aussi impossible de résister à cette offre, qu’il me l’avait été de maîtriser mes premières idées vagabondes lorsque les bons conseils de mon père échouèrent contre moi. En un mot, je leur dis que j’irais de tout mon cœur s’ils voulaient se charger de conduire ma plantation durant mon absence, et en disposer ainsi que je l’ordonnerais si je venais à faire naufrage. Ils me le promirent, et ils s’y engagèrent par écrit ou par convention, et je fis un testament formel, disposant de ma plantation et de mes effets, en cas de mort, et instituant mon légataire universel le capitaine de vaisseau qui m’avait sauvé la vie, comme je l’ai narré plus haut, mais l’obligeant à disposer de mes biens suivant que je l’avais prescrit dans mon testament, c’est-à-dire qu’il se réserverait pour lui-même une moitié de leur produit, et que l’autre moitié serait embarquée pour l’Angleterre.
In short, I took all possible caution to preserve my effects and to keep up my plantation. Had I used half as much prudence to have looked into my own interest, and have made a judgment of what I ought to have done and not to have done, I had certainly never gone away from so prosperous an undertaking, leaving all the probable views of a thriving circumstance, and gone upon a voyage to sea, attended with all its common hazards, to say nothing of the reasons I had to expect particular misfortunes to myself.Bref, je pris toutes précautions possibles pour garantir mes biens et entretenir ma plantation. Si j’avais usé de moitié autant de prudence à considérer mon propre intérêt, et à me former un jugement de ce que je devais faire ou ne pas faire, je ne me serais certainement jamais éloigné d’une entreprise aussi florissante; je n’aurais point abandonné toutes les chances probables de m’enrichir, pour un voyage sur mer où je serais exposé à tous les hasards communs, pour ne rien dire des raisons que j’avais de m’attendre à des infortunes personnelles.
But I was hurried on, and obeyed blindly the dictates of my fancy rather than my reason; and, accordingly, the ship being fitted out, and the cargo furnished, and all things done, as by agreement, by my partners in the voyage, I went on board in an evil hour, the 1st September 1659, being the same day eight years that I went from my father and mother at Hull, in order to act the rebel to their authority, and the fool to my own interests.Mais j’étais entraîné, et j’obéis aveuglément à ce que me dictait mon goût plutôt que ma raison. Le bâtiment étant équipé convenablement, la cargaison fournie et toutes choses faites suivant l’accord, par mes partenaires dans ce voyage, je m’embarquai à la maleheure, le 1er septembre, huit ans après, jour pour jour, qu’à Hull je m’étais éloigné de mon père et de ma mère pour faire le rebelle à leur autorité, et le fou quant à mes propres intérêts.
Our ship was about one hundred and twenty tons burden, carried six guns and fourteen men, besides the master, his boy, and myself. We had on board no large cargo of goods, except of such toys as were fit for our trade with the negroes, such as beads, bits of glass, shells, and other trifles, especially little looking-glasses, knives, scissors, hatchets, and the like.Notre vaisseau, d’environ cent vingt tonneaux, portait six canons et quatorze hommes, non compris le capitaine, son valet et moi. Nous n’avions guère à bord d’autre cargaison de marchandises que des clincailleries convenables pour notre commerce avec les nègres, tels que des grains de collier, des morceaux de verre, des coquilles, de méchantes babioles, surtout de petits miroirs, des couteaux, des ciseaux, des cognées et autres choses semblables.
The same day I went on board we set sail, standing away to the northward upon our own coast, with design to stretch over for the African coast when we came about ten or twelve degrees of northern latitude, which, it seems, was the manner of course in those days. We had very good weather, only excessively hot, all the way upon our own coast, till we came to the height of Cape St. Augustino; from whence, keeping further off at sea, we lost sight of land, and steered as if we were bound for the isle Fernando de Noronha, holding our course N.E. by N., and leaving those isles on the east. In this course we passed the line in about twelve days’ time, and were, by our last observation, in seven degrees twenty-two minutes northern latitude, when a violent tornado, or hurricane, took us quite out of our knowledge. It began from the south-east, came about to the north-west, and then settled in the north-east; from whence it blew in such a terrible manner, that for twelve days together we could do nothing but drive, and, scudding away before it, let it carry us whither fate and the fury of the winds directed; and, during these twelve days, I need not say that I expected every day to be swallowed up; nor, indeed, did any in the ship expect to save their lives.Le jour même où j’allai à bord, nous mîmes à la voile, faisant route au nord le long de notre côte, dans le dessein de cingler vers celle d’Afrique, quand nous serions par les dix ou onze degrés de latitude septentrionale; c’était, à ce qu’il paraît, la manière de faire ce trajet à cette époque. Nous eûmes un fort bon temps, mais excessivement chaud, tout le long de notre côte jusqu’à la hauteur du cap Saint-Augustin, où, gagnant le large, nous noyâmes la terre et portâmes le cap, comme si nous étions chargés pour l’île Fernando-Noronha; mais, tenant notre course au nord-est quart nord, nous laissâmes à l’est cette île et ses adjacentes. Après une navigation d’environ douze jours, nous avions doublé la ligne et nous étions, suivant notre dernière estime, par les sept degrés vingt-deux minutes de latitude nord, quand un violent tourbillon ou un ouragan nous désorienta entièrement. Il commença du sud-est, tourna à peu près au nord-ouest, et enfin se fixa au nord-est, d’où il se déchaîna d’une manière si terrible, que pendant douze jours de suite nous ne fîmes que dériver, courant devant lui et nous laissant emporter partout où la fatalité et la furie des vents nous poussaient. Durant ces douze jours, je n’ai pas besoin de dire que je m’attendais à chaque instant à être englouti; au fait, personne sur le vaisseau n’espérait sauver sa vie.
In this distress we had, besides the terror of the storm, one of our men die of the calenture, and one man and the boy washed overboard. About the twelfth day, the weather abating a little, the master made an observation as well as he could, and found that he was in about eleven degrees north latitude, but that he was twenty-two degrees of longitude difference west from Cape St. Augustino; so that he found he was upon the coast of Guiana, or the north part of Brazil, beyond the river Amazon, toward that of the river Orinoco, commonly called the Great River; and began to consult with me what course he should take, for the ship was leaky, and very much disabled, and he was going directly back to the coast of Brazil.Dans cette détresse, nous eûmes, outre la terreur de la tempête, un de nos hommes mort de la calenture, et un matelot et le domestique emportés par une lame. Vers le douzième jour, le vent mollissant un peu, le capitaine prit hauteur, le mieux qu’il put, et estima qu’il était environ par les onze degrés de latitude nord, mais qu’avec le cap Saint-Augustin il avait vingt-deux degrés de différence en longitude ouest; de sorte qu’il se trouva avoir gagné la côte de la Guyane, ou partie septentrionale du Brésil, au delà du fleuve des Amazones, vers l’Orénoque, communément appelé la Grande Rivière. Il commença à consulter avec moi sur la route qu’il devait prendre, car le navire faisait plusieurs voies d’eau et était tout à fait désemparé. Il opinait pour rebrousser directement vers les côtes du Brésil.
I was positively against that; and looking over the charts of the sea-coast of America with him, we concluded there was no inhabited country for us to have recourse to till we came within the circle of the Caribbee Islands, and therefore resolved to stand away for Barbadoes; which, by keeping off at sea, to avoid the indraft of the Bay or Gulf of Mexico, we might easily perform, as we hoped, in about fifteen days’ sail; whereas we could not possibly make our voyage to the coast of Africa without some assistance both to our ship and to ourselves.J’étais d’un avis positivement contraire. Après avoir examiné avec lui les cartes des côtes maritimes de l’Amérique, nous conclûmes qu’il n’y avait point de pays habité où nous pourrions relâcher avant que nous eussions atteint l’archipel des Caraïbes. Nous résolûmes donc de faire voile vers la Barbade, où nous espérions, en gardant la haute mer pour éviter l’entrée du golfe du Mexique, pouvoir aisément parvenir en quinze jours de navigation, d’autant qu’il nous était impossible de faire notre voyage à la côte d’Afrique sans des secours, et pour notre vaisseau et pour nous-mêmes.
With this design we changed our course, and steered away N.W. by W., in order to reach some of our English islands, where I hoped for relief. But our voyage was otherwise determined; for, being in the latitude of twelve degrees eighteen minutes, a second storm came upon us, which carried us away with the same impetuosity westward, and drove us so out of the way of all human commerce, that, had all our lives been saved as to the sea, we were rather in danger of being devoured by savages than ever returning to our own country.Dans ce dessein, nous changeâmes de route, et nous gouvernâmes nord-ouest quart ouest, afin d’atteindre une de nos îles anglaises, où je comptais recevoir quelque assistance. Mais il en devait être autrement; car, par les douze degrés dix-huit minutes de latitude, nous fûmes assaillis par une seconde tempête qui nous emporta avec la même impétuosité vers l’ouest, et nous poussa si loin hors de toute route fréquentée, que si nos existences avaient été sauvées quant à la mer, nous aurions eu plutôt la chance d’être dévorés par les sauvages que celle de retourner en notre pays.
In this distress, the wind still blowing very hard, one of our men early in the morning cried out, “Land!” and we had no sooner run out of the cabin to look out, in hopes of seeing whereabouts in the world we were, than the ship struck upon a sand, and in a moment her motion being so stopped, the sea broke over her in such a manner that we expected we should all have perished immediately; and we were immediately driven into our close quarters, to shelter us from the very foam and spray of the sea.En ces extrémités, le vent soufflait toujours avec violence, et à la pointe du jour un de nos hommes s’écria: Terre! A peine nous étions-nous précipités hors de la cabine, pour regarder dans l’espoir de reconnaître en quel endroit du monde nous étions, que notre navire donna contre un banc de sable: son mouvement étant ainsi subitement arrêté, la mer déferla sur lui d’une telle manière, que nous nous attendîmes tous à périr sur l’heure et que nous nous réfugiâmes vers le gaillard d’arrière, pour nous mettre à l’abri de l’écume et des éclaboussures des vagues.
It is not easy for any one who has not been in the like condition to describe or conceive the consternation of men in such circumstances. We knew nothing where we were, or upon what land it was we were driven—whether an island or the main, whether inhabited or not inhabited. As the rage of the wind was still great, though rather less than at first, we could not so much as hope to have the ship hold many minutes without breaking into pieces, unless the winds, by a kind of miracle, should turn immediately about. In a word, we sat looking upon one another, and expecting death every moment, and every man, accordingly, preparing for another world; for there was little or nothing more for us to do in this. That which was our present comfort, and all the comfort we had, was that, contrary to our expectation, the ship did not break yet, and that the master said the wind began to abate.Il serait difficile à quelqu’un qui ne se serait pas trouvé en une pareille situation, de décrire ou de concevoir la consternation d’un équipage dans de telles circonstances. Nous ne savions ni où nous étions, ni vers quelle terre nous avions été poussés, ni si c’était une île ou un continent, ni si elle était habitée ou inhabitée. Et comme la fureur du vent était toujours grande, quoique moindre, nous ne pouvions pas même espérer que le navire demeurerait quelques minutes sans se briser en morceaux, à moins que les vents, par une sorte de miracle, ne changeassent subitement. En un mot, nous nous regardions les uns les autres, attendant la mort à chaque instant, et nous préparant tous pour un autre monde, car il ne nous restait rien ou que peu de chose à faire en celui-ci. Toute notre consolation présente, tout notre réconfort, c’était que le vaisseau, contrairement à notre attente, ne se brisait pas encore, et que le capitaine disait que le vent commençait à s’abattre.
Now, though we thought that the wind did a little abate, yet the ship having thus struck upon the sand, and sticking too fast for us to expect her getting off, we were in a dreadful condition indeed, and had nothing to do but to think of saving our lives as well as we could. We had a boat at our stern just before the storm, but she was first staved by dashing against the ship’s rudder, and in the next place she broke away, and either sunk or was driven off to sea; so there was no hope from her. We had another boat on board, but how to get her off into the sea was a doubtful thing. However, there was no time to debate, for we fancied that the ship would break in pieces every minute, and some told us she was actually broken already.Bien que nous nous aperçûmes en effet que le vent s’était un peu apaisé, néanmoins notre vaisseau, ainsi échoué sur le sable, étant trop engravé pour espérer de le remettre à flot, nous étions vraiment dans une situation horrible, et il ne nous restait plus qu’à songer à sauver notre vie du mieux que nous pourrions. Nous avions un canot à notre poupe avant la tourmente, mais d’abord il s’était défoncé à force de heurter contre le gouvernail du navire, et, ensuite, ayant rompu ses amarres, il avait été englouti ou emporté au loin à la dérive; nous ne pouvions donc pas compter sur lui. Nous avions bien encore une chaloupe à bord, mais la mettre à la mer était chose difficile; cependant il n’y avait pas à tergiverser, car nous nous imaginions à chaque minute que le vaisseau se brisait, et même quelques-uns de nous affirmaient que déjà il était entr’ouvert.
In this distress the mate of our vessel laid hold of the boat, and with the help of the rest of the men got her slung over the ship’s side; and getting all into her, let go, and committed ourselves, being eleven in number, to God’s mercy and the wild sea; for though the storm was abated considerably, yet the sea ran dreadfully high upon the shore, and might be well called den wild zee, as the Dutch call the sea in a storm.Alors notre second se saisit de la chaloupe, et, avec l’aide des matelots, elle fut lancée par-dessus le flanc du navire. Nous y descendîmes tous, nous abandonnant, onze que nous étions, à la merci de Dieu et de la tempête; car, bien que la tourmente fût considérablement apaisée, la mer, néanmoins, s’élevait à une hauteur effroyable contre le rivage, et pouvait bien être appelée Den Wild Zee,—la mer sauvage,—comme les Hollandais l’appellent lorsqu’elle est orageuse.
And now our case was very dismal indeed; for we all saw plainly that the sea went so high that the boat could not live, and that we should be inevitably drowned. As to making sail, we had none, nor if we had could we have done anything with it; so we worked at the oar towards the land, though with heavy hearts, like men going to execution; for we all knew that when the boat came near the shore she would be dashed in a thousand pieces by the breach of the sea. However, we committed our souls to God in the most earnest manner; and the wind driving us towards the shore, we hastened our destruction with our own hands, pulling as well as we could towards land.Notre situation était alors vraiment déplorable, nous voyions tous pleinement que la mer était trop grosse pour que notre embarcation pût résister, et qu’inévitablement nous serions engloutis. Comment cingler? Nous n’avions pas de voiles, et nous en aurions eu que nous n’en aurions rien pu faire. Nous nous mîmes à ramer vers la terre, mais avec le cœur gros et comme des hommes marchant au supplice. Aucun de nous n’ignorait que la chaloupe, en abordant, serait brisée en mille pièces par le choc de la mer. Néanmoins, après avoir recommandé nos âmes à Dieu de la manière la plus fervente, nous hâtâmes de nos propres mains notre destruction en ramant de toutes nos forces vers la terre où déjà le vent nous poussait.
What the shore was, whether rock or sand, whether steep or shoal, we knew not. The only hope that could rationally give us the least shadow of expectation was, if we might find some bay or gulf, or the mouth of some river, where by great chance we might have run our boat in, or got under the lee of the land, and perhaps made smooth water. But there was nothing like this appeared; but as we made nearer and nearer the shore, the land looked more frightful than the sea.Le rivage était-il du roc ou du sable, était-il plat ou escarpé? Nous l’ignorions. Il ne nous restait qu’une faible lueur d’espoir, c’était d’atteindre une baie, une embouchure de fleuve, où par un grand bonheur nous pourrions faire entrer notre barque, l’abriter du vent, et peut-être même trouver le calme. Mais rien de tout cela n’apparaissait; mais à mesure que nous approchions de la rive, la terre nous semblait plus redoutable que la mer.
After we had rowed, or rather driven about a league and a half, as we reckoned it, a raging wave, mountain-like, came rolling astern of us, and plainly bade us expect the coup de grâce. It took us with such a fury, that it overset the boat at once; and separating us as well from the boat as from one another, gave us no time to say, “O God!” for we were all swallowed up in a moment.Après avoir ramé, ou plutôt dérivé pendant une lieue et demie, à ce que nous jugions, une vague furieuse, s’élevant comme une montagne, vint, en roulant à notre arrière, nous annoncer notre coup de grâce. Bref, elle nous saisit avec tant de furie que d’un seul coup elle fit chavirer la chaloupe et nous en jeta loin, séparés les uns des autres, en nous laissant à peine le temps de dire: O mon Dieu! car nous fûmes tous engloutis en un moment.
Nothing can describe the confusion of thought which I felt when I sank into the water; for though I swam very well, yet I could not deliver myself from the waves so as to draw breath, till that wave having driven me, or rather carried me, a vast way on towards the shore, and having spent itself, went back, and left me upon the land almost dry, but half dead with the water I took in. I had so much presence of mind, as well as breath left, that seeing myself nearer the mainland than I expected, I got upon my feet, and endeavoured to make on towards the land as fast as I could before another wave should return and take me up again; but I soon found it was impossible to avoid it; for I saw the sea come after me as high as a great hill, and as furious as an enemy, which I had no means or strength to contend with: my business was to hold my breath, and raise myself upon the water if I could; and so, by swimming, to preserve my breathing, and pilot myself towards the shore, if possible, my greatest concern now being that the sea, as it would carry me a great way towards the shore when it came on, might not carry me back again with it when it gave back towards the sea.Rien ne saurait retracer quelle était la confusion de mes pensées lorsque j’allai au fond de l’eau. Quoique je nageasse très bien, il me fut impossible de me délivrer des flots pour prendre respiration. La vague, m’ayant porté ou plutôt emporté à une longue distance vers le rivage, et s’étant étalée et retirée, me laissa presque à sec, mais à demi étouffé par l’eau que j’avais avalée. Me voyant plus près de la terre ferme que je ne m’y étais attendu, j’eus assez de présence d’esprit et de force pour me dresser sur mes pieds, et m’efforcer de gagner le rivage, avant qu’une autre vague revînt et m’enlevât. Mais je sentis bientôt que c’était impossible, car je vis la mer s’avancer derrière moi furieuse et aussi haute qu’une grande montagne. Je n’avais ni le moyen ni la force de combattre cet ennemi; ma seule ressource était de retenir mon haleine, et de m’élever au-dessus de l’eau, et en surnageant ainsi de préserver ma respiration, et de voguer vers la côte, s’il m’était possible. J’appréhendais par-dessus tout que le flot, après m’avoir transporté, en venant, vers le rivage, ne me rejetât dans la mer en s’en retournant.
The wave that came upon me again buried me at once twenty or thirty feet deep in its own body, and I could feel myself carried with a mighty force and swiftness towards the shore—a very great way; but I held my breath, and assisted myself to swim still forward with all my might. I was ready to burst with holding my breath, when, as I felt myself rising up, so, to my immediate relief, I found my head and hands shoot out above the surface of the water; and though it was not two seconds of time that I could keep myself so, yet it relieved me greatly, gave me breath, and new courage. I was covered again with water a good while, but not so long but I held it out; and finding the water had spent itself, and began to return, I struck forward against the return of the waves, and felt ground again with my feet. I stood still a few moments to recover breath, and till the waters went from me, and then took to my heels and ran with what strength I had further towards the shore. But neither would this deliver me from the fury of the sea, which came pouring in after me again; and twice more I was lifted up by the waves and carried forward as before, the shore being very flat.La vague qui revint sur moi m’ensevelit tout d’un coup, dans sa propre masse, à la profondeur de vingt ou trente pieds; je me sentais emporté avec une violence et une rapidité extrêmes à une grande distance du côté de la terre. Je retenais mon souffle, et je nageais de toutes mes forces. Mais j’étais près d’étouffer, faute de respiration, quand je me sentis remonter, et quand, à mon grand soulagement, ma tête et mes mains percèrent au-dessus de l’eau. Il me fut impossible de me maintenir ainsi plus de deux secondes, cependant cela me fit un bien extrême, en me redonnant de l’air et du courage. Je fus derechef couvert d’eau assez longtemps, mais je tins bon; et, sentant que la lame étalait et qu’elle commençait à refluer, je coupai à travers les vagues et je repris pied. Pendant quelques instants je demeurai tranquille pour prendre haleine, et pour attendre que les eaux se fussent éloignées. Puis, alors, prenant mon élan, je courus à toutes jambes vers le rivage. Mais cet effort ne put me délivrer de la furie de la mer, qui revenait fondre sur moi; et, par deux fois, les vagues m’enlevèrent, et, comme précédemment, m’entraînèrent au loin, le rivage étant tout à fait plat.
The last time of these two had well-nigh been fatal to me, for the sea having hurried me along as before, landed me, or rather dashed me, against a piece of rock, and that with such force, that it left me senseless, and indeed helpless, as to my own deliverance; for the blow taking my side and breast, beat the breath as it were quite out of my body; and had it returned again immediately, I must have been strangled in the water; but I recovered a little before the return of the waves, and seeing I should be covered again with the water, I resolved to hold fast by a piece of the rock, and so to hold my breath, if possible, till the wave went back. Now, as the waves were not so high as at first, being nearer land, I held my hold till the wave abated, and then fetched another run, which brought me so near the shore that the next wave, though it went over me, yet did not so swallow me up as to carry me away; and the next run I took, I got to the mainland, where, to my great comfort, I clambered up the cliffs of the shore and sat me down upon the grass, free from danger and quite out of the reach of the water.La dernière de ces deux fois avait été bien près de m’être fatale; car la mer m’ayant emporté ainsi qu’auparavant, elle me mit à terre ou plutôt elle me jeta contre un quartier de roc, et avec une telle force, qu’elle me laissa évanoui, dans l’impossibilité de travailler à ma délivrance. Le coup, ayant porté sur mon flanc et sur ma poitrine, avait pour ainsi dire chassé entièrement le souffle de mon corps; et, si je ne l’avais recouvré immédiatement, j’aurais été étouffé dans l’eau; mais il me revint un peu avant le retour des vagues, et voyant qu’elles allaient encore m’envelopper, je résolus de me cramponner au rocher et de retenir mon haleine, jusqu’à ce qu’elles fussent retirées. Comme la terre était proche, les lames ne s’élevaient plus aussi haut, et je ne quittai point prise qu’elles ne se fussent abattues. Alors je repris ma course, et je m’approchai tellement de la terre, que la nouvelle vague, quoiqu’elle me traversât, ne m’engloutit point assez pour m’entraîner. Enfin, après un dernier effort, je parvins à la terre ferme, où, à ma grande satisfaction, je gravis sur les rochers escarpés du rivage, et m’assis sur l’herbe, délivré de tous périls et à l’abri de toute atteinte de l’océan.
I was now landed and safe on shore, and began to look up and thank God that my life was saved, in a case wherein there was some minutes before scarce any room to hope. I believe it is impossible to express, to the life, what the ecstasies and transports of the soul are, when it is so saved, as I may say, out of the very grave: and I do not wonder now at the custom, when a malefactor, who has the halter about his neck, is tied up, and just going to be turned off, and has a reprieve brought to him—I say, I do not wonder that they bring a surgeon with it, to let him blood that very moment they tell him of it, that the surprise may not drive the animal spirits from the heart and overwhelm him.J’étais alors à terre et en sûreté sur la rive; je commençai à regarder le ciel et à remercier Dieu de ce que ma vie était sauvée, dans un cas où, quelques minutes auparavant, il y avait à peine lieu d’espérer. Je crois qu’il serait impossible d’exprimer au vif ce que sont les extases et les transports d’une âme arrachée, pour ainsi dire, du plus profond de la tombe. Aussi, ne suis-je pas étonné de la coutume d’amener un chirurgien pour tirer du sang au criminel à qui on apporte des lettres de surséance juste au moment où, la corde serrée au cou, il est près de recevoir la mort, afin que la surprise ne chasse point les esprits vitaux de son cœur, et ne le tue point.
“For sudden joys, like griefs, confound at first.”Car le premier effet des joies et des afflictions soudaines est d’anéantir.
I walked about on the shore lifting up my hands, and my whole being, as I may say, wrapped up in a contemplation of my deliverance; making a thousand gestures and motions, which I cannot describe; reflecting upon all my comrades that were drowned, and that there should not be one soul saved but myself; for, as for them, I never saw them afterwards, or any sign of them, except three of their hats, one cap, and two shoes that were not fellows.Absorbé dans la contemplation de ma délivrance, je me promenais çà et là sur le rivage, levant les mains vers le ciel, faisant mille gestes et mille mouvements que je ne saurais décrire; songeant à tous mes compagnons qui étaient noyés, et que là pas une âme n’avait dû être sauvée excepté moi; car je ne les revis jamais, ni eux, ni aucun vestige d’eux, si ce n’est trois chapeaux, un bonnet et deux souliers dépareillés.
I cast my eye to the stranded vessel, when, the breach and froth of the sea being so big, I could hardly see it, it lay so far of; and considered, Lord! how was it possible I could get on shore?Alors je jetai les yeux sur le navire échoué; mais il était si éloigné, et les brisants et l’écume de la lame étaient si forts, qu’à peine pouvais-je le distinguer; et je considérai, ô mon Dieu! comment il avait été possible que j’eusse atteint le rivage.
After I had solaced my mind with the comfortable part of my condition, I began to look round me, to see what kind of place I was in, and what was next to be done; and I soon found my comforts abate, and that, in a word, I had a dreadful deliverance; for I was wet, had no clothes to shift me, nor anything either to eat or drink to comfort me; neither did I see any prospect before me but that of perishing with hunger or being devoured by wild beasts; and that which was particularly afflicting to me was, that I had no weapon, either to hunt and kill any creature for my sustenance, or to defend myself against any other creature that might desire to kill me for theirs. In a word, I had nothing about me but a knife, a tobacco-pipe, and a little tobacco in a box. This was all my provisions; and this threw me into such terrible agonies of mind, that for a while I ran about like a madman. Night coming upon me, I began with a heavy heart to consider what would be my lot if there were any ravenous beasts in that country, as at night they always come abroad for their prey.Après avoir soulagé mon esprit par tout ce qu’il y avait de consolant dans ma situation, je commençai à regarder à l’entour de moi, pour voir en quelle sorte de lieu j’étais, et ce que j’avais à faire. Je sentis bientôt mon contentement diminuer, et qu’en un mot ma délivrance était affreuse, car j’étais trempé et n’avais pas de vêtements pour me changer, ni rien à manger ou à boire pour me réconforter. Je n’avais non plus d’autre perspective que celle de mourir de faim ou d’être dévoré par les bêtes féroces. Ce qui m’affligeait particulièrement, c’était de ne point avoir d’arme pour chasser et tuer quelques animaux pour ma subsistance, ou pour me défendre contre n’importe quelles créatures qui voudraient me tuer pour la leur. Bref, je n’avais rien sur moi qu’un couteau, une pipe à tabac, et un peu de tabac dans une boîte. C’était là toute ma provision: aussi tombai-je dans une si terrible désolation d’esprit, que pendant quelque temps je courus çà et là comme un insensé. A la tombée du jour, le cœur plein de tristesse, je commençai à considérer quel serait mon sort s’il y avait en cette contrée des bêtes dévorantes, car je n’ignorais pas qu’elles sortent à la nuit pour rôder et chercher leur proie.
All the remedy that offered to my thoughts at that time was to get up into a thick bushy tree like a fir, but thorny, which grew near me, and where I resolved to sit all night, and consider the next day what death I should die, for as yet I saw no prospect of life. I walked about a furlong from the shore, to see if I could find any fresh water to drink, which I did, to my great joy; and having drank, and put a little tobacco into my mouth to prevent hunger, I went to the tree, and getting up into it, endeavoured to place myself so that if I should sleep I might not fall. And having cut me a short stick, like a truncheon, for my defence, I took up my lodging; and having been excessively fatigued, I fell fast asleep, and slept as comfortably as, I believe, few could have done in my condition, and found myself more refreshed with it than, I think, I ever was on such an occasion.La seule ressource qui s’offrit alors à ma pensée fut de monter à un arbre épais et touffu, semblable à un sapin, mais épineux, qui croissait près de là, et où je résolus de m’établir pour toute la nuit, laissant au lendemain à considérer de quelle mort il me faudrait mourir; car je n’entrevoyais encore nul moyen d’existence. Je m’éloignai d’environ un demi-quart de mille du rivage, afin de voir si je ne trouverais point d’eau douce pour étancher ma soif: à ma grande joie, j’en rencontrai. Après avoir bu, ayant mis un peu de tabac dans ma bouche pour prévenir ma faim, j’allai à l’arbre, je montai dedans, et je tâchai de m’y placer de manière à ne pas tomber si je venais à m’endormir; et, pour ma défense, ayant coupé un bâton court, semblable à un gourdin, je pris possession de mon logement. Comme j’étais extrêmement fatigué, je tombai dans un profond sommeil, et je dormis confortablement comme peu de personnes, je pense, l’eussent pu faire en ma situation, et je m’en trouvai plus soulagé que je crois l’avoir jamais été dans une occasion opportune.
When I waked it was broad day, the weather clear, and the storm abated, so that the sea did not rage and swell as before. But that which surprised me most was, that the ship was lifted off in the night from the sand where she lay by the swelling of the tide, and was driven up almost as far as the rock which I at first mentioned, where I had been so bruised by the wave dashing me against it. This being within about a mile from the shore where I was, and the ship seeming to stand upright still, I wished myself on board, that at least I might save some necessary things for my use.Lorsque je m’éveillai, il faisait grand jour; le temps était clair, l’orage était abattu, la mer n’était plus ni furieuse ni houleuse comme la veille. Mais quelle fut ma surprise en voyant que le vaisseau avait été, par l’élévation de la marée, enlevé, pendant la nuit, du banc de sable où il s’était engravé, et qu’il avait dérivé presque jusqu’au récif dont j’ai parlé plus haut, et contre lequel j’avais été précipité et meurtri. Il était environ à un mille du rivage, et comme il paraissait poser encore sur sa quille, je souhaitai d’aller à bord, afin de sauver au moins quelques choses nécessaires pour mon usage.
When I came down from my apartment in the tree, I looked about me again, and the first thing I found was the boat, which lay, as the wind and the sea had tossed her up, upon the land, about two miles on my right hand. I walked as far as I could upon the shore to have got to her; but found a neck or inlet of water between me and the boat which was about half a mile broad; so I came back for the present, being more intent upon getting at the ship, where I hoped to find something for my present subsistence.Quand je fus descendu de mon appartement, c’est-à-dire de l’arbre, je regardai encore à l’entour de moi, et la première chose que je découvris fut la chaloupe, gisant sur la terre, où le vent et la mer l’avaient lancée, à environ deux milles à ma droite. Je marchai le long du rivage aussi loin que je pus pour y arriver; mais ayant trouvé entre cette embarcation et moi un bras de mer qui avait environ un demi-mille de largeur, je rebroussai chemin; car j’étais alors bien plus désireux de parvenir au bâtiment, où j’espérais trouver quelque chose pour ma subsistance.
A little after noon I found the sea very calm, and the tide ebbed so far out that I could come within a quarter of a mile of the ship. And here I found a fresh renewing of my grief; for I saw evidently that if we had kept on board we had been all safe—that is to say, we had all got safe on shore, and I had not been so miserable as to be left entirely destitute of all comfort and company as I now was. This forced tears to my eyes again; but as there was little relief in that, I resolved, if possible, to get to the ship; so I pulled off my clothes—for the weather was hot to extremity—and took the water. But when I came to the ship my difficulty was still greater to know how to get on board; for, as she lay aground, and high out of the water, there was nothing within my reach to lay hold of. I swam round her twice, and the second time I spied a small piece of rope, which I wondered I did not see at first, hung down by the fore-chains so low, as that with great difficulty I got hold of it, and by the help of that rope I got up into the forecastle of the ship.Un peu après midi, la mer était très calme et la marée si basse, que je pouvais avancer jusqu’à un quart de mille du vaisseau. Là, j’éprouvai un renouvellement de douleur; car je vis clairement que si nous fussions demeurés à bord, nous eussions tous été sauvés, c’est-à-dire que nous serions tous venus à terre sains et saufs, et que je n’aurais pas été si malheureux que d’être, comme je l’étais alors, entièrement dénué de toute société et de toute consolation. Ceci m’arracha de nouvelles larmes des yeux: mais ce n’était qu’un faible soulagement, et je résolus d’atteindre le navire, s’il était possible. Je me déshabillai, car la chaleur était extrême, et me mis à l’eau. Parvenu au bâtiment, la grande difficulté était de savoir comment monter à bord. Comme il posait sur terre et s’élevait à une grande hauteur hors de l’eau, il n’y avait rien à ma portée que je pusse saisir. J’en fis deux fois le tour à la nage, et, la seconde fois, j’aperçus un petit bout de cordage, que je fus étonné de n’avoir point vu d’abord, et qui pendait au porte-haubans de misaine, assez bas pour que je pusse l’atteindre, mais non sans grande difficulté. A l’aide de cette corde je me hissai sur le gaillard d’avant.
Here I found that the ship was bulged, and had a great deal of water in her hold, but that she lay so on the side of a bank of hard sand, or, rather earth, that her stern lay lifted up upon the bank, and her head low, almost to the water. By this means all her quarter was free, and all that was in that part was dry; for you may be sure my first work was to search, and to see what was spoiled and what was free. And, first, I found that all the ship’s provisions were dry and untouched by the water, and being very well disposed to eat, I went to the bread room and filled my pockets with biscuit, and ate it as I went about other things, for I had no time to lose. I also found some rum in the great cabin, of which I took a large dram, and which I had, indeed, need enough of to spirit me for what was before me. Now I wanted nothing but a boat to furnish myself with many things which I foresaw would be very necessary to me.Là, je vis que le vaisseau était brisé, et qu’il y avait une grande quantité d’eau dans la cale, mais qu’étant posé sur les accores d’un banc de sable ferme, ou plutôt de terre, il portait la poupe extrêmement haut et la proue si bas, qu’elle était presque à fleur d’eau; de sorte que l’arrière était libre, et que tout ce qu’il y avait dans cette partie était sec. On peut bien être assuré que ma première besogne fut de chercher à voir ce qui était avarié et ce qui était intact. Je trouvai d’abord que toutes les provisions du vaisseau étaient en bon état et n’avaient point souffert de l’eau; et me sentant fort disposé à manger, j’allai à la soute au pain où je remplis mes goussets de biscuits, que je mangeai en m’occupant à autre chose; car je n’avais pas de temps à perdre. Je trouvai aussi du rhum dans la grande chambre: j’en bus un long trait, ce qui, au fait, n’était pas trop pour me donner du cœur à l’ouvrage. Alors, il ne me manquait plus rien qu’une barque pour me munir de bien des choses que je prévoyais devoir m’être fort essentielles.
It was in vain to sit still and wish for what was not to be had; and this extremity roused my application. We had several spare yards, and two or three large spars of wood, and a spare topmast or two in the ship; I resolved to fall to work with these, and I flung as many of them overboard as I could manage for their weight, tying every one with a rope, that they might not drive away. When this was done I went down the ship’s side, and pulling them to me, I tied four of them together at both ends as well as I could, in the form of a raft, and laying two or three short pieces of plank upon them crossways, I found I could walk upon it very well, but that it was not able to bear any great weight, the pieces being too light. So I went to work, and with a carpenter’s saw I cut a spare topmast into three lengths, and added them to my raft, with a great deal of labour and pains. But the hope of furnishing myself with necessaries encouraged me to go beyond what I should have been able to have done upon another occasion.Il était superflu de demeurer oisif à souhaiter ce que je ne pouvais avoir; la nécessité éveilla mon industrie. Nous avions à bord plusieurs vergues, plusieurs mâts de hune de rechange, et deux ou trois espars doubles: je résolus de commencer par cela à mettre à l’œuvre, et j’élinguai hors du bord tout ce qui n’était point trop pesant, attachant chaque pièce avec une corde pour qu’elle ne pût pas dériver. Quand ceci fut fait, je descendis à côté du bâtiment, et les tirant à moi, je liai fortement ensemble quatre de ces pièces par les deux bouts, le mieux qu’il me fut possible, pour en former un radeau. Ayant posé en travers trois ou quatre bouts de bordage, je sentis que je pouvais très bien marcher dessus, mais qu’il ne pourrait pas porter une forte charge, à cause de sa trop grande légèreté. Je me remis donc à l’ouvrage, et, avec la scie du charpentier, je coupai en trois, sur la longueur, un mât de hune, et l’ajoutai à mon radeau avec beaucoup de travail et de peine. Mais l’espérance de me procurer le nécessaire me poussait à faire bien au delà de ce que j’aurais été capable d’exécuter en toute autre occasion.
My raft was now strong enough to bear any reasonable weight. My next care was what to load it with, and how to preserve what I laid upon it from the surf of the sea; but I was not long considering this. I first laid all the planks or boards upon it that I could get, and having considered well what I most wanted, I got three of the seamen’s chests, which I had broken open, and emptied, and lowered them down upon my raft; the first of these I filled with provisions—viz. bread, rice, three Dutch cheeses, five pieces of dried goat’s flesh (which we lived much upon), and a little remainder of European corn, which had been laid by for some fowls which we brought to sea with us, but the fowls were killed. There had been some barley and wheat together; but, to my great disappointment, I found afterwards that the rats had eaten or spoiled it all. As for liquors, I found several, cases of bottles belonging to our skipper, in which were some cordial waters; and, in all, about five or six gallons of rack.Mon radeau était alors assez fort pour porter un poids raisonnable; il ne s’agissait plus que de voir de quoi je le chargerais, et comment je préserverais ce chargement du ressac de la mer. J’eus bientôt pris ma détermination. D’abord, je mis tous les bordages et toutes les planches que je pus atteindre; puis, ayant bien songé à ce dont j’avais le plus besoin, je pris premièrement trois coffres de matelots, que j’avais forcés et vidés, et je les descendis sur mon radeau. Le premier je le remplis de provisions, savoir: du pain, du riz, trois fromages de Hollande, cinq pièces de viande de chèvre séchée, dont l’équipage faisait sa principale nourriture, et un petit reste de blé d’Europe mis à part pour quelques poules que nous avions embarquées et qui avaient été tuées. Il y avait aussi à bord un peu d’orge et de froment mêlés ensemble; mais je m’aperçus, à mon grand désappointement, que ces grains avaient été mangés ou gâtés par les rats. Quant aux liqueurs, je trouvai plusieurs caisses de bouteilles appartenant à notre patron, dans lesquelles étaient quelques eaux cordiales, et enfin environ cinq ou six gallons d’arack;
These I stowed by themselves, there being no need to put them into the chest, nor any room for them. While I was doing this, I found the tide begin to flow, though very calm; and I had the mortification to see my coat, shirt, and waistcoat, which I had left on the shore, upon the sand, swim away. As for my breeches, which were only linen, and open-kneed, I swam on board in them and my stockings. However, this set me on rummaging for clothes, of which I found enough, but took no more than I wanted for present use, for I had others things which my eye was more upon—as, first, tools to work with on shore. And it was after long searching that I found out the carpenter’s chest, which was, indeed, a very useful prize to me, and much more valuable than a shipload of gold would have been at that time. I got it down to my raft, whole as it was, without losing time to look into it, for I knew in general what it contained.mais je les arrimai séparément parce qu’il n’était pas nécessaire de les mettre dans le coffre, et que, d’ailleurs, il n’y avait plus de place pour elles. Tandis que j’étais occupé à ceci, je remarquai que la marée, quoique très calme, commençait à monter, et j’eus la mortification de voir flotter au large mon justaucorps, ma chemise et ma veste, que j’avais laissés sur le sable du rivage. Quant à mon haut-de-chausses, qui était seulement de toile et ouvert aux genoux, je l’avais gardé sur moi ainsi que mes bas pour nager jusqu’à bord. Quoi qu’il en soit, cela m’obligea d’aller à la recherche des hardes. J’en trouvai suffisamment, mais je ne pris que ce dont j’avais besoin pour le présent; car il y avait d’autres choses que je convoitais bien davantage, telles que des outils pour travailler à terre. Ce ne fut qu’après une longue quête que je découvris le coffre du charpentier, qui fut alors, en vérité, une capture plus profitable et d’une bien plus grande valeur, pour moi, que ne l’eût été un plein vaisseau d’or. Je le descendis sur mon radeau tel qu’il était, sans perdre mon temps à regarder dedans, car je savais, en général, ce qu’il contenait.
My next care was for some ammunition and arms. There were two very good fowling-pieces in the great cabin, and two pistols. These I secured first, with some powder-horns and a small bag of shot, and two old rusty swords. I knew there were three barrels of powder in the ship, but knew not where our gunner had stowed them; but with much search I found them, two of them dry and good, the third had taken water. Those two I got to my raft with the arms. And now I thought myself pretty well freighted, and began to think how I should get to shore with them, having neither sail, oar, nor rudder; and the least capful of wind would have overset all my navigation.Je pensai ensuite aux munitions et aux armes; il y avait dans la grande chambre deux très bons fusils de chasse et deux pistolets; je les mis d’abord en réserve avec quelques poires à poudre, un petit sac de menu plomb et deux vieilles épées rouillées. Je savais qu’il existait à bord trois barils de poudre, mais j’ignorais où notre canonnier les avait rangés; enfin je les trouvai après une longue perquisition. Il y en avait un qui avait été mouillé; les deux autres étaient secs et en bon état, et je les mis avec les armes sur mon radeau. Me croyant alors assez bien chargé, je commençai à songer comment je devais conduire tout cela au rivage; car je n’avais ni voile, ni aviron, ni gouvernail, et la moindre bouffée de vent pouvait submerger mon embarcation.
I had three encouragements—1st, a smooth, calm sea; 2ndly, the tide rising, and setting in to the shore; 3rdly, what little wind there was blew me towards the land. And thus, having found two or three broken oars belonging to the boat—and, besides the tools which were in the chest, I found two saws, an axe, and a hammer; with this cargo I put to sea. For a mile or thereabouts my raft went very well, only that I found it drive a little distant from the place where I had landed before; by which I perceived that there was some indraft of the water, and consequently I hoped to find some creek or river there, which I might make use of as a port to get to land with my cargo.Trois choses relevaient mon courage: 1o une mer calme et unie; 2o la marée montante et portant à la terre; 3o le vent, qui, tout faible qu’il était, soufflait vers le rivage. Enfin, ayant trouvé deux ou trois rames rompues appartenant à la chaloupe, et deux scies, une hache et un marteau, en outre des outils qui étaient dans le coffre, je me mis en mer avec ma cargaison. Jusqu’à un mille, ou environ, mon radeau alla très bien; seulement je m’aperçus qu’il dérivait un peu au delà de l’endroit où d’abord j’avais pris terre. Cela me fit juger qu’il y avait là un courant d’eau, et me fit espérer, par conséquent, de trouver une crique ou une rivière dont je pourrais faire usage comme d’un port, pour débarquer mon chargement.
As I imagined, so it was. There appeared before me a little opening of the land, and I found a strong current of the tide set into it; so I guided my raft as well as I could, to keep in the middle of the stream.La chose était ainsi que je l’avais présumé. Je découvris devant moi une petite ouverture de terre, et je vis la marée qui s’y précipitait. Je gouvernai donc mon radeau du mieux que je pus pour le maintenir dans le milieu du courant;
But here I had like to have suffered a second shipwreck, which, if I had, I think verily would have broken my heart; for, knowing nothing of the coast, my raft ran aground at one end of it upon a shoal, and not being aground at the other end, it wanted but a little that all my cargo had slipped off towards the end that was afloat, and to fallen into the water. I did my utmost, by setting my back against the chests, to keep them in their places, but could not thrust off the raft with all my strength; neither durst I stir from the posture I was in; but holding up the chests with all my might, I stood in that manner near half-an-hour, in which time the rising of the water brought me a little more upon a level; and a little after, the water still-rising, my raft floated again, and I thrust her off with the oar I had into the channel, and then driving up higher, I at length found myself in the mouth of a little river, with land on both sides, and a strong current of tide running up. I looked on both sides for a proper place to get to shore, for I was not willing to be driven too high up the river: hoping in time to see some ships at sea, and therefore resolved to place myself as near the coast as I could.mais là je faillis à faire un second naufrage, qui, s’il fût advenu, m’aurait, à coup sûr, brisé le cœur. Cette côte m’étant tout à fait inconnue, j’allai toucher d’un bout de mon radeau sur un banc de sable, et comme l’autre bout n’était point ensablé, peu s’en fallut que toute ma cargaison ne glissât hors du train et ne tombât dans l’eau. Je fis tout mon possible, en appuyant mon dos contre les coffres, pour les retenir à leur place; car tous mes efforts eussent été insuffisants pour repousser le radeau; je n’osais pas, d’ailleurs, quitter la posture où j’étais. Soutenant ainsi les coffres de toutes mes forces, je demeurai dans cette position près d’une demi-heure, durant laquelle la crue de la marée vint me remettre un peu plus de niveau. L’eau s’élevant toujours, quelque temps après, mon train surnagea de nouveau, et, avec la rame que j’avais, je le poussai dans le chenal. Lorsque j’eus été dressé plus haut, je me trouvai enfin à l’embouchure d’une petite rivière, entre deux rives, sur un courant ou flux rapide qui remontait. Cependant je cherchais des yeux, sur l’un et l’autre bord, une place convenable pour prendre terre; car espérant, avec le temps, apercevoir quelque navire en mer, je ne voulais pas me laisser entraîner trop avant; et c’est pour cela que je résolus de m’établir aussi près de la côte que je le pourrais.
At length I spied a little cove on the right shore of the creek, to which with great pain and difficulty I guided my raft, and at last got so near that, reaching ground with my oar, I could thrust her directly in. But here I had like to have dipped all my cargo into the sea again; for that shore lying pretty steep—that is to say sloping—there was no place to land, but where one end of my float, if it ran on shore, would lie so high, and the other sink lower, as before, that it would endanger my cargo again. All that I could do was to wait till the tide was at the highest, keeping the raft with my oar like an anchor, to hold the side of it fast to the shore, near a flat piece of ground, which I expected the water would flow over; and so it did. As soon as I found water enough—for my raft drew about a foot of water—I thrust her upon that flat piece of ground, and there fastened or moored her, by sticking my two broken oars into the ground, one on one side near one end, and one on the other side near the other end; and thus I lay till the water ebbed away, and left my raft and all my cargo safe on shore.Enfin je découvris une petite anse sur la rive droite de la crique, vers laquelle, non sans beaucoup de peine et de difficulté, je conduisis mon radeau. J’en approchai si près, que, touchant le fond avec ma rame, j’aurais pu l’y pousser directement; mais, le faisant, je courais de nouveau le risque de submerger ma cargaison, parce que la côte était roide, c’est-à-dire à pic, et qu’il n’y avait pas une place pour aborder, où, si l’extrémité de mon train eût porté à terre, il n’eût été élevé aussi haut et incliné aussi bas de l’autre côté que la première fois, et n’eût mis encore mon chargement en danger. Tout ce que je pus faire, ce fut d’attendre que la marée fût à sa plus grande hauteur, me servant d’un aviron en guise d’ancre pour retenir mon radeau et l’appuyer contre le bord, proche d’un terrain plat que j’espérais voir inondé, ce qui arriva effectivement. Sitôt que je trouvai assez d’eau,—mon radeau tirait environ un pied,—je le poussai sur le terrain plat, où je l’attachai ou amarrai en fichant dans la terre mes deux rames brisées; l’une d’un côté près d’un bout, l’autre du côté opposé près de l’autre bout, et je demeurai ainsi jusqu’à ce que le jusant eût laissé en sûreté, sur le rivage, mon radeau et toute ma cargaison.
My next work was to view the country, and seek a proper place for my habitation, and where to stow my goods to secure them from whatever might happen. Where I was, I yet knew not; whether on the continent or on an island; whether inhabited or not inhabited; whether in danger of wild beasts or not. There was a hill not above a mile from me, which rose up very steep and high, and which seemed to overtop some other hills, which lay as in a ridge from it northward. I took out one of the fowling-pieces, and one of the pistols, and a horn of powder; and thus armed, I travelled for discovery up to the top of that hill, where, after I had with great labour and difficulty got to the top, I saw my fate, to my great affliction—viz. that I was in an island environed every way with the sea: no land to be seen except some rocks, which lay a great way off; and two small islands, less than this, which lay about three leagues to the west.Ensuite ma première occupation fut de reconnaître le pays, et de chercher un endroit favorable pour ma demeure et pour ranger mes bagages, et les mettre à couvert de tout ce qui pourrait advenir. J’ignorais encore où j’étais. Était-ce une île ou le continent? Était-ce habité ou inhabité? Étais-je ou n’étais-je pas en danger des bêtes féroces? A un mille de moi au plus, il y avait une montagne très haute et très escarpée qui semblait en dominer plusieurs autres dont la chaîne s’étendait au nord. Je pris un de mes fusils de chasse, un de mes pistolets et une poire à poudre, et armé de la sorte je m’en allai à la découverte sur cette montagne. Après avoir, avec beaucoup de peine et de difficulté, gravi sur la cime, je compris, à ma grande affliction, ma destinée, c’est-à-dire que j’étais dans une île au milieu de l’Océan, d’où je n’apercevais d’autre terre que des récifs fort éloignés et deux petites îles moindres que celle où j’étais, situées à trois lieues environ vers l’ouest.
I found also that the island I was in was barren, and, as I saw good reason to believe, uninhabited except by wild beasts, of whom, however, I saw none. Yet I saw abundance of fowls, but knew not their kinds; neither when I killed them could I tell what was fit for food, and what not. At my coming back, I shot at a great bird which I saw sitting upon a tree on the side of a great wood. I believe it was the first gun that had been fired there since the creation of the world. I had no sooner fired, than from all parts of the wood there arose an innumerable number of fowls, of many sorts, making a confused screaming and crying, and every one according to his usual note, but not one of them of any kind that I knew. As for the creature I killed, I took it to be a kind of hawk, its colour and beak resembling it, but it had no talons or claws more than common. Its flesh was carrion, and fit for nothing.Je reconnus aussi que l’île était inculte, et que vraisemblablement elle n’était habitée que par des bêtes féroces; pourtant je n’en apercevais aucune; mais, en revanche, je voyais quantité d’oiseaux dont je ne connaissais pas l’espèce. Je n’aurais pas même pu, lorsque j’en aurais tué, distinguer ceux qui étaient bons à manger de ceux qui ne l’étaient pas. En revenant, je tirai sur un gros oiseau que je vis se poser sur un arbre, au bord d’un grand bois; c’était, je pense, le premier coup de fusil qui eût été tiré en ce lieu depuis la création du monde. Je n’eus pas plutôt fait feu, que de toutes les parties du bois il s’éleva une grande quantité d’oiseaux de diverses espèces, faisant une rumeur confuse et criant chacun selon sa note accoutumée. Pas un d’eux n’était d’une espèce qui me fût connue. Quant à l’animal que je tuai, je le pris pour une sorte de faucon; il en avait la couleur et le bec, mais non pas les serres ni les éperons; sa chair était puante et ne valait absolument rien.
Contented with this discovery, I came back to my raft, and fell to work to bring my cargo on shore, which took me up the rest of that day. What to do with myself at night I knew not, nor indeed where to rest, for I was afraid to lie down on the ground, not knowing but some wild beast might devour me, though, as I afterwards found, there was really no need for those fears.Me contentant de cette découverte, je revins à mon radeau et me mis à l’ouvrage pour le décharger. Cela me prit tout le reste du jour. Que ferais-je de moi à la nuit? Où reposerais-je? en vérité je l’ignorais; car je redoutais de coucher à terre, ne sachant si quelque bête féroce ne me dévorerait pas. Comme j’ai eu lieu de le reconnaître depuis, ces craintes étaient réellement mal fondées.
However, as well as I could, I barricaded myself round with the chest and boards that I had brought on shore, and made a kind of hut for that night’s lodging. As for food, I yet saw not which way to supply myself, except that I had seen two or three creatures like hares run out of the wood where I shot the fowl.Néanmoins, je me barricadai aussi bien que je pus, avec les coffres et les planches que j’avais apportés sur le rivage, et je me fis une sorte de hutte pour mon logement de cette nuit-là. Quant à ma nourriture, je ne savais pas encore comment j’y suppléerais, si ce n’est que j’avais vu deux ou trois animaux semblables à des lièvres s’enfuir hors du bois où j’avais tiré sur l’oiseau.
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Aventures surprenantes de Robinson Crusoé, by Daniel Defoë

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