Les Climats – 1924
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< < < Bonté de l’univers que je croyais éteinte…
Automne > > >
Chaleur des nuits d’été…
***
Ô nuit d’été, maladie inconnue, combien tu me fais mal !
JULES LAFORGUE.
Chaleur des nuits d’été, comme une confidence
Dans l’espace épandue, et semblant aspirer
Le grand soupir des cœurs qui songent en silence,
Je vous contemple avec un désespoir sacré !
Les passants, enroulés dans la moiteur paisible
De cette nuit bleuâtre au souffle végétal,
Se meuvent comme au fond d’un parc oriental
L’ombre des rossignols furtifs et susceptibles.
Une femme, un enfant, des hommes vont sans bruit
Dans la rue amollie où le lourd pavé luit ;
C’est l’heure où les Destins plus aisément s’acceptent :
Tout effort est dans l’ombre oisive relégué.
Les parfums engourdis et compacts interceptent
La circulation des zéphyrs fatigués.
Il semble que mon cœur soit plus soumis, plus sage ;
Je regarde la terre où s’entassent les âges
Et la voûte du ciel pur, métallique et doux.
Se peut-il que le temps ait, malgré mes courroux,
Apaisé mon délire et son brûlant courage,
Et qu’enfin mon espoir se soit guéri de tout ?
La lune éblouissante appuie au fond des nues
Son sublime débris ténébreux et luisant,
Et la nuit gît, distraite, insondable, ingénue ;
Son chaud torrent sur moi abondamment descend
Comme un triste baiser négligent et pesant.
Deux étoiles, ainsi que deux âmes plaintives,
Semblent accélérer leur implorant regard.
L’univers est posé sur mes deux mains chétives ;
Je songe aux morts, pour qui il n’est ni tôt, ni tard,
Qui n’ont plus de souhaits, de départs et de rives.
Que de jours ont passé sur ce qui fut mon cœur,
Sur l’enfant que j’étais, sur cette adolescente
Qui, fière comme l’onde et comme elle puissante,
Luttait par son amour contre tout ce qui meurt !
Pourtant, rien n’a pâli dans ma chaude mémoire,
Mon rêve est plus constant que le roc sur la mer ;
Mais un besoin vivant, fougueux, aride, amer,
Veut que mon cœur poursuive une éternelle histoire
Et cherche en vain la source au milieu du désert.
Et je regarde, avec une tristesse immense,
Dans le ciel glauque et lourd comme un auguste pleur,
L’étoile qui palpite ainsi que l’espérance,
Et la lune immobile au-dessus de mon cœur…
< < < Bonté de l’univers que je croyais éteinte…
Automne > > >

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