Akirill.com

Poème: “Complainte d’un certain Dimanche” de Jules Laforgue

Poésies complètes

Télécharger PDF

Littérature françaiseLivres bilinguesContes de fées et Livres d’enfantsPoésie FrançaiseJules LaforguePoèmes de Jules LaforguePoésies complètes
< < < Complainte de l’Orgue de Barbarie
Complainte d’un autre Dimanche > > >


Complainte d’un certain Dimanche

***

Elle ne concevait pas qu’aimer fût l’ennemi d’aimer.
Sainte-Beuve. Volupté.

L’homme n’est pas méchant, ni la femme éphémère.
Ah ! fous dont au casino battent les talons,
Tout homme pleure un jour et toute femme est mère,
Nous sommes tous filials, allons !
Mais quoi ! les Destins ont des partis pris si tristes,
Qui font que, les uns loin des autres, l’on s’exile,
Qu’on se traite à tort et à travers d’égoïstes,
Et qu’on s’use à trouver quelque unique Évangile.
Ah ! jusqu’à ce que la nature soit bien bonne,
Moi je veux vivre monotone.

Dans ce village en falaises, loin, vers les cloches,
Je redescends dévisagé par les enfants

Qui s’en vont faire bénir de tièdes brioches ;
Et rentré, mon sacré-cœur se fend !
Les moineaux des vieux toits pépient à ma fenêtre,
Ils me regardent dîner, sans faim, à la carte ;
Des âmes d’amis morts les habitent peut-être ?
Je leur jette du pain : comme blessés, ils partent !
Ah ! jusqu’à ce que la nature soit bien bonne,
Moi je veux vivre monotone.

Elle est partie hier. Suis-je pas triste d’elle ?
Mais c’est vrai ! Voilà donc le fond de mon chagrin !
Oh ! ma vie est aux plis de ta jupe fidèle !
Son mouchoir me flottait sur le Rhin…
Seul. — Le Couchant retient un moment son Quadrige
En rayons où le ballet des moucherons danse,
Puis, vers les toits fumants de la soupe, il s’afflige…
Et c’est le Soir, l’insaisissable confidence…
Ah ! jusqu’à ce que la nature soit bien bonne,
Faudra-t-il vivre monotone ?

Que d’yeux, en éventail, en ogive, ou d’inceste,
Depuis que l’Être espère, ont réclamé leurs droits !
Ô ciels, les yeux pourrissent-ils comme le reste ?
Oh ! qu’il fait seul ! oh ! fait-il froid !

Oh ! que d’après-midi d’automne à vivre encore !
Le Spleen, eunuque à froid, sur nos rêves se vautre !
Or, ne pouvant redevenir des madrépores,
Ô mes humains, consolons-nous les uns les autres.
Et jusqu’à ce que la nature soit bien bonne,
Tâchons de vivre monotone.



< < < Complainte de l’Orgue de Barbarie
Complainte d’un autre Dimanche > > >

Littérature françaiseLivres bilinguesContes de fées et Livres d’enfantsPoésie Française Jules LaforguePoèmes de Jules LaforguePoésies complètes


Détenteurs de droits d’auteur

Les textes sont disponibles sous licence Creative Commons Attribution-partage dans les mêmes conditions ; d’autres conditions peuvent s’appliquer. Voyez les Conditions d’utilisation pour plus de détails.

Si vous avez aimé ce poème, abonnez-vous, mettez des likes, écrivez des commentaires!
Partager sur les réseaux sociaux

Trouvez-nous sur Facebook ou Twitter

Consultez Nos Derniers Articles

© 2026 Akirill.com – All Rights Reserved

Leave a comment