Akirill.com

Poème: “L’auberge d’Agrigente” d’Anna de Noailles

Les Climats – 1924

Télécharger PDF

Littérature françaiseLivres bilinguesContes de fées et Livres d’enfantsPoésie FrançaiseAnna de NoaillesPoèmes d’Anna de NoaillesLes Climats – 1924

< < < Agrigente
L’enchantement de la Sicile > > >


L’auberge d’Agrigente

***

Rien ne vient à souhait aux mortels…
PAUL LE SILENTIAIRE.

Dans un de ces beaux soirs où le puissant silence
Répond soudain, dans l’ombre, à l’esprit, interdit
D’écouter cet élan venant des Paradis
Contenter le désir qu’on a depuis l’enfance ;

Dans un de ces soirs chauds qui nous fendent le cœur,
Et, comme d’une mine où gisent des turquoises,

Viennent extraire en nous de secrètes lueurs,
Et guident vers les cieux notre pensive emphase ;

Dans ces languides soirs qui font monter du sol
Des soupirs de parfums, j’étais seule, en Sicile ;
Une cloche au son grave, ébranlant l’air docile,
Sonnait dans un couvent de moines espagnols.

Je songeais à la paix rigide de ces moines
Pour qui les nuits n’ont plus de déchirants appels.
Sur le seuil échaudé du misérable hôtel
Où l’air piquant cuisait des touffes de pivoines,
Deux chevaux dételés, mystiques, solennels,
Rêvaient l’un contre l’autre, auprès d’un sac d’avoine.

La mer, à l’infini, balançait mollement
L’impondérable excès de la clarté lunaire.
Les chèvres au pas fin, comme un peuple d’amants
Se cherchaient à travers le sec et blanc froment :
L’impérieux besoin de dompter et de plaire
Rencontrait un secret et long assentiment…

La nuit, la calme nuit, déesse agitatrice,
Regardait s’amasser l’amour sur les chemins
Une palme éployait son pompeux artifice
Près des maigres chevaux qui, songeant à demain,

Aux incessants travaux de leur race indigente,
Se baisaient doucement.
Dans le moite jardin,
Vous méditiez sans fin, ô palme nonchalante !
Que j’étais triste alors, que mon cœur étouffait !
Un rêve catholique et sa force exigeante
M’empêchait d’écouter les bachiques souhaits
De la puissante nuit qui brille et qui fermente…

Et j’aimais ta douceur pudique et négligente,
Palmier de Bethléem sur le ciel d’Agrigente !


< < < Agrigente
L’enchantement de la Sicile > > >

Littérature françaiseLivres bilinguesContes de fées et Livres d’enfantsPoésie FrançaiseAnna de NoaillesPoèmes d’Anna de NoaillesLes Climats – 1924


Détenteurs de droits d’auteur

Les textes sont disponibles sous licence Creative Commons Attribution-partage dans les mêmes conditions ; d’autres conditions peuvent s’appliquer. Voyez les Conditions d’utilisation pour plus de détails.

Si vous avez aimé ce poème, abonnez-vous, mettez des likes, écrivez des commentaires!
Partager sur les réseaux sociaux

Trouvez-nous sur Facebook ou Twitter

Consultez Nos Derniers Articles

© 2026 Akirill.com – All Rights Reserved

Leave a comment