Les Climats – 1924
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< < < Ceux qui n’ont respiré…
La Terre > > >
Le ciel bleu du milieu du jour…
***
Le ciel bleu du milieu du jour vibre, travaille,
Encourage les champs, les vignes, les semailles,
Comme un maître exalté au milieu des colons !
Tout bouge ; sous les frais marronniers du vallon,
L’abeille noire, avec ses bonds soyeux et brusques,
Semble un éclat volant de quelque amphore étrusque.
Sur les murs villageois, le vert abricotier
S’écartèle, danseur de feuillage habillé.
Les parfums des jardins font au-dessus du sable,
Une zone qui semble au cœur infranchissable.
L’air fraîchit. On dirait que de secrets jets d’eau
Sous les noirs châtaigniers suspendent leurs arceaux.
L’hirondelle, toujours par une autre suivie,
Tourne, et semble obéir à des milliers d’aimants :
L’espace est sillonné par ces rapprochements…
Et parfois, à côté de cette immense vie
On voit, protégé par un mur maussade et bas,
Le cimetière où sont, sans regard et sans pas,
Ceux pour qui ne luit plus l’étincelante fête,
Qui fait d’un jour d’été une heureuse tempête !
Hélas ! dans le profond et noir pays du sol,
Malgré les cris du geai, le chant du rossignol,
Ils dorment. Une enfant, sans frayeur, près des tombes,
Traîne un jouet brisé qui ricoche et retombe.
Ils sont là, épandus dans les lis nés sur eux,
Ces doux indifférents, ces grands silencieux ;
Et la route qui longe et contourne leur pierre,
Éclate, rebondit d’un torrent de poussière
Que soulève, en passant, le véhément parcours
Des êtres que la mort prête encor à l’amour…
Et moi qui vous avais délaissée, humble terre,
Pour contempler la nue ou l’âme est solitaire,
Je sais bien qu’en dépit d’un rêve habituel,
Nul ne saurait quitter vos chemins maternels.
En vain, l’intelligence, agile et sans limite,
Avide d’infini, vous repousse et vous quitte :
En vain, dans les cieux clairs, de beaux oiseaux pensants
Peuplent l’azur soumis d’héroïques passants,
Ils seront ramenés et liés à vos rives,
Par le poids du désir, par les moissons actives,
Par l’odeur des étés, par la chaleur des mains…
Vaste Amour, conducteur des éternels demains,
je reconnais en vous l’inlassable merveille,
L’inexpugnable vie, innombrable et pareille :
Ô croissance des blés ! ô baisers des humains !
< < < Ceux qui n’ont respiré…
La Terre > > >

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