Akirill.com

Poème: “Les Linges, le Cygne” de Jules Laforgue

Poésies complètes

Télécharger PDF

Littérature françaiseLivres bilinguesContes de fées et Livres d’enfantsPoésie FrançaiseJules LaforguePoèmes de Jules LaforguePoésies complètes
< < < Stérilités
Nobles et touchantes divagations sous la Lune > > >


Les Linges, le Cygne

***

Ce sont les linges, les linges,
Hôpitaux consacrés aux cruors et aux fanges ;
Ce sont les langes, les langes,
Où l’on voudrait, ah ! redorloter ses méninges !

Vos linges pollués, Noëls de Bethléem !
De la lessive des linceuls des requiems
De nos touchantes personnalités, aux langes
Des berceaux, vite à bas, sans doubles de rechange,
Qui nous suivent, transfigurés (fatals vauriens
Que nous sommes) ainsi que des Langes gardiens.
C’est la guimpe qui dit, même aux trois quarts meurtrie :
« Ah ! pas de ces familiarités, je vous prie… »
C’est la peine avalée aux édredons d’eider ;
C’est le mouchoir laissé, parlant d’âme et de chair
Et de scènes ! (Je vous pris la main sous la table,
J’eus même des accents vraiment inimitables),

Mais ces malentendus ! l’adieu noir ! — Je m’en vais !
— Il fait nuit ! — Que m’importe ! à moi, chemins mauvais !
Puis, comme Phèdre en ses illicites malaises :
« Ah ! que ces draps d’un lit d’occasion me pèsent ! »
Linges adolescents, nuptiaux, maternels ;
Nappe qui drape la Sainte-Table ou l’autel,
Purificatoire au calice, manuterges,
Refuges des baisers convolant vers les cierges.
Ô langes invalides, linges aveuglants !
Oreillers du bon cœur toujours convalescent
Qui dit, même à la sœur, dont le toucher l’écœure :
« Rien qu’une cuillerée, ah ! toutes les deux heures… »
Voie Lactée à charpie en surplis ; lourds jupons
À plis d’ordre dorique à lesquels nous rampons
Rien que pour y râler, doux comme la tortue
Qui grignote au soleil une vieille laitue.
Linges des grandes maladies ; champs-clos des draps
Fleurant : soulagez-vous, va, tant que ça ira !
Et les cols rabattus des jeunes filles fières,
Les bas blancs bien tirés, les chants des lavandières,
Le peignoir sur la chair de poule après le bain,
Les cornettes des sœurs, les voiles, les béguins,
La province et ses armoires, les lingeries
Du lycée et du cloître ; et les bonnes prairies
Blanches des traversins rafraîchissant leurs creux
De parfums de famille aux tempes sans aveux,

Et la Mort ! pavoisez les balcons de draps pâles,
Les cloches ! car voici que des rideaux s’exhale
La procession du beau Cygne ambassadeur
Qui mène Lohengrin au pays des candeurs !

Ce sont les linges, les linges,
Hôpitaux consacrés aux cruors et aux fanges !
Ce sont les langes, les langes,
Où l’on voudrait, ah ! redorloter ses méninges.



< < < Stérilités
Nobles et touchantes divagations sous la Lune > > >

Littérature françaiseLivres bilinguesContes de fées et Livres d’enfantsPoésie Française Jules LaforguePoèmes de Jules LaforguePoésies complètes


Détenteurs de droits d’auteur

Les textes sont disponibles sous licence Creative Commons Attribution-partage dans les mêmes conditions ; d’autres conditions peuvent s’appliquer. Voyez les Conditions d’utilisation pour plus de détails.

Si vous avez aimé ce poème, abonnez-vous, mettez des likes, écrivez des commentaires!
Partager sur les réseaux sociaux

Trouvez-nous sur Facebook ou Twitter

Consultez Nos Derniers Articles

© 2026 Akirill.com – All Rights Reserved

Leave a comment