Les Climats – 1924
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< < < Octobre et son odeur…
Au pays de Rousseau > > >
Les rives romanesques
***
Soir paresseux des lacs, douceur lente des rames
Qui, sur l’eau susceptible, élancez des frissons,
Romanesque blancheur des terrasses, chansons
Que des nomades font retentir, où se pâme
Le vocable éternel du triste amour, quelle âme
Tromperez-vous ce soir par votre déraison ?
L’absorbante chaleur voile les monts d’albâtre,
Un généreux feuillage abrite les chemins,
Les hameaux ont l’odeur du laitage et de l’âtre ;
Et les montagnes sont, dans l’espace bleuâtre,
Hautes et torturées comme un courage humain.
Au loin les voiliers las ont l’air de tourterelles,
Qui, dans ce paradis liquide et sommeillant,
Renonçant à l’éther laissant flotter leurs ailes
Et gisent, transpercés par le flot scintillant.
Et la nuit vient, serrant ses mailles d’argent sombre
Sur l’Alpe bondissante où le jour ruisselait,
Et c’est comme un subit, sournois coup de filet
Capturant l’horizon, qui palpite dans l’ombre
Comme un peuple d’oiseaux aux voûtes d’un palais…
Un vert fanal au port tremble dans l’eau tranquille ;
Tout a la calme paix des astres arrêtés ;
Il semble qu’on soit loin des champs comme des villes ;
L’air est ample et profond dans l’immobilité ;
Et l’on croit voir jaillir de sensibles idylles
De toute la douceur de cette nuit d’été !
Pourquoi nous trompez-vous, beauté des paysages,
Aspect fidèle et pur des romanesques nuits,
Engageante splendeur, vent courant comme un page,
Secrète expansion des odeurs, calme bruit,
Silencieux désir montant du fond des âges ?
Pourquoi nous faites-vous espérer le bonheur
Quand, par de là les lois, l’esprit, la conscience,
Vous ressemblez au but qu’entrevoit le coureur ?
Dans un séjour où rien n’est péché ni douleur,
Sous l’arbre désormais béni de la science
Vous convoquez les corps et les cœurs pleins d’ardeur !
Mais, hélas ! les humains et la grande Nature
N’échangent plus leur sombre et différente humeur ;
Entre eux tout est mensonge, épouvante, imposture ;
Les souhaits infinis, les peines, les blessures
Ne trouvent pas en elle un remède à leurs pleurs.
La terre indifférente, exhalant les senteurs,
N’a d’accueil maternel que pour celui qui meurt.
Terre, prenez les morts, soyez douce à leur rêve ;
Serrez-les contre vous, rendez-les éternels,
Donnez-leur des matins de rosée et de sève,
Mêlez-les à vos fruits, vos métaux et vos sels.
Qu’ils soient participants à vos soins innombrables,
Que, depuis le sol noir jusqu’au divin éther,
Plus léger, plus nombreux que les vents du désert,
Ils aillent légion furtive, impondérable !
Mais nous, nous ne pouvons qu’être des cœurs humains :
Nous habitons l’esprit, les passions, la foule ;
Nous sommes la moisson et nous sommes la houle ;
Nous bâtissons un monde avec nos tristes mains ;
Et tandis que le jour insouciant se lève
Sans jamais secourir ou protéger nos rêves,
La force de nos cœurs construit les lendemains…
< < < Octobre et son odeur…
Au pays de Rousseau > > >

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