Les Climats – 1924
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Un automne à Venise > > >
Un soir à Vérone
***
Le soir baigne d’argent les places de Vérone ;
Les cieux roses et ronds, rayés d’ifs, de cyprès,
Font à la ville une couronne
De restes et verts minarets.
Sur les ors languissants du palais du Concile,
On voit lui, ondoyer un manteau duveté :
Les pigeons amoureux, dociles,
Frémissent là de volupté.
L’Adige, entre les murs de brique qu’il reflète,
Roule son rouge flot, large, brusque, puissant :
Dans la ville de Juliette
Un fleuve à la couleur du sang.
Ô tragique douceur de la cité sanglante,
Rue où le passé vit sous les vents endormis :
Un masque court, ombre galante,
Au bal des amants ennemis.
Je m’élance, et je vois ta maison, Juliette !
Si plaintive, si noire, ainsi qu’un froid charbon.
C’est là que la fraîche alouette
T’épouvantait de sa chanson !
Que tu fus consumée, ô nymphe des supplices !
Que ton mortel désir était fervent et beau
Lorsque tu t’écriais : « Nourrice,
Que l’on prépare mon tombeau !
« Qu’on prépare ma tombe et mon funèbre somme,
Que mon lit nuptial soit violet et noir,
Si je n’enlace le jeune homme
Qui brillait au verger ce soir !… »
Auprès de ta fureur héroïque et plaintive,
Auprès de tes appels, de ton brûlant tourment,
La soif est une source vive,
La faim est un rassasiement.
Hélas ! tu le savais, qu’il n’est rien sur la terre
Que l’invincible amour, par les pleurs ennobli ;
Le feu, la musique, la guerre,
N’en sont que le reflet pâli !
Ma sœur, ton sein charmant, ton visage d’aurore
Où sont-ils, cette nuit où je porte ton cœur ?
La colombe du sycomore
Soupire à mourir de langueur…
Là-bas un lourd palais, couleur de pourpre ardente,
Ferme ses volets verts sous le ciel rose et gris ;
Je pense au soir d’automne où Dante
Ecrivit là le Paradis ;
La céleste douceur des tournantes collines
Emplissait son regard, à l’heure où las, pensifs,
Les anges d’Italie inclinent
Le ciel délicat sur les ifs.
Mais que tu m’es plus chère, ô maison de l’ivresse,
Balcon où frémissait le chant du rossignol,
Où Juliette qui caresse
Suspend Roméo à son col !
Ah ! que tu m’es plus cher, sombre balcon des fièvres,
Où l’échelle de soie en chantant tournoyait,
Où les amants, joignant leurs lèvres,
Sanglotaient entre eux : « Je vous ai ! »
Que l’amour soit béni parmi toutes les choses,
Que son nom soit sacré, son règne ample et complet ;
Je n’offre les lauriers, les roses,
Qu’à la fille des Capulet !
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Un automne à Venise > > >

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