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Poème: “Chacun de vous, un jour, a refermé la porte” d’Anna de Noailles

L’Honneur de souffrir – 1927

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< < < Ô printemps, jeune passion
Ma jeunesse n’est pas dans mes chants intrépides > > >


Chacun de vous, un jour, a refermé la porte

***

Chacun de vous, un jour, a refermé la porte
De ma chambre, et sans rien de grave ou de hardi,
Ignorants, vous alliez vers le sort refroidi.
— Je ne vous aurais pas délaissés de la sorte !

J’aurais crié, gémi pour ne vous point quitter.
Pour vous revoir encor j’eusse été forte et lâche.
J’aurais fait reculer la mort, ses poings, sa hache.
J’aurais repris mon souffle, ensuite, à vos côtés.

M’aimiez-vous donc si peu ? N’eûtes-vous pas l’image
(Si rude qu’elle sait intimider le sort)
De mon esprit hagard, de l’incessant carnage
Que dans mon cœur uni causerait votre mort ?

Pendant des mois, des ans, je vous fis le reproche
D’avoir sur moi roulé l’impitoyable roche.
— À présent, n’ayant plus rien à voir, à saisir,
Je vous dois le plaisir que j’aurai à mourir.


< < < Ô printemps, jeune passion
Ma jeunesse n’est pas dans mes chants intrépides > > >

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