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Poème: “La chambre, volets clos, yeux clos, chères ténèbres” d’Anna de Noailles

L’Honneur de souffrir – 1927

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< < < Il faut que je dorme ou que j’aille
Le renom, les conseils sages et bons, l’amour > > >


La chambre, volets clos, yeux clos, chères ténèbres

***

La chambre, volets clos, yeux clos, chères ténèbres !
Le jour, qui sur mon cœur pesait ainsi qu’un mont,
Est vaincu. Sans l’air lent emplissant les poumons,
Je connaîtrais déjà l’éternité funèbre.

Plus rien du triste effort, de l’éternel débours
Par quoi le corps pensif, l’esprit sans allégresse,
Font encore aux humains un don frustré d’amour
Qui coûte à l’obligeante et passive paresse.

— Ô bonté du sommeil prévu, bourdonnement,
Confiance, abandon, candeur de la fatigue !
Sentir l’onde nocturne envahir nos tourments
Comme une eau généreuse abolissant les digues.

— Et c’est vers ce moment de la cessation,
Vers ce lit souterrain où tout s’enfonce et cesse,
Qu’ignorants, nous courrions dès la sainte jeunesse,
Au temps où l’infini fait notre obsession,
Où l’espace est étroit, où l’azur même oppresse !…


< < < Il faut que je dorme ou que j’aille
Le renom, les conseils sages et bons, l’amour > > >

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