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Poème: “Passant, je te sais gré de l’extrême torture” d’Anna de Noailles

L’Honneur de souffrir – 1927

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< < < Dans cette infinité, dans cette plénitude
Ô printemps, jeune passion > > >


Passant, je te sais gré de l’extrême torture

***

— Passant, je te sais gré de l’extrême torture
Que m’infligeait par toi la subtile nature
Qui souhaitait en vain qu’un autre être fût né
Du rêve de sa noble et fière créature.

À présent que mes yeux demeurent étonnés
D’avoir par toi connu la plus vive blessure,
Je ne te reprends pas ce que je t’ai donné :
Ni le chancellement de l’âme la plus sûre,
Ni ces puissants aveux, ni ce désir qui fut

Digne par son ardeur de ton humble refus.
La mort et le néant ne sont point haïssables
À qui se débattit parmi l’instinct confus.

— Garde, ô toi où j’errais, sans sources, dans les sables,
La part qui te revient d’un cœur inconnaissable…


< < < Dans cette infinité, dans cette plénitude
Ô printemps, jeune passion > > >

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