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Poème: “Puisque mes yeux ont vu les lieux où tu reposes” d’Anna de Noailles

L’Honneur de souffrir – 1927

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< < < Chaque jour j’entends qu’en silence
Morts qui me fûtes chers, ne soyez pas jaloux > > >


Puisque mes yeux ont vu les lieux où tu reposes

***

Puisque mes yeux ont vu les lieux où tu reposes,
Puisque jamais le jour, l’étoile ni la rose
Ne visitent un noir caveau,
Puisque jamais l’été nouveau
Ne fait de ton sommeil naître ses fraîches tiges,
Puisque l’immensité sans âme te néglige,
Que nul échange aérien
Ne vient desserrer tes liens,
Puisque, malgré les chants enivrés de Lucrèce,
L’azur ne s’emplit pas des funèbres paresses,
Mon cœur avec le tien dans l’abîme perdu,
Je ne remonte pas d’où l’on t’a descendu !


< < < Chaque jour j’entends qu’en silence
Morts qui me fûtes chers, ne soyez pas jaloux > > >

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