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Poème: “Tu n’es plus ; je méprise, en le voyant survivre” d’Anna de Noailles

L’Honneur de souffrir – 1927

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< < < J’étais morte avec toi, retiens-moi dans ta tombe
Le printemps naît subitement > > >


Tu n’es plus ; je méprise, en le voyant survivre

***

Tu n’es plus ; je méprise, en le voyant survivre,
Ce corps dont ton désir anxieux fut hanté.
Combien me semblent vains les bras dont tu fus ivre !
Que fais-je de mes yeux par mes yeux détestés ?

Honorerai-je encor ces membres et cette âme
Dont tes vœux de tyran composaient leur repas ?
Mon susceptible orgueil a replié sa flamme ;
Puisque tu n’aimes plus, je ne m’aimerai pas !


Je ne peux plus jamais pécher contre ton rêve,
Aucun humain désir ne m’est grave ou sacré,
Je puis ne pas maudire une main qui se lève
Pour enlacer le sein dont tu t’es emparé.

À présent que la mort a roulé sous la pierre
Ton redoutable amour dont j’ai connu l’honneur,
Je n’ai plus ni dédain, ni pudeur, ni paupière,
Pour veiller sur mon corps et veiller sur mon cœur !


< < < J’étais morte avec toi, retiens-moi dans ta tombe
Le printemps naît subitement > > >

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