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Poème: “L’ennui, l’affreuse peine admise, et que l’on tait” d’Anna de Noailles

L’Honneur de souffrir – 1927

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< < < En tremblant, mon regard descend
Chaque être souffrant seul croit qu’il a l’apanage > > >


L’ennui, l’affreuse peine admise, et que l’on tait

***

L’ennui, l’affreuse peine admise, et que l’on tait.
L’effort à tout instant, et nulle récompense.
Ne pas se souvenir qu’on est, mais qu’on était.
Éviter ce qu’on sent, craindre ce que l’on pense.
Savoir ! À tout chagrin pouvoir dire : « Je sais ».
Contempler les humains et leur besogne honnête
En méprisant leur âpre ou fructueux essai,
Qu’on juge vain. Haïr la terrestre planète
Qui, sous la morte lune, exemplaire décor,
Poursuit son cours distrait, cruel et misérable,

Qui soutient, bouleverse et résorbe les corps.
N’ayant plus de souhaits, être toujours instable.
Avec aucun humain ne rechercher d’accord.
— Ô toi dont je n’ai pas suivi la sombre pente,
Voilà ce que ta mort accorde à ta vivante !


< < < En tremblant, mon regard descend
Chaque être souffrant seul croit qu’il a l’apanage > > >

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