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Poème: “Qui se plaint du sommeil ?” d’Anna de Noailles

L’Honneur de souffrir – 1927

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< < < Être pâle, muet, immobile, absent, mort
Parfois un cri faiblit, nul ne le jette assez > > >


Qui se plaint du sommeil ?

***

Qui se plaint du sommeil ? Qui gémirait : « Je dors,
Interrompez ma paix limpide et sans mémoire !
Qu’on me rende l’éther agité du dehors,
Les amours menacés, l’insuffisante gloire ! »

— Et c’est pourtant ainsi que parle l’insensé,
Lorsque, n’ayant jamais de noble lassitude,
Il ne peut concevoir que son être ait cessé,
Guéri de tout espoir et de toute habitude.

— Quoi ! l’âme sans répit, le corps ressuscité ?
Revoir le ciel changeant, retrouver la cité ?
Jouer sur le risible ou tragique théâtre
Du sort, lutteur sournois autant qu’opiniâtre ?
Sentir se mélanger, pour de lascifs débats,
La fierté du désir et les esprits d’en bas ?
Ne jamais oublier la cime inaccessible !
— Pour qu’ils craignent ainsi la bonté de la mort,
L’arrivage assoupi, la fixité du port,
Le désirable don d’être enfin insensible,
Douleur, suis-je donc seule à vous servir de cible ?


< < < Être pâle, muet, immobile, absent, mort
Parfois un cri faiblit, nul ne le jette assez > > >

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