L’Ombre des jours – 1902
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< < < Apaisement
J’écris pour que le jour où je ne serai plus> > >
Nostalgie
***
Les jours passés, l’été, la chaleur, l’eau, l’air bleu,
Tout le temps défunt tremble en moi ; la nostalgie
De tout cela qui vient et gonfle peu à peu
L’âme que l’on croyait endormie, assagie !
— Mon désir, mon soupir, ont la forme aujourd’hui
De l’absente, lointaine, enchantante colline,
Du petit château rouge et gris dont le toit luit
Au-dessus du balcon de fleurs de capucine.
Je revois, dans mon cœur, ces soirs doux et rouillés,
Ce fin oscillement du soir, quand l’air bleu nage
Dans le brouillard léger, ondulant et mouillé
Qui monte du pré, blanc de carottes sauvages.
— Crépitement des champs ! tout l’espace est tremblant
De ce bruit incessant de cris secs et d’élytres ;
Le soleil tombe, un dur rayon de soleil blanc
Tape sur la maison en aveuglant les vitres.
On entendait sonner pour l’heure du dîner
La cloche suspendue au mur, dans le feuillage ;
On dînait, de frissons et d’ombre environné,
Avec encor un peu de jour faible au vitrage.
Je regardais la plaine indolente, cherchant
À boire, à respirer les repos de la terre ;
L’impossible union des âmes et des champs
Pleurait dans mon désir aride et volontaire ;
Et puis la nuit venait ; ô beauté de la nuit,
Sombre éclaircissement ! l’air doucement se vide
De chaleur, de reflets, de lumière, de bruit,
La lune dévoilée et lucide préside…
On goûtait la tiédeur ivre du large été ;
Alors épouvantée, ayant besoin de n’être
Jamais seule devant la douce immensité
Nous causions longuement, dans l’air, à la fenêtre.
— L’ombre d’un autre cœur a de plus noirs détours
Que la nuit orageuse, impénétrable et sombre.
Éclairs des faux regards, phare du faux amour
Où menez-vous l’espoir, qui se brise et qui sombre !
Le passé vit en moi ce soir, ce trop chaud soir
Où je songe accoudée au-dessus de la ville,
Mon cœur las n’ayant plus la force de vouloir,
De désirer, d’aller vers les champs plus tranquilles.
Mais mon rêve est empli d’air, d’ombre, de soleil.
Ah ! comme le regret et le désir se pâment
Quand clair, minutieux, déchirant et vermeil
Le passé vient et fait comme un baiser dans l’âme ! …
< < < Apaisement
J’écris pour que le jour où je ne serai plus > > >

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